Violences de l’Inerte

Les duretés d’adaptation des milieux sociaux symboliques et culturels aux contraintes et aux opportunités imposées par la transformation globale et locale des climats et des interactions avec nos milieux vivants sous les effets massifs, réels et décisifs de l’anthropocène soulignent la forte inertie des modèles sociaux économiques tels qu’il sont conçus pour absorber les chocs des contrastes et des vides entre les populations et individus humains et les systèmes de préservation des vies dans la société humaine (transports, systèmes hydriques, systèmes de santé, chaînes du froid, alimentation et distribution, systèmes énergétiques, réseaux d’acteurs sociaux culturels, médias et formes médiatiques symboliques, Institutions et gouvernements …). La conception complexe d’un modèle économique prévoit l’exploitation d’un raisonnement probabiliste et d’assurance garantissant son exploitation dans une durée quasi infinie par les écosystèmes sociaux cognitifs de masse tout en proposant de définir en amont des logiques d’intentionnalité constructivistes et fermée et des profilages de comportements sociaux humains – acteurs quasi rationnels ou libertés de choix motivés – comme cela se fait couramment en économie politique. Un des résultats d’une application non pragmatique des modélisations de forces sociales et de pouvoir d’interactions économique est de centrer les réponses des Institutions sur des circuits de décisions « abstraites » et intellectualistes programmées par les modèles de mesure et de prévention des risques, eux-mêmes construit à l’intérieur d’une vie économique personnelle aliénée aux exigences de rentabilités des acteurs du capitalisme fossile.

Or, et c’est là le cœur de la transformation pragmatique des vivants et de la société humaine et d’une politique de transformation sociétale et humaine possible en 2026-2050, la pression du système climatique mondiale et ses effets dramatiques liés (méga feux, températures extrêmes, territoires morts ou inhabitables, érosion des terres, propagation de virus, perte de biodiversité ..) montrent les limites d’un système économique vieux de 200 ans – la société anonyme, le capitalisme agraire puis industriel, financier et fossile, qui s’est adapté à la révolution industrielle et numérique et qui a, avec toutes les forces d’imposition de règles de conduites et de légalités dans les cadres de contrats et de conventions de droit, adapté un certain type de travail à toute la dimension humaine de la vie  ; performances sur chaînes de fabrication de produits finaux, performances sur des projets économiques embarquant des charges cognitives, symboliques et affectives très fortes, enfin performance globale de la vie redessinée autour du travail devenu central comme lieu de socialisation et moyen d’émancipation individuelle et familiale. Cette pression écologique, énergétique et vivante si elle paraît nouvelle affronte ainsi des forces d’inertie considérablement puissantes (foyer économique, capitalisme financier, oligarchie, élites technologique produisant des IAGR (Intelligences Artificielles Génératives dîtes de Régulation comme technique d’exploitation des signes de l’humain, ruse de la puissance des marchés sémiotiques [production des sémioses de la crainte et de la haine] et de mises en conformités violentes des réponses humaines …) dans une perspective de bifurcation claire devenue presque évidente pour les hommes et les femmes de bonne volonté, par la force de résistance du réel ; une transformation des frontières de l’humain et de ses impacts naturels, de ses cultures humaines et des milieux vivants qui permettent la vie sur Terre (l’expression de la vie pour les êtres humains).

Si la violence de l’Inerte qualifie ce drame existentiel et presque métaphysique, d’un certain système économique, (capitaliste ou autres, peu importe le nécro-système à l’œuvre et qui dévaste les vies sur Terre, les animaux, les végétaux, les montagnes et les océans …), il doit qualifier aussi les résistances fortes aux changements dés lors que ces changements sociaux-culturels et économiques affrontent enfin la réalité du climat – comme super effacement d’une croissance irrationnelle et démesurée par rapports aux différentes limites planétaires – franchies une à une – et qu’endurent les sociétés humaines et les sociétés de vivants contre elles-mêmes ; la peur est ici essentielle, la peur comme émotion primale et carburant des producteurs de morts, la peur de perdre ses anciennes modalités de vivre et de mourir, la peur de vivre des temps nouveaux incroyablement différents. Cette émotion centrale pour la conservation du pouvoir d’automatisation du repli égoïste sur soi (protection de sa famille, de sa religion, effort au travail et mérite, prix de sa seule existence, rachat de son âme morte …) et de nécro-systèmes de production à partir de ressources pillées en grandes organisations mondiales de tri complexes (pétrole, gaz, charbon, lithium, métaux rares, eaux …) en renforçant les passions tristes de l’humain, remet à plus tard les actions de transformation des sociétés et de l’Esprit humain repris, retraduit dans la modification écologique globale. Si l’analyse des dynamiques d’enfermement des êtres humains par un certain système économique purement idéologique et totalement hors sol par rapport aux urgences climatiques doit se mener jusqu’à la disparation du système lui même, il est sage de recommander la poursuite de la vie sur Terre dans des conditions d’exploitation de forces naturelles retraduites dans les véritables limites des capacités naturelles d’ouverture et de fermeture de la vie humaine.

