La peur de la lecture

« Fear of reading. Fear of disappearing. »

L’espèce d’appréhension commune presque enfantine devant des signes couchés sur une feuille de papier et/ou circulant sur un écran informatique ou télévisuel provient non pas seulement de la complexité de la tâche cognitive de déchiffrement des signes et d’appropriation des sens des phrases comme unités de compréhension – graphèmes, morphèmes et phonèmes – mais aussi à l’évidence parce que lire c’est rentrer en contacts sensibles avec l’autre, dans des interactions cognitives, sociales, culturelles ou affectives parfois redoutées avec des formes figées ou dé-fixées sur des supports dont l’enjeu est de délivrer du sens depuis un temps et un espace T.X passés, présents ou futurs et dans un espace-temps de réception ou d’accueil du sens. La forme d’incarnation de soi par des suites de mots et l’unité de la phrase impliquent l’exercice de cette capacité de reproduction intentionnelle – atopique – ou la mise en interactivités d’espace-temps hétérogènes et relatifs à des expériences historiques de vies et de morts et formalisées de façon cohérente par une écriture et une lecture situées. La formidable expérience de lecture pour des textes aux attentions (re)prises par l’imaginaire de l’auteur.e et sa capacité de transformation symbolique des images mentales est alors pleinement en phases avec le spectre de critères d’une intercompréhension sociale, réussie depuis un centre créatif vers des périphéries (devenues elles-mêmes centre(s) irradiants du sens, par la diffusion des formes livres).

Comprendre est en effet ici le lieu et le moment d’une puissance de reproduction sociale, hétérogène et intersubjective de contacts ; le processus de partage d’une forme symbolique en mouvement (Sartre) par la lecture réussie et dont les traces sont les signes symboles assemblés sur les portées des livres partitions. Si l’empreinte acoustique des mots est importante pour aiguiser l’imaginaire, elle l’est d’autant plus car elle fait partie de l’éducation première des capacités de déchiffrement des enfants ; la phrase rappelle une expérience vécue même fragmentaire ou partielle, elle est l’impact – audio-fixé – de cette grande forme en mouvement qui circule dans les imaginaires sociaux symboliques d’une société humaine et dont les interactivités ont du sens en lien avec cette capacité de transformation des sens des phrases (écrites, parlées, dessinées, chantées ..) par des voix humaines. Et cette capacité d’incarnation d’un texte dans la vie du lecteur, provient d’une même attention extrême portée par l’auteur aux écritures mêmes de ses parties presque organiques – phrases, mots, images, sons … La lecture est une affaire humaine spéciale et supra temporelle au sens d’une série d’expériences vécues transmise par des mots signes rentrées dans une cohérence formelle au travers du médium livre.

D’où provient alors la peur de la lecture ou l’espèce d’ennui et de fatigue provoquée par cette difficile entrée dans les mondes étrangers, créés par un livre ? Quelques témoignages autour de soi de non lecteurs ou de réfractaires décidés aux lectures de livres montrent (1) l’ennui immédiat provoqué par la pauvreté du médium – son austérité même – des signes alphabétiques couchés sur une feuille, rien autour, que la blancheur du papier et le contraste pauvre et pur en noir et blanc – (2) l’absence de stimuli audio-visuels donc comme des images, des musiques ou des récits déjà fabriqués par exemple dans un jeu vidéo ou au cinéma. Il y a là une certaine déception quand à la passivité attendue ou refusée de la réception des sens de la forme médium livre ; lire c’est une coopération formelle, symbolique et sociale, de l’auteur.e vers ses lecteurs et lectrices. Il y a là une sorte d’accord passé dans l’étrangeté, l’austérité, la passivité et la surréalité d’une forme d’expression interactive qui vise non pas seulement à divertir mais à transformer la forme du monde par le choc des passages de l’écriture et de la lecture. La communion invisible de la lecture impose une forme médium essentielle qui respecte le retrait intime de chaque être humain – la protection de soi au delà des fracas du monde – et fait de la capacité d’expression un moyen d’interactions symboliques, gestuelles, primitives et complexes et une fin décisive de transformation du monde humain.

Mais la peur de la lecture peut provenir aussi d’une crainte panique quand aux surveillances par la fixité du mot et de la phrase qui une fois pris dans la feuille ou creusés profondément dans l’écran dans un temps et un lieu indéterminés, figés et presque éternellement convocables, repose la question philosophique d’une possibilité de l’archive de l’humain ; la question d’un contrôle politique exercé depuis l’extérieur d’une forme écrite ; l’alphabétique terreur, l’appréhension du tout numérique ou bien la manière d’exister recommandée – totalement par le pouvoir despotique de l’écriture – aux femmes, aux enfants et aux hommes qui, en tant que corps expressifs ou âmes humaines devront supporter les signes couchés sur des feuilles ou reportés sur des écrans de surveillance i.e. transporter leurs sens en situations par leurs voix incarnées et leurs gestes symboliques. La lecture est donc aussi une expérience éthique, artistique et politique, elle invite chacun et chacune à se poser la question de l’étrangeté d’une forme figée sur un support multimédia et censée faire état du monde comme il est pris dans une expérience vécue différente de la sienne. On à là par l’éducation à la lecture – la littératie – aux médias, à l’information scientifique et technique (IST) ou journalistique et politique, un axe de réflexion central et pivot de la possible promotion de la forme démocratie dans nos sociétés libérales et humaines ; la capacité ubique de transformation d’un monde ; être ici et là bas au même moment de la lecture découverte, passion, voyageuse ou créatrice …

Dans la lecture comme à l’intérieur d’une aventure humaine, il y a à l’évidence commune cette incroyable recueillement ou isolement temporaire dans l’oralité du texte qui murmure sur nos lèvres et les dialogues, les récits et les paysages qui s’invoquent ensemble en silence, majestueusement, comme par une prière surnaturelle ou bien le suivi d’un rite social fantastique ; et cette ritualisation de l’acte de lecture est très importante parce que lire c’est devenir autre du point de vue d’un texte témoignage ou récit de vie ou fictions – une forme historique inscriptible qui s’oppose à la vacuité de l’oubli et au rien du temps qui passe – d’une expérience vécue du monde autre ; ainsi il arrive que certaines expériences de lecture vous (dé)coupent du temps immédiat et vous emportent comme en retrait voulu et provoqué, dans un entre-deux mondes (le proche et le lointain ; le mort et le vivant ; le passé et le futur). Ici la littérature est un moteur de transformation critique par sa capacité sociale et symbolique à décrire précisément des expériences vécues hétérogènes, très différentes et ceci de façon subtile dans différents genres littéraires (biographiques, fantastiques, historiques, de science-fiction …) et par différents styles d’exécution d’une forme d’écritures (le roman, la nouvelle, l’essai, le poème …) Mais il faut retenir cette solitude sociale de la lecture – l’énigme du sens, la voix et le silence – au sens d’une expérience partagée au delà des corps physiques dans les capacités d’expression communes des âmes humaines ; celles qui lisent sont plus avancées sur les connaissances et les expériences vécues du monde parce qu’elles acceptent de recevoir – et de tenter de comprendre dans la pauvreté essentielle du médium – toutes les expériences des mondes d’un.e autre qu’elles-mêmes.

Fragments d’un monde détruit – 207

Des infos-sphères inhabitables

Les expériences des entrées disparates, hétérogènes – parfois difficiles – dans les sociétés de l’information et de la cognition – les sociétés de contrôle avancé – pour des jeunes adolescent.es montrent un certain type de droits à une information fiable, une interrelation cohérente et de référence, étudiés pour ce qu’ils doivent nous interroger – « Nous » communauté humaine d’adultes – sur la capacité des systèmes informationnels à bâtir des dynamiques de connaissances et d’expériences différentes du seul monde vivant. L’offre pléthorique de sources d’informations (l’infobésité si elle est une caractéristique du capitalisme linguistique et cognitif par le trop plein et les effets de saturation, en tant que rattachée aux sphères informationnelles, est un effet de l’épreuve de la sélection de la pertinence et de la fiabilité des sites Web, des organes de presses, des pure player, des Institutions, des réseaux sociaux pour un être humain isolé qui souhaite s’informer sur l’état du monde et des affaires humaines en 2026 …) amène la question de la relativité contextuelle et historique au centre de cette dynamique interne de l’information comme ouverture ou fermeture dans et vers les mondes des faits, des interactions et de la fiction. Une information est abstraitement une différence injectée à l’intérieur d’un écosystème de flux et de mise en ordres, en tant qu’elle est digit ou bit-unité qui déstabilise et restabilise la cohérence d’un certain type d’ordres immanent à un système comme interdépendance des parties au tout, frontières homéostatiques et production de nouveautés et de sens en continu relativement aux récepteurs et émetteurs de messages. Sa valeur réelle provient de sa rareté à un moment « T » du temps d’évolution du système d’interactions sociales-symboliques étudiées et en tant que valeur « rareté », l’information pertinente possède une capacité différentielle à créer de la nouveauté i.e. une tendance à modifier les directions d’un système de contrôles et de réflexivités organisés par les contacts multiples entre les êtres vivants, les signes-langages interactifs dans lesquels ils vivent et s’expriment et leurs milieux sociaux naturels ou économiques.

