Nihilisme

« Khlestakof, seul, avec les yeux de quelqu’un qui a dormi trop longtemps

Il paraît que nous avons pioncé comme il faut. Où diable ont-ils pris tant de matelas et d’édredons ? Je suis tout en sueur. On m’a flanqué je ne sais quoi hier à ce déjeuner …la tête m’en tinte encore. Ma foi, il y a moyen de passer le temps agréablement dans ce pays-ci. Moi, j’aime les bonnes gens, et j’aime à être traité de tout cœur plutôt que par intérêt. Et puis la fille du gouverneur n’est pas mal, et la maman est si bien conservée, qu’on pourrait … Non, je ne sais pas, moi, j’aime cette vie-là »

Nicolas Gogol, « Le Revizor », Acte IV, Scène II, p.150, traduit du russe par Prosper Mérimée, Postface et notes de Wanda Bannour, Le Seuil, 1994.

Sentir les remous dans les ventres des désespéré.es ; la bile noire,
l’émotion centrale, qui remonte et cristallise par les noms,
la sensation mêlée d’effroi devant les doubles figures ;
le spectre Nihil hante l’esprit plein de larmes,
il faut se faire animal craintif et fuir ses noires maisons,
errant sous les étoiles du vide et du vrai mensonge,
voir lutter les forces réactives, les négations alertes et vivantes,

s’en faire l’ami fidèle au cintre droit et bien zélé,
verser le fiel des mots complaisants et fort utiles,
dans l’obole obscure des riches mendiants,
pour que la cité redresse les portraits des monstres,
affublés d’écharpes, de grands chapeaux sombres,
habiller la peur primale des bêtes à conformité,
de tissus multicolores, de vagues apaisantes et hésitantes,

jouer les musiques d’orchestre des brigades d’officiels,
ceux là qui jouent des jeux d’institutions et d’adresses,
les voix tourmentées, brisées dans l’unique accord au diapason,
dans les jeux d’images et de rêves, l’autorité s’incarne,
elle suinte par les murs des inscriptions bizarres,
les grands commandements qui heurtent la Nature,
et traversent les peaux des obéissants, des serfs et esclaves,

et toutes leurs cérémonies étranges venues des moralines,
de sourires niais, de mains de bois rigides, de gueules tordues,
ils regardent à l’intérieur du prisme ; la langue emprisonnée,
l’œil vitreux et oblongue qui déroule les visions du désespoir,
sur les tapis rouges sang des meutes de la « Polis » ;
l’instinct froid de l’insecte qui calcule,
par les prédictions machines, les futurs bénéfices.

Il faut les voir tourner dans ce manège absurde,
Je gagne, tu perds ; « Nous les spectres » adorons les guerres et la monnaie, ce fétiche laid et idiot, flèche toutes les conduites rationnelles des masses ; ce petit totem anthropoïde, soldat trônant seul derrière les surfaces, d’où jaillissent les lumière sombres du Temps ; billets de banque, mots unités, armées de phrases capitales,
les machines à trier font le travail des trépassés,

toutes les gueules mortes qu’alignent des traits stéréotypiques,
sur les chaînes de montages et de commandements,
symboles mis en alertes, ordres et obéissances,
capitalisation des traces convaincantes, des mises à l’épreuve,
il faudra être celui ou celle qui matche, ou corresponde,
à la marche orientée des échos systèmes …
Ah goûter aux psychés du pouvoir, à leurs affreuses déférences …

Un poison lent et diffus pour le corps et l’esprit,
abdiquer ses gestes autonomes, sa volonté sienne,
revenir au temps des oublié.es, des condamné.es, des milliards d’exilé.es, aux intérieurs remplit jusqu’aux bords des visages effacés, de prédictions débiles, de croyances fausses, de craintes ; oui, la crainte, c’est la crainte pour sa vie qui dirige tout … La peur primale de ne plus en être, de ne plus faire partie,
des grands projets fantastiques des monstres.

Leurs mauvais gouvernements fabriquent le mensonge, l’oubli et la haine, un entre soi dérisoire ; et des hommes leurres qui dirigent les attentions, morale et civilité abjectes capturent nos décisions, il faut s’y conformer, être authentique dans ses propres réponses, car le désordre pointe son nez ;
et la demande de justification n’est jamais loin de soi,
s’y prêter de soi même, c’est déjà noyer sa liberté intérieure,
dans les eaux glacées du calcul.

MP – 22082025

Matériel & Positions

« En se séparant du langage, nous prenons conscience de sa surimposition autant que de sa prévalence et de son ubiquité, alors que nous y sommes aveugles dans la vie quotidienne. Nous découvrons combien dans la ville, le langage est soumis aussi bien que les rues à la grille d’une architecture : il suffit de déplacer les mots sur un fond blanc pour que les fantômes de cette architecture se fassent visibles et laissent paraître la manière dont ils structurent les mots. »

Kenneth Goldsmith, « Les situationnistes : dehors dans la rue » in « L’écriture sans écriture : du langage à l’âge numérique », p.51, Jean Boîte Éditions, 2018.

The Language of Form: Lothar Schreyer’s Kreuzigung (1920).

L’habitant de la chambre vide, n’est rien ;
que le froid qui subitement s’est engouffré,
dans le trou qui figure dans sa bouche et n’est personne ..
Par les passages vidés d’accroches, de nerfs, de sentiments,
toutes tensions organiques devenues vaines, inutiles,
il reste des amas de signes dé fixés, mouvants,
des marques devenus vagues matérielles, brisures de l’intime,
cette passion dévorante de l’être en soi,
la mascarade des signaux vains et substantiels,

dans la chambre vide se préparent les armes,
les directions, les positions ; l’arc des décisions,
et les mots comme des flèches sont retirés,
des plaies saignantes des murs d’obscurités,
ici devisent les séparé.es et la séparation,
l’ancien langage malade, convié à se démettre,
tombe en poussières d’étoiles, en armadas de machines,
toute cette entreprise absurde de l’étiquetage,
des vieux noms désignant chacun des objets, des processus ;
et la guerre est lancée aux trousses des mots veilleurs …

Un plan d’ensembles tactique, une stratégie de l’errance,
un ordre et des finalités précises, engagées,
par les armes devenus signes, mots-d’ adresses et de flammes,
sur des champs de bataille imago sémantique,
des grands seigneurs de guerres, habillés par la nuit,
ont leurs mémoires ouvertes, rouges et blessées,
et le temps qu’il fait ici, ressemble à une nappe sonore, infinie,
glissante comme le fil de la coupure – Réalité / Esprit,
enfin les matériaux du langage ont été pris tel quels,
sans reste mental, sans substantifique arrière-monde,
être fixe, figé, anhistorique ou processus de l’éther,
sans substrat organique pour signifier et emprisonner,

le cri inarticulé au milieu de la pièce blanche,
le spectre physique symbolique qui hante chaque recoin,
des nœuds sombres aux quatre angles morts ..
Le paratexte bataille par une mortelle lassitude,
à encadrer, diviser, projeter, permuter, au gré des vents,
les positions, les forces, les renforts et les replis,
car c’est là l’effet de la séparation des noms et des choses,
une fraîcheur salutaire, une belle et intense respiration,
comme une percée au fond des couloirs mentaux,
une lumière dansante, au milieu de leurs tableaux …

L’habitant de la chambre vide est tout ;
tout ce qui arrive dans le réservoir des symboles,
la description plus fine, alerte et mieux ajustée,
l’expression habile consolante des âmes perdues,
et les chemins de la thérapie ont désensorcelés,
l’espèce d’habitudes qui prétendait fixer, de toute éternité,
la relation des mots aux choses ; désigner quoi, comment ?
Une pure essence, un modèle original, pour nous
vulgaires copistes, irrationnels et enfants pécheurs de langages artificiels ; le langage comme une matière travaillée pour nos différents usages.

