Réprouver les humains

Dans plusieurs séries d’affrontement d’Empires numériques-informationnelles, politiques, militaires, géographiques, les places grandissantes des activités directement digitalisées dans la production de valeurs impliquent la coopération des systèmes informatiques décisionnels et l’engagement d’humains dans les activités économiques qui exploitent leurs forces de travail en continu ; cette coopération par interfaçages dynamiques des expériences humaines collatérales, – physiques / virtuelles – est emmenée au cœur de la représentation officielle qu’une société d’êtres humains construit pour faire ou produire sa propre histoire. Dans les sociétés de contrôle à haute intensité (Chine, Russie, Iran ..), contrôler les images, les sons, les souvenirs et le déroulement du récit ou de la version officielle d’une certaine psychologie du pouvoir doit faire partie des techniques de conservation de ce pouvoir dans un temps indéfiniment long et sécurisé par un présent de surveillance massive, médiatique et une technologie de réseaux dite politisée (Internet censuré, smartphones bridés, capteurs biomorphiques, traceurs de différences …). Aux présents qui figent et ne passent pas, s’ajoute la police d’écriture de l’histoire des événements qui fixe le sens de l’événement par les cadres nouveaux de la mémoire historique collective i.e. les mécanismes de traduction des effets des paroles dans le prisme du pouvoir et la constante élimination des troubles individuels ou des écarts sociaux-symboliques, économiques.

Les groupes humains voient au travers des filtres de perception officielle, la réalité commune, identique et déformée des théâtres cruels d’opérations militaires et impériales (lointains ou incompréhensibles) ; et bâtir des territoires négatifs là où l’accès à l’information et à l’histoire du récit d’événements et aux sens de ce récit est empêché ou instrumentalisé va compter comme faisant partie des tactiques importantes pour la confusion maximale de masse et l’attirance du chef pour la réaction émotionnelle typique ou le spontanéisme imbécile du subordonné. Créer des paniques morales raccrochées à des sujets (a)variés (perte de l’identité nationale et baisse de la natalité, grand remplacement, racisme anti-blancs (?), terrorisme écologique, wokisme, invasion migratoire, décadence morale et pornographies …) est compris comme un outil de pénétration de l’extrême-droite, du nationalisme, du fondamentalisme mystico-religieux (orthodoxes (institutions officielles en Russie), juifs (extrême-droite en Israël), musulmans, bouddhistes, hindouistes ou chrétiens) et du totalitarisme islamiste par ses usages historiques de l’idée de Nation, de Prophétie et de Peuple, dans les pensées et les attitudes collectives des masses.

Ne pas renvoyer dos à dos ces partis et ces mouvements aux méthodes dangereuses, aux idéologies mortifères pour la démocratie libérale ne vas pas sans efforts de promouvoir constamment une logique pragmatique triadique d’échanges et de transformation (duale et tiers comme conflits de valeurs différentes surmontés), à chaque occasion de consciences (chaque expression donnée et héritée d’un régime de discours politique), dans chaque médium possible, la forme de vie démocratique et le pluralisme vivant et social-symbolique qui en fait la force et la vitalité. Ce dos à dos – ou cette pauvre dualité ; extrême droite versus islamisme et cette opposition stérile, aveuglante, simplificatrice – malheureusement résulte d’une dynamique de renforcement des deux (supposés) adversaires ou alternatives principaux ; l’un nourrit l’autre en permanence dans un jeu d’escalades symétriques, de haines xénophobes, de conflits enkystés et de chantages permanents et dangereux qui exclut toutes formes de réciprocité et de singularité.

Ainsi, un pôle de destruction de la démocratie sociale comme système de valeurs et types de normativité est pleinement constitué dans ce nouveau désordre international en 2026, par cette dynamique du miroir inversé et de l’aimant (attractivité des forces plurielles vers le pôle de stabilité idéologique extrême-droite techno-sécuritaire / islam régressif / Chine. États-Unis comme réassurance de l’Empire et de l’ordre et du média univoque ; destruction des opposants à cette vison unique du conflit (dit de civilisations, de cultures, de sexes, de races, de voix, d’histoires, de technologies, d’énergies …) …) L’espèce de résultats de pensée monolithique – obsédants – obtenue par ce savant et mécanique entretien du conflit unique, centralisant, hypnotique – prive les démocraties libérales de leurs énergies critiques et de leurs capacités de transformation des vies dans leurs pluralités et leurs modalités d’existence singulières. Dans ce monolithe affreux de l’idéologie de la décadence et du martyr – un nécro-système de pensées univoque et uniforme – ; sont préfigurés les types de psychologie du pouvoir dominantes et les capacités de contrôle des réactions collectives associées et mises en œuvre. Ici la logique de l’archive politique comme infrastructure et instruction continue d’une certaine police administrative qui va ficher par centaines de milliers ses propres citoyens dans une cyberculture de surveillance permanente des dissidences, doit correspondre à une identification numérique complexe des identités civiles et des parcours biographiques, économiques ou institutionnels des groupes et des individus.

Il faut des groupes d’hommes conditionnés – suffisamment nombreux pour faire corps idéologique – pour devenir des groupes d’hommes conditionneurs, ceux là qui propagent la bonne humeur du moment du mâle, de l’âge d’or et de l’action virile ; le « mood », la « stimmung » ou l’affectivité d’un lieu et d’un rôle associés aux temps et aux lieux artificiels du pouvoir ; dans ce théâtre du double et de la cruauté formelle de l’administration de la psychologie du pouvoir de l’extrême-droite et du nationalisme politique et religieux ; les techniques de production de l’archive (détournées de leurs buts initiaux ; conserver la mémoire historique et raconter les faits qui se sont réellement produits) et les techniques de l’aveu permanent (la police psychologique et l’autosurveillance), vont passer pour des armes intellectuelles ordinaires contre la forme d’esprit libre ou indépendante ; celle-ci doit se plier aux formes de l’instruction des nouveaux cadres. Orwell et « 1984 » [1949] ici doit nous être d’un grand secours philosophique pour comprendre ce qui arrive dans et par la capacité à réécrire l’événement historique, à éduquer par la propagande et la méthode de la double pensée pratiquée par O’Brien et le Ministère de la Vérité (penser une chose et son contraire à la fois et maintenir cet état de tension en permanence de sorte que le basculement d’un monde à l’autre puisse avoir lieu facilement à tout moment sur requête du pouvoir), le TRUTH Social, la Russie de Poutine et son incroyable politique mémorielle.

On voit ici, outre l’affinité des Tyrans et la collusion de leurs intérêts respectifs – conserver le pouvoir à n’importe quel prix -, cette dimension de trans-valuation sociale symbolique d’une forme critique de l’assujettissement – devenir sujet-ego du pouvoir – à une histoire contre une autre, ou cette possibilité pour l’analyste politique et philosophe de l’action de passer d’un monde à l’autre – démocraties / fascismes – en relevant la constitution immanente de la dynamique de transformation et de circulation sociale-symbolique qui a (re)produit ces formes et ces régimes de discours particuliers en 2026 et dans leurs jalons historiques importants. Cette double lecture doit profiter aux partisans de la résistance culturelle, politique et sociale contre le techno-fascisme culturel de masse et à promouvoir la forme de vie démocratique mise aux défis de ces perspectives terribles d’un possible basculement d’une ou plusieurs de nos démocraties européennes vers un mouvement héritier du fascisme (France, 2027 / France, 2002), de l’extension de la guerre totale de Vladimir Poutine en Europe, pendant que l’Amérique souffre du délire Trumpiste, des MAGA et de l’agenda réactionnaire de l’Héritage Foundation.

Fragments d’un monde détruit – 203

Vox | Transforms

D’abord le rappel des vies enrégimentées à l’intérieur des cellules-Ego du capitalisme de prédation, chaque monade enfermée des forteresses digitales, ne recevant rien qui ne soit calibré aux compacts économiques « communicants » sacrificiels, par l’envahissement de forces médiatiques dans l’air du temps, l’accaparement du récit des choses et des événements, ensuite la grandissante morale d’esclaves qui s’infiltre sur tous les sujets économiques, l’engagement au travail et le mérite, les moyens privés de production contre l’action humaine, l’entrepreneuriat de soi-même, la soif d’argent et de puissances, la performance au travail. Dans cet esprit de la prédation économique et sexuelle, les systèmes communicants deviennent des pièces tactiques d’assujettissement des êtres vivants, des faits et des choses physiques, dans la mesure du format d’un récit qui capte et annule la critique sociale et politique au bénéfice du conditionnement des réactions physiques et psychiques, émotionnelles, affectives et cognitives, ici, c’est le devenir sujet-cellule mis au format du psycho-pouvoir auquel s’attachent toutes les affections du maître chanteur virtuel sur ses proies – le devenir malade, qui effrite la socialité de base de l’être vivant et délivre toutes choses dans la dimension d’intercommunication symbolique capturée à la plus grande surface de projections du pouvoir dans les Temps de son exercice.