« Une information est une connaissance communiquée par un message transmis par un individu à un autre individu. L’information implique donc la communication, c’est à dire un échange d’informations entre deux ou plusieurs personnes. L’information implique aussi un code commun de compréhension du contenu communiqué. Ce code concerne à la fois la forme du message et sa signification mais les deux peuvent être traités séparément, la forme étant constituée par le support physique du message. […] » (« Dictionnaire de l’Information », entrée rédigée par Paul-Dominique Pomart, Armand-Colin, 2004). Dans cette acceptation par le code, la communication comme capacité technique, naturelle ou organique à transmettre un nouveau sens – une Information – s’appuie sur une certaine forme physique, sociolinguistique, économique – un codage – ou un support d’inscription et de contrôle de données dont les enjeux et les buts sont la transmission réussie pour elle-même ; en ce sens les dynamiques de fonctions internes déployées par des médiums comme intermédiaires et moyens d’expressions achevées et des médias comme organisations économiques de production de l’information ; se recoupent à ce centre de gravité décisif qui est la capacité technique ou expressive de médiation et de transmission de messages d’un système d’ordres à un autre système d’ordres, d’une organisation culturelle humaine à une autre organisation culturelle humaine, d’humains vers des machines (et inversement), d’êtres vivants vers d’autres êtres vivants. Norbert Wiener nous apprends à bien distinguer le caractère primaire – la recherche d’un équilibre homéostatique pour un organisme vivant – des caractères secondaires des moyens de communication en prenant en compte toutes leurs dimensions économiques dans les industries de l’information (groupes de médias, presses digitales ou papiers, réseaux d’affaires, marchés de producteurs consommateurs, télévisions, réseaux numériques, industries culturelles et créatives …) (« Information, langage et société » in « La Cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine », [1965], Présentation de Ronan Le Roux, Seuil, 2014).

La question philosophique posée par la capacité de supporter et de véhiculer – en les médiatisant – des milliards de lignes de transmission d’informations dans un monde numérique hyperconnecté est faite, dans les perspectives de l’interaction sociale et symbolique et de la littératie, de cette épreuve de l’intercompréhension entre plusieurs organismes, organisations sociales et culturelles, institutions, séries de machines (réseaux d’ordinateurs interconnectés, Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) …). L’épreuve qui consiste à sélectionner les sources d’informations, à repérer leurs colorations idéologiques, leurs types de production rhétorique à l’intérieur d’une exploitation sémiotique et sociolinguistique des signes capitalisés sur des supports est une épreuve de la signification différente, heurtée – par la critique de corpus et l’isolement des différences sensées –  ; repérer les contextes particuliers de production de l’information, comprendre les processus d’intercommunication à l’œuvre, identifier les techniques de propagandes classiques et nouvelles (boucs émissaires, essentialisme, soif de généralité, inversion maligne du stigmate, viralité du faux, conformation des jugements évaluatifs et loi des plus forts et du plus grand nombre appuyée par et sur des langages-machines …) Ce qui fait la différence dans la lecture d’un média est ce qui devient marqueur du sens pour soi, effets sur sa propre croyance-habitude et possible compréhension pour soi même et pour autrui d’une certaine valeur informationnelle de l’événement – une radicale nouveauté comprise en commun – un marqueur délivré à un moment et dans un espace politique particuliers par des professionnels journalistes ou des intervenant.es critiques. Une information dont on peut faire bon usage.

A cela vient se percuter toute la problématique du confusionnisme et de la désinformation maximales comme stratégies d’évitement des lectures critiques des pouvoirs et du changement politique et social possible – maintenir en l’état un système d’ordres économiques injustes par exemple par l’action quotidienne de désinformer – TRUTH social comme réseau social officiel d’un président en exercice, est ici un exemple frappant d’épuisement du sens et d’arme technologique, asociale et politique – en exploitant un relativisme malsain qui permet de dévaloriser les paroles et les écrits de personnes publics ou de journalistes, ayant un domaine d’expertises bien précis et un souci de la vérité. Les attaques répétées contre la confiance sont ici des attaques directes contre la démocratie sociale et l’esprit critique, le travail d’enquêtes et la recherche de la vérité comme éthique de métiers et tendance à construire de la connaissance. En dépassant toujours le niveau des techniques de l’info-guerres, de la saturation de l’attention des publics, du divertissement haineux et de la propagande médiatique délivrés massivement 24h sur 24 par des constellations de médias autoritaires ou d’extrême droite, le travail d’enquêtes à l’inverse s’intéresse à la fiabilité des sources, décrypte des messages officiels, dé-livre des récits personnels et collectifs et témoigne des faits par des expériences vécues, fait un travail de journalistes de terrain, de traduction et d’expression. Il n’est plus possible d’habiter certains réseaux « sociaux », de consulter certains médias mainstream (dans la sphère médiatique Bolloré en France ou Murdoch avec « Fox News » aux États-Unis) c’est à dire de communiquer normalement avec d’autres êtres humains capturés dans les filets de ces réseaux, sans être réduit par un certain code de conduites, à des comportements complotistes aberrants et des langages stéréotypiques ; des memes fédérateurs, des signaux de ralliement, des images identitaires et des réflexions antisociales toutes faites.

Le confusionnisme et la désinformation ne rentrent pas seulement dans une stratégie de « merdification » des réseaux qui permet de fournir une sorte d’écran noir derrière lequel des politiques de violences, d’exclusions, de repli sur soi et de xénophobie peuvent s’exercer, ils sont là bien présents, comme des signes-indices importants de l’incapacité de la forme démocratie à s’exercer, l’incapacité à faire sens au milieu du sens détruit, dézingué, satirisé … Et cette perte de l’adhérence à la vie concrète par le sens est ici radicale dans certaines zones géographiques, économiques et médiatiques ; elle touche à nos capacités à nous entendre et à nous comprendre depuis des mondes culturels différents ; elle permet aux Tyrans de se maintenir au pouvoir parce que le désir de démocratie s’éteint ou se fragilise grandement dans les masses par la force de la répétition des messages venus d’un même centre de pouvoirs. Penser contre les psychologies des pouvoirs d’extrême droite s’avère indispensable pour le « Nous » de la forme de vie démocratique et la nature éthique de cette réflexion dépend aussi de milliers d’enquêtes historiques, philosophiques et sociologiques menées partout dans le monde qui ont montrées les profondes dangerosités (ses porosités sociales symboliques) de l’extrême droite et les haines sournoises de la démocratie sociale, coopérative et critique véhiculées par ses idées et ses actions. La préservation d’un écosystème informationnel pluraliste et non assigné à des technologies financières et idéologiques, (bots informationnels, pas de formations aux enquêtes, idéologies conservatrices maximales, paniques morales, vindictes populaires et délations, replis sur l’Ego et les questions sécuritaires …) séparées de toutes questions éthiques, rentre pleinement dans cette stratégie complexe de lutte contre l’extrême droite globale qui allie l’enquête sociale, le souci pour la vérité, les relativités contextuelles et historiques et la puissance d’agir en commun dans et pour une vie démocratique, libre et éclairée.

Fragments d’un monde détruit – 206

Interactives transformations

Dans la méthode d’analyse pragmatico-situationnelle de l’action collective [héritée partiellement avec difficultés, inconstances et luttes de la philosophie sociale de G.H. Mead et de la Thérapie Wittgenstein (le retour au langage ordinaire et l’abandon d’un certain type d’explications inutiles et confondantes)], identifier les sources possibles de l’impossibilité du changement social, institutionnel ou de la transformation des écosystèmes de transactions capitalistes, revient à isoler des séries de monstres théoriques ou fétiches dits « mentaux » au sens d’une même séparation de l’agent-Ego de toutes ses capacités d’action et de réflexion originales. Ici le terme « fétiche » rend compte d’une excessive attention portée à des « explications fétiches » du mental humain qui prétendent au cœur d’un certain paradigme de la représentation, expliciter le sens préféré pour soi de l’action par le recours à un réductionnisme naturaliste simpliste et une assignation de l’esprit à un lieu et à un temps (le sujet de la représentation est de préférence caché à l’intérieur du corps dans le système neuronal, la capacité grammaticale et le cerveau stratège et commandeur). L’intérieur ainsi fabriqué de toutes pièces par des explications fétiches appartient aux mythes de l’intériorité et de l’inexpressivité ; dans cette mesure d’une même cache d’intériorité ou d’un même trompe l’œil mythique, l’interaction humaine – un dialogue du « je » au « tu » – corps à corps -, reste figée dans une dyade de surfaces, postulant toujours la présence de deux dimensions fantômes agissantes en arrière du matériel symbolique et qui ne peuvent finalement jamais se rencontrer ou se recouper.

Le hors là éthique ainsi prononcé a des conséquences pratiques très concrètes ; l’apparente impossibilité de comprendre l’autre, ses réactions expressives, son langage, ses différences de pensée – l’incompréhension métaphysique et radicale comme incertitude principielle, « je ne peux jamais savoir ce qui se passe en autrui » – la difficile lecture de ses comportements, et c’est au philosophe britannique David Pears (1921-2009) que nous devons la description la plus pertinente et profonde de la « fausse prison » ; « The False Prison » -, au sens du résultat le plus remarquable de la philosophie destructive et éthique issue du parcours philosophique de Wittgenstein, qui met à jour de nombreux mécanismes conceptuels d’enfermement de l’expression de la pensée humaine (langage privé, cécité à l’aspect, corps essentiels de la règle, prévisibilité maximale et absolue de ses applications, noms substances, dualisme réducteur, origine causale mythique …) Il est alors particulièrement intéressant et important de faire fond sur cette critique par Wittgenstein du privé et de l’incommunicabilité de l’expérience humaine pour atteindre une zone de réflexions critiques majeures qui mobilisent outre Wittgenstein et les autres philosophies majeures du courant de l’analyse du langage ordinaire (J.L. Austin, G. Ryle, P. F. Strawson ..), le pragmatisme historique, des quatre grands philosophes américains (Peirce, James, Dewey et Mead ) et surtout la philosophie sociale, la psychologie sociale et l’anthropologie de l’intercommunication symbolique de G.H. Mead (1863-1931).