MP – 15082025

Mortel présent

L’expérience spécifique et incontournable que fait le « smartphoneur » et l’Internaute du Temps et de l’Espace en 2025 doit devenir une question en Philosophie de l’action, en Sociologie des techniques et des médias, en Philosophie politique et en Sciences de l’Information et de la Communication en tant que cette expérience se traduit pour lui-même à adopter la position de l’instantanéiste aiguë i.e. rejoindre une sorte de fixité atemporelle dans un présent perpétuellement recommencé à l’instant du branchement et de la connexion au réseau via le média personnel. La sidération du contact des yeux vers l’écran et tout l’archipel d’applications installées sur un outil customisé à ses propres projections « privées » – (smartphone, tablette, lunettes, montres, ordinateur personnel) – et besoins de réassurance de soi-même dans une participation virtuelle par la navigation liens par liens, images par images, sons par sons, vidéos par vidéos aboutissent à une transformation radicale de la forme traditionnelle, imaginaire et textuelle du média (livre, cinéma, télévision, peinture). La forme digitale et inhumaine des expressions transitant sur les pouces du smartphone, comme sur la projection écran n’a d’égale que la perte de contacts et de mises à l’épreuve de la rencontre face à face dans une situation d’interactions sociales, physiques et symboliques. Le corps absenté sur le réseau est devenu un repère fantasmé et virtuel pour une exposition continue et maximale d’un possible soi-même – un potentiel jugement d’une espèce de communauté virtuelle dont le regard cyclopéen, universel est braqué sur l’utilisateur du média.

Les futures sociétés de contrôle à faible ou haute intensité – le modèle de sociétés à la chinoise qui peut prendre la suite (2028-2040), à la faveur d’un « backlash » totalitaire, du régime de désordre et de confusion idéologique maximale du Trumpisme anti-américain – exploitent déjà la capacité politique et technologique de l’encerclement des corps et des esprits, par la surveillance et l’exposition maximale des bons citoyens, via des réseaux de médias de contact interpersonnel comme le smartphone ; ici l’importance d’un Temps parcellisé, morcelé, en d’innombrables présents de contacts customisés, permet au pouvoir central d’imprimer la totalité de la puissance idéologique dans le rapport privé à soi tout en excluant toutes mobilisations collectives d’opposition. Et le contrôle de l’Internet par le pouvoir par des moyens techniques avancées comme la fermeture des filets du réseau sur ses propres frontières nationales, le développement des Intelligences Artificielles Génératives (IAG), nationalisées et alimentées en données humaines censurées par le comité central va ouvrir la possibilité d’une relation privilégiée du citoyen au pouvoir politique en affaiblissant considérablement ses capacités de résistance et sa force d’expression critique. Ce n’est pas seulement, le monopole de métaux rares à l’échelle mondiale, le contrôle des secteurs de l’énergie, le meurtre organisé des dissident.es, la mainmise sur les médias officiels d’information, mais plus insidieusement et comme la marque d’un régime totalitaire déployé déjà aujourd’hui dans les Empires chinois et russe, la ligne d’adhérence forte du récit idéologique permise par la saturation de l’attention du citoyen dans le présent ultra connecté. L’intensité variable du contrôle politique dépend ainsi d’un style idéologique d’expressions totalisées ou sculptées sur le modèle des expressions et des émotions collectives admises par les sociétés de l’Empire.

Le remplacement de l’Histoire et des faits historiques par le récit idéologique comme en Russie ou en Chine est un levier majeur de mise en ordres de loyaux et bons services, des formes d’expression et de pensée diffusées au sein de la société d’un pouvoir totalitaire ; et le travail sur les mots et la langue dans la perspective totalitaire est comme l’a montré de façon unique et magistrale, George Orwell dans « 1984 » [1949], un attribut de la puissance de pénétration de l’Empire dans les cerveaux et les âmes de citoyens qualifiés de bons ou de mauvais par des scores de légitimation ou du crédit social « calculés » artificiellement par des algorithmes de surveillance. La novlangue totalitaire supprime des expressions, renverse le sens, fonctionne par des explications fétiches, des focus obsédant sur des termes stabilisateurs de tous les mouvements critiques possibles ou impossibles (« opération spéciale », « réarmement idéologique », « capacité d’influence », « âme russe », « identité millénaire », « révolution culturelle ») ; elle est la langue par excellence du « soul-manager » du management politique, économique et social des décisions, dont la réflexion sur la liberté et la sécurité des masses se résume à plus d’adhérence au discours idéologique, plus de fermetures, plus d’uniformités dans les expressions collectives des émotions et des évaluations morales. Le conformisme est ici un atout maître en psychologie sociale du pouvoir total ; une arme de conquête intellectuelle qui fait fi de toutes déviations vis à vis de la ligne idéologique comprise par le parti principal, ou le centre extra situé de l’État totalitaire. Jamais l’expérience vécue concrète de citoyens ou citoyennes d’une société de contrôle ainsi avancée ne pourra s’exprimer dans les mots et les expressions de la novlangue du pouvoir car plus aucun mots, plus aucunes expressions ne feront l’affaire pour parler ou écrire publiquement de son expérience propre ou personnelle. Les expressions supprimées de la novlangue ; les occasions de consciences rendues possibles par ces mots seront supprimées également (l’empathie ou des expressions de compassion ou de pitié par exemple peuvent-elles être supprimées, effacées de nos réactions naturelles d’êtres humains ?) Le refoulement dans une zone privée et indicible du monde, l’incapacité expressive seront ainsi les seules voies d’expressions empêchées – garder au plus profond de soi-même tout ce que l’État interdit de dire et de faire – et ceci afin de protéger sa famille, gagner des succès économiques, avoir de bons rapports sociaux, trouver l’âme sœur en harmonie avec la couleur impériale.

Ce qui peut se produire avec de fortes chances historiques – le retour vers des affrontements d’Empires eux-mêmes constitués de sociétés de contrôle avancées, Chine et Russie, Inde et Arabie Saoudite – recèle des indices d’évolution internes des sociétés encore démocratiques par ce que la technologie du smartphone et de l’intercommunication distante/proche ici multi-diffusée à l’échelle de la planète Terre et hors des frontières nationales par la puissance réticulaire de l’Internet, possède une influence considérable sur les comportements sociaux symboliques des humain.es ; le présent perpétuel est l’un des axes de réflexion philosophique qui doit devenir majeur pour comprendre les formes de pensée d’un solipsisme collectif et souvent instantanéiste ; seule mon expérience présente existe à l’instant « T » de la connexion au réseau, et cette expérience est « cellularisée », mise en séries temporelles, dans la production économique de l’expression et du langage d’interactions, dits conformes et univoque dans la société de contrôle. Nous nous reconnaissons par bribes, gênes ou échecs, hors de la connexion instantanée ; rarement mais sûrement comme des participant.es fatigué.es jouant au cœur d’un cirque médiatique planétaire, qui réduit tout à l’expérience privée et ultra présente du monde. Les chances de se voir physiquement, concrètement, de parler ensemble, de se toucher, sont extrêmement réduites du fait de la médiatisation exponentielle de tous les rapports humains ; toujours un site intermédiaire d’un réseau ou d’une application doivent être téléchargés et renseignés avant de rencontrer l’autre humain.e ou de vivre une expérience collective. La vie comme mise à l’épreuve psychologique et politique de soi-même disparaît au bénéfice de la survie du « doppelgänger » et du travail cognitif et égotique produits par une exploitation continue des êtres humains dans les mondes connectés et virtuels.

