« Qu’il s’agisse des industries du luxe ou de l’art contemporain, le message est le même : l’important est d’en être, autrement dit de ne jamais risquer d’être exclu ou expulsé de ce monde où tout a un prix. Convergence essentielle qui explique pourquoi « l’art des vainqueurs » est de plus en plus financé, promu et propagé par les détenteurs des industries du luxe.
En dépend en effet l’issue de la guerre entre ce monde où tout a un prix et celui, chaque jour plus fragile, dont aucune valeur n’est à extraire. C’est une guerre féroce, où la moindre manifestation de ce qui n’a pas de prix doit être immédiatement neutralisée, sinon détournée, pervertie ou annihilée. »Annie Le Brun, « Ce qui n’a pas de prix : Beauté, laideur et politique », p.100, Éditions Stock, 2018.
« Where There are People Money May Be Made »
Adriaen van de Venne. 1652. Baroque.
Nous sommes seuls perdus au milieu des autres humains,
et les forteresses sont légions, l’Ego-drame, l’unique,
et ses propriétés privées, mentales ou fiscales,
la mort imprimée sur des billets – monnaies digitales,
l’espèce de musique inerte de stupre qui vous envahit,
l’horrible et nauséeuse musique venue des enfers,
à chaque transaction muette, l’idole Argent fascine, rutilante,
elle brûle les doigts et fixe les orbites creuses,
on va tuer pour l’Argent, dieu des destructions,
on va supprimer notre survivance, nos terres vivables,
il suffira de s’injecter le poison lent du doute,
dans les neurones câblées sur les réseaux,
combien coûtez-vous, morts-vivants, nouveaux nées …
L’existence et les paradoxes de la survie,
combien de temps de vie, de paroles, je vais te régler ou te léguer,
combien vends tu ma force de travail aux innombrables capitaux ?
Aux maîtres exploiteurs, aux Automates de tri … Nous répétons les blocs textuels d’une imagination sociale mutilée, ceux la qui sont vendeurs, qui permettent de résoudre un problème technique, l’expression violentée dans ses bases instinctives,
les corps annulés au profit des images de synthèse,
Seuls compte l’Ego drame, les passions de l’idole …
Nous sommes seuls perdus au milieu du néant,
l’Argent traîne ses dégaines de vieux monstre métaphysique,
il habille toutes les relations inhumaines,
et à la froideur de son contact, on recule, épouvanté, interdit,
c’est le froid du cadavre que l’on touche et l’insecte qui grésille,
pris dans l’ampoule salie du projecteur capital,
la lumière blanche, blafarde du cerveau ; l’odeur d’âmes bon marchés,
broyées par centaines de millions au travail,
l’odeur monstrueuse de la guerre de tous contre chacun,
et par delà les épaules du monstre, il n y’ a plus rien de visible,
un désert d’expressions, des réactions utilement programmées,
l’Argent est le roi du silence, le maître en ta demeure, Seigneur,
s’il brûle les doigts, il annule aussi nos différences,
tout le monde veut l’Argent, tous ils veulent et encore,
ils veulent et veulent encore, ils veulent les vouloirs de la mort ..