Il est alors bienvenu de se ressaisir du sens complexe de l’action humaine dans tous ses extérieurs expressifs pour rendre compte des expériences vécues des êtres vivants ; plurielles, singulières, étonnantes, séduisantes, agissantes ; mais le passage d’un monde à l’autre, d’un paradigme de la représentation au paradigme de l’expression et de l’action est un passage semé d’embûches théoriques et pratiques. En effet, il est toujours plus simple et avantageux pour les systèmes de pouvoir et d’emprise néo-libéraux comme les théocraties totalitaires ou les régimes de discours autoritaires de faire de l’être humain, un chiffre maîtrisé – un zéro toujours adaptable et mis au « service de » l’intelligence du mauvais gouvernement – un agent fidélisé au service du pouvoir et des représentations du pouvoir i.e. modeler sa psychologie sur les formes prises par le psycho-pouvoir ; la traduction de celui-ci dans les sociétés de contrôles à haute intensité implique une même exploitation continue des réactions des hommes, des enfants et des femmes tenues par l’enfermement égotique métaphysique ; or c’est toujours dehors, dans les extérieurs expressifs souvent in humanisés au sens d’une toujours difficile réappropriation de son propre corps, de ses propres réflexions, de sa singulière face humaine et sociale – concrète, imprévisible et mouvante – c’est dehors que la vie passe avec nous humains, avec nous vivants, réponses organisées, contacts sensibles, expressions achevées dans l’Art, problèmes surmontés et conflits de valeurs supportés et résolus dans l’espace politique démocratique.

Dans une sorte d’expérience de pensée comme auxiliaire méthodologique introduit à l’intérieur d’une forme d’arguments qui luttent contre ce que nous nommons « l’argument de la forteresse » comme étant la forme prise par la défense conceptuelle du nécro-système hyper capitaliste (capitalisme fossile, de prédation, du virilisme ..) comme des régimes il-libéraux et/ou totalitaires (fin de la pluralité démocratique, de la liberté d’expression, concentration des pouvoirs économiques et politiques, domination culturelle par des petits empereurs de TY-Coon…) appuyée sur l’Ego-drame ou l’enfermement dans la « fausse prison », l’être humain doit être entièrement reconsidéré comme de formidables capacités de jeux, créativité de l’agir social coopératif, relativité des mondes symboliques et forces de la pluralité pragmatiste et démocratique. Cette expérience de pensée doit être une description des effets d’emprise puissants exercés par la société de contrôle, dans un monde, qui sortant de l’anarcho-capitalisme – la violence du fort contre le faible – prétend sécuriser l’accès et la consommation des mondes – Terre – et de ses ressources stratégiques pour la survie (déraisonnable et dangereux) d’un vieux système économique – le capitalisme fossile.

L’inter-acte comme unité opérative de changement i.e. la capacité de se mettre à la place de l’autre humain ou vivant ; d’adopter dans les perspectives d’autrui sa propre position et se propre capacité de vie ; le pragmatisme américain a pour effet et conséquences de rendre possible la sortie par le haut et l’émancipation vis à vis d’une forme de vie ancienne, profondément enkystée dans nos comportements de tous les jours mais qui pour des raisons précises [bouleversements climatiques, événements climatiques extrêmes ; méga feux, inondations, sécheresses, inhabilités de territoires entiers, pauvretés systémiques, besoins primaires insatisfaits …) ne peut plus être la forme de vies et de socialisation dominante au milieu du XXI° siècle. Combien d’années encore à attendre avec la conscientisation globale de cet état de faits ; combien de souffrances économiques, matérielles, organiques et d ‘exclusions sociales et digitales, violentes, de groupes entiers de populations ; comment les formes d’expressions qui attestent de ce changement majeur et nécessaire de mondes et de sociétés humaines vont-elles irriguer les flux de consciences des masses et la mémoire des individus ? Répondre à cette question, c’est déjà combattre une certaine forme de vie et de pensée héritée de l’exploitation des corps, des langages et des âmes pour un dieu-argent, un dieu-identité ou un dieu-violent, totalement séparés des mondes de la vie ordinaire, pluriels, conjugués et libres.

Fragments d’un monde détruit – 205

Aux champs musicaux

Dans une dynamique interne de compositions sérielles qui découpent en continu un modèle comme une portion du réel investit par l’expérience de l’anticipation, la musique est une forme de contacts décomposés en mouvements sonores, ultra-sensibles qui s’entrechoquent aux parois et aux surfaces d’une dimension sienne (tierce ou inconnue immédiatement) ou d’un courant de contacts sensibles et moteurs. L’objet au loin est déjà remplit de l’expérience de la manipulation et de la consommation par contacts et exploration de ses intérieurs sociaux-symboliques ; en ce sens l’expérience de la musique est une possible dérivation à partir d’une forme primitive par laquelle les sons accompagnent l’utilisation intentionnelle de l’objet. Par exemple, un livre ou une chaise sont dotés toujours d’une musicalité particulière dans le sens, où se saisir d’un livre ou utiliser une chaise s’accompagnent d’une expérience vécue de manipulation de l’objet et de ce qu’ils dénotent en tant que noms et de ce qu’ils connotent en tant que réponses organisées (feuilleter les pages du livre, en consulter l’index, voir la quatrième de couverture, repérer la date de publication et la maison d’édition …) Il est donc important de reconnaître cette fonction majeure de la musicalité des choses physiques dans cette mesure dynamique d’une poussée des corps vivants par la force du désir humain, vers leurs inter-activités continues formalisées en parties proches ou lointaines, par les différents modèles du son et de l’intensité vibratoire.

Par contraste et dans l’expérience de la dépression comme maladie du lien social et de la coupure symbolique et intentionnelle du moi vis à vis de tous ses entours matériels, (chaise, tables, lits, fenêtres, livres …), tout ce qui est aux bords de la dimension sonore découpe une frontière de basculement vers le silence apparaissant comme une force à l’emprise démesurée, un aplat-fantôme ou une asphyxie de tous les « gestes vocaux significatifs » (Mead, 1934). L’objet désinvestit de la musicalité intentionnelle ou de la visée des contacts multiples manipulatoires avec les autres vivants, perd ses multiples usages et fonctions investit comme il perd son statut de choses physiques et redescend en deçà des surfaces de la vie ordinaire des êtres vivants, des événements, des interactions et des choses. Ce contraste saisissant éprouvé dans l’expérience vécue de la dépression du milieu vital, – littéralement comme perte de pression dans les choses – rend la musicalité des formes aussi importante pour la santé mentale que l’air que nous respirons et les nourritures que nous ingérons pour la santé du corps. L’absence cruelle de sonorités agréables ou mélodieuses, impose une sorte d’empêchement vital aux êtres vivants au sens d’une semblable nuit opaque qui va descendre sur les dynamiques de contacts et d’anticipation sensibles, ce silence imposé et brutal, bloque l’expérience de l’anticipation, détériore les visées du sens dans les gestes, aboutit à fermer l’espace-temps sonore d’un individu sur un silence imposé tout en appauvrissant ses capacités d’expression.

Il est alors pas si étonnant de constater dans l’espace-temps de l’urbanité affairée de l’économie attentionnelle qui nous relie aux multiples interfaces de consommation des objets et services économiques investit d’une valeur d’échange, que toujours en arrière-plan dans l’instant actuel de l’échange, une rythmique complexe a lieu et se reproduit au bénéfice du bruit mécanique et neutralisant de l’échange commercial, – les seuls sons proviennent des déclics d’appareils et le swipe d’écrans de transactions, comme de la voix blanche et polie du commercial – qui reproduit une absence à soi stimulée, comme négation de capacités réflexives et de puissances de transformation sociale et critique. Contre ces rythmes ambiants fabriqués par un écho-systèmes de traces et de preuves ou d’atomes d’identités, employées par la dynamique de consommation capitaliste, ou ces bruits ou vacarmes comme pollutions sonores dramatiques – infinitives – , l’écoute active d’un morceau de musique se déployant dans l’air ambiant ajoute la pulsation infinie du vivant, aux gestes manipulatoires et permet d’affiner longtemps et d’aiguiser la perception de mouvements subtils et complexes de corps vivants qui semblent surgir d’un arrière-fonds ou de coulisses ouvertes par la musique sur le devant des scènes des interactions sociales-symboliques, situées. Il est ainsi tout à fait possible et presque évident de saisir le caractère d’un être humain – sa physionomie sociale et culturelle – au travers de ses différents goûts musicaux parce que tout un champs d’expériences, de contacts, d’explorations est composé de milles musiques hétérogènes, complexes, radiales, diffractées, ou socialisées, faisant l’expérience vécue de l’art de la musique pour cet être humain.

Les corps et les âmes sont tous imprégnés de musiques ; ils transitent d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, dans l’écriture, la sexualité et le travail de transformation naturelle de la société ; ils informent une expérience du son rapportée aux rêves et aux désirs du contact sensible. Et les mots, s’ils ont des visages, s’ils nous regardent dans la lecture (comme l’écrit Wittgenstein – §156-171 – « Recherches Philosophiques » sur l’expérience de la lecture), possèdent aussi des voix hétérogènes, multiples et situées, réincarnées dans des situations de jeux particulières, à chaque fois improvisées et nouvelles, coopératives et sensibles. La musique est une expérience du temps long, de la possibilité de l’ennui et de la vacuité car sa forme est creusée dans le vide des temps morts de l’économie ; elle est à l’évidence socialisation par l’instinct du jeu dramatique, l’aventure de la lecture audio-sculptée et de la prise de rôles, l’instrument jouant le jeu du maître, du pitre, de l’assassin ou de l’amante ; la composition étant d’allure fraîche, sombre, désespérée ou joyeuse, la saveur particulière d’un morceau renvoyant aux goûts métalliques des machines comme des boîtes à rythmes, ou bien aux vols d’oiseaux dans le ciel, ou à la gracieuse envolée d’une flûte traversière ou bien à la voix limpide et mélancolique d’une chanteuse de dark-wave (Lisa Gerrard et son geste vocal si particulier – lent, grave, profond, sinueux – viennent immédiatement à l’esprit quand on pense à l’obscurité d’une vague montante).