La perte de contacts sensibles avec la réalité sociale, économique, l’exposition des corps et des esprits aux techniques d’exploitation maximale de l’image de soi, les règnes de la médiacratie et de ses expressions, se produisent dans un mouvement de déréalisation globale du monde de l’expérience vécue, sous l’effet de l’emprise collective massive exercée par des acteurs économiques puissants affiliés à des puissances impériales sur les perceptions et les appréhensions du monde politique, socio-symbolique et technologique, des hommes, des enfants et des femmes du XXI° siècle. Ici, de la plus redoutable des manières d’un régime politique totalitaire, c’est la puissance totale de fixation du présent – fixation de la croyance habitude, isolation de la forme pensée « privée », rupture d’une projection de soi au futur et au passé, perte de contacts avec la réalité – dans les tables d’une loi fondamentale d’exclusion de tout esprit critique envers le pouvoir total qui fait tout l’art de la domination psychologique de la communication totalitaire. Il peut aujourd’hui se faire qu’un enfant né en 2015, ne vivent en raison de contraintes économiques solides venues d’un capitalisme autoritaire ou de régimes totalitaires, et sous l’effet de l’emprise d’une intercommunication totale du présentéisme, aucune expériences d’aucunes sortes, mais soit réduit à une position de spectateur consommateur objet d’un programme de conquête globale de son argent, de ses relations, de ses pensées, de sa vie entière orchestré sur des marchés sociaux, linguistiques et économiques. La force de capture de l’attention du « smartphoneur » et de l’Internaute – dans les sociétés de contrôle démocratiques ou bien dans les Empires totalitaires – répond à un même niveau de désengagement complexe vis à vis de l’Histoire humaine ; une même tentative de fragiliser au maximum les liens de solidarité collective, les mouvements de résistances au pouvoir et l’éducation aux médias (« Media Literacy ») et à la formation de l’Esprit critique.

Fragments d’un monde détruit – 176

Déchirure

« L’homme touche la lumière dans la nuit, quand il est mort pour lui, la vue éteinte ; mais vivant, il touche au mort, quand il dort, la vue éteinte ; il touche au dormeur, quand il veille.»

Héraclite, « Héraclite ou la séparation », Jean Bollack, Heinz Wismann, p.120-123, Les Éditions de Minuit, 1972.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Des yeux étranges sont repliés au dedans des nuits,
il fait un froid mortel, un air de saisons mortes,
qui traversent les paravents mis au seuil frontispice,
des livres sont ouverts et oubliés sur les autels,
avec ce présent immuable, qui fixe l’Éternité,
sous l’abri de tissus noirs et or, cette chevelure tragique,
les livres font de grandes maisons hautes dans le ciel,
et la lumière qui crible leurs lignes, qui possède et tue ;
est faite d’une couleur bleue sombre et obsédante,
les lettres dansent à demi folles à l’horizon …

Ce sont des nuages d’étoiles vagues et dansantes,
que les cervelles happent par grappes et nuées,
et la pointe du stylet a beau creuser sur le parchemin,
les noms des créatures folles et condamnées,
le feu absorbe la trace et dissout la pointe du stylet,
il ne restera que le passage étrange après minuit,
par les sommeils remplis de rêves ; la porte d’obscurités,
souviens toi de ton rêve à l’aube, je t’en prie, mon ami.e,
quand plus rien n’a d’importance que ce rêve là,
il faut repérer le grand sismographe, le prêteur de songes ;

celui qui traîne nonchalant, aux abords des hallucinations, des précipices, aux longues mains blanches et veineuses, au crâne d’ivoire, celui qui calcule les multiples sommes d’arrangements, et remets au final les soldes de tout comptes,
il marche à l’orée des bois des spectres et des fantômes,
celui qui fournit l’empreinte fixe des souvenirs,
et arme les deux parties ; vies et morts des possédés …
Il traîne au fond des couloirs du Temps, l’ancêtre …
Il faut aller le chercher, percer le brouillard d’amertumes,
et supporter ses tremblements d’écailles, ses valses hésitations,

son prix est fixé sur le cœur du malade, de la démente,
l’oubli immense, avale tout quelque part ; tu ne dis plus rien,
il y a seulement des bribes de conversations, des brumes restantes …
Et par la voix du spectre, transitent les programmes, les alertes,
la déférence absurde envers l’état des choses, les traditions,
le zèle des forcenés du travail et de l’éveil …
On ne les sent qu’après minuit, les parfums des fabriques du rêve,
des vastes plans de conquête et de mesure des images …
Le sentiment large et libre, l’échappatoire des mondes,
le sommeil qui créé l’ouverture, l’absence de traces,

et recueillir les voix et les touchers doux et graciles,
comme des filets d’eaux du cristal, des lignes transparentes,
dans les musiques folles, les refuges aimants, adorés,
est l’art des errants et vagabonds, se promenant sous les étoiles,
ceux-là qui recueillent les larmes transcendantes des rêves,
dans les monographies ; les instruments d’écoutes et d’exil ;
ah, les voir, seuls et ensemble, le visage empli d’innocences,
sur les parvis des cités des chats d’Ulthar et de Kadath ;
la cité des rêves qui n’apparaît qu’aux grands rêveurs,
aux guerriers de la nuit, de la musique et du silence.

MP – 08082025

Complexe industriel

Une expérience complexe de fan de musiques industrielles en 2025 doit rendre compte de la spécificité d’un genre musical né en Europe et aux Etats-Unis au milieu des années 1970 (popularisé dans la décennie 1980 et les ouvertures 1990/2010 vers la vague électro industrielle, l’Electronic Body Music (EBM), le Métal Industriel et le Synth-Pop) – héritier du krautrock allemand (Can, Kraftwerk), de la musique concrète des années 1940, du futurisme et du bruitisme, des expérimentations de Frank Zappa et du Velvet Underground. La force d’impact émotionnel de la musique industrielle traduit une sélection de motifs sonores et culturels capables d’exprimer la lourdeur d’engagements au travail, les manières spectrales d’agir (invisibles, non dites, sans raisons, sans corps, sans émotions), pris dans une forme d’esprit très abstraite, réductrice et totale et l’intensivité des corps mis au travail dans l’économie industrielle et capitaliste ; cette musique traditionnellement, s’organise également par de multiples groupes, projets, inventions sonores et filmiques, sens collectif, performance live, design audio-visuel, comme une critique frontale des régimes politiques totalitaires.

