Kreatura

« C’est parfois cela : une sorte de langueur,
Aux oreilles, l’horloge sonne à n’en plus finir ;
Au loin, les roulements du tonnerre qui se meurt.
Il me semble entendre se plaindre et gémir
Comme des voix inconnues et captives,
Un cercle mystérieux lentement se resserre,
Mais dans ce gouffre de murmures et de sons
Un bruit s’élève qui domine tous les autres.
Et le silence autour est si irrémédiable
Qu’on entends l’herbe pousser dans les bois,
Le Mal rôder sur terre en portant sa besace …
Mais voilà que déjà on distingue des mots
Et le déclic sonore des rimes légères,
C’est alors que je commence à deviner,
Et les vers qu’on me dicte viennent se déposer
Sur la neige blanche du papier. »

5 novembre 1936. Maison sur la Fontanka.
Septième livre. « Les Secrets du métier »

Anna Akhmatova, « La création » in « Dernier toast et autres poèmes », p.103, Choix de textes, traduction du russe et présentation de Sophie Benech, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2025.

Joseph Wright, The Corinthian Maid, ca. 1782–84.

Au cœur de la chambre vide, sont formés les magma signaux,
la blancheur neutre et leurs objets vidés des intentions,
un complexe de faits et d’actions, lentement exclu des mondes sensés, il reste l’aplat de signes noirs, l’alpha matrice, la dimension sienne, creusée dans chaque mouvement tendu vers nos futurs, l’enveloppe des corps et des symboles individués par erreurs,
tout autour du manteau de nuit, se déforme ton silence,
l’esprit envahit par les sons, ressaisis, sans aucun autres,
les cris des oiseaux à l’aube qui remuent dans le noir soleil,

Ne viens pas ici sans raisons, sans projets, ni forces de vie,
car tout a été pris et projeté par le film drame de l’intime,
le déroulé du scénario précis, chaque nuit transitant dans la forme alpha, le rire de l’oubli planté sur tes lèvres de cendres,
et chaque mot signe, passeur, tient sa place, son rôle et sa fonction,
dans les différents jeux d’une dynamique de transfert ;
derrière l’écran de ta position, est maintenue vivante, la créature,
la noble « Kreatura » ; issue d’une fantastique absence,
traverse seule, les dimensions froides, liquides et muettes,

les plis dans les murs blancs ; lézardes vidées de tout objets,
ce puzzle mental qui rassemble toute la maison et disperse ses pièces … Je vois la forme belle et mouvante, le halo fantôme, l’invisible,
qui se déplace tout contre nous, la blancheur transpercée,
avec ses bras de mer incertaine, ses îlots de beautés effrayantes,
les mots épinglés comme des petits ordres de survie,
font des choses étranges, des manières d’être, de voir et de penser,
des sonorités et des images unifiées dans le Temps,
que projette l’œil de l’âme solitaire au fond du couloir …

Quelle joie quand tu dictes à la machine morte ; les récits,
les aventures folles des personnages et des histoires rêvés,
les intrigues et leurs raisons d’agir, les espoirs et les regrets,
les situations de jeux et la transe venue d’une autre dimension,
il faut voir comment ils ou elles traversent nos mémoires,
à l’allure vive de l’existence dense, habile et sans égal,
comment se noue dans ton visage, la minute sienne,
ô seigneur de la vie, qui souffle dans les rouages
d’une machine sémiotique ; la pensée d’une lumière diffuse,

les nuages de cotons et de sables minutes, les rêves,
qu’envahissent chaque phrase déployée dans l’infini,
et cette voix qui chuchote le désir et ses matières,
venue du centre des corps même dans toutes dimensions …
Je me tiens fidèle aux signes qui surgissent au hasard et informent,
dans les guerres du silence ; ouvrant des fenêtres autres, sans personnes, cette guerre menée au milieu, par les mouvements de la « Kreatura », habillée des signes ultimes, de la perfection du réel …
Et tu emportes dans ce monde alerte et présent,
que les vagues présciences, tes chemins d’exil et de dépassement de soi.

MP – 10102025

Symnographie

«  Il y a comme une clarté vacillante de l’aspect. De même que l’on peut jouer un morceau de musique avec plus ou moins d’intensité dans l’expression. En soulignant plus fortement le rythme et la structure, ou au contraire moins fortement. »

Ludwig Wittgenstein, « Remarques sur la Philosophie de la Psychologie I » , &507, p.118, Édité par G.E.M. Anscombe et G.H. von Wright, Traduit de l’allemand par Gérard Granel, Trans-Europ-Repress, 1989.