Les différentes violences de l’Inerte si diverses en philosophie sociale – et souvent comme critique frontale d’une certaine économie politique néo-libérale ; l’acteur responsable ultime de ses choix sur un marché à conditions d’effectuation de transaction optimales et égales pour tous, les externalités négatives non gérées directement par l’entreprise, les solutions d’assurances et de banques optimisées grâce aux droits inscrits comme codifications juridiques du capital, l’actionnariat et le bénéfice net après des jeux de transactions complexes sur des marchés d’actifs ; la financiarisation globale de l’économie et les valeurs d’échanges abstraites qui ponctionnent l’effort démentiel du travail, la perte du sens et les souffrances des corps au travail ; il y aurait tout un livre collectif à créer sur cette violence dramatique qui empêche la transformation sociétale et économique et l’unité des vivants faces aux plus grands défis de l’humanité. L’inerte et l’abstrait – comme toutes les explications fétiches – fonctionnent comme deux images aux reflets lointains d’une exploitation du corps et de l’âme, le corps des travailleurs et travailleuses, leurs âmes blessées par une incroyable captation des forces organisée par l’industrie du numérique (smartphone, tablettes ou écrans-ordinateurs comme vol lucratif de l’expérience vécue par l’individu …), leurs incapacités expressives comme forme de maîtrise de leurs possibles revendications de masse ; ici tout autour de nous comme fin de la démocratie sociale ; la société de contrôle à haute intensité fonctionne déjà dans certains territoires, comme forme sociale et symbolique organisée pour préserver la vie des élites techno-oligarques et envoyer les pauvres et les faibles vers une destruction logique et naturelle (maladies, faims, soifs, sécheresses ou abandon social et culturel …)

L’Ego-cognition ; la forme spectrale de l’hédonisme vulgaire et l’ultime défiguration de l’humain – issues de la nouvelle économie technologique (IAGR, Datas-center ; l’espèce d’inconscience écologique lâche et imbécile …) qui détruit tout sur ses passages sinistres et cyniques ; là où le consommateur seul et toujours fiable est enfermé dans sa prison virtuelle ; il paye du divertissement de grande qualité, il ne pense pas à la puissance de la transformation climatique car le mur des écrans en tant que murs d’indifférences organisées sciemment par les politiques d’extrême droite et le techno-fascisme culturel qui arrivent ; ce mur là – un contre sens éthique – ce mur de divertissements obèses, de « gamification » débile de processus de travail ou de calcul de ses performances privées ..) provoque un détournement massif des attentions humaines et prévient le confort des oligarchies et de l’Empire économique contre les dynamiques de la transformation écologique. La conscience écologique planétaire, si elle est de plus en plus massive, diffusée rapidement par l’Internet, par des Institutions sérieuses et des associations et des ONG, ne peut pas ne pas faire sortir les sociétés humaines de leurs mouvements d’inertie par rapport à un développement industriel et numérique déjà ancien et complètement inadapté aux multiples crises écologiques urgentissimes que nous vivons. Ici l’espérance est l’émotion des futures sociétés vivantes ; les assemblées des mondes de la vie pour les femmes, les enfants et les hommes qui reçoivent un revenu universel d’existence et travaillent et s’activent pour les seuls projets d’atténuation et d’adaptation des sociétés (diminuer l’empreinte carbone, maintenir des bâtiments fonctionnels, travailler de manière sensée et raisonnable la terre, vivre avec les animaux, construire la sobriété énergétique, élaborer des liens sociaux utiles aux hommes, aux femmes et à la planète Terre, unique, incommensurable dans cette pluralité d’interactions démocratiques, sociales, symboliques, adaptatives et justes ou bien mesurées aux forces de régénération des vivants, respecter les promesses primordiales du contact avec la vie que nous éprouvions alors que nous étions encore enfants …)