Ici la dimension musicale de la vie fraye avec les spectres physico-symboliques contactés au fur et à mesure des milliards de contacts sensibles avec les choses physiques et les constructions pratiques des croyances que des êtres humains créent dans leurs vies. [Un spectre est une figure majeure des champs de la musique comme la forme avérée et l’incarnation d’une intensité dimensionnelle du jeu ; une figuration de la vie par l’instrument, la partition et les danses du jeu musical]. Les signes linguistiques unissent un concept et une image acoustique comme empreinte psychique du son [la linguistique de Ferdinand de Saussure nous dit cela – « Cours de linguistique générale », 1916], est-ce que cela signifie que les mots-signes conservent une forme audio-dicible de l’expérience du contact manipulatoire avec n’importe quelles choses physiques ? Par exemple, sortir brutalement d’un rêve et laisser filer le déroulement d’une phrase comme une étoile filante et se rappeler (ou visualiser) au même moment juste au réveil, des images mentales précises sorties de ce rêve ; ici la sonorité du mot est un enveloppement de la manipulation et du geste physique vocal ; il y a là une musique dite déjà concrète, terrible et vertigineuse par ses aspects physiques brutaux, son empreinte humaine et sa dimension sienne au sens où un tiers est déjà toujours présent (la société, dieu, l’esprit, l’autre, l’inconscient (?)) dans cette mesure d’un possible enregistrement direct du monde ambiant, une captation de situations de jeux coopératifs particulières.

Se ressaisir par un document audio, filmé, écrit, rêvé, des moments de vies spéciaux ; le travail avec les robots sur des chaînes d’assemblage, la réunion d’entreprise comme un rendez-vous régulier, la rencontre amoureuse pour la première fois et l’attente angoissante du premier baiser, l’échange dialogique standard prés des caisses d’un supermarché, la pause dans le tournage d’une scène de film dramatique ou comique, les commentaires nerveux d’un match de boxe, les propos échangés au comptoir d’un café le matin (toutes les vies ordinaires des femmes et des hommes en société qu’une anthropologie de la communication et une philosophie sociale sont en capacité de réfléchir et d’exprimer au plus près). S’il s’agit d’une empreinte acoustique, [pour les phrases orientées par les attitudes devant les choses], il s’agit d’une diffraction de la vie ordinaire des mots-signes et des interactions médiatisées par des symboles qui dérivent de ou emmènent des groupes de gestes vocaux significatifs.

Fragments d’un monde détruit – 204

Réprouver les humains

Dans plusieurs séries d’affrontement d’Empires numériques-informationnelles, politiques, militaires, géographiques, les places grandissantes des activités directement digitalisées dans la production de valeurs impliquent la coopération des systèmes informatiques décisionnels et l’engagement d’humains dans les activités économiques qui exploitent leurs forces de travail en continu ; cette coopération par interfaçages dynamiques, technologiques des expériences humaines collatérales, – physiques / sociales / numériques / virtuelles comme exercices d’une puissance d’agir – est emmenée au cœur de la représentation officielle qu’une société d’êtres humains construit pour faire ou produire sa propre histoire. Dans les sociétés de contrôle à haute intensité (Chine, Russie, Iran ..), contrôler les images, les sons, les souvenirs et le déroulement du récit ou de la version officielle issue et produite d’une certaine psychologie du pouvoir doit faire partie des techniques de conservation de ce pouvoir dans un temps indéfiniment long et sécurisé par un présent de surveillance massive, médiatique et une technologie de réseaux dite politisée (Internet censuré, smartphones bridés, capteurs biomorphiques, traceurs de différences, Automates de tri et de sélection …).

L’irruption des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) grands publics (novembre 2022) comme microsystèmes diffus de reproduction et d’exploitation de masse de signes-symboles numérisés permet à une certaine technologie de surveillance et de conformation cognitive, symbolique et volitive des conduites à une normativité-machine d’exister dans l’espace et le temps économique et politique. La norme cognitive ainsi promue s’inscrit pour un gouvernement autoritaire dans une dynamique exomorphe de traces biographiques et d’authentification de l’individu organique dit conforme, prévisible, par décodage sursymbolique des ensembles expressifs inhumanisés. En ce sens les IAG voyous, (celles qui comme des filtres d’obscurités ou des accords automatiques passés sur le langage humain sans l’humain excluent des gardes-fous éthiques de leurs modèles économiques ; Grok, Chat GPT) sont appelés ici – IAGR comme Intelligences Artificielles Génératives de Régulation – parce qu’elles reproduisent dans les termes complexes de la société de contrôle, un conformisme social puissant qui tend à éliminer la créativité expressive humaine – les capacités expressives rares – l’esprit critique et les singularités existentielles.

Aux présents qui figent et ne passent pas, s’ajoute cette police d’écriture de l’histoire des événements qui fixe le sens de l’événement par les cadres nouveaux (technologiques et idéologiques) de la mémoire historique collective i.e. les mécanismes de traduction des effets des paroles dans le prisme du pouvoir et la constante élimination des troubles individuels ou des écarts sociaux-symboliques, expressifs ou économiques.

Les groupes humains voient au travers des filtres de perception officielle, la réalité commune, identique et déformée des théâtres cruels d’opérations militaires et impériales (lointains ou incompréhensibles) ; et bâtir des territoires négatifs là où l’accès à l’information et à l’histoire du récit d’événements et aux sens de ce récit est empêché ou instrumentalisé va compter comme faisant partie des tactiques importantes pour la confusion maximale de masse et l’attirance du chef pour la réaction émotionnelle typique ou le spontanéisme imbécile du subordonné. Créer des paniques morales raccrochées à des sujets du pouvoir (a)variés (perte de l’identité nationale et baisse de la natalité, grand remplacement, racisme anti-blancs (?), terrorisme écologique, wokisme, invasion migratoire, décadence morale et pornographies …) est compris comme un outil de pénétration de l’extrême-droite, du nationalisme, du fondamentalisme mystico-religieux (orthodoxes (institutions officielles en Russie), juifs (extrême-droite en Israël et ses guerres d’expansion nationaliste), musulmans, bouddhistes, hindouistes ou chrétiens) et du totalitarisme islamiste par leurs usages historiques de l’idée de Nation, de Prophétie et de Peuple, dans les pensées et les attitudes collectives des masses.

Ne pas renvoyer dos à dos ces partis et ces mouvements aux méthodes si dangereuses, aux idéologies mortifères pour la démocratie libérale ne va pas sans efforts de promouvoir constamment une logique pragmatique triadique d’échanges et de transformation (duale et tiers comme conflits de valeurs différentes surmontés), à chaque occasion de consciences (chaque expression donnée et héritée d’un régime de discours politique), dans chaque médium possible, la forme de vie démocratique et le pluralisme vivant et social-symbolique qui en fait la force et la vitalité. Ce dos à dos – ou cette pauvre dualité ; extrême droite versus islamisme et cette opposition stérile, aveuglante, simplificatrice – malheureusement résulte d’une dynamique de renforcement des deux (supposés) adversaires ou alternatives principaux ; l’un nourrit l’autre en permanence dans un jeu d’escalades symétriques, de haines xénophobes, de conflits enkystés et de chantages permanents et dangereux qui exclut toutes formes de réciprocité et de singularité.

Ainsi, un pôle de destruction de la démocratie sociale comme système de valeurs et types de normativité est pleinement constitué dans ce nouveau désordre international en 2026, par cette dynamique du miroir inversé et de l’aimant (attractivité des forces plurielles vers le pôle de stabilité idéologique extrême-droite techno-sécuritaire / islam régressif / Chine. États-Unis comme réassurance de l’Empire et de l’ordre et du média univoque ; destruction des opposants à cette vison unique du conflit (dit de civilisations, de cultures, de sexes, de races, de voix, d’histoires, de technologies, d’énergies …) …) L’espèce de résultats de pensée monolithique – obsédants – obtenue par ce savant et mécanique entretien du conflit unique, centralisant, hypnotique – prive les démocraties libérales de leurs énergies critiques et de leurs capacités de transformation des vies dans leurs pluralités et leurs modalités d’existence singulières. Dans ce monolithe affreux de l’idéologie de la décadence et du martyr – un nécro-système de pensées univoque et uniforme – ; sont préfigurés les types de psychologie du pouvoir dominantes et les capacités de contrôle des réactions collectives associées et mises en œuvre. Ici la logique de l’archive politique comme infrastructure et instruction continue d’une certaine police administrative qui va ficher par centaines de milliers ses propres citoyens dans une cyberculture de surveillance permanente des dissidences, doit correspondre à une identification numérique complexe des identités civiles et des parcours biographiques, économiques ou institutionnels des groupes et des individus.

Il faut des groupes d’hommes conditionnés – suffisamment nombreux pour faire corps idéologique – pour devenir des groupes d’hommes conditionneurs, ceux là qui propagent la bonne humeur du moment du mâle, de l’âge d’or et de l’action virile ; le « mood », la « stimmung » ou l’affectivité d’un lieu et d’un rôle associés aux temps et aux lieux artificiels du pouvoir ; dans ce théâtre du double et de la cruauté formelle de l’administration de la psychologie du pouvoir de l’extrême-droite et du nationalisme politique et religieux ; les techniques de production de l’archive (détournées de leurs buts initiaux ; conserver la mémoire historique et raconter les faits qui se sont réellement produits) et les techniques de l’aveu permanent (la police psychologique et l’autosurveillance), vont passer pour des armes intellectuelles ordinaires contre la forme d’esprit libre ou indépendante ; celle-ci doit se plier aux formes de l’instruction des nouveaux cadres. Orwell et « 1984 » [1949] ici doit nous être d’un grand secours philosophique pour comprendre ce qui arrive dans et par la capacité à réécrire l’événement historique, à éduquer par la propagande et la méthode de la double pensée pratiquée par O’Brien et le Ministère de la Vérité (penser une chose et son contraire à la fois et maintenir cet état de tension en permanence de sorte que le basculement d’un monde à l’autre puisse avoir lieu facilement à tout moment sur requête du pouvoir), le TRUTH Social, la Russie de Poutine et son incroyable politique mémorielle.