Canard-Lapin, redessiné par Joseph Jastrow dans « Fact and fable in psychology » [archive], Boston, Houghton, Mifflin and Co, 1900, The mind’s eye, p. 295, fig. 19

D’abord surprise, hésitante, l’impression vague, puis précise,
creusée dans la forme alerte, la silhouette à chaque fois, neuve,
et tout le mur derrière elle qui supporte ta vision,
le tableau qu’envahit le couloir des temps, des lieux,
la vie est là, dehors, à l’extérieur, toujours lointaine,
et son énergie lorsque elle passe en soi-même,
retient la terre dans sa fermeté, son odeur de nuits,
dans le plurivers, s’entrecroisent les morts et les mondes futurs,
aux références multiples, ordonnées selon des contextes,

il faut laisser les lieux se mélanger, devenir cet autre rêvé,
en finir avec le point de vue de nulle part,
et aiguiser les armes de la perception, versus le concept,
pour une synthèse froide, concrète, arrimée aux vivants,
nos idéaux franchissent les murs et leurs projections,
bâtissent des cités endormies au cœur des étoiles …
Et le soleil illumine les versions de toi-même,
dans une mémoire sociale, toujours neuve et fragile
dont les cribles détails laissent filtrer le Temps …

Écouter les aspects d’un visage ; le remue-ménage social et intérieur,
voir la musique défiler en sériels merveilles, dans les corps sien,
désapprendre le fixe et l’inerte, saisir l’énigme sociale, hors du réel absolu, sortir des substrats, des origines, de la fonction conceptuelle et ultime, renouer les liens du sel, immémorial, des corps divins, et la forme sensitive transite d’un lieu à l’autre ; elle change, vague, symétrique, en glissant dans l’aspect de l’image, elle emporte les sens, entraîne la conviction et la situation de jeux, comme le perçu, brut, formel, fruit du contact sensible et du toucher de tes yeux noirs…

Un minuit glacé et brûlant, une opale et une cible qui se détournent,
les sens seconds des choses et des êtres vivants,
le plus visible est cruellement caché aux habitudes,
la forme voyage comme la musique qui inspire et organise,
au delà de l’épaisse couche du silence,
le coton affreux de la chambre vide, la conscience seule, nettoyée,
vidée de toutes insertions aux significations et aux contextes,
l’œil qui ne peut être voyant ; le visible et l’invisible,
et parfois le manque de visions alertes, freine et détruit,

l’habile regard social, complexe, exercé et éduqué ;
la pluralité des formes et des tempéraments,
la profondeur du champ et les portes vers chacun des mondes ..
Merci mon père, mon amour, mon astre mort, pour tout cela qui renaît, au travers des signes symboles, des affections et des sociétés,
je vois venir l’aspect, la profondeur des passages ..
Voir ceci comme cela, transformer les mondes de la vie.
Nous marchons proches des limites ; les ouvertures combattantes à soi, la saisie de l’aspect et la vie plus riche, la vie plurielle et concrète.

MP – 19092025

Dialogues du vent et de l’oubli

« La sensibilité au temps est une forme diffuse de la peur.  »

Emil Cioran, « Le crépuscule des pensées », p.55, traduit du roumain par Mirella Patureau-Nedelco, Editions de l’Herne, 1991.

Harry Clarke’s Illustrations for Poe’s Tales of Mystery and Imagination (1919). Berenice.

Il fait froid, ici et ailleurs, l’étendue de basalte rouge semble infinie …
A côté du rocher métallique sourd, de la pierre mutique,
se tiennent les grandes harpies, les créatures astrales …
Il fait nuit et la double lune éclaire toutes les ombres,
un dialogue naissant passe par les quartz silencieux …

Le vent récite la prière de minuit ; « va et viens par ici, sans espoir, car toutes choses ici bas, traînent et meurent un jour sans raisons, et les corps délicatement sont pris de maladies et de corruptions, leurs fières jeunesses se transforment et leurs visages sont frappés de stupeurs. Les yeux du néant regardent en toi, ils te voient partout, tout le temps, et transpercent les carapaces des Dieux … »
L’oubli répond dans la musique des précipices, des silences et des murmures ; « toi qui a saisi de froid et de douleur les corps, fait d’eux des pantins mécaniques allant par vaux et par monts, sans but ni passés, avec qui, la mort discute du montant des primes, pour chaque âme traversée et torturée vers la fin, dis nous enfin le prix du sacrifice … »

il fait petit jour, l’aube, aux couleurs violettes, arrive,
et le désert immense a effacé toutes les traces
des passages fiers, des écrits marqués sur les pages,
des folles avancées, des paroles bleues, sans rien autour,
le sable de l’anti mémoire à recouvert le fond des choses,

le vent se tourne vers le soleil naissant et dit ; « viens tu faire le ménage avec moi, nettoyer les passages des morts, dévorer leur chair quand elle est partout présente, emmener la poussière vers la poussière, et lui donner la couleur des braises d’un feu infini ? Dans tes rayons ardents, je veux vibrer au diapason des forces ; eau, terre et feu et faire voler les âmes détachées de la vie, à toutes fins inutiles .. »
L’oubli répond légèrement agacé ; « je suis le seul astre opaque, le miroir des absences, en moi personne ne voit et n’entends rien car je suis présent uniquement quand tu t’enfuis, je porte la mémoire neuve, la force de sidération, le silence enfin comblé … »