Il n’est pas rare alors d’entendre lorsque un ou une inconnu.e vous parle dans la société de contrôle à haute intensité, il n’est pas rare d’entendre cette sombre musique égale, conforme à tous et toutes choses bien à sa place, venue comme une ligne mach-inique, un « on dit » qui a transité par tous les corps des sujets-cellules, pour finalement qu’une voix mécanique, blanche et neutralisée sorte un son bizarrement creux, sans aspérités, ni vibrations, ni densité existentielle ; une outre-voix d’un locuteur fantôme aux habillages de marchés de signes et de morts-vivants. Cette absence de pleins, de singularités, de contours, de couleurs, de chairs dans la voix emmène avec soi, la douloureuse introspection ou le face à face tyrannique organisés par le psycho-pouvoir au sens d’une danse mimétique – une danse débile – chaque individu livré par la voix du maître à soi-même semble consentir à vivre mal, caché dans cette cellule de maîtrise de son image et de sa supposée personnalité-Ego. Et le petit secret s’entretient toute sa vie – comme on arroserait une plante vénéneuse, à la façon d’un cultivateur d’un jardin de ruines dévasté, faisant les 400 pas dans un cloître ; l’exclusion digitale ressemble à cela et sert comme moyens d’asservissement et d’allégeance ; chacun pour soi dans sa cage numérique et les moutons seront toujours bien gardés. Le génie organisationnel du capitalisme de prédation à l’ère digitale est basé sur ce double enfermement, égotique et cognitif, et cette manière de travailler comme une masse aveugle pour mériter chacun sa place au soleil, ou le rachat psychologique de ses fautes originelles (la solitude créatrice deviendra dangereuse pour qui veut fonder une famille de pensées …)

Lorsqu’on réfléchit un peu à ce geste vocal qu’est la voix humaine, on creuse tout l’intérieur social des articulations et des aspérités dimensionnelles de structures dynamiques et en échos mises en contacts sensibles ; le son de la voix doit ici être étudié dans ses aspects géométriques, corporels, esthétiques, revendicatifs et politiques ; il porte un accomplissement d’accords entre nous, au sens d’une mesure respectée d’une possibilité d’une partition d’orchestres souvent invisibles. Cette musique étrange et belle de la voix issue d’une constitution humaine, sociale et organique, – la voix d’un individu posée ou invoquée au milieu d’un groupe social-symbolique, doit rappeler l’importance de la mesure et de l’accord comme celle de la démesure et de la dissonance. Ici le geste se règle peu à peu, avec fragilité et isospectralité sur un ensemble de lignes de projection qui informe une musicalité sociale symbolique du groupe d’humains, d’êtres vivants ou de machines auquel nous appartenons. Car le geste vocal ne devient significatif que parce qu’une articulation avec un autre a été reprise dans la constitution du rapport à soi ; dans une perspective d’analyses meadienne (ou construite autour de la philosophie sociale de G.H. Mead dans « L’esprit, le soi et la société » [1934]), la prise de rôles situés est matériellement constitutive de la transformation graduelle de la forme sociale-symbolique et de la possibilité qu’à un geste vocal corresponde un ou des symbole(s) significatif(s) ou un ensemble d’attitudes organisées devant un objet – une chaise par exemple appelle différentes sortes de réponses ajustées à la situation de jeux concrète (inviter à s’asseoir ou bien disposer les chaises pour une réunion ou un repas …). Pour le geste vocal devenu significatif, l’intériorisation de l’attitude d’autrui et l’auto-affection de sa propre réponse à la réponse d’autrui, en même temps que le repérage des stimuli d’un milieu social, in forment une certaine structure de généralités – une induction et une loi d’emplois générale du mot-signe – visant une certaine universalité du signe-symbole i.e. une compréhension commune, coopérative et partagée du sens du mot « chaise ».

La conversation de gestes devient pour G.H. Mead la forme même de l’apparition progressive de l’esprit et de l’institution comme ensembles organisés de réponses. Ce qui est majeur ici dans notre interprétation de l’enfermement économique par désocialisation progressive est l’espèce d’effacement de la voix humaine – comme revendication devenue gênante, espaces et temps de potentialités créatrices dangereux – un effacement qui se traduit par la perte de sa propre individualité dans l’individualité égotique capitaliste, la perte de ce qui fait sens pour soi-même, ou bien la diminution de l’adhérence même du « Je » créateur vers son « Soi ». La voix peut être diminuée gravement par une maladie organique ou modifiée par une transformation sociale-symbolique, par exemple, il n’est pas sûr que le codage machine des voix synthétiques permises par les vox-codeurs, – dans la musique industrielle – de même que le débit aux kilomètres de textes, de sons, d’images, de vidéos par des IAGR grands publics (Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation), ne montrent ou n’altèrent pas l’impression humaine dans la voix, le marquage humain ou le signe-traces d’une constitution sociale et humaine de la forme symbolique. L’empreinte acoustique du mot dans la linguistique générale de Saussure doit rester un outil d’analyse puissant pour comprendre la forme vocale du sens par le geste, la langue et le timbre.

La naturalité du geste vocal, sa dimension sociale-anthropologique, tout comme sa propagation émotionnelle – appellent une critique philosophique forte adressée à tout ce qui limite les formes de la revendication par la voix, en tant que des contextes d’emplois de certaines expressions appellent des réponses coordonnées reliées à une certaine capacité politique et critique formée contre ou à l’intérieur d’une forme de vie capitaliste, totalement coupée maintenant des enjeux réels de la transformation énergétique et climatique. Ainsi une certaine violence économique – des restes d’inertie du vieux monde industriel – demeure naturellement présente dans certains types d’attitudes même les plus ordinaires, – chacun sa place, des goûts et des couleurs n’en discutons pas, chacun sa vérité, chacun sa réalité, la politique est sale et corrompue par la chose publique, la dimension privée de toutes choses est la plus belle, la plus respectable, l’assistanat est devenu un cancer.

Dans ce chacun pour soi néo-libérale comme caractérisation majeure de ce système de pensées fondées sur l’individualisme et l’agir stratégique instrumental sur un marchés de biens, de services, d’informations et de capitaux, il est prouvé par la science économique que produire et consommer en masse crée de la richesse et maintient les filets de sécurité sociaux en l’état au travers des systèmes de choix rationnels effectués. Or, la seule perspective de ce type de raisonnement – est une fois de plus l’enfermement des voix, des corps, des esprits et des vies ordinaires à l’intérieur des dynamiques transactionnelles et structurantes d’un vieux système de dévastation, (en)fermé et enfermant, un ensemble compact de lois humaines isolées face aux lois de la nature et qui refuse tout l’extérieur et la plasticité d’une pensée pragmatiste.

Ici le paradoxe est l’instrument technique rêvé de la transformation sociale-symbolique des sociétés humaines [para-doxa : à contre temps, contre l’opinion commune] par sa capacité d’éclairage et de contraste critique et ses nombreuses apparitions dans les sciences du climat et de la société. Tout et son contraire nous arrive en même temps – par exemple, la transformation climatique et le respect des sols impliquent plus d’effort par suppression des engrais et adjuvants chimiques dans les sols, or nous cherchons à vivre mieux et à moins travailler comme des forçats de la Terre, de même trop de mécanisation embarque trop de consommations de pétrole, mais sans machines, il n’est pas possible d’atteindre un certain rendement de production … Et l’analyse socio-anthropologique des systèmes de signes et la synthèse philosophique doivent s’appliquer de concert pour à l’aide du raisonnement pragmatiste par abduction (une hypothèse générale est testée par l’évaluation de toutes ses conséquences ) permettre l’ajustement des inter-actes humains à leurs milieux sociaux-vivants en constantes évolutions.

Fragments d’un monde détruit – 202

Devenir-libre

La liberté comme un effet brut, immédiat et désirable pris dans les formes de la démocratie sociale, coopératives européennes et comme épreuves successives de transformation des soi humain, accomplissant les rêves des alter-nativités de nouvelles forces psychologiques, institutionnelles et politiques, le devenir libre des expériences d’un pour soi humain, correspondent entièrement aux procès de l’expérimentation formelle et à l’intégration du nouveau dans l’ancien et de l’ancien dans le nouveau – les modalités culturelles du pour soi – dans l’histoire sociale et symbolique des sociétés humaines. Identifier la relation vague, ténue, non immédiate, du mouvement formel d’une vie sociétale présente, avec les conditions d’accomplissement réelles de cette vie dans le temps historique, peut nous prévenir de la complexité d’ajuster une forme sociale symbolique à plusieurs contextes complémentaires de réalisation de la vie ordinaire. L’expérimentation formelle de ce qui vaut comme vie ajustée aux contraintes réelles de la vie ordinaire, qui emmène la conscientisation globale de la transformation climatique et énergétique, permet d’évaluer le degré d’efficience de la liberté du pour soi humain, au sens d’une même attention sensible aux conditions de préservation et de perpétuation de la vie.

Une logique pragmatiste est à l’œuvre dans l’histoire des sociétés humaines au milieu du XXI siècle suivant la maxime pragmatiste de 1879 établit par le grand philosophe, sémioticien et logicien, fondateur du mouvement, l’américain C.S. Peirce ; « Considérer les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet. » « Il n’y a de nuance de signification assez fine pour ne pouvoir produire une différence dans la pratique. » in « Comment rendre nos idées claires. », in Revue Philosophique, VII, janvier 1879. Promouvoir les différences internes de formes, agir par les transformations complexes du cadre de référence hérité du capitalisme techno-cognitif, numérique et industriel, cela relève dans une généalogie de l’économie formelle, décisionnelle du capitalisme, de l’installation progressive de normes sociales, nouvelles et héritées – en tant que des normes sont capables de faire bouger les ajustements situés, par l’exposition culturelle d’une interaction [milieux vitaux / forme sociale-symbolique] et une intercompréhension réalisée dans un nouvel arrière-plan (une température à 50°C aux pires moments, une dévastation par les guerres des milieux naturels (pétrole, gaz, charbon ; une cupidité, un égoïsme et une violence intrinsèque à l’hyper-capitalisme de prédation …)

Ainsi posé le principe de vérification de nos actions, l’agir social créatif comprend les possibilités de reconfigurer les expériences de contacts avec la réalité sous la considération pratique des effets de croyances en tant que la complétion d’une croyance comme habitude d’actions réglée implique le test des hypothèses abductives et la validité de l’ajustement d’une organisation humaine et de ses milieux sociaux-vivants à un futur anticipé et un passé compris et intégré. L’abduction étant pour Peirce une méthode de raisonnement logique qui pose une hypothèse ou une idée générale, envisage son développement par déduction et laisse l’induction effectuer ses tests ou ses mises à l’épreuve. Cette méthode logique dite de transformation sociale des croyances-habitudes est adaptée aux réflexions des risques des événements scientifiques et climatiques comme anticipations réglées du contact (organisationnel, psychologique, politique, économique, social) d’une forme sociale symbolique avec son milieu vital. En ce sens, la capacité de transformation forte d’une hypothèse dans le pragmatisme philosophique est une possibilité de transformation formelle qui fait du présent comme locus de contrôle de la réalité, un opérateur de transformation sociale par interactivités temporelles intégrées au futur de la forme de vie humaine. Les chocs du futur sont des chocs de libération formelle autant que la compréhension des conditions matérielles de vie à l’aune du sens de la transformation du devenir humain (toutes hypothèses d’adaptation testées et contrôlées), assurée par des milliers d’études scientifiques fait émerger une logique d’inter-actions collectives qui prend – enfin – en compte des ensembles complexes de stratégies d’ajustement d’une forme à son milieu vital.