Fragments d’un monde détruit – 213

Disclosure Day

Voir « Disclosure Day » de Steven Spielberg (2026 – avec une musique de John Williams) et le voir comme un événement cinématographique à portée impressionnante et multiple : un film d’une importance majeure non pas seulement dans la carrière du réalisateur mais pour re-déterminer le genre Science-Fiction & Anthropologie sociale et pour une esthétique de l’espérance au XXI° siècle ; l’expérience du spectateur de ce film doit pouvoir se traduire dans différents domaines ; esthétiques, éthiques, philosophiques et politiques. Le scénario du film est simple et puissant ; une espèce extraterrestre a été rencontrée par des êtres humains il y a déjà plus de 70 ans (Roswell, Juillet 1947), cette espèce est doté d’une technologie, de capacités de communication psychique et d’une intelligence largement supérieures aux nôtres ; et le secret de cette rencontre extraordinaire est gardé férocement par une corporation « mutique » ; Wardex. Wardex s’occupe d’ingénierie biotechnologique de défense, de cybersécurité gouvernementale comme de cryptographie. Deux élu.es ont été choisis par les extraterrestres à la fin des années 1990 ; Margaret Fairchild, une présentatrice météo de Kansas City et une femme télépathe qui s’ignore (Emily Blunt ; une actrice ici exceptionnelle dans toute l’habileté expressive de son visage, de ses yeux, de ses mouvements gestuels) et un jeune homme de chez Wardex, Daniel Kellner, (Josh O’ Connor) expert en cyber-protection des patrimoines numériques et en mathématiques appliquées à la cryptographie de défense. Les deux élus ont fait l’expérience du contact magique et décisif avec les étrangers dans leur enfance. En parallèle et à l’intérieur même de l’activité de défense de Wardex, un groupe de rebelles s’est constitué au fil des ans dont l’ambition est de révéler au monde entier la présence des extra-terrestres, le jeune expert en langages mathématiques a été recruté par ce groupe, il y a longtemps, il dispose de multiples clés de stockage contenant tout les dossiers numériques classifiés « secret défense » attestant de la rencontre inhumaine, extraordinaire. Son ami.e Jane (incarnée par une jeune actrice si juste et si proche d’une passion religieuse et amoureuse – Eve Hewson) – embarquée dans l’aventure est une ancienne novice et sa foi intacte va se confronter à ce mystère d’une nouvelle révélation.

Ce scenario simple et puissant fait s’affronter en direct deux lignes de pensées – (1) le cryptage de données et d’informations ou le fétiche cryptographique qui protège l’humanité d’une révélation insupportable à elle-même – que devient Dieu et la révélation de la Genèse si une autre espèce existe dans l’univers ? Ou vont se situer nos repères religieux et métaphysiques ? Comment survivre dans un monde où le dieu humain a perdu sa position face à des altérités radicales  ? – et (2) la diffusion massive d’une vérité transcendante par la puissance du Network américain qui dépasse et anéantit les seuils de référence au monde habituels et les rapports de force infra-humains. Ici il s’agit de s’interroger sur l’impact social et anthropologique d’une vérité ultime que l’on pressent redoutable mais unifiant en termes de réactions humaines ; mais l’intérêt éthique et philosophique premier de ce film réalisé par Spielberg (il faut aussi replacer ce film dans son contexte de réalisation et en échos à d’autres films du réalisateur ; « Rencontres du troisième Type », (1977) « E.T l’extra-terrestre », (1982), « La liste de Schindler » (1993), et « la Guerre des Mondes », (2005)) – provient d’une réflexion sur la capacité empathique de l’être vivant au travers d’une bluffante invention filmique de la mobilité de la couleur des yeux et du regard dans un visage humain ; ainsi un artefact extra-terrestre permet de se projeter dans le corps d’un.e autre et le film montre alors la possession comme contrôle de l’acte à distance – et le déplacement gestuel de l’étranger et de l’hôte – par le changement de la couleur de l’iris et le mimétisme à distance ; de même Emily Blunt est une médium, elle parle la langue extra-terrestre ou n’importe quels langages humains, elle peut pressentir le vécu d’un.e autre rien que par son contact proximal et visuel, elle porte la foi en une nouvelle humanité …