On voit ici, outre l’affinité des Tyrans et la collusion de leurs intérêts respectifs – conserver le pouvoir à n’importe quel prix -, cette dimension de trans-valuation sociale symbolique d’une forme critique de l’assujettissement – devenir sujet-ego du pouvoir – à une histoire contre une autre, ou cette possibilité pour l’analyste politique et philosophe de l’action de passer d’un monde à l’autre – démocraties / fascismes – en relevant la constitution immanente de la dynamique de transformation et de circulation sociale-symbolique qui a (re)produit ces formes et ces régimes de discours particuliers en 2026 et dans leurs jalons historiques importants. Cette double lecture doit profiter aux partisans de la résistance culturelle, politique et sociale contre le techno-fascisme culturel de masse et à promouvoir la forme de vie démocratique mise aux défis de ces perspectives terribles d’un possible basculement d’une ou plusieurs de nos démocraties européennes vers un mouvement héritier du fascisme (France, 2027 / France, 2002), de l’extension de la guerre totale de Vladimir Poutine en Europe, pendant que l’Amérique souffre du délire Trumpiste, des MAGA et de l’agenda réactionnaire de l’Héritage Foundation.

Fragments d’un monde détruit – 203

Vox | Transforms

D’abord le rappel des vies enrégimentées à l’intérieur des cellules-Ego du capitalisme de prédation, chaque monade enfermée des forteresses digitales, ne recevant rien qui ne soit calibré aux compacts économiques « communicants » sacrificiels, par l’envahissement de forces médiatiques dans l’air du temps, l’accaparement du récit des choses et des événements, ensuite la grandissante morale d’esclaves qui s’infiltre sur tous les sujets économiques, l’engagement au travail et le mérite, les moyens privés de production contre l’action humaine, l’entrepreneuriat de soi-même, la soif d’argent et de puissances, la performance au travail. Dans cet esprit de la prédation économique et sexuelle, les systèmes communicants deviennent des pièces tactiques d’assujettissement des êtres vivants, des faits et des choses physiques, dans la mesure du format d’un récit qui capte et annule la critique sociale et politique au bénéfice du conditionnement des réactions physiques et psychiques, émotionnelles, affectives et cognitives, ici, c’est le devenir sujet-cellule mis au format du psycho-pouvoir auquel s’attachent toutes les affections du maître chanteur virtuel sur ses proies – le devenir malade, qui effrite la socialité de base de l’être vivant et délivre toutes choses dans la dimension d’intercommunication symbolique capturée à la plus grande surface de projections du pouvoir dans les Temps de son exercice.

Il n’est pas rare alors d’entendre lorsque un ou une inconnu.e vous parle dans la société de contrôle à haute intensité, il n’est pas rare d’entendre cette sombre musique égale, conforme à tous et toutes choses bien à sa place, venue comme une ligne mach-inique, un « on dit » qui a transité par tous les corps des sujets-cellules, pour finalement qu’une voix mécanique, blanche et neutralisée sorte un son bizarrement creux, sans aspérités, ni vibrations, ni densité existentielle ; une outre-voix d’un locuteur fantôme aux habillages de marchés de signes et de morts-vivants. Cette absence de pleins, de singularités, de contours, de couleurs, de chairs dans la voix emmène avec soi, la douloureuse introspection ou le face à face tyrannique organisés par le psycho-pouvoir au sens d’une danse mimétique – une danse débile – chaque individu livré par la voix du maître à soi-même semble consentir à vivre mal, caché dans cette cellule de maîtrise de son image et de sa supposée personnalité-Ego. Et le petit secret s’entretient toute sa vie – comme on arroserait une plante vénéneuse, à la façon d’un cultivateur d’un jardin de ruines dévasté, faisant les 400 pas dans un cloître ; l’exclusion digitale ressemble à cela et sert comme moyens d’asservissement et d’allégeance ; chacun pour soi dans sa cage numérique et les moutons seront toujours bien gardés. Le génie organisationnel du capitalisme de prédation à l’ère digitale est basé sur ce double enfermement, égotique et cognitif, et cette manière de travailler comme une masse aveugle pour mériter chacun sa place au soleil, ou le rachat psychologique de ses fautes originelles (la solitude créatrice deviendra dangereuse pour qui veut fonder une famille de pensées …)

Lorsqu’on réfléchit un peu à ce geste vocal qu’est la voix humaine, on creuse tout l’intérieur social des articulations et des aspérités dimensionnelles de structures dynamiques et en échos mises en contacts sensibles ; le son de la voix doit ici être étudié dans ses aspects géométriques, corporels, esthétiques, revendicatifs et politiques ; il porte un accomplissement d’accords entre nous, au sens d’une mesure respectée d’une possibilité d’une partition d’orchestres souvent invisibles. Cette musique étrange et belle de la voix issue d’une constitution humaine, sociale et organique, – la voix d’un individu posée ou invoquée au milieu d’un groupe social-symbolique, doit rappeler l’importance de la mesure et de l’accord comme celle de la démesure et de la dissonance. Ici le geste se règle peu à peu, avec fragilité et isospectralité sur un ensemble de lignes de projection qui informe une musicalité sociale symbolique du groupe d’humains, d’êtres vivants ou de machines auquel nous appartenons. Car le geste vocal ne devient significatif que parce qu’une articulation avec un autre a été reprise dans la constitution du rapport à soi ; dans une perspective d’analyses meadienne (ou construite autour de la philosophie sociale de G.H. Mead dans « L’esprit, le soi et la société » [1934]), la prise de rôles situés est matériellement constitutive de la transformation graduelle de la forme sociale-symbolique et de la possibilité qu’à un geste vocal corresponde un ou des symbole(s) significatif(s) ou un ensemble d’attitudes organisées devant un objet – une chaise par exemple appelle différentes sortes de réponses ajustées à la situation de jeux concrète (inviter à s’asseoir ou bien disposer les chaises pour une réunion ou un repas …). Pour le geste vocal devenu significatif, l’intériorisation de l’attitude d’autrui et l’auto-affection de sa propre réponse à la réponse d’autrui, en même temps que le repérage des stimuli d’un milieu social, in forment une certaine structure de généralités – une induction et une loi d’emplois générale du mot-signe – visant une certaine universalité du signe-symbole i.e. une compréhension commune, coopérative et partagée du sens du mot « chaise ».

La conversation de gestes devient pour G.H. Mead la forme même de l’apparition progressive de l’esprit et de l’institution comme ensembles organisés de réponses. Ce qui est majeur ici dans notre interprétation de l’enfermement économique par désocialisation progressive est l’espèce d’effacement de la voix humaine – comme revendication devenue gênante, espaces et temps de potentialités créatrices dangereux – un effacement qui se traduit par la perte de sa propre individualité dans l’individualité égotique capitaliste, la perte de ce qui fait sens pour soi-même, ou bien la diminution de l’adhérence même du « Je » créateur vers son « Soi ». La voix peut être diminuée gravement par une maladie organique ou modifiée par une transformation sociale-symbolique, par exemple, il n’est pas sûr que le codage machine des voix synthétiques permises par les vox-codeurs, – dans la musique industrielle – de même que le débit aux kilomètres de textes, de sons, d’images, de vidéos par des IAGR grands publics (Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation), ne montrent ou n’altèrent pas l’impression humaine dans la voix, le marquage humain ou le signe-traces d’une constitution sociale et humaine de la forme symbolique. L’empreinte acoustique du mot dans la linguistique générale de Saussure doit rester un outil d’analyse puissant pour comprendre la forme vocale du sens par le geste, la langue et le timbre.

La naturalité du geste vocal, sa dimension sociale-anthropologique, tout comme sa propagation émotionnelle – appellent une critique philosophique forte adressée à tout ce qui limite les formes de la revendication par la voix, en tant que des contextes d’emplois de certaines expressions appellent des réponses coordonnées reliées à une certaine capacité politique et critique formée contre ou à l’intérieur d’une forme de vie capitaliste, totalement coupée maintenant des enjeux réels de la transformation énergétique et climatique. Ainsi une certaine violence économique – des restes d’inertie du vieux monde industriel – demeure naturellement présente dans certains types d’attitudes même les plus ordinaires, – chacun sa place, des goûts et des couleurs n’en discutons pas, chacun sa vérité, chacun sa réalité, la politique est sale et corrompue par la chose publique, la dimension privée de toutes choses est la plus belle, la plus respectable, l’assistanat est devenu un cancer.

Dans ce chacun pour soi néo-libérale comme caractérisation majeure de ce système de pensées fondées sur l’individualisme et l’agir stratégique instrumental sur un marchés de biens, de services, d’informations et de capitaux, il est prouvé par la science économique que produire et consommer en masse crée de la richesse et maintient les filets de sécurité sociaux en l’état au travers des systèmes de choix rationnels effectués. Or, la seule perspective de ce type de raisonnement – est une fois de plus l’enfermement des voix, des corps, des esprits et des vies ordinaires à l’intérieur des dynamiques transactionnelles et structurantes d’un vieux système de dévastation, (en)fermé et enfermant, un ensemble compact de lois humaines isolées face aux lois de la nature et qui refuse tout l’extérieur et la plasticité d’une pensée pragmatiste.

Ici le paradoxe est l’instrument technique rêvé de la transformation sociale-symbolique des sociétés humaines [para-doxa : à contre temps, contre l’opinion commune] par sa capacité d’éclairage et de contraste critique et ses nombreuses apparitions dans les sciences du climat et de la société. Tout et son contraire nous arrive en même temps – par exemple, la transformation climatique et le respect des sols impliquent plus d’effort par suppression des engrais et adjuvants chimiques dans les sols, or nous cherchons à vivre mieux et à moins travailler comme des forçats de la Terre, de même trop de mécanisation embarque trop de consommations de pétrole, mais sans machines, il n’est pas possible d’atteindre un certain rendement de production … Et l’analyse socio-anthropologique des systèmes de signes et la synthèse philosophique doivent s’appliquer de concert pour à l’aide du raisonnement pragmatiste par abduction (une hypothèse générale est testée par l’évaluation de toutes ses conséquences ) permettre l’ajustement des inter-actes humains à leurs milieux sociaux-vivants en constantes évolutions.