Nous savons que des événements dramatiques se produisent (guerres d’accaparement de ressources, inondations, sécheresses, canicules, perte de biodiversités, extinction d’espèces ..) nous sommes conscients des directions que des études scientifiques par milliers établissent dans les faits sociaux-historiques de nos sociétés humaines et dans la diversité du vivant et par conséquent, nous – communauté humaine – humanité livrée et liée face à ses destins nécessaires et possibles – travaillons au procès de transformation formelle des normativités des conduites collectives qui, émergentes des constats scientifiques multiples, imposent des directions aux projets politiques de transformation de nos économies et de nos sociétés, devenues extrêmement inquiètes, désespérées et vulnérables. Dans ce mouvement de conscientisation ou de compréhension globale humaine, l’import de processus de communication allant dans le sens du constat scientifique historique du dérèglement climatique et de l’anthropocène – l’impact de l’homme autonome et industrieux sur ses milieux de vie – va apparaître comme déterminant des capacités d’auto-transformation des forces sociales, culturelles et psychiques des sociétés humaines devenues si fragiles ou vulnérables. Tout le monde doit et peut travailler dans les même sens car ces sens là – de la transformation sociale, culturelle et naturelle de la société humaine – deviennent le seul sens de l’action humaine devenue possible et nécessaire, la nécessité du constat scientifique s’imposant comme une mesure de la justesse des stratégies d’atténuation et d’adaptation du changement climatique.

Ces chocs répétés – ces alertes continues par les catastrophes et les désastres provoqués par les activités humaines irresponsables – ressemblent à des « warnings » rouges sanglants, qui s’allumeraient au passage des diktats et des tyrans qui comptent emmener l’humanité vers une catastrophe globale et locale, complexe, anarchique et multidimensionnelle ; « Drill, Baby, Drill » annonce l’un, « une opération spéciale » annonce l’autre, « le terrorisme intérieur » et « le redressement culturel » annoncent les autres ; la destruction des sociétés ouvertes – libérales – est leur logique interne de consolidation du contrôle psychologique ; par les guerres oligarchiques menées en périphéries des Empires (Russes, Chinois, Américains …) Obtenir un bloc de jugements homogènes, financer la guerre par les propagandes médiatiques, laver le cerveau des enfants russes, européens et ukrainiens (Poutine et ses éducations par l’idéologie, la cyberguerre et la réécriture de l’histoire), éliminer les dissidences (Poutine et Xi Jin Ping), alimenter les machines de guerres en hommes – chairs à drones remplaçables, en informations tactiques, en productions industrielles d’armes et d’ordinateurs, en cultures de la haine et du virilisme … Il y a là comme une dramatique irresponsabilité, centrale, éthiquement et socialement décisive, qui va devenir l’effet repoussoir massif des tyrans pour les populations et les individus. Nous passons de la servitude des masses aux tyrans et à leur construction politique impériale totalement irrationnelle, une construction dangereuse devenue une contre-forme du monde possible, laide, destructrice et obscure, aux formes de vie nouvelles que vont prendre et impliquer nécessairement les futurs de la vie humaine sur Terre.

Fragments d’un monde détruit – 201

Les lieux du futur

Si la perception des choses physiques est toujours affectée par la futurition de l’acte (Mead 1938 – « Philosophy of the Act »), le type d’intercompréhensions toute pragmatique des événements historiques que traversent la forme de vie capitaliste – encore symboliquement dominante, il y a 25 ans – en évaluant les séries de conséquences anticipées et dramatiques de la dynamique structurelle de l’hyper-capitalisme de prédation rend enfin possible en 2030-2050, la constitution d’une bio-connaissance, d’une politique de la forme-démocratie et la construction des premières bio-sphères coopératives alignées à l’état physique et symbolique réel de la planète Terre. Passées sur l’effondrement caractéristique des zones de pensées techno fascistes et ultra-conservatrices sous le double impact (1) interne de l’épuisement du moteur capitaliste (raréfaction des ressources, besoins enfin réfléchis et limités, modes de vie et de travail réexaminés, conditions de résistances de la vie et des conventions humaines …) et (2) externe de l’installation progressive et massive d’une normativité ordinaire de la survie, de la catastrophe et du soin aux êtres vivants et aux milieux de vie, les modalités du vivre humain s’en trouve globalement transformées. Ainsi, il est devenu presque impossible d’adopter un régime de discours fermé, exclusif et autoritaire qui va prétendre que le nécro-capitalisme par ses dévastations de la biodiversité et des milieux de vies naturels peut se trouver justifié par la croyance aux progrès technologiques, à la satisfaction de besoins étendus, la richesse matérielle et la protection de l’unité famille comme socle d’adhérence de veilles valeurs traditionalistes (la figure de l’autorité du père, l’assujettissement de la femme à la fonction reproductrice, la hiérarchie des « races » blanches et des classes d’élites, le respect violent d’un ordre naturel hérité de Dieu et l’exclusion massive de tous ses déviants contre-nature …)

Cette mécanique de l’effondrement d’un nécro-capitalisme si elle est puissante, n’en demeure pas moins freinée par le fanatisme des derniers survivants d’une forme pensée néo-libérale héritée du capitalisme industriel, coloniale, classiste, raciste, financiarisé en tant que la forme sociale symbolique héritée du vieux monde rentre en contradiction directe avec la forme présente que le monde naturel impose aux sociétés humaines. Survivre aux crises énergétiques, aux guerres d’accaparement des ressources stratégiques, à la violence systémique de la transition climatique et aux chocs de l’ambivalence entre deux lectures possibles de nos temps ; là se situe précisément au cœur de la machinerie capitale et des dynamiques de contrôles de ressources et de marchés impériales (États-Unis, Russie, Chine, Inde, Arabie Saoudite, Japon ….), la question philosophique de la survie des masses, de l’esprit humain et des sociétés humaines. Problématiser cette question de la survie des vivants, c’est alors bien rendre compte de la dynamique de reproduction des imaginaires sociaux symboliques qui vont progressivement instituer une forme pensée pragmatiste, démocratique et socialiste, favorable à la transformation immanente des sociétés encore (in)humaines, littéralement prise et secouée à l’intérieur des transformations écologiques de la Terre. La conscientisation globale de cette nécessité naturelle de la transformation des soi et des esprits humains, est faite par des milliards d’impulsions artistiques, scientifiques, sociales symboliques, – hors des représentations officielles de l’Empire – qui sont transformées dans les réseaux d’inter-actes symboliques et culturels, physiques ou numériques.

L’inter-acte comme unité opérative de changement formel des épreuves de la vie humaine, fait se contacter sensiblement les mondes symboliques hérités et vécus, en ouvrant la perspective de transformation pragmatiste des soi humains (« Je » créateur de formes, « Tu » de l’alternative ou de la différence sensible, « Il » de la narration historique de soi-même et de son monde et des autres vivants, « Nous » de la raison critique et de la normativité …) vers une nouvelle ère de coopération sociale, d’ironie libérale et de solidarités internes aux manières de vivre et de résoudre des problèmes imposés par des humains et aux humains. L’expérience vécue des contacts sensibles lorsqu’elle est rendue possible par l’émancipation du soi vis à vis des techniques d’emprise par le contrôle psychique et l’isolement numérique, (smartphone comme possession économique de l’Ego-drame intime, Automate de calcul, neutralisation des formes de pensées humaines, IAGR ou Intelligence Artificielle Générative de Régulation qui tentent avec le relais des technos fascistes contemporains d’imposer une norme cognitive, hygiénique et esthétique aux masses « laborans ») peut devenir un axe majeur de la différenciation progressive – de notre part d’Humanité – dans le travail même de transformation de soi, par la socialité de base de l’humain et l’atténuation des effets du changement climatique. Les monstrations directes, effrayantes des potentiels de destruction sidérants des écosystèmes naturels, sociaux symboliques, économiques des nombreuses guerres impériales en 2026 ont ce double effet (feed-back – retour sur la cause et feedforward – retour sur l’effet et anticipation) impressionnant d’une progressive pénétration d’une norme vitale, fondamentale – la préservation de soi à tout prix – et de valeurs éthiques, reliées et associées, comme le respect de la Terre, de ses héritages culturels et naturels, la considération pour la vie d’autres êtres vivants à travers sa propre vie et son engagement dans l’activé humaine et son travail et la prise de conscience massive de l’importance de la question écologique pour la survie de l’Humanité.

Dans ce bougé d’un cadre de référence historique – la transformation interne du capitalisme et sa désintégration normative progressive – nous découvrons tout un champs de potentialités pragmatiques, toute une dynamique de créativité sociale et symbolique qui emmènent enfin la Société et l’Esprit vers la simple application de programmes écologiques et socialistes, stratégiques, permettant l’avènement d’une société humaine et d’une culture écologique cosmopolite – adaptées aux contraintes massives de la protection de la vie et du climat. Ce qui est important ici est la capacité des leaders et des masses à faire basculer la question de la satisfaction égoïste des besoins – superficiels – et des fonctions sociales symboliques du nécro capital liées vers la question de l’ajustement (perte ou adhérence ou contact sensible de formes) des organisations et des milieux vivants avec cet espace-temps concret d’une politique de la satisfaction de besoins primitifs, premiers et secondaires (se nourrir, boire, se loger, se protéger du chaud ou du froid, lire, écrire, éduquer, soigner, parler, jouer, faire l’amour …) Se rendre compte finalement que son propre travail – économiquement saturée par l’hyper-capitalisme de la prédation – ne sert plus à rien, sortir des zones de conforts et de cupidité construites par cet ancien capitalisme, restaurer toute la puissance de la transformation des vies matérielles par l’éducation et le soin apportés aux femmes, aux enfants et aux hommes par les Institutions et les associations transnationales (UNESCO, UNICEF, Amnesty …), c’est déjà là l’œuvre de la solidarité immanente à l’humaine forme de vie, de pensée et de langage.