Ici la capacité empathique dans un groupe humain devient la clé filmique – un outrigger scénaristique – d’une réflexion plus originale en psychologie sociale et en philosophie de la forme symbolique attentives aux formes d’intercommunication maîtrisées par les pouvoirs médiatiques, psychosociologiques, économiques ou militaires. Ce qui a été transmis aux élu.es humains est la capacité de se mettre à la place des autres et de ressentir pleinement leurs vies dans tout leurs aspects ; la souffrance, le deuil, la joie, l’amitié, la violence, l’amour – et cette capacité de contact sensible peut s’exprimer dans une langue ou dans une image ou dans une musique, dans un livre ou dans une vidéo .. La puissance émotionnelle du film tient donc aux rôles des deux télépathes qui perçoivent différemment le monde et servent de médium à une force ou une intelligence supérieure à eux. Cette forme de vie supérieure à la notre s’incarne aussi dans les animaux les plus ordinaires (les cerfs, les renards ou les oiseaux …) ; toute la bio-sphère du vivant dont la diversité complexe et la délicatesse semble protégés par les extra-terrestres parce qu’ils sont eux – ces animaux si vulnérables – déjà des corps de médiation du sens de la rencontre.

Pour quelles raisons d’abord esthétiques et éthiques ce film est-il important en cette année 2026, à la veille du 4 juillet 2026 ? Pour la bonne et simple raison que l’empathie humaine – la capacité à se mettre à la place des autres et à se comprendre soi même du point de vue des autres [un apport majeur dans ses développements réflexifs, complexes et étendues de la Philosophie Sociale de G.H. Mead] – est une émotion sociale de plus en plus rare dans nos sociétés et qui semblent étouffer sous les pressions d’une organisation computationnelle et algorithmique des performances psychologiques, économiques, militaires, précisément asociales de l’être humain. Le rétrécissement de nos gestes vers un cœur étriqué et un esprit calculateur et froid – des passions tristes mobilisées par des systèmes capitalistes autoritaires – l’égoïsme, la vanité et le chacun pour soi de l’homme stratégique est bien montré en filigrane par les développements thématiques de ce film assez remarquables et importants pour souligner l’actuelle détresse éthique du monde humain – les extra-terrestres ont été enfermés pour subir des analyses médicales poussées, ils ont été soumis à la torture et à la violence de l’agression humaine, leurs avancées technologiques doivent constituer un atout majeur pour l’industrie de la défense. Certaines vidéos lors du jour de la révélation nous feront part d’une expérience collatérale avec la barbarie nazie et la découverte des camps de concentration ; comme pour souligner cette limite éthique au delà de laquelle, nous ne serions plus humains dans nos réactions, nos pensées, nos désirs ou nos passions. Et l’empathie d’un groupe de sociétés humaines par la puissance de diffusion issue d’un complexe médiatique perfectionné et très large géographiquement est ici souligné avec profondeur et justesse lors du jour de la révélation ; on remarque toute la puissance du réseau Internet et des câblages de télévisions comme canaux de diffusion massive utilisés pour le « Disclosure Day ».

La compassion humaine, la pitié naturelle et les capacités d’empathie socialement promues à leurs justes valeurs et la puissance d’influence de médias libérés du joug autoritaire, économique ou oligarchique peuvent briser les murs d’indifférences bâtit par Wardex et le gouvernement – c’est finalement ce que nous montre ce film si important à ce moment là – les 250 ans des États-Unis et de la démocratie constitutionnelle américaine massacrés par un président « show-man » et une équipe totalement « hors sol » et dangereuse pour le monde et pour l’Amérique. Non la politique du secret comme zone stratégique, levier de pression et d’enrichissement personnel et l’idéologie de la fausse transparence ne provoqueront que chaos, haine et indifférence. Non, aussi bien l’économie mortifère et la défense du secret comme régression sur soi-même, et accaparement des droits de se reconnaitre ne peuvent aboutir à à une conclusion heureuse pour sa propre vie et la vie de ses autres vivants. C’est le message humaniste et très éclairant, porté par ce film important – et ceci par un contraste saisissant entre l’inhumanité des extraterrestres ou des êtres vivants eux-mêmes et l’humanité comme forme de l’altérité et héritage culturel, religieux, naturel – la culture de l’empathie, comme capacité de transformation sociale-symbolique des sociétés, comme la construction et la préservation jamais finies du lien social sont les deux pivots du respect de la forme humaine de pensée et de vie.