Et ses habits sont invisibles, presque insoupçonnables, il traîne en arrière des rencontres comme un spectre toujours égal à la somme de lui-même, l’obsession du roi, le vide expressif et l’annulation des rêves et si tu luttes contre les fantômes de l’argent, ton futur devient incertain, il se peut qu’il t’arrive malheur, que l’on t’exclue …
Il y a des conduites appropriées, adéquates, accaparées,
des idées payantes, crédibles ou de bonnes factures fascistes,
et on fait crédit sur l’autel du silence des âmes mortes,
on paye la mort cash sans regrets, ni espérances,
il faut détruire et exploiter comme le veut l’Argent,
faire partie des jeux de paris, des choix, des stratégies,
et devenir seul, enfin devant son petit dieu personnel A …
Commander, s’agenouiller, faire génuflexion, prier pour son rachat,
plus tard après sa mort, tous les jours passés ici bas …
Il faut consumer sa propre vie au cœur des foyers brûlants,
on est tous égaux devant l’Argent, c’est la valeur suprême,
le signe égal mis devant tes yeux froids et vides,
le calcul de forces et de retraits, les positions des guerres,
et la guerre ici est celle de l’autodestruction complexe,
l’humain se suicide avec plaisir, il consomme, se reproduit et tue,
et son bonheur sur Terre est de plus en plus rare,
car pour manger, se loger, se vêtir, il faut bien l’Argent,
la figuration du spectre monnaie montrée à l’intérieur des âmes,
l’espèce d’impression dégoûtante qu’il laisse sur les êtres,
la peau du visage striée par des formes de pouvoir,
et les choses sont vidées de leurs sens, hors de toi,
nous avons fixés des prix à toutes choses sur Terre,
sur des marchés violents, des vaines conquêtes, des astres télévisuels,
et l’image persistante dans ta tête est celle la plus vendue,
la plus prometteuse, la plus réussie, la plus désirable,
de même le signe-mot est une unité du capital,
il sert de pièce tactique aux stratégies d’enfermement,
l’Ego-drame et l’Argent roi ou comment en finir …
Et cela veut dire quoi, cette coloration des âmes,
en la couleur grise et blanche des marchés égotiques,
des signes-foncteurs de forces et de réactions mobilisées ;
toute la dimension expressive du monde est colonisée,
par ces transactions froides, aux réflexes de jugements conditionnés,
et si je ne veux pas de l’Argent, je meure, seul et abandonné,
si je ne souhaite pas vivre avec cette idole, je suis déjà condamné,
il faut voir les réactions standards du capital rouge sanglant,
directement dans les faces grossières des techniciens,
les techniciens du vide et de l’évidage des esprits,
ceux là qui travaillent pour les entreprises d’Automates,
dans les temps des machines à calculer la structure-langage,
dans les espaces mornes et tristes des cités englouties,
par les mécanismes de l’Argent, du mental obscure, du fétiche et du secret, quand tu regardes tout autour ces forteresses Ego,
les tactiques d’attaques sont complexes, difficiles ou redoutables,
il faut démonter leurs langages morts nés, leurs syntaxes machines,
procéder par analogies, figures et métaphores puissantes,
rompre avec la logique digitale, serpentante, neuronale …
Roi des abîmes, force de destructions, ton circuit d’emprises est total,
il condamne les femmes et les hommes à leurs propres disparitions,
il refuse ce qui sort du traitement conforme des émotions,
n’espère rien de l’idole, elle fascine et aveugle les voix des masses,
elle retourne les valeurs du monde et blesse la vie ordinaire,
et fait de la planète Terre un pur enfer de compétitions,
Alors devient rien et tout, une fois pour toutes,
sort du silence spectrale des aliéné.es,
dans une mathématique bleue azur, un respect des vivants,
nous aurons bientôt de l’Argent à n’en plus vouloir,
et le dieu détruit va tomber sous les trans-formes du climat,
il va tomber et se faire remplacer par quoi ? Comment cela ?
Qui va le rendre possible, ce monde de catastrophes et d’espoirs ?
Nous aurons du crédit infini pour sauver la Terre,
des lignes de crédit – bien qu’abstraites – dans ces mondes, cela compte ..
L’économie de guerre moribonde, la fatigue et le désespoir,
devant cette espèce irrationnelle, qui vit – hallucinée – dans un programme ; toutes machines causales effondrées prises à l’intérieur,
comme des axes de rotation affreuse qui tourne encore tous seuls,
et envoient des millions de pauvres à la maladie et à la mort,
l’inertie des pulsions de mort liées à l’idole,
tout ce fatras de pensées administratives et grandiloquentes,
l’économie politique réduite à une blague tueuse de l’espèce …
On en reste sidéré et pris de tremblements, de fous rire et de craintes,
la guerre militaire fait la guerre économique et inversement …
Neutraliser l’idole, cela revient à faire ceci :
« payer » tout le monde pour que survivent la Terre et les vivants.
puis sortir de la logique mortifère de l’idole,
briser les valeurs de l’argent ; supprimer le mérite et la distinction,
et inspirer l’humain en une nouvelle solidarité terrestre, sauvage ou survivante. Prévoir des « banques du développement » si vous voulez, bien sûr, de simples interactions sociales symboliques pour bien agir ou recréer et rendre possible une politique de l’action, du sentiment et de la pensée …
MP – 04092026