Que la forme de vie économique, sociale et symbolique de l’hyper-capitalisme ne fasse plus sens à l’aune de la transformation climatique et de la raréfaction des ressources, dans cette gestion adaptée et cruelle de la pénurie et des monopoles stratégiques (pétrole, gaz, lithium, Nickel ..), doit nécessairement décider par ses conséquences dramatiques concrètes (destruction de la biodiversité, pauvreté massive, inflation exponentielle, virtualité du monde numérique, indifférence de masse et cruauté sans égal des guerres des Empires …) dans la forme de vie humaine, d’une transformation nette des régimes sociaux de production et de rémunération du travail humain ; enfin décorrélé le revenu du travailleur comme résultat de la production et quantité de travail fournie, d’un même système de gestion financier – devenu aberrant et inadapté aux enjeux écologiques importants – sur la base du capital fixe, humain, technologique, symbolique investit d’un écosystème enfermant le salaire dans une logique de prix du marché de l’emploi et de la productivité. Décorréler, c’est à dire séparer la puissance de vie humaine, de la technique de gestion des morts, permettre de rediriger l’effort du travailleur vers des activités de transformation et de métabolisation enfin utiles à la planète Terre et à la solidarité humaine universelle. Tout cela se fera – nécessairement par la contraction interne à la plasticité sociale – des lois de nature et le destin humain – au travers du revenu universel inconditionnel sorti d’une logique de fixation des prix sur un marché d’échanges ; forces de travail, régimes de production et d’exploitation des capacités cognitives, affectives et physiques du travailleur et de la travailleuse. Les espace-temps du futur – les différents lieux de notre futur humain et la dynamique de reproduction des formes pensées d’un futur soutenable – émergent maintenant par de nombreux signes d’espérances qui résistent comme nichés, au fond des destructions impériales massives du vivant et des populations. Nous devenons – êtres vivants – nous devenons – jamais plus fixés ou êtres (in)humains pétrifiés par le capital, le contrôle social, la haine, le ressentiment ou la guerre ; nous sommes conduit maintenant – pragmatiquement – dans des logiques de transformation sociales symboliques de la forme de vie humaine que rien ne pourra empêcher.

Fragments d’un monde détruit – 200

La langue des prisonniers

La saisissante impression de n’être plus maître et possesseur de ses propres expressions et de se trouver réduit à devenir médium, écosystème inerte de résonance pure de matériaux linguistiques hérités d’une fréquentation continue d’un monde social humain ; cette impression si elle est fantastique par son potentiel de dés-appropriation de la maîtrise du sens de ses mots, demeure relativement partagé par des êtres humains, dont le langage est lui même une multiplicité d’actions inscrite dans une forme de vie particulière ; un monde tout entier de faits, de contacts sensibles, de formes d’expérience expressive. Faire l’épreuve de cette perte des phénomènes sensibles du sens de ses expressions revient non seulement à faire l’épreuve du scepticisme – en tant que les mots agissent sans moi ou à travers moi sans que je le veuille et le comprenne vraiment – mais aussi reliée à cette autonomie grammaticale et froide du sens, à éprouver le conformisme comme menace supplémentaire sur sa propre vie. C’est une double menace terriblement humaine – scepticisme et conformisme – que traduisent des expressions toutes faites, des syntagmes en capacité d’accorder des instruments jouant de manière autonome, une partition d’orchestres noirs, monolithiques et pleins d’ombres factices et de trompes l’œil.

La perte de soi-même éprouvée dans une passion triste de la déshérence et de l’exil à l’intérieur même de la langue consiste à se trouver exclu tout au bords d’une chute absurde hors de soi-même, près d’une limite interne qui sépare le sens, d’un non sens brut, flagrant, lié à une perte de références au monde et au milieu de vie des signes. La terrible angoisse de la nullité du sens est une angoisse existentielle pour l’être humain, vivant dans la langue, c’est dans cette épreuve de l’exil que sont formés les enfants-signes – artistes, auteurs, poétesses, écrivains, musicien.nes, cinéastes ; ceux-là, celles-ci dont les frontières de langages leur sont apparues pleinement et violemment au cours d’une crise de l’existence parlée, dite, représentée ou bien écrite. L’acmé de cette crise existentielle est formée de la prise de conscience d’un vertige métaphysique, d’un abîme creusé dans le temps et dans l’espace du discours humain ; tout à coup, la perception du langage se renouvelle dramatiquement ; le langage est vu comme une capacité purement autonome – l’autonomie de la grammaire, la capacité de développement interne de la grammaire – il ne doit des comptes à rien, ni à personnes ; le langage est une sorte de forteresse assiégée de toutes parts par des questions sans réponses, des fuites et des alertes, des tentatives de contrôles ultimes, des essais de signifiance ; une forteresse machine qui tient bon, solidement fixée à tous ces murs-limites de ses territoires.

La perte de contacts sensibles avec la réalité du sens des expressions pour un être humain pris dans cette angoisse mortelle va donc se trouver confrontée avec les tentatives de dialogues et d’interactions sociales, symboliques, venues d’un extérieur totalement coupé des discours enfermés et (en)fermant du sujet malade ou bouleversé par l’angoisse existentielle. C’est à ce statut social étrange qu’est la position du locuteur fantôme qu’il faut renvoyer l’interrogation philosophique sur le sens des mots d’un discours fermé sur lui même, plein de cohérences – inertes et froides comme une structure grammaticale morte – éloignées de toutes liaisons de références au monde des signes, des faits et des choses physiques. Et ce type de discours hyper autocentré, hyper cohérent mais dont les liens avec la réalité ont été cassés sous l’épreuve de la justification ultime, sceptique et conformiste ; doit apparaître comme prototypique d’un possible régime de discours contemporain. Ce régime nouveau va se composer d’une même indifférence au monde extérieur, indifférence aux limites de la subjectivité dans la langue ordinaire, repli à l’intérieur d’une force égotique, fixée et autocentrée qui va travailler toute seule dans une grammaire morte séparée de ses activités réelles.

C’est donc aussi l’incapacité des autres à comprendre ce non-sens, – y a t-il une possibilité philosophique de comprendre une énonciation venue de nulle part, sans sujet porteur d’une voix humaine, réaffirmée dans ses expressions ; une énonciation dépourvue de sens – qui relève d’une double crise de la subjectivité malade et du monde abandonné par des absences d’intentions, de projets, d’activités que révèlent cette langue de prisonnier. Il semble que la langue de l’interaction sociale symbolique médiatisée par des symboles échoue à rendre compte de l’expérience particulière vécue par le locuteur fantôme car sa langue est faite, creusée à l’intérieur d’une prison a-sensible, une forme de creux intérieur fait de barreaux invisibles, dans lequel seule la capacité de calcul sur des signes demeure comme force bio-symbolique de communication. En ce sens, calculer ou seulement opérer sur des signes ne peuvent pas nous dire l’expérience vécue du langage ordinaire autrement plus riche, plus sensible, plus insérée dans nos intentions quotidiennes et nos conversations de gestes quotidiens qui révèle toute la puissance signifiante de la vie humaine avec des mots.

Rencontrer le non-sens dans sa propre vie d’être de langage est donc une double épreuve – (1) du scepticisme quand aux sens et à sa propre capacité à faire sens au milieu des autres et (2) du conformisme quand à la pression formidable du groupe humain sur le sens (familles, institutions, sociétés …) – cette double épreuve façonne un être humain en le rendant sensible à l’exclusion interne de la langue ; c’est à dire le repérage et la détermination immanente des limites subjectives au delà desquelles le non-sens apparaît en pleine lumière. Ainsi la contextualité humaine vis à vis du sens d’une expérience expressive est cruciale pour seulement parvenir à vivre avec ses mots – les siens et ceux des autres tout autour de soi – vivre, c’est à dire reprendre droit et possession même fragile, temporaire, sur ses propres capacités à dire et exprimer le monde à travers Soi. Le locuteur fantôme est donc comme un prisonnier pris à l’intérieur de ses propres filets de sécurité ; il est capturé dans une langue neutralisée, inutile, inerte, sans références et ne trouve plus de sorties, ni d’ouvertures, de fissures ou de brèches sur ou dans le bloc monolithique du vide et du rien de ses discours faussés, vidés. Prisonnier d’un langage malade, il est prisonnier de la langue – qui travaille seule à seule contre lui-même -, et ne peut pas ou plus revendiquer une expérience vécue particulière du monde car ses mots sont tous captés par un écosystème linguistique fermé et enfermant de décisions – contre-soi et l’esprit – et d’annulation sociale de son Soi.

Fragments d’un monde détruit – 199

E.k.rire avec les brutes

C’est à une certaine brutalité, une survie a-formelle de l’être humain, au sens d’une détérioration globale de ses moyens de description spécifiques – mots-signes, verbes d’actions, qualificatifs de caractères moraux, comparaisons de modalités du vivre et du mourir, métaphores audio, visuelles, tactiles, figures de style incorporées – de la vie qu’il mène, auxquelles sont comme affrontées, les existences sociales et les langages des interactions symboliques des êtres vivants en société humaine. Cette lente dégradation des moyens de description et d’expression de soi-même comme un autre vivant, résulte, sans aucun doute, d’un même programme économique et normatif de capture des moyens de « dire » le monde tel qu’il est, tel qu’il arrive, avec vitesse, chocs, fragilités, blessures, croyances et espérances pour un « Nous » humain. Se ressaisir des mots entrelacés à nos vies et qui se sont perdus hors de nos vies ordinaires, c’est d’abord affronter des systèmes d’ordres communicants complexes affiliés à une certaine typologie de stratégie de contrôle et d’assujettissement des voix et des capacités d’expression des êtres humains. Devenir sujet de l’ordre impérial, c’est à dire se faire vecteur et conformation organique des mots d’ordre du système communicant dominant, ne se fait pas seulement tout contre les vulnérabilités des langues et des corps hétérogènes, mais s'(in)forme à l’intérieur même d’un égo-drame complexe constitué d’une image de soi verrouillée et d’un intérieur toujours in-accédé, in-temporalisé ou dé-spatialisé et dont les moyens et techniques d’expression très spécifiques ont été progressivement retirées des capacités d’intercommunication humaines dites normales.

La novlangue du psycho-pouvoir est faite de mots-vedettes (comme des mots stars qui brillent en étoiles autour d’un centre d’aspirations de toutes forces de résistance), de phrases lissées au maximum permettant de « manager » l’exception déroutante, ou malvenue dans le narratif des événements historiques ; de verbes de positions qui fixent les alter-nativités sur le film de la mémoire collective et provoquent l’immobilisation constante des revendications particulières, de qualificatifs grossiers, moralement similaires comme produits en économie d’échelles et qui assurent à l’administration du psycho-pouvoir un certain plafond d’annihilation symbolique garantissant la non survenance de propriétés morales aux événements historiques ; il s’agit toujours ici de niveler par le bas les aspirations ou les revendications d’une masse puissante d’individus au moyen d’une rhétorique binaire de la force et de la faiblesse qui s’appuie sur les instincts primitifs de protection de soi et de la haine du mouvement allant contre l’ordre naturel des choses. L’ordre communicant verbalise l’inaction et sait comment dés-instituer les réponses organisées des êtres vivants pour protéger au cœur d’une langue artificielle, asociale et neutre – un nov-langage managérial – une classe de gestes, de mouvements, d’attitudes, de jugements, d’accords liés à une direction économique, politique et symbolique.