Comprenons bien la nature des liens tissés entre une forme musicale contemporaine faite de la mobilisation de machines et de synthétiseurs, de voix transformées, de structures en échos, de régimes de bruits, de programmes informatiques, de rythmes syncopales, de mélodies répétitives et complexes, et la forme politique ou économique très particulière du capitalisme à l’ère industrielle ; travail à la chaîne sur un modèle taylorien, répétition déshumanisante de tâches, surveillance incessante par « reporting » et assujettissement des corps divisés en projections d’activités rationalisées et transparence maximale de soi. Comment un genre musical particulier né en écho aux premières luttes sociales et économiques contre le néo-libéralisme, le soviétisme et le capitalisme autoritaire peut-il traduire à l’intérieur d’une forme musicale un certain style idéologique de rapport au travail et au politique dans une société humaine ? C’est d’abord à la beauté intense des motifs à géométries variables, la danse des corps électroniques, les configurations de nappes sonores en plus d’une voix encodée en machines ou d’une voix qui subit et s’émancipe des machines, auxquelles il est possible de lier un art de composition très architecturale au sens d’un travail lent et rigoureux sur le ciselage de sculptures audio-scriptées capables de faire transiter des émotions fortes, et de modifier la « stimmung » d’un lieu ou l’affectivité d’un esprit.

Les compositions de Front 242 (Belgique), d’Einstürzende Neubauten (Allemagne), de The Young Gods (Suisse) et de Front Line Assembly ou Skinny Puppy (Canada), rappellent toute l’importance de la composition par superpositions de motifs et entrecroisements de lignes parallélisées et complexes ainsi que l’importance des contrepoints d’activités et d’instruments pris dans une structure mélodique à renvois incessants à l’intérieur de « Tracks » ou bien de pistes de variations programmées de motifs imaginaires – techniques du sampler – qui font appel à des textes directement politiques et à une coloration sombre de thématiques et de langages. La complexité des structures pour le groupe canadien – Front Line Assembly – et la diversité des motifs musicaux engagés soulignent la capacité créative d’un groupe de musiciens actifs depuis le milieu des années 1980 (début – 1987) qui s’engagent dans plusieurs projets musicaux complémentaires (Noise Unit., Delerium, Conjure one, Synaesthesia ; une réflexion musicale sophistiquée est à l’œuvre par exemple dans « Illicit Dreams » de Noise Unit. [album « Voyeur », 2005, Metropolis), certains soutenus par un fond culturel canadien pour les promotions de l’héritage et la diversité de cultures (Delerium), d’autres intégrés à des stratégies de combat critique contre le divertissement de masse, la superficialité et la conformité des structures audio-scriptées, diffusées sur des plates-formes et soutenues par l’économie de la culture musicale dite « Mainstream ».

La complexité de la musique industrielle – comme esthétique supra-fonctionnelle et musicalité monstrueuse et minoritaire – a affaire avec les lignes de frottement, les bruits des corps et des esprits, et la réflexion critique des artistes et des leaders politiques, impliqués dans des évolutions culturelles qui emmènent des projets de transformation de soi et des visions particulières de la société humaine ; par exemple, l’analyse de dynamiques de reproduction des imaginaires sociaux humains à l’heure de la compétition nationale féroce issue du capitalisme de prédation, de la dévastation des milieux naturels, du neuro-marketing, des bulles de filtrages et d’auto enfermement liés aux réseaux sociaux, ou du ciblage de profils de citoyens/consommateurs par les algorithmes des Intelligences Artificielles (IA). Qu’est ce qui rend ce genre musical si important pour la compréhension esthétique et critique des modèles sociaux économiques exploités par le capitalisme ; d’abord le fait qu’il s’agisse maintenant et depuis la diffusion des MAO (Musiques Assistées par Ordinateur), d’exploitations privées de programmes informatiques, c’est à dire de structures harmoniques programmées ou prévues par une machine (- accessible à toutes et tous – et déliées de possibles contraintes économiques immédiates avec l’Internet en profitant d’une capacité de diffusion autonome), ensuite qu’il s’agisse de détermination d’un motif mélodique central, obsédant et facilement mémorisable, enfin que les aspects affectifs, sensoriels et humains luttent à l’intérieur du système de sons, de voix et d’images reconstruit par l’artiste. Cette tension dynamique de formes conflictuelles dans la création multispectrale, – multi aspectuelle – de la composition musicale arrange des motifs hétérogènes par l’utilisation d’arrière-plans construits par scanner des lieux, morpho synthèse des reliefs, design du son, échantillonnage et sampler saisis comme dynamique audio sensorielle ; et le parcours du son dans ses formes évolutives et ses différents arrière-plans (par exemple la capture d’une manifestation, d’un morceau de discours politique, ou bien l’écoute du vent dans les arbres ou des bruits de bois rongés par les flammes dans un incendie ..) ouvrent à l’auditeur, un monde sonore particulier, une séquence de vies concrète – programmée, thématisée et libres -, qu’appellent l’imagination auditive et la transformation du monde parcourue par la musique enregistrée ou live.

Ici le conflit est une mesure de la texture de cette dynamique spéciale de composition, c’est à dire que le conflit musical est un potentiel arrangement ou une potentielle disruption de laquelle renaissent des structures cognitives et affectives anciennes, cachées ou masquées par la société capitaliste ou l’industrialisation des gestes, des voix et des attitudes au travail productif ; cette capacité de redécouverte de soi et des autres, permise par la musique industrielle fait partie de ses techniques mêmes de composition par l’appel constant à une lutte machine vs humain ; un combat de motifs, une texture programmée et libre, ouverte toujours à la mémoire sensible des temps et des espaces et un possible apaisement d’inquiétudes à la fin d’une séquence ou d’un morceau de musique. Non pas une authenticité fictive mais tout l’art d’une simulation organisée de formes qui font renaître (« Rebirth ») une forme ou un ethos politique et une économie de gestes et d’attitudes, plus naturellement ancrées dans les héritages langagiers et socio-culturels de nos sociétés et des sociétés plus primitives. La technique de répétition gestuelle, le vox coder ou la voix transformée par un filtre machine, les variations contrôlées par les programmes, soulignent ainsi l’espèce d’écart de créativité dont sont capables les formes pensées humaines reprises à l’intérieur de structures mélodiques machines et le caractère bouleversant de certains chants ou musiques industrielles provient en partie de cette ombre humaine qui est toujours présente à la composition et à l’écoute attentive d’un auditeur ou d’une auditrice libéré.es des jugements du conformisme esthétique.