Fragments d’un monde détruit – 212

Programmé pour détruire

L’effet d’une augmentation majeure des températures, l’augmentation drastique des épisodes caniculaires et l’effondrement de la biodiversité comme l’acidification des océans et la production de GES (Gaz à Effet de Serre) montrent avec l’implacable expérience vécue de la transformation climatique – sociale et environnementale -, les impasses complexes et multiples vers lesquels conduisent les hyper-capitalismes extractivistes et prédateurs [où forcent violemment à s’y conduire dans une automaticité sidérante en régimes autoritaires ou dans les nouveaux totalitarismes] pour détruire, enfermer ou décomposer nos sociétés humaines traditionnelles. L’importance de cette nécessité de l’autodestruction sociale, humaine, vivante, forte et puissante et creusée au cœur des logiques d’expansion de l’hyper-capitalisme de prédation et du capitalisme fossile peut tenir à la norme générale du capitalisme « la recherche du profit maximal » en dépit du bon sens et de la préservation des milieux de vies et des sociétés humaines. Insister sur le moteur du capitalisme autoritaire comme spectre figure d’une certaine direction technologique et culturelle impulsée par des fortunes mises au service de politiques de destruction du vivant, c’est revenir aussi sur les programmes d’extrême droite dont les principaux marqueurs vont à l’inverse du chemin de l’histoire naturelle de la planète Terre ; chercher encore du pétrole et du gaz, augmenter le nombre de sites de forages, exploiter la ressource en eau pour des usages artificiels, (Industrie, data-center, agro-business ..) augmenter les naissances sans s’interroger sur les conditions mêmes de l’existence humaine (le fameux et triste vocabulaire de « réarmement démographique »), ou bien favoriser un certain ordre naturel venu de Dieu ; défendre violemment une norme de l’hétérosexualité, promouvoir le patriarcat dominateur, la pénalisation de l’homosexualité et l’éducation par dressage aux valeurs virilisantes (égo, compétition, jeux de pouvoirs, rapports de forces …)

Ici, le nœud de la critique philosophique, politique et culturelle des programmes de défense de l’expansionnisme capitaliste ou nationaliste doit relier ensemble avec constance, détermination et sérieux, la question sociale-symbolique et la question écologique ; construire et favoriser une culture de la sobriété dés le plus jeune âge, cela signifie transformer en profondeur les systèmes normatifs et les systèmes sociaux-éducatifs de masse ainsi que les socles de valeurs hérités d’une expérience du vieux monde – un passé industriel qui ne contacte plus aucun échos pertinents au présent – maintenant totalement dépassé par les urgences présentes et les catastrophes possibles, présentes et futurs. Agir collectivement à l’intérieur d’un vieux monde dont le sens interne est l’exploitation de la force de travail, le mur d’indifférence(s) vis à vis de la pauvreté et des migrations climatiques et la protection des puissances financières, c’est commencer par montrer – par tous les moyens possibles – la logique d’autodestruction de la vie sur Terre portée par l’hyper-capitalisme de prédation et le capitalisme fossile. En ce sens, lutter contre le nécro capital revient à accélérer les voies de sortie des énergies fossiles, promouvoir les mix décarbonés partout (ENR, Nucléaire …), promouvoir du travail et des modes de vies plus respectueux des vivants, favoriser des habitats adaptés – les solutions à la transition sont connues mais leurs mises en application butent contre l’inertie puissante et la résistance du système de contrôle par l’exploitation des inégalités économiques et sociales et la conservation du pouvoir dans les Empires par une super oligarchie dirigeante.

Une réflexion philosophique sérieuse sur les effets bloquants de cette inertie, (un vieux monde économique de par ses fonctionnements mêmes et sa logique de constitution interne – ou d’autonomisation déraisonnable – engendre la mort par sa séparation artificielle du vivant et de la socialité du monde – ici le travail de Karl Polanyi apporte une grande clarification notamment la notion de désencastrement et d’autonomie de la sphère économique vis à vis de la société – « La Grande Transformation : Aux origines politiques et économiques de notre temps » [1944])) peut entraîner d’abord une attention précise portée à trois niveaux de sortie du régime d’hyper-capitalisme, de capitalisme autoritaire ou d’anarcho-capitalisme vers lesquels nous entraînent le techno-fascisme culturel de masse ; (1) l’expérience vécue et sensible des groupes vivants (humains, animaux, forêts, océans, montagnes, ciels ou déserts …) et leurs traductions culturelles, populaires et symboliques, [combien de films catastrophes abordent ils – sérieusement et non pas sous la forme d’un blockbuster hyper musclé – la question de la transformation énergétique ou les grands désastres climatiques sur la planète Terre? ] (2) la décorrélation du salaire, du mérite et de l’emploi économique reliés au travail productif avec l’instauration d’un revenu universel d’existence de base, présenté ou motivé par la question du respect environnemental [comment mobiliser réellement des humain.es pour participer et accomplir les chantiers titanesques que demandent la transition climatique ?] (3) défendre la société démocratique et les principes de coopération sociale-symbolique par la défense du vrai, du juste, du beau et du bien comme « tension éthique vers » des indéfinissables purs et un horizon de pratiques liées [combien de tyrans et de petits oligarques se présentent sous l’aune d’une vérité naturellement indépassable – un ordre de choses à conserver – pour laquelle les masses de vivants devraient obéir sans résister, sans revendiquer ?]