Sur ces terres immenses et désolées, il semble que rien n’arrive, ne pousse, n’advient,
seules les nuits profondes ont fait naître le noir galactique,
la seule lumière vive provient des étoiles,
le désert est rouge, le monde froid, incommunicable,
et la plaine qui tient la terre partout solide et triste
est la terre des tristesses, aux corps mutilés, aux ancêtres perdus …

Le vent dit qu’il ne veut pas vivre ici, qu’aucun corps ne se meut sans lui mais que là, maintenant, toutes les âmes errantes sur cette terre étrange, pourraient périr et rejoindre l’oubli ; « oubli, laisse moi, je t’en prie, aucune raison de vivre ne survit encore en toi, pour mouvoir, faire renaître, par la volonté de puissance, le vouloir de toutes les forces engagées et je suis le vent qui seul, fait mouvoir, glisse dans les tissus multicolores, drape le sable d’un autre sable, promet un ciel futur .. »
L’oubli annonce avec les hurlements des chiens du Temps ; «  le vent est devenu fou ! Moi seul garantit la vie future, parce qu’il faut bien oublier pour se souvenir encore, faire renaître les sons du silence, l’abîme de blancheur des pages nouvelles, promettre les futurs qu’appellent chaque geste, chaque signe et chaque vision … »

Le jour passe, transparent, solitaire et faible ; chaque mouvement, étant devenu soudain un mouvement de trop, une charge terrible, une fatigue lente, désespérée ; et sur la terre étrange du dialogue, le vent meurt à petit feu, dans l’effroi grandissant, il se consume comme une feuille de papier dans l’obscurité …

L’oubli crie à qui peut l’entendre ; « je préfère quand les choses sont bien dites, quand elles sont bien fixes, qu’il n’y a plus rien à attendre, plus rien à espérer, et que le tableau qui nous contient soit bien accroché sur le mur de leurs visions … C’est pourquoi je te bannis du territoire des morts, toi vent et faiblesse du mouvement vital … »
Le vent recroquevillé au fond des couloirs du Temps, flambant neuf, murmure dans l’espèce de trou qui lui sert de visage ; « je retiens ton absence de noms, la faveur des traces, les correspondances gracieuses, le même chemin que j’ai pris pour entourer les corps des vivants … Et je saurais à l’avenir repérer ta venue parmi nous, oubli du monde, empreintes des possédés, force sans qui rien n’arrive …. »

Le crépuscule tombe, au fond d’un horizon rouge flamme, le jour se dérobe, et les minutes siennes se détruisent lentes et sans vies, l’oubli et le vent se regardent en chiens de faïence, leur fragile empreinte de sable et d’eaux est maintenant transformée en milles morceaux de sons et d’images ; il fait froid, il n’y’ a plus personne ici et le rouge ocre du désert reprend tous ses droits, il suffira de lire les traces des poèmes, voir et entendre la musique des étoiles ; pour te souvenir.

MP – 08052025

L’abandon

« Une des fonctions du corps humain consiste à localiser précisément chaque individu, à lui assigner une place et une seule dans l’étendue. Le corps des dieux n’échappe pas moins à cette limitation qu’a celle des formes. Les dieux sont en même temps ici et ailleurs, sur la terre où ils se manifestent en y exerçant leur action et dans le ciel où ils résident. »

Jean-Pierre Vernant, « Le corps divin » in « L’individu, la mort, l’amour » , p.34, Gallimard, 1989.

Au lit: le baiser (In Bed: The Kiss), by Henri de Toulouse-Lautrec, 1892.

Attendre lentement que le jour finisse, que le soleil noir disparaisse …
Derrière les murs de la cité immobile, dans les bétons inertes,
par delà le son des vacarmes, fuyant, des jours chronométrés,
j’attends la nuit profonde pour enfin te serrer dans mes bras …
Franchir les lignes de fuite avec l’arme du signe et le réconfort …
La nuit de l’Esprit, hantée par tout les songes de ce Temps …

Et toucher ta peau nue encore vivante, l’odeur acide et le contact,
au fil des parcours des futurs, voir et saisir la fermeté de ton corps,
qui tranche avec l’absence de tout lieux, de toutes formes ..
Je pense à toi seule sans rien autour, sans pensées d’ailleurs,
deux matières brutales ; une sensibilité précise, rouge et bleue,
et tes cheveux noirs et or, que le vent divin traverse …