On pressent tout l’intérêt culturel et politique de refuser violemment, toutes les tentatives de construire une anthropologie sociale et langagière, – une anthropologie de la communication – dont les formes critiques et négatives dérivées vont aller directement se traduire tout contre l’expression complexe de la psychologie du pouvoir. Car cette expression idéologisée ou cette absence de formes expressives ordinaires, va bien consister à éliminer au final tous les opposants à la langue – univoque, transparente, seule authentique – du pouvoir, par la facilité sémantique et la vitesse de reproduction de la contrainte sur soi, par l’exploitation de l’instinct sexuel, le repli sur soi obligatoire et égoïste, conforme et la haine des langages pauvres, différents, humiliants, ratés ou exceptionnels ; c’est à une certaine inhumanité de la langue au travail de la prédation capitaliste qu’il faut reconduire l’interrogation sur les capacités expressives des êtres vivants, l’espèce d’insultes et d’étroitesses de vues, liées à une éducation de l’être humain, par le neuro-management et l’extraction de forces individuelles qui ventilent des compétences futures adaptées aux marchés du travail. Tranquilliser l’individu humain, faire de lui, un espace-temps neutralisé, pris dans un cocon familial aux accès à l’extérieur vivant et social, dangereux, à la langue du dehors, fermés à double tours ; Il faut qu’il se réduise seulement – qu’il se résigne une bonne fois pour toutes – à être l’opération simple de multiplication de l’emprise de la psychologie du pouvoir en lui-même.

Dans la brutalisation de la socialité de et dans la langue humaine réside la pleine agression contre les usages sociaux naturels des langages économiques et capitalistiques ; les Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) en fonctionnant sur des vectorisations de masses et des prévisions statistiques tout en fermant l’accès aux dehors (« a rule from outside against the solipsist view and the close of limits ») concluent un mouvement politique de la langue, entamé il y à longtemps, amplifié par la révolution conservatrice anglaise et américaine du début des années 1980, de nécro-captation de la forme vitale du sens des mots-signes ; la mort économique de soi même aspire la signification et tous les contacts a-sociaux nécessitant la maîtrise d’un code de la communication inhumaine, permettant de reproduire la langue capitale, de lui assurer une forme spéciale, rigidifiée, spectrale, complexe, abstraite et insignifiante ou tellement superficielle à la fois ; forme qui va recouvrir et lissée au moyen de techniques rhétoriques, les expressions conventionnelles et naturelles des êtres humains. Demeurer aux frontières des mondes, comme le font les poètes, les philosophes et les écrivains, en cherchant avec efforts, rigueurs et espoirs, les voies de passage d’un monde à l’autre, en rendant possible les rencontres hasardeuses et les éclatements de sièges du psycho-pouvoir, devrait faire partie d’une politique culturelle et économique trans-nations, soucieuse de l’usage cosmopolite des mots-signes, des images et des interactions symboliques par les mots et les rêves dans un milieu vivant tissé en symboles importants, en gestes significatifs, en ensembles cohérents de signes et en références à la vie en train de se faire.

Dévitaliser les phrases, neutraliser le sens de la revendication par la voix à l’aide de mots d’ordre qui mobilisent et annulent, identifier l’hétérogène et la différence et rendre ses possibilités d’expressions inappropriées, caduques, inutiles ou voire carrément dangereuses pour la survie de groupes sociaux hiérarchiques, symboliquement dominants ; tout cela comme pièces tactiques d’un ensemble d’actions stratégiques fait partie, non pas seulement d’une certaine version du monde détachée de la vie ordinaire – la version ultra-conservatrice du monde – mais plus profondément d’une même méprise inhumaine quand aux possibilité de vivre à l’intérieur de la forme humaine de langage des êtres humains. Ce qui est refusée ici est l’imprégnation de la langue dans la vie, le fait social et anthropologique, que les êtres humains possèdent une langue et sont socialisés par la langue dans laquelle ils s’expriment, l’espèce d’événements qui fait que – un individu soudain exprime une certaine tension particulière du monde dans lequel il vit, et le fait par des mots, des symboles, des phrases, des images pertinentes ou trompeuses, des adjectifs ou des métaphores complexes ; toute cette densité symbolique qu’accompagne le mouvement vital, social et organique de la voix humaine. Nous touchons là au cœur de l’existence de la socialité de base de l’humain, par des pensées qui sont des pensées colorées par des usages linguistiques et des corps vivants, par des lieux et des temps différents, immergés dans la vie ordinaire et la pensée rendue concrète et vitale de l’être humain.

Fragments d’un monde détruit – 198

Inverser | Commander

– « In my father’s love » –

L’insidieux poison néo-fasciste glissant dans les circuits médiumniques de la Médiacratie facilitant la prise d’audimats et la capture des jugements auprès de télé-consommateurs et agents informationnels d’une acceptation reconduite des mouvements antidémocratiques européens et américains (Identité et Démocratie (ID) en Europe, MAGA, Heritage Foundation, Techno-oligarques et « Lumières sombres », Rassemblement National, Alternative für Deutschland, Fratelli d’Italia, Fidesz en Hongrie, Vox en Espagne, groupuscules d’extrême droite …) accompagne un mouvement fascinant d’inversion des valeurs traditionnelles qui permettaient jusqu’il y a peu, un repérage des positions idéologiques, historiques, éthiques des mouvements officiels prétendant organiser la vie sociale, culturelle, politique et économique. Le meurtre d’un jeune militant d’extrême-droite à Lyon – un meurtre d’un jeune homme toujours illégal, imbécile et scandaleux – s’est conclu par une organisation sidérante de violence symbolique symétrique et aussi scandaleuse d’une minute de silence par les représentants du peuple français dans une assemblée démocratiquement élue ; que de renoncements lâches, que d’insultes devant l’histoire et que d’inversion du sens des valeurs, des choses, des événements et du sens des mots. L’histoire récente ne doit pas être méprisée à ce point par un personnel politique pleinement en capacités techniques et en charges éthiques de la transmission des gestes démocratiques ; c’est à dire des gestes symboliques importants qui renforcent et font pérenniser la forme de vie démocratique. L’extrême droite tue et exclue à proportion sans égale par rapport à d’autres mouvements politiques et cela depuis longtemps, depuis sa montée en puissance dans les années 1930 en Europe et l’acmé de sa prise de pouvoirs qui a conduits – souvenons-nous en – à des guerres, des génocides et des crimes effroyables contre l’humanité. Une généalogie sociale et culturelle de l’extrême droite – actuelle – permet une claire vision de ses filiations historiques.

Ici la banalisation du mal fasciste s’accomplit en toutes puissances médiatiques et technologiques sous l’effet d’une pénétration lente depuis 30 ans des conduites de masses et d’un conditionnement des pensées identitaires liées à un anticommunisme primaire et à un rejet de la mentalité socialiste et libérale ; on cherche toujours à atteindre le cœur du moteur de la vie sociale et démocratique – le fait de la Société humaine, le lien social –  par un populisme souverainiste, une xénophobie d’Etat, la stigmatisation des pauvres et le rejet de l’aide sociale et transnationale par le discours sur l’assistanat, la tradition et la Nation, l’exclusion des homosexuel.les perçus comme des déviants naturels (l’Afrique est ici particulièrement touchée par la traque organisée des gays et la qualification de l’homosexualité comme crime contre l’ordre de la nature ; un ordre hérité de Dieu) … L’espèce de lent meurtre symbolique de la forme démocratie se fait continuellement par le relais des proxys idéologiques d’une extrême droite globale, partout à l’œuvre et à l’intensité d’actions et d’influences libérée et décuplée depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine le 24 février 2022 et le retour de Donald Trump et de ses monstres idéologiques, au pouvoir fédéral aux États-Unis le 20 janvier 2025. L’arrière-plan de l’histoire idéologique et guerrier se meut avec lenteur, il est traversé par des forces anti-démocratiques, qu’accompagnent et renforcent de puissantes Médiacraties ; i.e. des constellations de sites Internet, de groupes médiatiques et financiers (V. Bolloré, P. E. Sterin, D. Trump, J.D. Vance …), d’influenceurs masculinistes et racistes, d’organisations religieuses réactionnaires (qu’elles soient à l’intérieur des religions, des voies traditionalistes exclusives de l’anti modernité ; catholiques, islamistes, juives, hindouistes, bouddhistes …)

Ce lent mouvement du cadre historique est provoqué par des lignes de projections du passé vers le futur (et inversement dans une rétroaction positive) proches, sur la réalité sociale et politique que nous vivons en Europe ; des échos et des ressemblances entre différentes périodes sont ainsi légions – 1930-1939 / 2022-XXXX -, ils s’apparentent à des lueurs au fond d’un horizon que nous sociétés humaines, ne voulons pas voir, ni sentir, ni penser ; comme des idéo-drames figés par des alertes angoissantes et bien incarnées, des séries de bouclages historiques de contrôle et d’adhésion des forces politiques sur le présent d’une vie démocratique affaiblie et attaquée de toutes parts. L’autre versant de la question du fascisme latent et résurgent en 2026 en Europe, en Russie et aux États-Unis, est celle de la persistance de la figure du chef, de l’homme fort, du diktat providentiel, de l’élu dirigeant tenant sa légitimité de Dieu et des mouvements critiques des masses ; une proto-figure mythique qui s’impose naturellement dans le chaos libéral et démocratique, afin de restaurer la Nation, l’ordre souverain d’un peuple mythifié, aux racines idéologiques obscures, glorifiées par des chants et des rites sociaux de passages et de dressages de la jeunesse. Les vices des faibles (tous ces humains-cochons pour le tyran Poutine) sont identifiés, repérés, classés puis font l’objet d’une haine continue et la promotion de la stigmatisation légale dans un droit de la force et de la guerre de tous contre tous ; le repli sur un chacun pour soi issu du capitalisme de prédation est facile, pratique et bien commode pour installer la dynamique fascisante de masses.