Fragments d’un monde détruit – 202

Devenir-libre

La liberté comme un effet brut, immédiat et désirable pris dans les formes de la démocratie sociale, coopératives européennes et comme épreuves successives de transformation des soi humain, accomplissant les rêves des alter-nativités de nouvelles forces psychologiques, institutionnelles et politiques, le devenir libre des expériences d’un pour soi humain, correspondent entièrement aux procès de l’expérimentation formelle et à l’intégration du nouveau dans l’ancien et de l’ancien dans le nouveau – les modalités culturelles du pour soi – dans l’histoire sociale et symbolique des sociétés humaines. Identifier la relation vague, ténue, non immédiate, du mouvement formel d’une vie sociétale présente, avec les conditions d’accomplissement réelles de cette vie dans le temps historique, peut nous prévenir de la complexité d’ajuster une forme sociale symbolique à plusieurs contextes complémentaires de réalisation de la vie ordinaire. L’expérimentation formelle de ce qui vaut comme vie ajustée aux contraintes réelles de la vie ordinaire, qui emmène la conscientisation globale de la transformation climatique et énergétique, permet d’évaluer le degré d’efficience de la liberté du pour soi humain, au sens d’une même attention sensible aux conditions de préservation et de perpétuation de la vie.

Une logique pragmatiste est à l’œuvre dans l’histoire des sociétés humaines au milieu du XXI siècle suivant la maxime pragmatiste de 1879 établit par le grand philosophe, sémioticien et logicien, fondateur du mouvement, l’américain C.S. Peirce ; « Considérer les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet. » « Il n’y a de nuance de signification assez fine pour ne pouvoir produire une différence dans la pratique. » in « Comment rendre nos idées claires. », in Revue Philosophique, VII, janvier 1879. Promouvoir les différences internes de formes, agir par les transformations complexes du cadre de référence hérité du capitalisme techno-cognitif, numérique et industriel, cela relève dans une généalogie de l’économie formelle, décisionnelle du capitalisme, de l’installation progressive de normes sociales, nouvelles et héritées – en tant que des normes sont capables de faire bouger les ajustements situés, par l’exposition culturelle d’une interaction [milieux vitaux / forme sociale-symbolique] et une intercompréhension réalisée dans un nouvel arrière-plan (une température à 50°C aux pires moments, une dévastation par les guerres des milieux naturels (pétrole, gaz, charbon ; une cupidité, un égoïsme et une violence intrinsèque à l’hyper-capitalisme de prédation …)

Ainsi posé le principe de vérification de nos actions, l’agir social créatif comprend les possibilités de reconfigurer les expériences de contacts avec la réalité sous la considération pratique des effets de croyances en tant que la complétion d’une croyance comme habitude d’actions réglée implique le test des hypothèses abductives et la validité de l’ajustement d’une organisation humaine et de ses milieux sociaux-vivants à un futur anticipé et un passé compris et intégré. L’abduction étant pour Peirce une méthode de raisonnement logique qui pose une hypothèse ou une idée générale, envisage son développement par déduction et laisse l’induction effectuer ses tests ou ses mises à l’épreuve. Cette méthode logique dite de transformation sociale des croyances-habitudes est adaptée aux réflexions des risques des événements scientifiques et climatiques comme anticipations réglées du contact (organisationnel, psychologique, politique, économique, social) d’une forme sociale symbolique avec son milieu vital. En ce sens, la capacité de transformation forte d’une hypothèse dans le pragmatisme philosophique est une possibilité de transformation formelle qui fait du présent comme locus de contrôle de la réalité, un opérateur de transformation sociale par interactivités temporelles intégrées au futur de la forme de vie humaine. Les chocs du futur sont des chocs de libération formelle autant que la compréhension des conditions matérielles de vie à l’aune du sens de la transformation du devenir humain (toutes hypothèses d’adaptation testées et contrôlées), assurée par des milliers d’études scientifiques fait émerger une logique d’inter-actions collectives qui prend – enfin – en compte des ensembles complexes de stratégies d’ajustement d’une forme à son milieu vital.

Nous savons que des événements dramatiques se produisent (guerres d’accaparement de ressources, inondations, sécheresses, canicules, perte de biodiversités, extinction d’espèces ..) nous sommes conscients des directions que des études scientifiques par milliers établissent dans les faits sociaux-historiques de nos sociétés humaines et dans la diversité du vivant et par conséquent, nous – communauté humaine – humanité livrée et liée face à ses destins nécessaires et possibles – travaillons au procès de transformation formelle des normativités des conduites collectives qui, émergentes des constats scientifiques multiples, imposent des directions aux projets politiques de transformation de nos économies et de nos sociétés, devenues extrêmement inquiètes, désespérées et vulnérables. Dans ce mouvement de conscientisation ou de compréhension globale humaine, l’import de processus de communication allant dans le sens du constat scientifique historique du dérèglement climatique et de l’anthropocène – l’impact de l’homme autonome et industrieux sur ses milieux de vie – va apparaître comme déterminant des capacités d’auto-transformation des forces sociales, culturelles et psychiques des sociétés humaines devenues si fragiles ou vulnérables. Tout le monde doit et peut travailler dans les même sens car ces sens là – de la transformation sociale, culturelle et naturelle de la société humaine – deviennent le seul sens de l’action humaine devenue possible et nécessaire, la nécessité du constat scientifique s’imposant comme une mesure de la justesse des stratégies d’atténuation et d’adaptation du changement climatique.

Ces chocs répétés – ces alertes continues par les catastrophes et les désastres provoqués par les activités humaines irresponsables – ressemblent à des « warnings » rouges sanglants, qui s’allumeraient au passage des diktats et des tyrans qui comptent emmener l’humanité vers une catastrophe globale et locale, complexe, anarchique et multidimensionnelle ; « Drill, Baby, Drill » annonce l’un, « une opération spéciale » annonce l’autre, « le terrorisme intérieur » et « le redressement culturel » annoncent les autres ; la destruction des sociétés ouvertes – libérales – est leur logique interne de consolidation du contrôle psychologique ; par les guerres oligarchiques menées en périphéries des Empires (Russes, Chinois, Américains …) Obtenir un bloc de jugements homogènes, financer la guerre par les propagandes médiatiques, laver le cerveau des enfants russes, européens et ukrainiens (Poutine et ses éducations par l’idéologie, la cyberguerre et la réécriture de l’histoire), éliminer les dissidences (Poutine et Xi Jin Ping), alimenter les machines de guerres en hommes – chairs à drones remplaçables, en informations tactiques, en productions industrielles d’armes et d’ordinateurs, en cultures de la haine et du virilisme … Il y a là comme une dramatique irresponsabilité, centrale, éthiquement et socialement décisive, qui va devenir l’effet repoussoir massif des tyrans pour les populations et les individus. Nous passons de la servitude des masses aux tyrans et à leur construction politique impériale totalement irrationnelle, une construction dangereuse devenue une contre-forme du monde possible, laide, destructrice et obscure, aux formes de vie nouvelles que vont prendre et impliquer nécessairement les futurs de la vie humaine sur Terre.

Fragments d’un monde détruit – 201

Les lieux du futur

Si la perception des choses physiques est toujours affectée par la futurition de l’acte (Mead 1938 – « Philosophy of the Act »), le type d’intercompréhensions toute pragmatique des événements historiques que traversent la forme de vie capitaliste – encore symboliquement dominante, il y a 25 ans – en évaluant les séries de conséquences anticipées et dramatiques de la dynamique structurelle de l’hyper-capitalisme de prédation rend enfin possible en 2030-2050, la constitution d’une bio-connaissance, d’une politique de la forme-démocratie et la construction des premières bio-sphères coopératives alignées à l’état physique et symbolique réel de la planète Terre. Passées sur l’effondrement caractéristique des zones de pensées techno fascistes et ultra-conservatrices sous le double impact (1) interne de l’épuisement du moteur capitaliste (raréfaction des ressources, besoins enfin réfléchis et limités, modes de vie et de travail réexaminés, conditions de résistances de la vie et des conventions humaines …) et (2) externe de l’installation progressive et massive d’une normativité ordinaire de la survie, de la catastrophe et du soin aux êtres vivants et aux milieux de vie, les modalités du vivre humain s’en trouve globalement transformées. Ainsi, il est devenu presque impossible d’adopter un régime de discours fermé, exclusif et autoritaire qui va prétendre que le nécro-capitalisme par ses dévastations de la biodiversité et des milieux de vies naturels peut se trouver justifié par la croyance aux progrès technologiques, à la satisfaction de besoins étendus, la richesse matérielle et la protection de l’unité famille comme socle d’adhérence de veilles valeurs traditionalistes (la figure de l’autorité du père, l’assujettissement de la femme à la fonction reproductrice, la hiérarchie des « races » blanches et des classes d’élites, le respect violent d’un ordre naturel hérité de Dieu et l’exclusion massive de tous ses déviants contre-nature …)

Cette mécanique de l’effondrement d’un nécro-capitalisme si elle est puissante, n’en demeure pas moins freinée par le fanatisme des derniers survivants d’une forme pensée néo-libérale héritée du capitalisme industriel, coloniale, classiste, raciste, financiarisé en tant que la forme sociale symbolique héritée du vieux monde rentre en contradiction directe avec la forme présente que le monde naturel impose aux sociétés humaines. Survivre aux crises énergétiques, aux guerres d’accaparement des ressources stratégiques, à la violence systémique de la transition climatique et aux chocs de l’ambivalence entre deux lectures possibles de nos temps ; là se situe précisément au cœur de la machinerie capitale et des dynamiques de contrôles de ressources et de marchés impériales (États-Unis, Russie, Chine, Inde, Arabie Saoudite, Japon ….), la question philosophique de la survie des masses, de l’esprit humain et des sociétés humaines. Problématiser cette question de la survie des vivants, c’est alors bien rendre compte de la dynamique de reproduction des imaginaires sociaux symboliques qui vont progressivement instituer une forme pensée pragmatiste, démocratique et socialiste, favorable à la transformation immanente des sociétés encore (in)humaines, littéralement prise et secouée à l’intérieur des transformations écologiques de la Terre. La conscientisation globale de cette nécessité naturelle de la transformation des soi et des esprits humains, est faite par des milliards d’impulsions artistiques, scientifiques, sociales symboliques, – hors des représentations officielles de l’Empire – qui sont transformées dans les réseaux d’inter-actes symboliques et culturels, physiques ou numériques.