Là encore c’est l’humanité d’une pensée ou d’une forme politique et esthétique, une affection de l’âme, et une coloration de motifs singuliers par les sons, les images, les bruits, les lettres, qu’il est possible de promouvoir et préserver à l’intérieur du procès social symbolique mené par différentes machines à gouverner les masses et les citoyens affiliée à une économie de la prédation, de la conservation et de la surveillance (le livre ou le magazine propagande de l’extrême droite, la chaîne de télévision, comme diffuseur permanent d’un monde devenu dangereux et faux, le clip vidéo acheté et diffusé massivement, les muscles débiles et la haine des faibles et des déviants naturels …) Et la musique industrielle dans son infinie richesse et sa pertinence politique contemporaine, nous donne des armes pour lutter – reconstruire une esthétique de la résistance (Peter Weiss) -, des motifs de satisfaction collective, et une tension de l’âme vers un perfectionnement formel, qui a avoir avec les libertés créatives dans une forme de pensée libre et démocratique. Industrialisation, changement des attitudes et des corps au travail, voix transformées par l’activité et les stimulations externes, cognition a située, fatigues des organismes, exploitation des capacités cognitives et affectives ; tout ce maelstrom des tourments d’un régime de corps et d’esprits capitalisés, rendus lisibles, visibles, exposés et exploitables par les processus de gestion du travail sont emmenés par la musique industrielle pour la libération d’une forme de pensée ré-ensauvagée, remise dans les lignes d’une critique complexe de nos rapports à soi, nos décisions internes et nos interactions collectives, politiques et économiques.

Fragments d’un monde détruit – 175

À hauteur d’enfants

« Et le ciel n’est pas lavé
Et les flots sont endormis.
Loin, au dessus de la rive,
Tout comme s’ils étaient ivres,
Sans vent, se courbent les joncs.
Dieu, dois-je encore longtemps,
Languir ici dans la steppe,
Au bord de la mer infâme ?
L’herbe jaunie est muette
Et se courbe dans la steppe
Comme un être qui vivrait.
Mais l’herbe jaunie refuse
De dire la vérité,
Et personne en dehors d’elle
Que l’on puisse interroger. »

Kos-Aral, 1848.

Taras Chevtchenko, « Testament » in « Notre âme ne peut pas mourir », Avant-propos d’André Markowicz, traduit et préfacé par Guillevic, Éditions Sehgers, p.21-24, 1964, [Commission nationale de l’Ukraine pour l’UNESCO], 2022.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Regarde à l’extérieur, la nuit dans ses habits d’étoiles,
sur la steppe immense, les champs d’or que caresse le vent,
au plus prés de toi, demeurent les frustrations, les limites,
des intérieurs noirs et sang, de larges bouillonnements,
et remontent encore de beaux restes d’enfants,
par les sensations intactes, la fabrique nôtre des souvenirs,
la manière d’arranger la guerre, d’apaiser les coups portés,
et ce que tu distingues à rebours du Temps,

c’est la force d’adhérence au réel, l’expérience des contacts,
la sensibilité sienne, Dieu ou Nature, formes de la vie,
les heurts et malheurs de pauvres âmes errantes,
malades, blessées et fatiguées, jetées dans les troubles de l’Exil,
les psychés qui saignent le sang rouge des Esprits,
jamais détruits ou disparus, en avant des mondes inconnus,
il te faudra te souvenir encore, toujours et encore,
survivre au présent fixe, à la terreur d’exister …

Car l’oubli, puissance démesurée, totalité des spectres, des famines,
arrive pour tout noircir ; les visages, les mains, les ventres et les livres, tout envelopper d’abîmes, de voix unique, de violentes séparations, et leurs silhouettes sont droites, précises, rectilignes, ce sont des armées d’automates, des nuées d’orages électriques, qui envahissent les chemins paisibles, les champs et les maisons,
le maître dans sa forteresse décide seul, univoque et uniforme,
et sa psychopathie affreuse ajoute aux malheurs ..

La vision de soi survivant dans les regards des enfants,
fabrique du temps et de l’espace attendus et rêvés,
toucher l’image mutique, les corps finis, corrompus,
relier les temps de sa propre vie, les lieux,
respirer dans les souffles de l’enfant libre ;
esprit ouvert, air frais et divin, regards brillants, étonnés,
et porter encore devant soi, le fardeau des années,
le travail inhumain, les forces et techniques de dévastation …

Seulement faire remonter aux surfaces de la guerre,
les lignes d’horizon des maîtres et des possédants,
réapprendre la capacité de faire taire et de dire,
détruire les prisons guerrières, les âmes bornées,
qui luisent de leurs lumières aveuglantes ;
au milieu des grands minuits, sur des villes assiégées,
à hauteur des vues d’enfants, dans les vacarmes et le feu,
il reste les demeures vivantes, les histoires qui, au delà, survivent.

MP – 01082025

Des lumières futures

L’impensé de l’assujettissement des masses au capitalisme fossile, à l’Ego compétition, aux sociétés de contrôles à haute intensité rejoint les capacités éduquées devenus fortes en 2025 – capacités de voir le monde comme un miracle à protéger – liées à une désaffiliation intellectuelle et sensible des citoyens, vis à vis des penseurs du conservatisme radical, du fascisme historique, du capitalisme néo-libérale et de la position réactionnaire en économie et en philosophie (Spengler, Lippmann, Weininger, Heidegger …), or la forme de l’impensé réside d’abord en une sensibilisation fragile, progressive des citoyens de démocraties libérales, ou des groupes sociaux déjà habitués à la forme politique démocratie ; sensibilisation comme effets multiples de la contre-culture, des engagements en politique et des progressismes radicaux hérités des années 1960-1970 qui soulignent au passage toute l’importance philosophique de l’héritage des Lumières radicales et écossaises (Spinoza, D’Holbach, Diderot, Helvétius ; XVII° et XVIII° siècles, A. Smith, D. Hume). En ces sens d’une transformation globale des rapports aux milieux sociaux vivants et aux capacités réelles d’exercice de la démocratie, au travers de l’acquisition de nouveaux droits, de l’héritage toujours difficile des Lumières et de la possibilité politique et pragmatique de la désobéissance civile, la puissance des masses gouvernées, a pour enjeu si important, la conversion possible d’une « forme de vie » dans une autre « forme de vie ». Il est si difficile de maintenir vivante la forme démocratie en tant qu’elle demeure comme une sorte d’exception politique au sein de l’ensemble des nations politiques autocratiques et des régimes oligarchiques dont les fonctionnements institutionnels dépendent des logiques de guerre et d’appropriation des richesses naturelles – l’entretien du rapport de forces comme moteur de légitimation du psycho-pouvoir – et de séparation violente vis à vis de tous les mouvements juridiques et philosophiques libéraux et démocrates.

Permettre cette conversion formelle et réelle de différentes vies, dont le sens ou l’absence de sens immédiat renvoie à la claire exploration des lignes de couture et de jonction de différents systèmes linguistiques et sociaux symboliques, dans lesquels les groupes humains sont « parqués », intégrés et identifiés ou sérialisés à partir des langages de l’unité individu est possible parce qu’il existe des techniques de conversion issues d’un lent travail des Sciences Humaines et Sociales et de la Philosophie de l’Esprit et de l’Action ; travail comme le labour d’une nouvelle Terre de libertés, qui lentement infuse des habitudes, des raisonnements, des relations des êtres vivants à leurs milieux dans une sorte de société mondiale, ou une société aux traits sociaux vivants partagés par l’Humanité. Il est par exemple si important de voir se développer des mouvements de résistance massifs à des politiques publiques de dévastation du vivant et ceci devient de plus en plus naturel au sens du refus individuel et collectif de l’aliénation des droits naturels de vie, par un ensemble d’acteurs politiques et économiques qui jouent l’emploi productif contre la vie dans une vision d’un court-termisme très dangereux ; le travail purement économique, capitalisé ou financiarisé, ou la technologie prise comme exacte solution à tous les problèmes humains, contre l’atténuation des effets de l’industrie de l’agro-business, des Intelligences Artificielles (IA), du transport et de l’énergie sur les milieux sociaux vivants.