L’héroïsme viril est impatiemment attendu, la force masculine et la cage d’acier, le commandement de l’élite techno-oligarchique ; le pacte du diable fasciste, le pacte faustien économe en efforts de réflexions : ma sécurité civile à tout prix contre l’abdication de mes libertés et des dignités humaines peu commodes. En ce sens et aussi comme un des caractères majeurs de cette pénétration des forces antidémocratiques, le savant mélange des genres entre un antiféminisme primaire hérité d’un balancier historique aux États-Unis et la protestation outrée contre le sens d’une transition climatique et énergétique clairement niée et refusée (retour sur l’arrêt Roe versus Wade, 22 janvier 1973, exclusion des termes des recherches scientifiques orientées vers la lutte contre le changement climatique, la promotion de la santé humaine et les études de genre, affaiblissement des Sciences Humaines et Sociales (SHS) et du spectre de l’éthique sociale ; éthique des vertus, éthique conséquentialiste, éthique du care, éthique Kantienne et éthique réaliste et minimale ; toute les versions éthiques de la réflexion sociale et politique ….) Le négationnisme historique est là une caractéristique importante du mouvement néo-fasciste contemporain, – la relecture de l’histoire et le confusionnisme idéologique – et le décryptage des stratégies d’imposition d’une forme politique réactionnaire et fasciste doit faire appel aux ressources de l’intelligence collective et à ce courage de la délibération démocratique qui peut être encore rendu possible dans les institutions d’un pouvoir démocratique légitimé par le peuple.

Ici pour caractériser ce mouvement techno-fasciste par sa primitivité essentielle, nous pouvons aligner une série de termes-forces comme des armes rentrées dans l’argument dirigé contre les forteresses fascistes, capitalocènes et technologiques ; forteresses qui ambitionnent d’enfermer les mouvements démocratiques de l’histoire et de les fixer à un appareil idéologique de contrôle et d’emprise de masses. La nécro-économie de la conduite fascisante consiste à promouvoir dans une version remaniée de la révolution nationale française, la famille traditionnelle, le rôle du père-dieu comme chef de famille et reproducteur-star, la glorification de la patrie contre ses ennemis intérieurs et le parti de l’étranger, le travail et le mérite aux prix du marché et aux salaires comme un marqueur d’exceptionnalité et d’éligibilité à une vie après la mort et surtout le retour à un âge d’or ; l’espèce d’utopisme à l’envers, si monstrueux et hideux ; vers ce qui n’a jamais existé autrement que dans une traduction ultra-violente d’une idéologie et d’un fantasme d’extrême droite. L’inversion des valeurs consiste à renverser le sens des mots comme l’a si brillamment montré George Orwell dans « 1984 » (1949) ; la guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force … Inverser les valeurs veut dire ramener toute la couverture de la Médiacratie contemporaine (réseaux asociaux, cluster de télévisions, cultures institutionnelles …) vers des positions et des articulations d’actions politiques et économiques en faveur de la version fascisante et totale de l’histoire ; prétendre que la forme de vie de la démocratie est trop faible devant le procès de l’histoire, que le « gouvernement des juges » comme ils ou elles osent taxer de ce qualificatif censé être un stigmate ou une insulte, l’administration normale de la justice ; empêche le droit de fonctionner à pleine puissance contre l’éthique et la morale (l’inspiration du juriste allemand Carl Schmitt et ses rapports au nazisme doivent être ici importants pour notre compréhension du droit des plus forts, des techniques de conservation du pouvoir et de l’emprise de l’Etat).

Les droits des plus forts à commander aux plus faibles, comme un héritage de la brutalité physique et virilisante, un héritage de nos racines biologiques de races supérieures, de gloires et de morales religieuses catholiques ; ce sont des caractéristiques complexes de la pensée fasciste, qui doivent être pris en compte dans la qualification du techno-fascisme culturel, contemporain ; celui-ci exploite l’angoissante question de l’avenir écologique, se plie devant la volonté impériale des puissances russes et américaines, câline les forts dans le sens d’une emprise psychique collective et détestent les faibles qui coûtent aux systèmes politiques, religieux et sociaux-naturels. Quitte à renoncer collectivement à sa propre liberté autant faire allégeance à une puissance impériale qui me garantit ma propre sécurité quelles que soient les conditions d’exercice de la psychologie du contrôle et de la puissance, par le conformisme et le repli sur soi. S’il s’agit de mener des guerres en périphéries de l’Empire, je ne veux pas être correctement informé par des médias et une presse libres, je préfère avaler brutalement la version officielle – sécurisante, toujours égale, identique et numérisée -, et la traduire quotidiennement dans mes jugements, mes expressions, mes émotions et sentiments, tous mes actes de discours.

La protection de sa propre famille biologique, le négationnisme climatique et historique quitte à tout prendre du techno-fascisme autant prendre ses volets les plus séduisants ; les sorcières féministes, incroyablement punitives, exclues des champs des réflexions sur la famille, l’écologie du drame permanent et de la punition, la sexualité libre, tant redoutée et l’affirmation de son propre corps et le contrôle des naissances, l’éducation libérale, le soin aux plus démunis, la santé publique, la liberté politique, l’esprit libéral ; tout cela qui est inutilement agressif et complexe peut faire l’objet d’une politique d’exclusion massive par la propagande d’État et les droits des plus forts à organiser la société humaine et sa morale civile. Inverser les valeurs (le Tyran a toujours raison à l’instant T du médium, seule compte la conservation du pouvoir …), détruire la forme de vie démocratique, commander l’assujettissement des peuples aux forces réactionnaires de l’histoire, représentantes de la défaite morale, – l’esprit de Munich et la panique devant la guerre -, et commander le fier avenir des sociétés de l’Empire du contrôle, néo-fasciste et techno-programmatique ; l’asocialité des temps futurs niés pour les êtres humains ; l’éternel présent du contrôle et de l’assujettissement.

Fragments d’un monde détruit – 197

Lady Bird

« Lady Bird » de Greta Gerwig, sorti en 2017 aux États-Unis, ressemble à ces films qui vont toucher nos cordes sensibles et humaines et la relation qui nous lie nous tous, – ensembles – êtres humains, pour tout nos débuts dans l’existence avec l’éducation d’une jeune enfant vers l’âge adulte. Christine Mc Pherson (17 ans) se fait appeler « Lady Bird », (elle est jouée par l’actrice irlandaise – américaine, Saoirse Ronan, toujours formidable, Golden Globes 2018, meilleure actrice pour ce rôle) ; c’est son nom de scène, un pseudonyme pour sa vie, celui qu’elle s’est donnée elle-même pour incarner une différence, une identité sienne au cœur d’un milieu un peu conventionnel ; Sacramento, le Lycée « Immaculate Hearth of Mary », les cours rébarbatifs, une meilleure amie Julie et une relation à sa mère Marion Mc Pherson (incarnée par Laurie Metcalf) toujours insatisfaisante pour elle-même. Sa maman est très exigeante et ne sait pas comment exprimer ou manifester son amour bien réel pour sa propre fille. Plusieurs scènes vont matérialiser cette relation empêchée dans le film : le choix d’une robe pour le bal de fin d’année, la dispute introductive du film où la mère refuse d’entendre parler du souhait de sa fille d’aller à l’université dans « une ville culturelle » de la côte Est ; c’est trop cher, trop dispendieux, trop éloigné de la « forme de vie » de la famille et des capacités financières du père. Mais Lady Bird veut partir de Sacramento – quitter un destin tout tracé à la FAC du coin et à son horrible diplôme d’agriculture – et faire ses études sur la côte Est (New-York est l’endroit rêvé ..), elle est littéralement un oiseau dans son nid un peu conservateur et triste, prêt à s’envoler ailleurs et à faire l’expérience de la vie.

Elle aime la lecture, la musique, le théâtre, rencontre un premier garçon sensible, puis le quitte, le garçon découvrant son homosexualité. Le père est un homme si gentil, un peu effacé, toujours là dans les moments de crise naissants entre la fille et la mère. Ce qui est important dans ce portrait subtil d’une jeune adulte américaine de Sacramento, c’est tout l’art de la conversation des corps et des âmes, qui se glisse dans des moments privilégiés ou intenses de la vie ordinaire de Christine ; vivre dans une famille recomposée, embrasser pour la première fois et ressentir l’immense soulagement du premier contact intime entre deux corps et deux esprits, regarder les étoiles la nuit, allongée en compagnie de son ami, faire l’amour pour la première fois et en faire l’affaire de sa seconde vie, reconnaître les normes sociales naturelles qui prescrivent un certain nombre de conduites de jeunes filles (cool ou pas cool, méprisé, méprisant, riche ou pauvre, inclure ou exclure … le rôle de sa nouvelle amie Jenna est important, il montre cette force du conformisme social). Ici le film restitue parfaitement, la gêne sociale ou économique – sans parler de honte – ressaisie comme marqueur d’exclusion et de mensonges un peu regrettables ; cacher sa maison, sa famille recomposée un peu étrange, son lieu de vie, jugés trop pauvres ou anormales, par rapport aux standards de nouveaux « amis ».

L’aspiration de Lady Bird est celle d’une émancipation ordinaire, depuis un milieu catholique, son école privé, sa ville de Sacramento, ses coutumes civiles, son école et ses sensibilisations officielles d’un autre âge (contre l’avortement, la sexualité libre …) ses bonnes sœurs gentilles mais comme enfermées dans un autre monde que le monde rêvé, un monde de souffrances économiques et culturelles et une source de remords et d’exclusion qui montrent toute l’importance du désir d’émancipation de Christine. Ce qui est remarquable c’est la manière dont chaque micro événements de la vie de Lady Bird est montré par la réalisatrice comme témoin passeur d’un possible basculement de cette jeune fille dans une vie adulte future qui saura faire la part entre ce qui est à garder comme valeurs (l’amour de la famille, la protection, l’héritage de ses liens …) et ce qui est à transformer (l’ouverture vers d’autres cultures que la sienne, la créativité sociale, l’amitié différente, la société et l’amour charnel …) En ce ce sens, le film condense en 1h33 minutes, tout le passage ou la transformation vers l’âge adulte ; un film d’apprentissage, oui comme un fil tendu entre deux mondes, Sacramento (Californie) et New-York ; deux manières différentes d’habiter les corps vivants, deux cultures hétérogènes et deux modes de socialisation différents.