Les guerres d’expansion nationalistes menées en périphéries des Empires et l’espèce de scandaleuse habitude du spectateur mutique pris dans une certaine Médiacratie participent dans les sociétés de contrôle à haute intensité (en Chine ou en Russie par exemple, par certaines lignes de transformation de l’opinion publique dans les États-Unis de Donald Trump) à ce fameux mur d’indifférences, fabriqué par l’espèce d’assurance implicite et collective de ne jamais éprouver un contact direct avec les souffrances climatiques ; refouler cette détresse loin de ma famille, refuser les réfugiés climatiques, renforcer nos frontières (par des HUB européens par exemple) et rester bien protéger dans mon cocon numérique (par l’attention et l’empathie cannibalisée par le smartphone et l’ordinateur personnel), « je « demande aux médias de me raconter une autre histoire du monde vivant, « moi » seul sait avec d’autres que la vie que je mène est une bonne vie, loué par le seigneur, dieu le père ou mon fétiche personnel. L’éclatement en communautés ou groupes sociaux fermés des sociétés humaines est là aussi une dynamique de destruction possible de la vie sur terre avec tentation de l’archipel ou des territoires gouvernés par la Tech et la puissance oligarque. Mais c’est l’économie politique en régime hyper-capitaliste qui doit diriger la décision sociale et politique eu égard à l’application stricte et violente de cette norme – l’enrichissement maximal et la défense des intérêts privés. « On » présente – un fait du prince – comme nécessaire des dynamiques de groupes et des motivations ou des raisons d’agir individuels qui heurtent frontalement la direction que prend l’état du monde et les transformation climatiques.

Sortir du programme écocidaire, revenir à la sobriété et aux attachements ordinaires qui font une vie heureuse, c’est donc en venir au cœur de la machinerie capitaliste, non pas seulement (1) la marchandisation du monde comme forme spectrale ou fétiche des objets consommables, mais plus profondément, (2) les différentes manières dont on motive des individus pour travailler et gagner leurs propres vies « à la sueur de son front » – l’espace des raisons d’agir formé en écologue et en ergologue – dans une analyse des activités humaines disparates, reliées enfin aux besoins écologiques réels de la Terre – c’est à dire (2.1) promouvoir énormément de métiers manuels utiles à cette transition et à l’horizon de pratiques responsables – (3) promouvoir les manières politiques, sociales et culturelles (hors du virilisme, de la haine de l’étranger et de la trad-wife) dont les salaires ou les rémunérations de la quantité de travail investit dans les situations de travail ne seront plus que des appoints possibles par rapport à un revenu universel dit d’existence (avant de disparaître tout à fait sous la forme « argent », c’est là un des enjeux des sociétés coopératives futures en 2050). Ici, il s’agit aussi d’une ambition philosophique et économique forte en direction des situations de jeux coopératifs d’acteurs/actrices orientées vers des activités qui favorisent le respect du vivant directement et non sous la forme d’un « green washing » ou du capitalisme vert, trompeur, vain et superficiel. Les freins idéologiques, technologiques et culturels sont nombreux – pas insurmontables tant la gravité de la transformation climatique et énergétique est là par angoisses, savoirs et expériences – et la lutte contre le négationnisme climatique doit s’intensifier en compléments d’une réflexion profonde menée sur les mobilisations collectives, présentes et futures – les moyens, les formes et les techniques de ces mobilisations en faveur de la vie – toutes ces interactions humaines, machines et vivantes qui vont atténuer le changement climatique et permettre de stabiliser la vie sur Terre.