L’inter-acte comme unité opérative de changement formel des épreuves de la vie humaine, fait se contacter sensiblement les mondes symboliques hérités et vécus, en ouvrant la perspective de transformation pragmatiste des soi humains (« Je » créateur de formes, « Tu » de l’alternative ou de la différence sensible, « Il » de la narration historique de soi-même et de son monde et des autres vivants, « Nous » de la raison critique et de la normativité …) vers une nouvelle ère de coopération sociale, d’ironie libérale et de solidarités internes aux manières de vivre et de résoudre des problèmes imposés par des humains et aux humains. L’expérience vécue des contacts sensibles lorsqu’elle est rendue possible par l’émancipation du soi vis à vis des techniques d’emprise par le contrôle psychique et l’isolement numérique, (smartphone comme possession économique de l’Ego-drame intime, Automate de calcul, neutralisation des formes de pensées humaines, IAGR ou Intelligence Artificielle Générative de Régulation qui tentent avec le relais des technos fascistes contemporains d’imposer une norme cognitive, hygiénique et esthétique aux masses « laborans ») peut devenir un axe majeur de la différenciation progressive – de notre part d’Humanité – dans le travail même de transformation de soi, par la socialité de base de l’humain et l’atténuation des effets du changement climatique. Les monstrations directes, effrayantes des potentiels de destruction sidérants des écosystèmes naturels, sociaux symboliques, économiques des nombreuses guerres impériales en 2026 ont ce double effet (feed-back – retour sur la cause et feedforward – retour sur l’effet et anticipation) impressionnant d’une progressive pénétration d’une norme vitale, fondamentale – la préservation de soi à tout prix – et de valeurs éthiques, reliées et associées, comme le respect de la Terre, de ses héritages culturels et naturels, la considération pour la vie d’autres êtres vivants à travers sa propre vie et son engagement dans l’activé humaine et son travail et la prise de conscience massive de l’importance de la question écologique pour la survie de l’Humanité.

Dans ce bougé d’un cadre de référence historique – la transformation interne du capitalisme et sa désintégration normative progressive – nous découvrons tout un champs de potentialités pragmatiques, toute une dynamique de créativité sociale et symbolique qui emmènent enfin la Société et l’Esprit vers la simple application de programmes écologiques et socialistes, stratégiques, permettant l’avènement d’une société humaine et d’une culture écologique cosmopolite – adaptées aux contraintes massives de la protection de la vie et du climat. Ce qui est important ici est la capacité des leaders et des masses à faire basculer la question de la satisfaction égoïste des besoins – superficiels – et des fonctions sociales symboliques du nécro capital liées vers la question de l’ajustement (perte ou adhérence ou contact sensible de formes) des organisations et des milieux vivants avec cet espace-temps concret d’une politique de la satisfaction de besoins primitifs, premiers et secondaires (se nourrir, boire, se loger, se protéger du chaud ou du froid, lire, écrire, éduquer, soigner, parler, jouer, faire l’amour …) Se rendre compte finalement que son propre travail – économiquement saturée par l’hyper-capitalisme de la prédation – ne sert plus à rien, sortir des zones de conforts et de cupidité construites par cet ancien capitalisme, restaurer toute la puissance de la transformation des vies matérielles par l’éducation et le soin apportés aux femmes, aux enfants et aux hommes par les Institutions et les associations transnationales (UNESCO, UNICEF, Amnesty …), c’est déjà là l’œuvre de la solidarité immanente à l’humaine forme de vie, de pensée et de langage.

Que la forme de vie économique, sociale et symbolique de l’hyper-capitalisme ne fasse plus sens à l’aune de la transformation climatique et de la raréfaction des ressources, dans cette gestion adaptée et cruelle de la pénurie et des monopoles stratégiques (pétrole, gaz, lithium, Nickel ..), doit nécessairement décider par ses conséquences dramatiques concrètes (destruction de la biodiversité, pauvreté massive, inflation exponentielle, virtualité du monde numérique, indifférence de masse et cruauté sans égal des guerres des Empires …) dans la forme de vie humaine, d’une transformation nette des régimes sociaux de production et de rémunération du travail humain ; enfin décorrélé le revenu du travailleur comme résultat de la production et quantité de travail fournie, d’un même système de gestion financier – devenu aberrant et inadapté aux enjeux écologiques importants – sur la base du capital fixe, humain, technologique, symbolique investit d’un écosystème enfermant le salaire dans une logique de prix du marché de l’emploi et de la productivité. Décorréler, c’est à dire séparer la puissance de vie humaine, de la technique de gestion des morts, permettre de rediriger l’effort du travailleur vers des activités de transformation et de métabolisation enfin utiles à la planète Terre et à la solidarité humaine universelle. Tout cela se fera – nécessairement par la contraction interne à la plasticité sociale – des lois de nature et le destin humain – au travers du revenu universel inconditionnel sorti d’une logique de fixation des prix sur un marché d’échanges ; forces de travail, régimes de production et d’exploitation des capacités cognitives, affectives et physiques du travailleur et de la travailleuse. Les espace-temps du futur – les différents lieux de notre futur humain et la dynamique de reproduction des formes pensées d’un futur soutenable – émergent maintenant par de nombreux signes d’espérances qui résistent comme nichés, au fond des destructions impériales massives du vivant et des populations. Nous devenons – êtres vivants – nous devenons – jamais plus fixés ou êtres (in)humains pétrifiés par le capital, le contrôle social, la haine, le ressentiment ou la guerre ; nous sommes conduit maintenant – pragmatiquement – dans des logiques de transformation sociales symboliques de la forme de vie humaine que rien ne pourra empêcher.

Fragments d’un monde détruit – 200

La langue des prisonniers

La saisissante impression de n’être plus maître et possesseur de ses propres expressions et de se trouver réduit à devenir médium, écosystème inerte de résonance pure de matériaux linguistiques hérités d’une fréquentation continue d’un monde social humain ; cette impression si elle est fantastique par son potentiel de dés-appropriation de la maîtrise du sens de ses mots, demeure relativement partagé par des êtres humains, dont le langage est lui même une multiplicité d’actions inscrite dans une forme de vie particulière ; un monde tout entier de faits, de contacts sensibles, de formes d’expérience expressive. Faire l’épreuve de cette perte des phénomènes sensibles du sens de ses expressions revient non seulement à faire l’épreuve du scepticisme – en tant que les mots agissent sans moi ou à travers moi sans que je le veuille et le comprenne vraiment – mais aussi reliée à cette autonomie grammaticale et froide du sens, à éprouver le conformisme comme menace supplémentaire sur sa propre vie. C’est une double menace terriblement humaine – scepticisme et conformisme – que traduisent des expressions toutes faites, des syntagmes en capacité d’accorder des instruments jouant de manière autonome, une partition d’orchestres noirs, monolithiques et pleins d’ombres factices et de trompes l’œil.

La perte de soi-même éprouvée dans une passion triste de la déshérence et de l’exil à l’intérieur même de la langue consiste à se trouver exclu tout au bords d’une chute absurde hors de soi-même, près d’une limite interne qui sépare le sens, d’un non sens brut, flagrant, lié à une perte de références au monde et au milieu de vie des signes. La terrible angoisse de la nullité du sens est une angoisse existentielle pour l’être humain, vivant dans la langue, c’est dans cette épreuve de l’exil que sont formés les enfants-signes – artistes, auteurs, poétesses, écrivains, musicien.nes, cinéastes ; ceux-là, celles-ci dont les frontières de langages leur sont apparues pleinement et violemment au cours d’une crise de l’existence parlée, dite, représentée ou bien écrite. L’acmé de cette crise existentielle est formée de la prise de conscience d’un vertige métaphysique, d’un abîme creusé dans le temps et dans l’espace du discours humain ; tout à coup, la perception du langage se renouvelle dramatiquement ; le langage est vu comme une capacité purement autonome – l’autonomie de la grammaire, la capacité de développement interne de la grammaire – il ne doit des comptes à rien, ni à personnes ; le langage est une sorte de forteresse assiégée de toutes parts par des questions sans réponses, des fuites et des alertes, des tentatives de contrôles ultimes, des essais de signifiance ; une forteresse machine qui tient bon, solidement fixée à tous ces murs-limites de ses territoires.

La perte de contacts sensibles avec la réalité du sens des expressions pour un être humain pris dans cette angoisse mortelle va donc se trouver confrontée avec les tentatives de dialogues et d’interactions sociales, symboliques, venues d’un extérieur totalement coupé des discours enfermés et (en)fermant du sujet malade ou bouleversé par l’angoisse existentielle. C’est à ce statut social étrange qu’est la position du locuteur fantôme qu’il faut renvoyer l’interrogation philosophique sur le sens des mots d’un discours fermé sur lui même, plein de cohérences – inertes et froides comme une structure grammaticale morte – éloignées de toutes liaisons de références au monde des signes, des faits et des choses physiques. Et ce type de discours hyper autocentré, hyper cohérent mais dont les liens avec la réalité ont été cassés sous l’épreuve de la justification ultime, sceptique et conformiste ; doit apparaître comme prototypique d’un possible régime de discours contemporain. Ce régime nouveau va se composer d’une même indifférence au monde extérieur, indifférence aux limites de la subjectivité dans la langue ordinaire, repli à l’intérieur d’une force égotique, fixée et autocentrée qui va travailler toute seule dans une grammaire morte séparée de ses activités réelles.