Les corps attirés dans le champ des attractions, des différences,
s’habillent de vêtements fragiles, de tissus blancs, de cotons nuages,
Il ne reste rien quand je te vois et anticipe notre nuit ..
Il y a le seul désir puissant, les sang-mêlé toujours,
nos deux corps-fusions, les figures à minuit, nos deux passions extrêmes. Et la fin recherché, les sensations brutes, finales, sans aucun retour …

Tu cherches toujours à aimer l’autre figure absente dans sa parfaite nuit, à voir, entendre et sentir les corps mouvants des différences,
et je ne peux vivre que dans la demeure étrange …
La maison faite de milliers de signes, d’étranges interfaces ;
la séparation des corps formes et des milles signaux,
la frontière large et sensible qui pénètre toutes les choses adorées …

Les coupures dans le tissu des rencontres, des corps à corps,
et les mots exergues, les pointes aigües de nos vies,
qui emmènent l’intention plus loin que le sang et les regrets …
Ah imaginer nos futurs dans les folles espérances, les vies maximales,
les décisions froides, raisonnées ; appliquées et sans restes,
les nouvelles croyances habitudes créés dans l’Art et la Nature,
qui construisent une « Polis » ; un état d’âmes commun et désirable pour la politique de notre monde ….

MP – 31012025

Violences égotique

«  Fütter mein Ego ! Fütter mein Ego ! Fütter mein Ego !
Lass uns noch was Wodka holen
Russische Vitamine, Russische Vitamine, Russische Vitamine !
Ich glaub, wir müssen nochmal hin
Ich glaub, der Typ schläft schon
Niemals! Bestimmt! Niemals !
Zieh!
Niemals schlafen! Alles Lügen! Staubiges Vergnügen!
Telefon! Zieh!
Hörst du das nicht?
Eine fixe Idee geht durchs Zimmer
Riemenschneider schnitzt sie in meine Gehirnwindungen
Dübelt sich in meinen Kopf
Später dann
Kannst du Regale dran aufstellen, oder

Zieh! Telefon! Jetzt aber wirklich
Sag mal hörst du das nicht?
Zieh! Das brennt ja wie verrückt!
Fütter mein Ego! Fütter mein Ego ! »

Einstürzende Neubauten, « Yü Gung (live) » in « Strategies Against Architecture II », EGO, Berlin / Some BIZZARE London, 1991.

Logo d’Einstürzende Neubauten ; un pétroglyphe pariétal d’origine toltèque ou olmèque

Cueillir les trompes la mort dans les couloirs d’un Temps glacé,
les axes d’un sang métallique rigides, qui coule aux bords des pièces,
l’obscurité immense rampe au milieu du corps,
cette vague noircie et les étincelles de flammes or et bleues,
les yeux fixes ont dirigés des visions, rameuter des sensations,
sur les glaces brisées se sont couchés les « créatura », les grands discours ; l’indifférence règne en maîtresse et le polissage des verbes mentaux,

est un art subtil et délicat, maniés par les audio spectres, les figurants, ils sont des milliards rejetés au fond d’une caverne, d’un puits de silence, l’Ego-drame, le refoulement, le cercle d’ombres et d’insuffisance, qui dresse les foules de marionnettes dans un théâtre fort cruel, et le fonds tout sombre derrière l’Ego, est inconnu, « Je » ne sais pas ce qui a lieu derrière toi …

Car « Tu » ne l’a jamais découvert, « Polis », cité du sens ;
cette dimension expressive encore invisible, jamais touchée,
là où les gestes sont des failles qui attirent et excluent,
les visages aux traits figés, les mouvements aux digits parfaits et égaux, et tout cet imprévisible rompu est rejeté à l’extérieur … Voir l’extérieur, approcher les galeries de gestes brisées.

« Je » est une fiction grammaticale, une routine pratique pour dire, ordonner, configurer les présences de soi à soi, organiser la fuite au delà, il ne désigne rien comme objet et cet absolu identique qui trône dans le ciel, la pensée et l’indice de l’existence, qui percute toutes formes, dans le règne de l’absence à soi, le recueillement muet à l’intérieur … « Tu » ne peux rien voir, sinon la rumeur venue des prisons,

les cellules invisibles par milliards qui drainent votre attente,
la séparation des vivants ; dans l’ordre des choses, chacun, chacune,
pris.es, emmurées dans les affreux barreaux liquides,
la danse folle des âmes fermées sur les cercles,
longeant seules à seules, les lignes des prisons à ciel ouvert,
goûtant au plaisir égoïste, au repli sur un pseudo soi ;

Il fait toujours froid dans l’Ego dévorant les nuages et le rien,
l’axe logique rigide qui identifie seul, les cercles auto-suffisants,
et ses habits noirs sont faits pour masquer, voler et détourner,
toutes les raisons sont ici des détournements d’actions,
des captures des attentions pour ne vivre qu’à l’intérieur …
Ah quel est ton corps-machine dressé à réagir ?
Quel est ce corps aux réactions prévues, toujours commandables ?