Fragments d’un monde détruit – 211

L’ordre impérial

Vivre à l’intérieur de l’Empire comme forme globale d’organisation de la vie humaine et animale sous perfusion de l’hyper-capitalisme de prédation revient bien souvent à expérimenter les modes de rapport à soi métabolisés et diffusés dans tout les interstices sociaux-symboliques de nos échanges. C’est à dire éprouver dans sa chair, les styles de conduite humaine adaptés à la promotion des normativités et des valeurs promus par l’ordre impérial ; de quoi parle t-on exactement ici sinon 1) de la norme de l’enrichissement maximale – chacun recherche ses intérêts bien compris et une vie réussie est une vie gagnée par l’argent 2) les valeurs égotisme et compétition comme repli stratégique sur soi qui maintiennent la réussite personnelle comme l’axe central de développement du soi. Il est commun de percevoir l’effet de la mise en ordre impérial par une conformation sévère des réactions et des attitudes devant des situations de la vie ordinaire ; par exemple la peur comme émotion primitive est devenu le carburant essentiel de ces ajustements de scènes de la vie économique et sociale-symbolique ; elle permet de fuir ce qui n’est pas conforme à une certaine stéréotypie de conduites ; (1) calculer ses avantages et des inconvénients sur un marché de services, de forces de travail et de biens, – chercher son utilité maximale -, éviter les peines et les douleurs, (2) refouler et rejeter un comportement ou une voix différent.e du comportement standard ou de l’univocité du groupe d’appartenance, rester conformiste à tout prix.

La logique de mise en ordre est une logique de la transparence à soi et aux autres, par la pénétration des systèmes psycho-communicants – réseaux asociaux et hardware – à l’intérieur des sphères de la vie domestique et dans tout les pans de la vie quotidienne ; « le mur de la télécommunication » est ici le type de rapport remédié techniquement par le smartphone et l’ordinateur, qui met l’individu – imbriqué – constamment face à lui même dans une autoconstruction virtuelle et fictive de sa propre vie. Ainsi, l’ordre impérial capitalise sur l’asservissement complexe des psychés « digitalisés » et l’assujettissement global – l’individu – comme unité de reproduction de l’ordre économique – à un pouvoir psychologique, technologique et tyrannique. Le rapport à soi substantiel se joue ici dans une cellule privative, placée dans le complexe des cages – l’architecture de la surveillance – chaque individu est connecté à son espace digital privé, espace capté par une propriété privée ou une multinationale sur étatique — pour entretenir un face à face égotique, irrésolu, vaniteux ; une petite partie à l’intérieur d’un tout, partie qui ne communique presque plus avec ses autres. La force de ce partitionnement complexe et de ces incarnations innombrables (des milliards de cellules digitales sont créés par les smartphones) de l’Empire permet une diffusion du psycho-pouvoir à tous les interstices sociaux symboliques comme vers tout les domaines de l’activité humaine (travail, art, famille, loisirs, sports, amour, amitié …)

Et on ne sort pas de l’Empire en claquant des doigts, facilement, aisément, comme on sortirait d’un lieu et d’un temps en ouvrant une porte, ou bien par la simple impulsion d’une démarche et la volonté personnelle ; analyser la force de l’emprise psychique qui rend le travail de « la différance » si difficile (le lointain et le proche, la langue figée du pouvoir, l’absence créative, la fuite et la complexité des dimensions des discours – « l’écriture et la différence », J. Derrida, 1967), c’est bien en venir à la description complexe des mécanismes d’appropriation des réponses individuelles et collectives dans un sujet de la représentation centralisée et officielle des états de choses et de la rivalité sociale-symbolique. La pression à la conformité est dans certaines situations très grande, elle ajoute à la peur de la différence, le sentiment de honte comme bloc de pression diffus, liquide et force d’adhérence aux logiques impériales ; « j’ai peur/honte de m’entretenir avec elle ou lui, j’espère que l’on ne m’a pas vu le faire, personne ne doit savoir » ; toutes stratégies d’identification du même par le même sont ici des stratégies de conformation des corps, des décisions, des langages humains à la domination hyper-capitaliste. Les liens sociaux ordinaires ainsi fragilisés parce que devenus des cibles de déréalisation par le psycho-pouvoir, deviennent si rares et si précieux pour les opposant.es et les dissidences organisés.