A quoi pense t-on lorsque l’on parle de « techniques de conversion de formes » si ce n’est à l’élaboration d’une méthode philosophique capable de rechercher dans la société étudiée, les zones de confusion et d’occultation du rapport à la vie ordinaire et à la réalité sociale et vivante comme du rapport à un régime politique construit autour de la relation au vrai et au juste. Des sociétés figées, fermées ou (in)humaines sous l’effet de l’imposition d’une forme tyrannique de pouvoir, comme la Russie, présentent des caractères de désespoir et de soumission comme forces d’encerclement du moi individuel, réduction de toutes capacités réelles d’expression [en ce sens l’Ukraine combat pour la liberté de l’Europe contre l’autocrate Poutine], et mise en ordre de tous les systèmes communicants et institutionnels dans une Médiacratie totalitaire. Des sociétés ouvertes, ou libérales présentent des caractères sociaux humains liés à la possible pluralité des expressions, l’existence d’oppositions structurées à la psychologie du pouvoir ; la relative liberté vis à vis des pouvoirs institutionnels et la capacité d’engagement et de réalisation concrète de visions politiques ou économiques différentes d’une vision idéologique, centralisée et univoque. Désaffilié, faire sortir le Tyran par la petite porte de l’Histoire, désaccoutumer, franchir les frontières d’un régime de faiblesses publiques et d’aliénation complexe par la peur de la non-conformité, la peur pour soi et la vie de ses familles biologiques, intellectuelles, sociales … Ces moments de l’action collective n’interviennent qu’à partir du fait social de la sidération massive qui doit remporter la conviction situationnelle de base du citoyen ; sidération quant à l’écart grandissant, ahurissant, dangereux entre les politiques menées dans une sorte de sous-réalité parallèle par des monopolisateurs de la décision (Finance, Pétrole, Moteur thermique, Armes, Travail invisible des femmes, Déviance naturelle du trans, de la lesbienne ou du gay, Compétition et rôle exemplaire du « Winner » …) et la réalité très concrète et puissante du changement climatique dont nous mesurons les effets chaque jour de plus en plus (Température caniculaire, Sécheresse et méga feux, Inondations, Diminution des nourritures, Vulnérabilité des transports et des structures d’habitation, Extension des déserts, Exil migratoire, Fontes des glaces, Hyper-stress hydrique …)

La puissance d’une conversion a pour elle le temps long de l’histoire d’évolution du système Terre, c’est à dire que toutes les techniques de conversion d’une « forme de vie » dans une autre font appel à une légitimation scientifique et historique des décisions collectives en même temps qu’a des capacités d’incarnation d’un projet politique qui regroupe tout l’arc de la démocratie radicale et du pragmatisme philosophique. Mais cette conversion n’est possible dés lors que des techniques de mise en valeurs des écarts de sidération, sont installées progressivement dans la culture et la société humaine, d’où à l’évidence l’intérêt majeur par exemple de Trump et de son projet funeste de l’« Héritage Foundation » [think tank trumpiste du projet 2025], pour détruire à même l’idée de l’Université américaine et mondiale ; rendre plus difficile le travail de coopération scientifique entre plusieurs institutions (aux travaux souvent directement liés aux études du changement climatique ou aux études consacrées à la justice sociale et économique et au genre) une idée du savoir transmis et légitimé comme lieu d’émancipation. Il est alors évident que comme une feuille blanche réversible à double face ; la conversion formelle peut se réaliser dans un sens ou dans un autre et les forces réactionnaires et le fascisme 2.0, ont pour elles la capacité technique de la Médiacratie, faite de Télévisions officielles, de réseaux sociaux adaptés aux messages réactionnaires, de soutiens financiers majeurs et d’influenceurs sur Smartphone (masculinistes, xénophobes, antisémites, antiféministes, climatodénialiste, évangéliste extrémiste, déversant leurs haines de toute déviance naturelle, de toutes séparations vis à vis d’une suprême Nature ou de la Vie voulue par Dieu …)

Devenir une capacité de transformation sociale, psychologique et politique ne se fait qu’à l’intérieur des limites d’un langage élaboré ou d’une culture d’artefacts, de technologies, de matériaux symboliques, par l’éducation à la perception des aspects caractérisant un rapport libre et émancipé aux milieux vivants … En ce sens de la conversion formelle, la forme démocratie représente non pas seulement un régime politique historique avec ses mécanismes de régulation et de contrôle, et ses institutions officielles mais aussi et plus sûrement, une modalité de vivre ensemble, une certaine vision des choses, une affection de l’Esprit, une culture sociale et symbolique particulière et un potentiel de liberté et de sécurité. Et c’est bien en effet, tout le travail de culture de formes symboliques ajustées à la forme démocratie, travail de construction de l’Esprit critique à l’échelle mondiale grâce à la projection des médias, qui peut et doit être menée par un certain nombre d’artistes, de scientifiques en plus du travail des activistes et des militant.es de la cause écologique et humaine ; cause qui devient dans ce monde de guerres et de souffrances, le seul critère de décision majeure, l’unique cause qui doit rassembler les forces politiques et les Institutions mondiales. Ici nous vivons une alter nativité radicale ; la naissance d’un autre monde ouvert, tolérant, ensembliste, ou en respect du vivant face aux catastrophes issues des guerres, des désespoirs et du changement du climat, ou l’obscurcissement, le rejet autocentré et la perte de toutes sociétés et de toutes vies humaines dans des territoires négatifs ou des zones invisibles et irrationnelles. Ces territoires négatifs qu’ils soient des espaces et des temps géographiques ou des lieux et des moments sociaux, culturels et psychiques sont des zones insensibilisées et invisibilisées par les médias Mainstream dont la capacité technique et culturelle – encore une fois en tant que forces multiples de propagande – est bien de manipuler partout les jugements, favoriser des incarnations de certaines psychologies au pouvoir (la personnalité autoritaire, fascisante et la faiblesse de la représentation de certains points de vue ; pensons à ces médias idéologisés à l’extrême droite que sont devenus C-News, Valeurs Actuelles, le Journal du Dimanche, Fox News, Truth social (avec un nom pareil presque soviétique – « La Vérité ! » – rappelant une perspective très Orwellienne) et détruire les rapports au vrai et l’Esprit critique.

Fragments d’un monde détruit – 174

Outsiders

« Nous pensions être pauvres, ne rien avoir,
Mais lorsque nous avons commencé à perdre
Une chose après l’autre, et que chaque jour
Devenait jour de deuil,
Alors nous avons composé des chants
Sur les immenses largesses divines,
Et sur nos richesses passées. »

12 avril 1915, Pétersbourg,
pont de la Trinité
La Volée blanche

Anna Akhmatova, « Prière » in « Dernier toast et autres poèmes », p.69., choix de textes, traduction du russe et présentation de Sophie Benech, Payot & Rivages, Paris, 2025.

The Spirit Photographs of William Hope, 1922.

Dresser les regards autres à voir l’aspect,
le pli qui rajoute et habille la ligne de fuites,
sortir les ciseaux des songes, couper les rêves intacts,
ciseler dans les toiles du grand minuit,
à la lumière d’une lune pleine et puissante,
découdre chaque ligne de ruptures,
devant les temps inertes et violents,
et regarder au delà des mondes égotiques, isolés, enfermés.