L’idée fixe est semblable aux tourments, aux rutilants cauchemars,
elle tourne dans le corps-manège ; l’ordre capital, nourrissez l’Ego !
Creusez les couloirs dans l’inaction, les galeries de gestes adaptés,
Fabriquez les virtuelles prisons, les fausses prisons,
et les cerveaux joueront des modes réflexes d’automates,
des suites de notes terribles, alignées comme des scripts …

Ah la chromatique terreur, la terreur d’exister …
Celle dont les peintures et la musique traînent sur les amours déchus,
et l’orbite des planètes monde restera fixe, ancrée, figée,
les figures des spectres seront les mêmes, toujours,
hantant par leurs présences folles nos gestes et nos voix,
l’errance du je qui sort de l’Ego, le drame humain,
l’échappée libre et sans restes, sans filets …

MP – 22112024

Toi, l’infini

« Toujours tendre me fût ce solitaire mont,
Et cette haie qui, de tout bord ou presque,
Dérobe aux yeux le lointain horizon.
Mais couché là et regardant, des espaces
Sans limites au-delà d’elle, de surhumains
Silences, un calme on ne peut plus profond,
Je forme en mon esprit, où peu s’en faut
Que le cœur ne défaille. Et comme j’ois le vent
Bruire parmi les feuilles, cet
Infini silence-là et cette voix,
Je les compare : et l’éternel, il me souvient,
Et les mortes saisons, et la présente,
Et vive, et son chant. Ainsi par cette
Immensité, ma pensée s’engloutit :
Et dans ces eaux, il m’est doux de sombrer. »

Giacomo Leopardi, « XII L’infini » in «  Chants / Canti », [1831], Traduction de Michel Orcel, Préface par Mario Fusco, Flammarion, Paris, 2005.

Scene from A Midsummer Night’s Dream (Oberon, Titania and Puck with Fairies Dancing), William Blake, ca. 1825

Les éclairs d’or sombre, sans véritables lumières,
tes cheveux pris dans le ciel, et tes yeux vagues et muets,
qui regardent au loin sans jamais nous voir,
au loin, ailleurs dans le paysage ultime des déserts,
qui percent le béton uniforme, grisâtre et droit,
ta parole vibrante et saignante au creux des mains,
qui caressent les surfaces grises et craquelées,
dans les avenues des cités verticales, plus rien n’arrive,

des armées d’automates sortent des fabriques,
ils jouent la musique d’industrie par leur faux-sang,
et défilent sur un air rouge et blanc, une conscience en tissu,
que tu prends comme vêtement doux et silencieux,
leurs frappes sont cruelles et sans répits,
et derrière le vacarme fou qu’ils font,
au delà des larmes gelées des prêtres,
en deçà des transes frissonnantes, des noires maladies,

il y a une puissante vague de vents et de pluies,
qui tient la cité des hommes, des femmes et des anges en éveil,
vivante partout et qui se glisse au creux de leurs gestes,
leurs machines froides tenues en vive alerte,
la vie prés des corps, des rêves et des songes,
qui bât sur le front de l’enfant,
l’enfant-signe chantant la perte, l’espoir et le contact,
dont les regards fouillent dans l’obscurité,

cherchant la lune gibbeuse et les distances des étoiles,
voulant encore écrire, signer, jouer les mortelles cadences,
des orchestres noirs, ceux là que dressent les fantômes,
pour faire revenir le jour dans la nuit ;
faire renaître les mondes depuis les cendres grises,
rappeler les mondes d’ailleurs, ceux-là et sans limites,
que les soleils galactiques brûlent tout au milieu,
dans le corps-vécu, la sidération des corps,

qui ressassent des tourments et font renaître,
par les cérémonies étranges et les prières à minuit,
la puissance de vie et de nouveautés,
l’infinie puissance que chante l’oiseau plus loin qu’ici,
tout cet invisible toucher, ce lien d’absolu,
qui travaille à l’intérieur des âmes, des yeux et des corps,
et rend toute choses belles et nouvelles à son service,
Infini ; forme sans matières, signe d’invisibles frontières.

MP – 29032024

L’absence

« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources :

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir, (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance, empli de souvenirs intacts …

De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête. »

Georges Perec, « L’espace (suite et fin) » in « Espèces d’espaces », post-face de Jean-Luc Joly, Seuil, 2022.