Il faut revoir ce film pour la justesse de jeu de Saoirse Ronan, sa nature d’actrice incroyable, qui peut jouer par un visage si beau et expressif, une palette d’émotions très diverses ; tout le travail remarquable de la comédienne consiste à jouer sur le fil du passage, ménager toujours sa maman, l’aimer et la pardonner de toutes ses forces, vivre sa vie rêvée et se donner les moyens d’atteindre ce rêve (notes et dossiers scolaires, permis de conduire à 18 ans, lettres à l’université et demande de bourses …) Les relations à la mère et au père sont centrales dans le film car elles sont évidemment le cœur du passage vers la vie d’adulte ; elles maintiennent bien en marche le moteur de la passion de la liberté de Lady Bird ; Christine est d’un côté pour sa mère, une vraie gâcheuse et une fille qui ne se rend pas compte des efforts faits pour elle par ses parents, son école et sa famille, et de l’autre côté pour son père dans un point d’équilibre décisif, une fille amie, adorable, qui demande les plus grandes attentions. C’est le père qui va donner à la fille de quoi constituer un dossier d’inscription à la faculté de la côté Est malgré sa perte d’emploi, ce don si rare se fera en secret, pour un Noël un peu particulier et toujours dans une relation très forte père/fille.

Tout autour de Lady Bird se construit le changement d’un milieu social particulier, après sa première rupture amoureuse, la rencontre d’un jeune sombre et romantique nommé Kyle, après sa seconde rupture celle-ci plus d’amitiés avec sa meilleure amie, la rencontre d’une fille superficiellement libre et prétentieuse, Jenna. Christine va évoluer seule, dans un milieu un peu fade, aux normes sociales culturelles différentes, un peu éloignées des valeurs de sa famille. Ce qui est montré ici est la difficulté de trouver sa place à 18 ans à Sacramento, quand tout peut venir d’ailleurs et que l’on ne comprend pas ce qu’est cette différence vivante entre soi et cet ailleurs. Lady Bird veut s’envoler, se libérer et ce travail d’émancipation est lent, subtil, délicat, il demande des contacts sensibles, fréquents, répétés entre des modalités du vivre et de l’aimer, différentes, dont les expressions sont portées par des comédiens et comédiennes maîtrisant l’art des rapports directs et naturels empêchés par la société et l’emprise d’une certaine culture de l’entre-soi. Il restera toujours la famille pour Lady Bird/Christine, les sens de sa propre vie organique et sociale ; le rappel de son prénom de naissance, l’importance de rites sociaux comme le bal de fin d’année de son Lycée, l’importance de la meilleure amie, Jude. Les scènes finales à New-York sont étranges, elles gardent une atmosphère de mélancolie et de rêves d’ententes, enfouis au travers de lettres de sa maman, adroitement glissés par son père dans son sac de voyage. Après une cuite qui la conduit à l’hôpital, Christine pense à sa maman et à sa famille, demande un peu déboussolée, à un passant ; « quel jour sommes nous ? » « Dimanche … » et entre dans une église presbytérienne pour prier et se recueillir un court moment. Elle appelle ensuite sa maman et son père pour leur redire tout son amour.

Fragments d’un monde détruit – 196

Liberté & Nécessité

L’ancien monde hérité des récentes révolutions de l’automation et de l’industrie informatique quand il s’entrechoque aux dynamiques de transformation sociale naturelle des formes de la vie humaine sous la pression dramatique de la transition climatique, ressemble à cette figure de l’idiot naïf, fervent, illuminé, croyant encore possible l’application d’un modèle de développement économique et sociale ancré sur la logique d’extraction de ressources naturelles dites – à tort – infinies. Outre les matières premières énergétiques (pétrole, gaz, uranium, gaz de schiste, eaux, nickel, lithium …), l’exploitation d’une masse de données humaines sur l’Internet des objets boosté aux agents conversationnels, rend possible une force d’inertie majeure qui reconduit les sociétés humaines vers leurs propres fragilités. Nous en tant qu’êtres sociaux humains nous adaptons au pire de ce qui advient sous l’effet d’une dynamique de reproduction d’imaginaires sociaux symboliques en phases avec le capitalisme de prédation ou capitalisme fossile ou le collectivisme oligarchique russe ou chinois. En ce sens, plongés dans un milieu de vie tissé en signes (images vidéos, symboles communs, voix synthétiques, musiques d’ambiance, sites d’information, plate forme de commerces, émission de divertissement, livres, films de cinéma, séries …), notre capacité à nous extraire de notre propre milieu vital pour en construire la critique est presque impossible. La pression à la conformité et le miroir de conformation des Intelligences Artificielles Génératives de Régulation (IAGR) tendu à l’internaute moyen fait de lui un gisement de données exploitables, pour une dynamique de monétisation de ses capacités cognitives, affectives, expressives ou relationnelles.

L’extinction possible des expériences vécues et la modification de nos formes symboliques comme moyens d’expérimenter des êtres vivants, par l’accumulation d’interconnexions distantes de terminaux informatiques, de HUB, de datacenters accomplit ce rêve de l’hyper-capitalisme qui est de « cellulariser » au maximum tous les rapports de reproduction d’une valeur d’échange i.e transformer l’individu fixé par un Ego exploitable sur un marché de producteurs et de consommateurs, faire de lui et de son intelligence calculatrice un moyen de paiement et de consommation fixé sur la prédestination ou le rachat de son âme au paradis. Ce qui est remarquable ici est cette dynamique d’adaptation de la forme sociale symbolique par la puissante pénétration de l’économie agressive dans toutes les sphères de la vie ; adaptation au pire modèle de développement que nous connaissons en regard de la transformation des milieux de vie, de la nature réduite à des ressources comme de tous les biens communs de l’humanité (eaux, océans, rivières, vents, forêts, air, montagnes, sols, déserts) ; adaptation des réactions individuelles, des émotions et des jugements, et des conduites collectives devenues inhumaines ; pour faire plier les volontés de résistances, les revendications de la forme démocratie et les luttes pour les droits humains. Ici le point nodal de résistance critique à ces modèles de développement devenus totalement irrationnels, hors sol, coupés de toutes les vies ordinaires des êtres vivants, est l’atteinte d’une masse critique ou la possibilité que le nombre fasse une différence dans l’orientation du modèle de développement. La fixation d’une référence philosophique mouvante aux formes psychologiques et politiques humaines, et anticipée à un modèle de bien être possible, reste relativement souple pour inclure, des bougés situationnels et historiques, à toutes tentatives de construire des futurs désirables.

Si les solutions à la transition climatique sont bien connues, le frein à leurs adoptions provient donc principalement d’une logique d’adaptation exclusive fermée à l’intérieur d’un vieux monde économique et culturel, ancrée sur des valeurs là aussi totalement coupées de la vie ordinaire ; l’homme dirige et domine en père de famille, la femme obéit et se soumet, la terre nous appartient et nous l’exploitons pour nos propres besoins, nous ne rendons des comptes qu’à Dieu … L’espèce de fatalisme dans le raisonnement du pilleur de ressources, correspond à une même illusion de croire possible dans un futur proche, la survie de quelques uns – les élites en hiérarques, techno-évolutionnistes, fascistes des temps modernes – contre les masses de pauvres, de dominés, d’exploités qui compte tenue de la supériorité supposée d’une forme de vie sur une autre, peuvent être abandonnées ou naturellement éliminées. Laissons faire la nature, comme force divine elle va punir les impies, les mécréants, les faibles et les ratés. Derrière ce mouvement forcé à l’adaptation, l’ « intelligent design » occupe une place importante même dans ses aspects culturels dérivés du socle de l’idée centrale qui est de postuler un dessein intelligent dans la fabrication de la nature, dessein qu’une volonté divine transforme en réalités désirables pour tous. Le design divin protège de l’angoisse de la contingence humaine et du hasard des situations, des occasions et des circonstances historiques. La fatalité a donc pour rôle central, la possibilité de jeter aux poubelles de l’histoire, le double fardeau de la liberté et de la culpabilité, et de son appartenance à une forme humaine de vie ; d’où la tentation répétée chez les technos-fascistes de promouvoir le surhumain en déformant la pensée nietzschéenne.

La division maximale des consommateurs donneurs d’ordres sur des marchés, le fait que toutes et tous, nous soyons au final et en dernier lieu – une compétence cognitive ou affective ou relationnelle, dite unique ; un authentique être humain selon notre matrice économique traditionnelle – exploitable par un modèle de mises en concurrence et d’uniformisation des forces de travail et des images différentes de la réalité conçue comme résistances à toutes critiques sociales, symboliques, dramatiques est l’une des stratégies majeures de lutte contre les politiques de transition climatique. Ce blocage est donc autant économique, symbolique que culturel, il répond à la préservation des forces oligarchiques ; l’élite financière veut conserver sa puissance d’argent, son confortable lit de rivière quitte à tout laisser détruire autour d’elles, et d’inventer des mondes dans lesquelles, de grandes architectures de cités complexes (métal, verres, air conditionné, eaux pures, hiérarchie, santé protégée …) préserverons d’un extérieur flammes (+ de 50°C), les seules vies dignes d’êtres vécues. Diviser au maximum jusqu’à atteindre l’individu dans son être spirituel même, c’est refermer la logique d’extraction sur son agent principal l’individu-ego, le propriétaire de la force de travail, le décideur financier, par sa puissance industrielle, du sort des autres êtres vivants et des destins des milieux de vie naturels. Le prix de la vie humaine est donc une interrogation philosophique majeure que nous pourrons poser et construire, dans ce contrepoint critique qui met en lumière la logique mortifère de l’économie prédatrice versus le bienfait de la normativité et de la socialité de base qui protègent et permettent la vie.

Non, cette transition climatique n’est pas hors de portée, les solutions par le génie humain sont prêtes, disponibles, ouvertes à l’action et à la concrétisation des formes de vie meilleures ; ce qui résiste comme réel ou modèle politique indépassable, comprend des dynamiques de conservation des rapports de forces économiques qui, une fois installées et depuis longtemps dans nos vies cherchent à perpétuer leurs logiques et leurs techniques de développement et de maintien y compris symbolique, culturel et normatif. G.E. Moore (1873-1958) au début du XX° siècle dans les « Principia Ethica » (1903) – ouvrage majeur de la discipline de l’éthique et du réalisme moral contemporain, identifiait une faute de raisonnement dans ce qu’il nommait pour critiquer l’évolutionnisme en éthique de Herbert Spencer, le « sophisme naturaliste » ; selon Moore, le bien est un prédicat simple et indéfinissable tout comme « jaune », et celles et ceux qui tentent de le définir le définissent par un ajout supplémentaire, relatif et artificiel ; le bien est ce qui est naturel par exemple, le bien est ce qui me plaît, le bien est l’utile … Seule la valeur intrinsèque pour Moore peut fournir à la pensée morale, un os à ronger, une étoile comme un guide, une possibilité d’édification existentielle de soi même ; Il existe des faits, des situations de jeux, des changements de vie, des relations, des jugements sur les choses, qui ont une valeur intrinsèque et qui par eux même méritent d’exister. La lutte contre l’adaptation forcée de type techno-capitaliste et programmatique, enfermant les hommes, les femmes et les enfants de nos générations futures dans un modèle de développement économique, artificiel, extractiviste et mortifère et une technologie et une logique de fermeture égotique et cognitif, pour la planète Terre et la vie humaine, est ainsi un combat philosophique qui possède une valeur intrinsèque soit comme fin soit comme moyen pour faire advenir des choses bonnes.