Se pencher, seul, aux seuils des abîmes,
rentrer les coins enfoncés par leurs discours,
les lignes droites, courbes et tordues,
d’une géométrie de l’errance et de la passion,
et rendre toutes choses et tout âmes explicites ;
habillements, centre de gravité, principes directeurs ..
Casser les barreaux liquides, les images symboles souffrantes,
faire chuter l’Empire des décisions programmées.

Voir surgir au détour d’une phrase,
l’image d’un soulagement, l’instinct primitif, l’échappée belle,
par les contrastes, nous saisissons les ouvertures,
d’un orchestre noir ; foule remplie de diktats,
qui joue des musiques sans lieux, ni partitions,
foule de signes vivants ; tu construis la liberté,
chaque percée faite dans les lumières sombres,
trace en diffraction, le monde ailleurs, le réel …

Et sortir du solipsisme à informé notre épreuve,
la mise aux bancs de la société ; l’Outsider,
voyageur des signes morts, dresseur des torts,
dé-fixé des images symboles des gouvernances,
traversé d’intentions malignes, de froides dimensions,
créature en exil, sans nations, ni dogmes ou origines,
en lutte avec les fausses images, toutes les ombres mentales,
traverser les mises à l’épreuve, la fausse prison …

Nous recherchons l’absence de traces, les fantômes du langage,
nous savons dessiner les contours de leurs prisons mentales,
et rien à l’intérieur de nous, ni ne s’observe, ni se détruit,
car tout est défigé, délié, séparé de leurs mondes affreux.
Nous sommes les Outsiders, joueurs des futures passages,
munis des langages dé ciselés, des codes détruits, des transformations,
et nous creusons à l’intérieur des psychés, des connaissances,
l’art de devenir par le franchissement des seuils et des frontières ;

gagner la lutte féroce des reconnaissances ;
« la place que tu occupes est illégitime,
tu dois rendre des comptes et faire des efforts,
travailler jusqu’à courber l’échine ; faire l’amende,
payer la solde des plus puissants,
notre honneur doit juger tes rôles et ta fonction .. »
Outsider, tu n’es pas des mondes anciens,
les mondes privés, incommunicables, les prisons mentales,
Tu transites au delà du spectre dominant ; voyageur des frontières.

MP – 25072025

Machines à vivre

L’embarquement des corps humains et animaux à l’intérieur des macro systèmes techniques communicants (télé activité distante par Internet, transport de l’Information, industrie électronique, exploitation des sols, abattage industriel …) et des processus de reproduction et d’accumulation des forces hyper-capitalistiques (thésaurisation, abstraction de la force de travail par la valeur d’échange, incrustation de la norme générale du profit dans les conduites et les décisions artificielles d’acteurs de marchés …) détermine une certaine manière de vivre inhumaine dont la principale caractéristique est l’aliénation à une brutalité machine ou une intégration forte d’une mécanique d’adhésion aux lois générales du marché, des corps, des formes devenues a sensibles par dressage et des esprits conformes. Cette brutalité – machine peut renvoyer à quatre grandes manières de vivre ou branchement aux câbles processus horriblement froids, brutaux et réticulaires de machines à vivre. Les « way of lives » de 2050 sous la pression d’une réduction des moyens de survivre à l’extérieur sous l’effet du changement climatique appellent des analyses transdisciplinaires et croisées entre anthropologie sociale, littérature et science fictions, philosophie de l’action, psychologie sociale et sociologie pragmatique pour dessiner un contre-profil-type d’un habitant de zones d’habitations, intégralement fermées et climatisées ou bien un.e vivant.e (humain ou animal ou végétal) de territoires encore vivables et possédant des potentiels de bien être, maintenus par des politiques écologiques mondiales, solidaires et massives.

Une autre réduction – elle issue de la forme de vie capitaliste et d’une réduction ego cognitive de nos décisions – tient aujourd’hui en la formidable atomisation de la société traditionnelle par le capitalisme numérique et linguistique dont le principal effet majeur est de parcelliser le socius, par la transaction – individu terminal connecté -, détruire les liens sociaux, isoler l’individu roi et son Ego petit maître toujours en cours de vente et d’achats de ses images, quelque part dans un réseau d’échanges économiques ou financiers. Les machines à vivre comme formes de l’aliénation à l’intérieur des sociétés de contrôle, dépendent toujours de l’hyper capitalisme de prédation et de surveillance ; elles peuvent être rangés sous quatre catégories ; les machines à lire, les machines à voir, les machines à tuer ou les machines délirantes …

Les machines à lire dans un sens traditionnel, sont les surfaces objets de captation du sens par intermédiation de symboles et d’interfaces connectés à la fabrication du sens de mondes particuliers ; le livre est une machine à lire complexe doté de pages, de découpages en chapitres, d’une bordure, d’une couverture, d’une reliure éventuelle ou d’illustrations, on peut maintenant en 2025 payer des Intelligences Artificielles (IAG – dîtes génératives) pour lire à notre place comme un anagnoste ou machine esclave. La voix ainsi codée par la machine représente la sortie audio dynamique du sens par la sonorité métallique d’une « vox codeur », toujours ici la langue est comprise comme un code par lequel des mots véhicules font transiter ou voyager un sens décodé par le récepteur. Codage, asémanticité et complétude de la lecture par la machine assure une livraison d’un compact audio esthétique qui doit matcher avec un besoin d’exploitation économique d’un texte humain ou machine. S’entre aperçoit ici déjà le futur de la capacité à symboliser d’une forme humaine de vie, ou l’autonomie radicale d’une intertextualité reproductible à l’infini et à toutes vitesses, par les machines à produire des symboles comme les IAG.

En creux, se dessine l’architexture nouvelle de la capacité représentative des organes cerveaux qui peu à peu vont se débarrasser des symboles matériels (signes couchés sur la feuille, alphabet humain, images, icônes, notes, tous les reliefs du langage …) pour gagner la capacité de contact direct via des programmes de modélisation informatique connectés à une neuro-sphère afin de « traduire directement » les représentations du cerveau sans symboles autres que le percept brut psychique. Ici surgissent les machines à voir, ou le flash neuronal direct, l’impression d’un langage primaire, d’une interconnexion originelle et fondamentale [cerveau-machine], qui se débarrasse de toutes formes de matérialités symboliques, des signes comme des lettres, des mots, des phrases complexes, et par la même occasion de toutes les grammaires d’activité ou la logique grammaticale qui – on le sait depuis Wittgenstein – accompagne, organise, structure et contrôle des activités humaines ordinaires (acheter, vendre, raconter une histoire, se souvenir des temps passés, imaginer un futur possible, faire une promesse, jouer aux échecs, écrire un poème, composer une musique, bavarder, etc. – tous les jeux de langage et leurs histoires dans une anthropologie des langues humaines et des systèmes communicants). Le réductionnisme neuronal est ici le prototype-(in)humain futur ou la conception chère au transhumanisme d’un humain augmenté par la machine, avec l’humiliation de la mort biologique, la destruction de la diversité ethnolinguistique au bénéfice d’un universalisme froid et abstrait, enfin la réduction de toutes formes de conduites morales à un petit manuel de survie naturaliste. Brancher les cerveaux sur des machines à voir, afin de rêver une fusion neurale biologique et ultime, par le décodage d’impulsion électrique et sortir de ce qui est vécue comme une impasse biologique et culturelle liée à une forme ancienne de vie.