Solid Objects: 16th-Century Geometric and Perspective Drawings. collected in a sixteenth-century watercolor manuscript and preserved at the Herzog August Bibliothek in Wolfenbüttel.

Je me souviens de l’air que tu respires, dans le hors-lieux,
car en moi vibre encore continuellement ta respiration,
la couleur de ta peau brune et or, et tes mouvements familiers,
tes cheveux blanchis et rares, et tes yeux d’aigles perçants,
la manière dont tu existes par mes gestes, et ma voix,

est une manière d’être au monde, encore, maintenant,
et jamais rien ne sera là, tout proche, sans toi,
dans la seule dernière fois où tu m’as vu,
les yeux implorant une grâce impossible,
ce moment s’est placé au delà, entre nous seuls,

au delà des espaces et des temps fabriqués et prévus, inutiles,
dans cet entre-monde, que je créé par ses images,
tout ce tien qui est devenu mien,
dans les nuages de cotons blancs, lumineux,
qui glissent au travers des murs lézardés de souvenirs.

Quel a été le dernier moment sans panique intérieure ?
Quelle fût l’intensité du cri de ton âme ?
Lorsque passant dans ta chair, le ciel et sa tumeur,
ont creusés l’infini silence ..
Quelle a été cette espérance folle de la vie ..

Prendre soin de l’espérance, chaque instant en ta demeure,
était notre travail difficile, nous si proches,
notre seule et bienfaisant travail de panser et soigner,
l’étrange blessure qui a déformée les traits de ton visage,
cet invisible en chair, qui bâtait la mesure folle,

et cette anarchie du corps, tout ce tumulte bouillonnant,
cette invasion affreuse et brutale dans ton sang,
d’un mouvement extérieur, proche d’une douleur,
tout ce sentiment intime de perte et de repli,
étaient là comme un obstacle, entre toi et toutes choses …

Il y a ces moments et ces lieux aimés, ces conversations,
prises dans des rites de la décence et de la dignité,
d’honnête homme et de frère et de père,
la tension joyeuse de l’esprit avec ses mots et ses regards,
qui remuait ton corps, d’un mouvement rapide et serein,

l’absence de pesanteur terrestre,
le corps et l’esprit jetés dans le monde de l’autre,
oublier la fixité obscène de l’attention, concentrée sur la douleur,
est-ce compenser par un plaisir éphémère ?
N’est ce que cela devant l’obscurité faite future ?

et jamais il n’y a de regrets possibles entre nous,
rien de cette sorte d’affront là, si la souffrance a dévoré ton corps,
nous avons habillés ses multiples présences, ses lieux, lointaines et proches,
d’un morceau de ciel gracieux, fait d’air et de feu,
pour que la flamme brillante de tes yeux,
brûle encore en nous..

Ainsi tu deviens partout où nous serions déjà,
l’homme de la terre et des mémoires,
et à la traversée du monde des idiots et de leurs reflets fantômes,
ceux qui s’identifient sans cesse, eux-mêmes, par les vitres du néant,
nous percevons chaque signe que tu as rêvés,
plus loin que toi, dans ce rire de l’âme humaine, noire et bien vivante.

MP – 30062023

Le cri

« 22.05.51. Nostalgie, fossoyeur du corps. Unique clé qui tourne dans la serrure de la nuit. Douleurs partout, jusque dans le mot. D’où silence. Les tombes se trouvent juste sur le bords extérieur. Des rêves comme des décalcomanies. Dents tombées, rires de hyènes mouettes. Des rires comme des débris. Tout en miettes. Les rêves sont-ils un début de prophétie ? »

Nelly Sachs, « Lettres en provenance de la nuit :1950-1953 » p.57, Traduit de l’allemand par Bernard Pautrat, Allia, 2010.

Cette totalité de regards, d’attitudes et de gestes attendus toujours,
ce circuit d’alertes, figé, dur et coupant qui dicte la conduite,
à voir et sans devenir même dans les théâtres de marionnettes.
Il fait toujours chaud ; brûlante est la glaise qui tient les membres,
ce golem-idole qui par la langue décrit le monde,

que demeure t-il là, ce monde de terres, d’ombres et de feu,
plus loin dans les « hiéroglyphes de lumières »,
avec les caractères de sangs imprimés sur les feuilles,
et l’abandon et la perte ont fait briller encore les étoiles,
rien ne peut arrêter cette énergie du désespoir.

Et la pluie de cendres qui doucement recouvre la terre,
cette terre immense qui accueille tous les vivants,
Regarde, lève les yeux sur cette neige devenue folle,
cette terreur absurde que l’on lit dans tes yeux,
l’absence de doute, la certitude de la fin,

est celle qui fait mourir toutes volontés,
toutes absences de restes, d’ordres et de défaites,
Nous sommes le peuple ; crient-ils,
avec la brutalité et l’arrogance des fascistes,
et rien ne nous est laissé en restes.