C’est donc aussi l’incapacité des autres à comprendre ce non-sens, – y a t-il une possibilité philosophique de comprendre une énonciation venue de nulle part, sans sujet porteur d’une voix humaine, réaffirmée dans ses expressions ; une énonciation dépourvue de sens – qui relève d’une double crise de la subjectivité malade et du monde abandonné par des absences d’intentions, de projets, d’activités que révèlent cette langue de prisonnier. Il semble que la langue de l’interaction sociale symbolique médiatisée par des symboles échoue à rendre compte de l’expérience particulière vécue par le locuteur fantôme car sa langue est faite, creusée à l’intérieur d’une prison a-sensible, une forme de creux intérieur fait de barreaux invisibles, dans lequel seule la capacité de calcul sur des signes demeure comme force bio-symbolique de communication. En ce sens, calculer ou seulement opérer sur des signes ne peuvent pas nous dire l’expérience vécue du langage ordinaire autrement plus riche, plus sensible, plus insérée dans nos intentions quotidiennes et nos conversations de gestes quotidiens qui révèle toute la puissance signifiante de la vie humaine avec des mots.

Rencontrer le non-sens dans sa propre vie d’être de langage est donc une double épreuve – (1) du scepticisme quand aux sens et à sa propre capacité à faire sens au milieu des autres et (2) du conformisme quand à la pression formidable du groupe humain sur le sens (familles, institutions, sociétés …) – cette double épreuve façonne un être humain en le rendant sensible à l’exclusion interne de la langue ; c’est à dire le repérage et la détermination immanente des limites subjectives au delà desquelles le non-sens apparaît en pleine lumière. Ainsi la contextualité humaine vis à vis du sens d’une expérience expressive est cruciale pour seulement parvenir à vivre avec ses mots – les siens et ceux des autres tout autour de soi – vivre, c’est à dire reprendre droit et possession même fragile, temporaire, sur ses propres capacités à dire et exprimer le monde à travers Soi. Le locuteur fantôme est donc comme un prisonnier pris à l’intérieur de ses propres filets de sécurité ; il est capturé dans une langue neutralisée, inutile, inerte, sans références et ne trouve plus de sorties, ni d’ouvertures, de fissures ou de brèches sur ou dans le bloc monolithique du vide et du rien de ses discours faussés, vidés. Prisonnier d’un langage malade, il est prisonnier de la langue – qui travaille seule à seule contre lui-même -, et ne peut pas ou plus revendiquer une expérience vécue particulière du monde car ses mots sont tous captés par un écosystème linguistique fermé et enfermant de décisions – contre-soi et l’esprit – et d’annulation sociale de son Soi.

Fragments d’un monde détruit – 199

E.k.rire avec les brutes

C’est à une certaine brutalité, une survie a-formelle de l’être humain, au sens d’une détérioration globale de ses moyens de description spécifiques – mots-signes, verbes d’actions, qualificatifs de caractères moraux, comparaisons de modalités du vivre et du mourir, métaphores audio, visuelles, tactiles, figures de style incorporées – de la vie qu’il mène, auxquelles sont comme affrontées, les existences sociales et les langages des interactions symboliques des êtres vivants en société humaine. Cette lente dégradation des moyens de description et d’expression de soi-même comme un autre vivant, résulte, sans aucun doute, d’un même programme économique et normatif de capture des moyens de « dire » le monde tel qu’il est, tel qu’il arrive, avec vitesse, chocs, fragilités, blessures, croyances et espérances pour un « Nous » humain. Se ressaisir des mots entrelacés à nos vies et qui se sont perdus hors de nos vies ordinaires, c’est d’abord affronter des systèmes d’ordres communicants complexes affiliés à une certaine typologie de stratégie de contrôle et d’assujettissement des voix et des capacités d’expression des êtres humains. Devenir sujet de l’ordre impérial, c’est à dire se faire vecteur et conformation organique des mots d’ordre du système communicant dominant, ne se fait pas seulement tout contre les vulnérabilités des langues et des corps hétérogènes, mais s'(in)forme à l’intérieur même d’un égo-drame complexe constitué d’une image de soi verrouillée et d’un intérieur toujours in-accédé, in-temporalisé ou dé-spatialisé et dont les moyens et techniques d’expression très spécifiques ont été progressivement retirées des capacités d’intercommunication humaines dites normales.

La novlangue du psycho-pouvoir est faite de mots-vedettes (comme des mots stars qui brillent en étoiles autour d’un centre d’aspirations de toutes forces de résistance), de phrases lissées au maximum permettant de « manager » l’exception déroutante, ou malvenue dans le narratif des événements historiques ; de verbes de positions qui fixent les alter-nativités sur le film de la mémoire collective et provoquent l’immobilisation constante des revendications particulières, de qualificatifs grossiers, moralement similaires comme produits en économie d’échelles et qui assurent à l’administration du psycho-pouvoir un certain plafond d’annihilation symbolique garantissant la non survenance de propriétés morales aux événements historiques ; il s’agit toujours ici de niveler par le bas les aspirations ou les revendications d’une masse puissante d’individus au moyen d’une rhétorique binaire de la force et de la faiblesse qui s’appuie sur les instincts primitifs de protection de soi et de la haine du mouvement allant contre l’ordre naturel des choses. L’ordre communicant verbalise l’inaction et sait comment dés-instituer les réponses organisées des êtres vivants pour protéger au cœur d’une langue artificielle, asociale et neutre – un nov-langage managérial – une classe de gestes, de mouvements, d’attitudes, de jugements, d’accords liés à une direction économique, politique et symbolique.

On pressent tout l’intérêt culturel et politique de refuser violemment, toutes les tentatives de construire une anthropologie sociale et langagière, – une anthropologie de la communication – dont les formes critiques et négatives dérivées vont aller directement se traduire tout contre l’expression complexe de la psychologie du pouvoir. Car cette expression idéologisée ou cette absence de formes expressives ordinaires, va bien consister à éliminer au final tous les opposants à la langue – univoque, transparente, seule authentique – du pouvoir, par la facilité sémantique et la vitesse de reproduction de la contrainte sur soi, par l’exploitation de l’instinct sexuel, le repli sur soi obligatoire et égoïste, conforme et la haine des langages pauvres, différents, humiliants, ratés ou exceptionnels ; c’est à une certaine inhumanité de la langue au travail de la prédation capitaliste qu’il faut reconduire l’interrogation sur les capacités expressives des êtres vivants, l’espèce d’insultes et d’étroitesses de vues, liées à une éducation de l’être humain, par le neuro-management et l’extraction de forces individuelles qui ventilent des compétences futures adaptées aux marchés du travail. Tranquilliser l’individu humain, faire de lui, un espace-temps neutralisé, pris dans un cocon familial aux accès à l’extérieur vivant et social, dangereux, à la langue du dehors, fermés à double tours ; Il faut qu’il se réduise seulement – qu’il se résigne une bonne fois pour toutes – à être l’opération simple de multiplication de l’emprise de la psychologie du pouvoir en lui-même.

Dans la brutalisation de la socialité de et dans la langue humaine réside la pleine agression contre les usages sociaux naturels des langages économiques et capitalistiques ; les Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) en fonctionnant sur des vectorisations de masses et des prévisions statistiques tout en fermant l’accès aux dehors (« a rule from outside against the solipsist view and the close of limits ») concluent un mouvement politique de la langue, entamé il y à longtemps, amplifié par la révolution conservatrice anglaise et américaine du début des années 1980, de nécro-captation de la forme vitale du sens des mots-signes ; la mort économique de soi même aspire la signification et tous les contacts a-sociaux nécessitant la maîtrise d’un code de la communication inhumaine, permettant de reproduire la langue capitale, de lui assurer une forme spéciale, rigidifiée, spectrale, complexe, abstraite et insignifiante ou tellement superficielle à la fois ; forme qui va recouvrir et lissée au moyen de techniques rhétoriques, les expressions conventionnelles et naturelles des êtres humains. Demeurer aux frontières des mondes, comme le font les poètes, les philosophes et les écrivains, en cherchant avec efforts, rigueurs et espoirs, les voies de passage d’un monde à l’autre, en rendant possible les rencontres hasardeuses et les éclatements de sièges du psycho-pouvoir, devrait faire partie d’une politique culturelle et économique trans-nations, soucieuse de l’usage cosmopolite des mots-signes, des images et des interactions symboliques par les mots et les rêves dans un milieu vivant tissé en symboles importants, en gestes significatifs, en ensembles cohérents de signes et en références à la vie en train de se faire.

Dévitaliser les phrases, neutraliser le sens de la revendication par la voix à l’aide de mots d’ordre qui mobilisent et annulent, identifier l’hétérogène et la différence et rendre ses possibilités d’expressions inappropriées, caduques, inutiles ou voire carrément dangereuses pour la survie de groupes sociaux hiérarchiques, symboliquement dominants ; tout cela comme pièces tactiques d’un ensemble d’actions stratégiques fait partie, non pas seulement d’une certaine version du monde détachée de la vie ordinaire – la version ultra-conservatrice du monde – mais plus profondément d’une même méprise inhumaine quand aux possibilité de vivre à l’intérieur de la forme humaine de langage des êtres humains. Ce qui est refusée ici est l’imprégnation de la langue dans la vie, le fait social et anthropologique, que les êtres humains possèdent une langue et sont socialisés par la langue dans laquelle ils s’expriment, l’espèce d’événements qui fait que – un individu soudain exprime une certaine tension particulière du monde dans lequel il vit, et le fait par des mots, des symboles, des phrases, des images pertinentes ou trompeuses, des adjectifs ou des métaphores complexes ; toute cette densité symbolique qu’accompagne le mouvement vital, social et organique de la voix humaine. Nous touchons là au cœur de l’existence de la socialité de base de l’humain, par des pensées qui sont des pensées colorées par des usages linguistiques et des corps vivants, par des lieux et des temps différents, immergés dans la vie ordinaire et la pensée rendue concrète et vitale de l’être humain.

Fragments d’un monde détruit – 198