L’effet de cette machination de la vie, dans des systèmes techniques ultra complexes, des sortes de zones technologiques sombres, exclusivement comprises par un bataillon d’experts, rend plus facile, le rapprochement des machines à vivres avec les technologies du complexe militaro-industriel et la fabrication d’armes létales autonomes. La robotique exploitée en vue d’exercices militaires réelles ou d’entraînement est non pas seulement la décision humaine d’user de la force par une extension machine ou une série de prothèses simulant l’arme, dupliquée à l’infini avec des coûts réduit par économies d’échelles, qui transforme radicalement les théâtres d’opérations (on le voit avec la guerre des drones en Ukraine contre la Russie ; le pilotage et la stratégie de déplacement, de furtivité et de captures et éliminations des cibles potentielles) ; la robotique de guerre exploite aussi la possibilité d’une délégation de la décision de tuer, programmée selon des programmes de décisions complexes qui malheureusement se réduisent trop souvent au « Trolley problem ou dilemme du tramway » en évitant la complexité des éthiques humaines, et pressurisent le soldat en charge d’appuyer sur le bouton du joystick. Les machines à tuer promettent l’illusion d’une guerre propre, d’une arme protectrice – alors que les guerres hybrides contemporaines mixent différentes techniques d’assaut et de défense dépendantes des guerres informationnelles, où l’Information est comprise comme une unité discrète de calcul – « Bit – Binary Digit» – de déstabilisation de gouvernements ; un choc de différences qui sous l’effet de massification et de spatialisation du réseau médium, peut faire basculer des régimes politiques et s’affilier des alliés dans une guerre de propagandes.

Enfin dernière machine à vivres ; le désir ou le délire de jouir de soi pleinement, dans les machines délirantes exploitées par les industries du divertissement ; là l’Ego drame prend toute sa signification d’archétype de l’humanité diminuée au XXI° siècle. Le smartphoneur, le youtubeur, les adeptes du casque audio Bluetooth, ou du casque VR, le home cinéma ; toutes technologies d’enfermement de soi-même dans soi-même, l’illusion de la fausse distance, et le corps pris comme surface de stimulation pure, non pas seulement le désir sexuel pris en charge par l’industrie pornographique, ou le désir d’exposition maximale, mais surtout l’absence d’autres humains ou animaux ; la difficulté à exprimer ses ressentis chez les jeunes générations, tout ce qui arrive par le réseau informatique est impulsé, « déjà dit » quelque part et intensivement clos sur un contenu phénoménal, sensible, jamais explicité ou exprimé par des symboles ou des mots signes à soi, qui pourraient rattacher cette expérience vécue à une expérience plus universelle ou plus générale à l’aide d’une logique grammaticale, de mots, de comparaisons, de métaphores, de figures de style étudiées en littérature.

Ici devant les machines à vivre le monde du XXI° siècle, auxquelles les expériences vécues de ce monde se réduisent dans un bouclage cybernétique ; ces quatre dimensions : lire, voir, tuer et désirer, la philosophie de l’action et le pragmatisme humain projettent la possibilité d’une émancipation globale par le sens inhérent à la forme humaine du monde ; c’est à dire le respect du vivant, dans ses formes hétérogènes, ses capacités expressives, organiques, et la force de transformation démocratique des politiques du système Terre, rendue possible par les libertés créatives et les justices redistributives de toutes les capacités réelles de vie.

Fragments d’un monde détruit – 173

Garder le Temps

« Devant la Loi, il y a un gardien. Un homme de la campagne vient trouver ce gardien et demande à entrer dans la Loi. Mais le gardien lui dit qu’il ne peut pas le laisser entrer maintenant. L’homme réfléchit et demande alors s’il pourra être autorisé à rentrer plus tard. « C’est possible dit le gardien mais pas maintenant » […] Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir sur le côté de la porte. Il reste assis là des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour qu’on le laisse entrer, et lasse le gardien par ses demandes. […] – « Tout le monde n’est ce pas, aspire à accéder à la Loi dit l’homme, comment se fait-il que pendant toutes ces années personne à part moi n’est demandé à rentrer ? » Le gardien se rend compte que c’est déjà la fin pour l’homme et, pour atteindre encore son ouïe déliquescente, il lui hurle « Personne d’autre ne pouvait obtenir le droit d’entrer ici, puisque cette porte n’était destinée qu’à toi. Maintenant, je m’en vais et je la ferme. »

Franz Kafka, « Devant la loi » in « Nouvelles et récits : Œuvres complètes, I », p.169-170. Gallimard, 2018.

Porte de ville : [élévation géométrale] : [projet n° 27] : [planche n° 29] : [dessin] / [Étienne-Louis Boullée] 1781-1793.

La frontière de peaux là bas, s’étend à n’en plus finir,
sur le sable brûlant du désert, s’entraînent toutes ombres,
La gorge muette, crie l’étouffement des choses, la finitude,
Il est passé le noir midi et tout est fournaise …
L’horloge en or liquide dégouline au centre du ciel,
et de rares oiseaux vont frôler des arbres humides.

Devant chaque lieux de la cité, un garde demeure,
chaque appel lancé aux hasards des maisons de passage,
résonne dans un épuisant jeu d’échos …
Et nous attendrons la seule nuit froide pour sortir,
somnambules, morts-vivants et traceur des silences rouges,
non demeurant, déjà fou et sans attaches.

Les portes sont toutes fermées, rien à faire,
seuls les gardes prêtres officient dans ces contrées étranges,
leurs écriture fixent les signaux dans nos chairs,
d’une lame à double tranchant, inerte et sans erreurs,
nos signatures thermiques signalent dans leurs yeux,
les présences autorisées loin, hors du silence,
des présages éternels parlent avec la nuit …

S’agenouiller seul, au pas des milles rainures,
Entre apercevoir les rayons de lumières,
dans les yeux bleus cobalts d’une femme aimée,
et croire encore au sens des prières empêchées,
fouiller dans les habits sombres du garde insecte,
qui tient toutes choses figées, toutes flèches de direction,
que des usages exclus ont neutralisés …

Quand les bouquets de minutes figés dans la pierre,
dressent des surveillances opaques, des abîmes,
des morceaux de traces organiques, des aplats numériques,
il reste la grande cité immobile à minuit,
l’œuvre des nuées de démons frappeurs
qui brillent au loin, dé fixent et bougent les sens,

ils tiennent les projecteurs de rêves à prix courant,
installés au creux des champs sémantiques,
projettent les milles couloirs dans l’Esprit forteresse ;
l’offre des démons lancée aux doubles faces,
les montres à découpes, silencieuses et bavardes,
le Temps et sa vitesse pulse au dedans de chaque veine …

Et la porte du Temps reste hermétique,
close sur ses gonds enfouis dans l’obscurité,
prier devant le garde insecte, infléchir à genoux,
l’astre mort au milieu du crâne,
son habit de laines, de fleurs et de câbles,
branchés sur nos appels primitifs ; une sourde méfiance …

MP – 18072025