Et la nuit de l’esprit immense prend à la gorge,
cette nuit profonde qui emmène toutes vives espérances,
follement jetées dans l’abîme,
de ce temps du massacre et de l’industrie.
Ici, mécaniser les corps comme purs matériaux,

est devenu possible, rationnel, envisageable,
comme une matière première, une pure ressource exploitable,
cheveux, dents, doigts, peaux,
transformés à toutes fins utiles en savons, perruques et or,
pour laver la crasse des imbéciles,

Tout ces bien trop nombreux qui s’alignent,
à la façon abjecte des automates, des bien conformes,
sur l’idéo-drame funeste, la seule vision fanatique,
des hommes purs lignés de bonnes races,
Qu’avons nous de commun au fait ?

Avec ces pseudos-sujets, ces hommes dits supérieurs,
mis au service avec honneurs, des régimes affreux,
ceux là qui transforment la mémoire,
font de l’oubli et de la haine les valeurs pures et suprêmes,
envoient les masses d’esclaves dans les enfers,

Et la guerre, le management des hommes et des matériels,
des positions et des cibles tracent sur le sol, une géographie de l’enfer,
maintenant que tu dis l’expérience de l’absence,
la perte irrémédiable, la souffrance réelle,
que reste-il à voir, à dire, à écrire ?

Nous sommes perdus dans l’esprit des temps,
et seuls les poèmes et les signes ont cette force du ressouvenir,
avec eux va nuit et jour, le rythme du temps,
cette avancée fatale, saturante, au delà des moments et des périodes,
traverse comme une lame, les corps de suppliciés,

Les bâtisseurs des camps, du néant, de la torture,
ceux là qui exécutent les milliers d’ordres supérieurs,
qui frayent avec ces fabriques de l’enfer,
survivent là comme des sous-chefs,
en charge de procédures exécutables, de directives, de mots d’ordres,

Et leurs communications comme leurs systèmes sont affreux,
leur langue est tordue par des mécanismes,
de feux, d’huiles, et de sang,
pas une mémoire alerte, spéciale, ne survient, il n’y a rien à dire ici,
il n’ y a pas d’êtres vivants, ni de paroles, ni de temps,

Et dire le silence est un devoir aimé,
un témoin devant la grâce d’une parole aimante,
l’empreinte du silence et l’oubli qui n’est plus là,
maintenant je viens à toi, persécuté.es et disparu.es ;
qui encore se souviennent …

Nous restons muets la foule, toi, moi, elle et lui, devant cette horreur.
La bête immonde qui remonte dans les faibles souvenirs,
et marque l’intérieur des âmes,
par cette marque sur la chair indélébile,
ce tatouage qui classe par des numéros,
l’identité pour le camp, l’obéissance et l’assassin.

MP – 16062023

Les nuits contraires

« On pourrait caractériser ainsi la pensée religieuse : c’est la croyance qu’il existe un ordre de choses invisibles, auquel notre bien suprême est de nous adapter harmonieusement. […] A toute attitude de l’esprit, morale ou religieuse, correspond un objet qui occupe le champ de la conscience, et qui possède à nos yeux une existence réelle ou idéale. Un tel objet peut être présent à nos sens ou seulement à notre pensée. Dans les deux cas, il provoque en nous une réaction. »

William James, « La réalité de l’invisible » chapitre III, in « L’expérience religieuse : essai de psychologie descriptive », p.74, [1906], traduit de l’anglais par Frank Abauzit, les classiques des Sciences Sociales, bibliothèques numériques, 2016, Québec.

Tatiana Larina’s dream (1891), by Ivan Volkov

Le pacte silencieux, celui qui scelle nos accords,
Nuit et jour, mêlés comme des enfants joyeux,
la même déclinaison de l’attitude ; l’étonnement,
criant des souffles d’adieux et des musiques d’oublis,
Nos gestes venus d’ailleurs, passés sous le seuil,

du flux des souvenirs, de la rivière consciente,
Les yeux fermés et le monde autrement,
la vision doublée d’un filtre de rêves et d’espoirs,
les paroles doubles, et la solitude extrême,
Vient dormeur du paradoxe, de la contrainte,

visiter le verre poli, le miroir organique,
et la glace où se mirent les monstres.
Leurs psychés terribles et leurs pensées coupantes,
tous ces mondes vécus et leurs idées-images,
des obstacles cruels ou des chemins vers la vie.

Que reste-t-il de nous, mon amour ?
Dans l’occupation des espaces et du temps,
si les rêves sont pris par les spectres et le vent,
volés, capturés en arrière de nous,
comme descellés des corps et des jours.