Fragments d’un monde détruit – 195

Se défaire des âmes

La diminution progressive de l’expérience du contact vivant comme drame intime, l’atténuation de la possibilité de voir, d’écouter, de toucher ou bien de sentir un.e autre vivant.e, caractérise une manière d’être non sensible, proche d’une forme de vie hyper-capitaliste dans laquelle la prédation et l’extraction de ressources affectives, symboliques, énergétiques, informent des comportements inhumains ou a expressifs rentrés dans une logique d’accumulation de flux d’échanges et de capitaux symboliques et cognitifs, égotiques ou privés. Dans ce cadre de référence de la progression d’une dynamique d’accumulation extractive de ressources mue par la vie du capital moderne, l’être vivant est devenu un point de fuite stratégique, une imprévisibilité du programme d’actions et de réactions ; une dimension exsangue, abstraite, ignorée, depuis laquelle, les contacts corps à corps, le toucher par la main, le regard, l’écoute de la voix comme force intérieure spirituelle, sont sortis ou exclus de l’expérience de la rencontre face à face et de la capacité à se mettre à la place d’autrui. La virtualité maximale qu’accompagne la perte de contacts consiste en une même reproduction (en)fermante des imaginaires sociaux symboliques en tant qu’ils ne peuvent plus atteindre une dimension de contact sensible mais sont relégués à n’être que les auxiliaires de reproduction du capital dans les organisations de travail, l’Internet des objets, les échanges économiques, l’isolement égotique et dramatique. Ici, ce qui est remarquable, dans la forme de vie capitaliste-autoritaire, c’est que nous ne pouvons plus, nous ne sommes plus en capacité, – notre volonté atteinte par la fatigue cognitive et la colonisation par les discours de la performance de toute les sphères de la vie domestiquée – avec les moyens symboliques fournis par les réseaux d’échanges numériques, de nous représenter la différence des formes du monde d’autrui, l’expérience sensible du contact physico-symbolique étant devenue si rare, ou si redoutée ou crainte qu’il n’est plus question de faire ou de vivre des rencontres.

L’enjeu pour la vie « machinalisée » par le programme capitaliste-autoritaire est de lutter subtilement et indirectement contre l’idiosyncrasie personnelle, contre la puissance d’affection vitale – sexuelle – qui met en contact l’un.e avec l’autre, éprouve la sensibilité d’une forme de vie et de pensée humaine tout contre la technologie de l’Automate et les dynamiques de reproduction économique de modèles de mises à l’épreuve, de conformité et de tests de transparence forcée des êtres vivants. Ce qui est touché et mutilée, c’est bien l’expérience de la socialité de base ; les différentes manières dont nous nous relisons ensemble, la texture de nos liens sociaux – nous humains et vivants – par des comportements expressifs liés à des attitudes dites grammaticales en tant que l’être humain est un être de langage et de formes symboliques et expressives. Ainsi faire l’expérience de la douleur dans le corps d’un.e autre, prendre du plaisir avec un.e autre vivant, remarquer le changement d’aspect d’un visage et voir directement la joie à la place de la colère, c’est toujours réatteindre une certaine expérience expressive qui relie dans l’arrière-plan du monde humain et des êtres vivants, certaines réactions instinctives et naturelles avec certaines expressions symboliques plus complexes. La naturalité ici est une recherche d’appuis conventionnels naturalisés pour l’interaction située dans un cadre de référence et un arrière-plan pour lesquels, une certaine régularité de réactions naturelles communes, aussi bien que la surprise ou le changement venus de comportements humains inhabituels ou divers seront bienvenus pour favoriser une dynamique de reconnaissance sociale et symbolique, située – visage contre visage / corps contre corps / langage contre langage – qui agit tout contre la dynamique sémiotique et culturelle complexe de l’hyper-capitalisme autoritaire, aux gestes économiques, « machinalisés » ou standardisés.  

La colonisation des mondes vécus par l’hyper-capitalisme de prédation si elle a transformée depuis longtemps les mentalités de base des travailleurs, engagés dans des rapports de production féroces et sans pitiés, accomplit cet exploit de la séparation du corps sensible et de l’expérience vécue que – sans elle – nous pourrions faire du monde, de la nature, de la vie des autres êtres vivants, de l’expression complexe des visages, des corps vivants, des mouvements animaux, de toute l’hétérogénéité du vivant, humain et non humain. Dans cette colonisation de la vie par la prédation économique, cette mentalité capitaliste est construite autour d’une psychologie rudimentaire axée sur la compétition, la satisfaction égotique et la lutte de pouvoirs au travers de l’Argent et de la valeur d’échange qui transforment tout rapport interpersonnel ; l’autre est perçu immédiatement comme un compétiteur potentiel sur un marché de compétences exploitables économiquement ou bien comme un déchet ou un.e pauvre, ou un.e inutile exclus tacitement des zones d’intéressements du capitaliste. Les corps de l’autre sont exploitables ou non, ils deviennent souvent des armes mobilisées dans la logique d’exploitation de toutes les preuves de l’efficacité d’une macro organisation économique dite impériale au sens d’une exploitation complexe, sophistiquée et étendue des preuves, des traces cognitives symboliques et des géographies de l’enfer et de la misère capitaliste. Les corps du pauvre – comme proto-figures de la domination – parce qu’ils n’ont pas eu d’éducation poussée, ou qu’il manque un perfectionnement continu de réactions expressives fines ou adéquates aux situations de vie ordinaires ; perfectionnement liée à à toute l’expérience vécue de l’éducation, des loisirs, des voyages, des lectures (toutes expériences conditionnées par la possession d’un capital en argent) ; sont devenues des potentiels alliés dans la guerre économique ; des serviteurs de la psychologie du pouvoir. Ici, il faut réduire à rien la capacité à éprouver différemment les mondes de la vie, par des moyens de pressions économiques puissants qui fatiguent, sérialisent, enferment et tuent toutes les velléités de résistances. Le visage est effacé sous l’effort du travail, le corps est cassé, brutalisé, la pensée automatisée ; c’est toute la vie humaine qui est rendue plus vulnérable et plus à l’écoute des monstres capitalistes (Argent, Modes de vie, Compétitions, Insensibilités, Exploits, Cupidités, Replis sur soi, Performances, Conformismes, Ego).

Ce qui a lieu, là pour une vie violente, aux peines et aux plaisirs violents, c’est la réduction psychologique et politique à un pouvoir de consommation des corps, des psychés et des symboles en tant qu’ils doivent tous faire partie au final – c’est là la puissance de la domination économique par l’Argent et l’échange sur un marché de producteurs et de consommateurs – d’un même Empire des « âmes mortes » qui assigne aux être survivants, leurs statuts, leurs rôles, leurs fonctions et leurs finalités dans un certain ordre de communications et un ordre de l’échange économique régi par les lois du marché. L’Argent comme forme démoniaque de l’essence abstraite de la vie humaine, choisit de fixer la valeur des êtres vivants, – les prix de l’âme – en prétendant au delà des mondes de la nature et de la vie humaine réelle, organique et symbolique, représenter une certaine lecture du monde humain au XXI siècle (par le prix négocié d’une vie humaine). Or, il est évident et l’histoire de la vie comme discipline scientifique ne peut que nous enseigner cette leçon philosophique et politique importante, que la forme de vie humaine percutée par la dégradation des milieux vivants et de l’expérience même de la fin de vie sur Terre, doit maintenant s’intéresser à la préservation de la vie au delà de la logique de l’échange capitaliste. « L’âme de cet individu me gène, elle est si différente ; elle ne peut rester travailler ici, tout contre nous, maintenant ou alors je dois la mater, la dresser, ou l’accoupler à notre machine de reproduction bio symbolique issue de mon modèle de travail. ». Voici le discours du soul-manager, du manager de la ressource humaine exploitable, lisible, interchangeable ou interfaçable.

Le corps humain comme meilleure image de l’âme humaine ; à force de travail, de mobilisations et d’investissements utiles à la machine capitaliste, lorsqu’il devient une pièce maîtresse de l’exploitation des êtres vivants parce qu’il est une force de production, une main d’œuvre économique, une ressource humaine, le corps humain peut devenir une machine à (re)produire la violence économique ; un corps-automate dressé sur des machines de tri cognitives, symboliques et manuelles et l’Automate comme les Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation, (IAGR), ne seront là que pour conditionner les corps et les esprits, à répondre exactement aux besoins de survivance et de réplication de la machine capitaliste-autoritaire. Les plus nombreux dominent et l’Automate est au servie de la loi du nombre et de la puissante conformité. L’humanité de l’homme et de la femme comme l’innocence de l’enfant, la fragilité de l’adolescence, deviennent ainsi des territoires de chasses, de dressages, d’exploitation et de destruction visant les réductions des âmes à des compacts corporels, esthétiques et politiques exploitables – mis au format de la demande psychologique et politique – de l’économie. Il est toujours sidérant de constater cette absolue confiance de l’insulte de l’hyper-capitalisme dit autoritaire, anarchique ou hyper réactionnaire ; cette insulte théorique et pratique, savamment organisée envers la vulnérabilité des êtres vivants dans toutes leurs richesses sensibles, leurs formes de vie d’êtres de langage, toutes leurs capacités à devenir autre et à se transformer aux milles contacts sensibles de la réalité sociale et organique du monde. Ici, à nouveau nous avons affaire à une certaine forme de pensée inhumaine dont les activités appliquées au monde consistent à se ménager une forme « tautiste » (tautologie et autisme, (Sfez, 1988)), une technique et une logique autonomes de décision philosophique et politique, séparées de la vie ordinaire, presque isolées ou dominatrices, et qui vont assujettir tous les hommes, les enfants, les adolescents et toutes les femmes à la reproduction économique d’un certain modèle de raisonnement ou d’une certaine forme de pensées et de vie inhumaine.

Fragments d’un monde détruit – 194