Ne pense pas à demain qui fait si mal,
cette fatigue extrême, cet abandon de tout.
Vie d’une autre habitude, visite nos lieux d’exils.
Je compte les minutes liquides qui tombent,
dans l’esprit troué, et l’habit du monde.

Et l’élixir des nuits est si parfait,
il convient aux malades et aux fous,
il revigore et maintient l’attention vers ailleurs,
le retour éternel vers le rêve d’un autre,
il fait voir la doublure noire ; le spectre.

Celui qui habille en multi-couleurs ses semblables,
les faits êtres des pantins d’une autre vie.
Marionnettes, fécondes, froides et seules,
soumises aux lois dures du destin,
tes fils sont d’aciers, de naissances et de morts.

Je ne dois pas répondre à l’appel,
cet authentique et vain vacarme,
qui convoque le visage, le corps et l’esprit,
quelle est donc cette aspiration, plus loin,
qui accélère le battement du cœur ?

Cette monstrueuse créature dont les paroles figent,
cet absurde chemin, toujours le même,
qui détruit la pensée du vague et du lointain ?
Je pense sans moi, dans la sujétion du rêve,
cet autre là, qui commande et dirige.

Ne vient pas par ici nous dire le sens de cette vie ?
Le paradoxe est la loi du cœur et de la rage,
l’âme nourrie par la nuit, le sommeil et le rêve,
ne cesse pas de penser à notre futur,
l’effacement de tous les visages hante nos corps.

Il reste cette double instance, ce contre-ordre, nuit et jour,
ce paradoxe terrible, cette lente réassurance,
qui vient tenir et affermir nos gestes,
paroles, attentions et sens tournés vers autrui,
le même corps investit de rêves et de sommeil.

MP – 13082022

Au cœur du dicible

« Il semble qu’il y ait une nécessité inhérente à l’esprit de se manifester à travers les formes matérielles ; et le jour et la nuit, la rivière et l’orage, bêtes et oiseaux, acide et alcali, préexistent en tant qu’idées nécessaires dans l’esprit de Dieu et sont ce qu’ils sont en vertu d’attributs antérieurs dans le monde de l’esprit. Un fait est la fin ou l’ultime avatar de l’esprit. Le monde visible est le point d’aboutissement ou la circonférence du monde invisible. »

Ralph Waldo Emerson, « Langage » in « La Nature », p.42, [1836], traduit de l’américain par Patrice Oliete Loscos, Alia, 2014.

Crédit Photo : Mathieu Pomart

Le cœur bleu du cosmos avalé par l’orage,
qui retient le souffle des vents humides,
a pris tout l’horizon dans ses battements.
L’intercession pour l’azur, le grand silence,
Le même fil noir et bleu, qui découpe,

des parties de ciels, des blocs de nuages.
La pluie immense, ici tombe partout,
elle engorge le sable, les dunes et les rochers,
elle est douce et fière, si divine,
comme une main tenue, caressée avant la chute.

Large, fragile, enveloppante, ces habits liquides,
ont vêtu nos signes, nos corps d’un voile translucide.
Cette Nature ne se perçoit jamais en partie,
mais comme un grand tout harmonieux,
comme une percée dans la lumière.

La beauté de ce centre vague, irradiant,
cette buée mauve, glacée, qui saisit,
dans la gorge, dans la langue des poèmes,
dans le corps pénétré d’une douce harmonie.
La musique de ce monde est la musique de l’enfance.

Quand, juchés sur les épaules des montagnes,
nous dévalions à toute vitesse les pentes enneigées,
l’air par ce froid, divin, qui emplit avec délice tous les poumons,
Quand plongés dans l’océan vert émeraude,
nous filions la vaste toile d’une nage apaisante.

Cette relation intime du corps et du vent, cet exil,
là où les fils et les filles du soleil et du sel, ont ravi le beau silence,
ce trésor des dieux et déesses du paradis de l’enfance,
avant la chute dans l’objet, dans la jetée noire des gestes attendus,
avant que tout se réduise à ce froid calcul,
cette mathématique outrée, cendreuse et vide.

Qu’avons-nous fait du monde merveilleux de l’enfance ?
Par le naufrage de nos signes et le vacarme de la guerre,
A-t-il péri tout seul, sans bruit, en arrière des machines ?
Comment retrouver le goût des choses belles et simples,
Comment reparler la langue du silence et du feu ;
celle qui nous manque cruellement partout ?

Dans cette respiration qui pulse au cœur de l’orage,
cette avalanche de nuée et la révolution du soleil,
ont rendu toutes choses plus belles et grandes encore,
l’envahissement des corps, la sensation tout entière,
font rebattre l’esprit et les signes, le sens de la Nature.

MP – 01072022