Les quatre principaux objectifs de l’Empire – identifier, isoler, terroriser, s’enrichir, perpétuer – , se rejoignent dans un seul objectif central qui commande à tous les autres ; conserver le pouvoir à tout prix ; déployer des techniques de conservation du pouvoir et en protéger la compréhension par les dissidences (il faut penser au « Prince » de Nicolas Machiavel [1513] comme technique de description critique du pouvoir par le double langage, Machiavel donne les clés de conservation du pouvoir au prince et aux sujets du prince ..). Pour ce faire, le complexe des cages dans les sociétés de l’information et de la cognition, comme outil de contrôle psychologique maximal, comme force de partitionnement de l’ancienne vie sociale symbolique en cages numériques, autophagie et auto déréalisation de sa propre vie, répond aux formes contemporaine de l’hyper-capitalisme ; ego maximalisé, anarcho-capitalisme, compétition féroce, repli sur soi, lutte pour la sélection des plus forts … L’énergie psychique et la tension corporelle déployées dans ces cages, permet une forme de sublimation inversée qui ne profite guère au travailleur et dont l’essence créative, abstraite extraite violemment par le capital est réinjectée dans les circuits de conditionnements des réflexions des émotions et des conduites adaptés à l’ordre communicant – le branchement des cognitions et des corps aux réseaux informatiques. La peur est l’émotion impériale par excellence ; elle est le ciment brut de la déréalisation et de la délation ; ferment d’un ordre asocial nouveau adapté aux technologies de sérialisation et de standardisation de l’expression humaine comme les Intelligences Artificielles Génératives de Régulation (IAGR).

Dans les sociétés de contrôle à haute intensité, marques sociotypiques de l’Empire, les technologies de régulation des activités humaines appuyées sur les Intelligences Artificielles Génératives représentent des moyens complexes de contrôle avancés des individualités dissidentes ou des subjectivités non conformes. En effet, l’adhérence à la forme-machine du langage produit aux kilomètres sans autorités, ni créativités, ni usages sociaux installés et sans logiques auctoriales, se traduit par l’effondrement des pratiques de lecture et d’écriture dans les populations sommées – par la force du chantage économique – de se conformer aux résultats bruts des machines y compris dans la partie la plus profonde et la plus intime d’eux même ; leurs capacités expressives personnelles. Le forçage économique des IAGR en permettant leurs déploiements hasardeux, violents et mal pensés, répond à un souci de mise en ordres de situations de travail et de respect d’objectifs de performance économique et financiers par les entreprises les moins regardantes en matière d’éthique de l’information. Il s’agit ici et toujours de réduire les coûts de la ressource humaine (en argent, en temps-formation, en opportunités et risques ..) en facilitant le remplacement de tâches cognitives et affectives, par un réseau d’applications connectées par des agents conversationnels ou des outils de génération de formes textuelles ou images. « On » prétend à la supervision humaine ultime et aux gains de productivité tout en vidant le contenu des tâches ordinaires du travailleur (perte de sens, isolement, désengagement …).

Toutes sortes de forces hybridées maintiennent les architectures de l’ordre impérial – par ce fameux complexe des cages ; la peur comme émotion collective, des normes d’accumulation de profits, des valeurs centrées sur la réussite individuelle et la performance égotique, la multiplication des terminaux smartphones et le phénomène massif de « l’égoisation » morbide liée, des intérêts bien compris et un calcul des plaisirs et des peines reliés de manière interne et profonde aux mécanismes de conditionnement des réactions humaines par une valeur abstraite – l’argent – et un champs d’interactivités ; le marché économique plus ou moins ouvert ou fermé et les stratégies d’acteurs. Le travail de dissidence doit profondément aller – dans une éthique réaliste et pragmatiste de survie de la forme humaine d’esprit et de société – vers la tension sociale de la créativité et la logique de fabrication des liens sociaux-créatifs, c’est à dire en fait, faire le pari de l’éducation de masse – prendre en compte l’intérêt global de l’enfant et former des êtres humains dans une Nature transformée, non des hommes ou des femmes au service d’un ordre économique artificiel qui détruit les milieux de vie et augmente partout les systèmes de morts et de souffrances dans un nécro-capitalisme. Permettre à un enfant de jouer librement sans polluer son esprit et ses réactions affectives, dés le plus jeune âge, par l’importation de processus de communication asservis aux conditionnements des vieux dualismes (mental-corps, individu-société …) et de l’affection « privatisée », – sortir de cette logique de l’adaptation à tout prix à un système économique qui soutient presque mécaniquement la destruction de l’expression de la vie – c’est un des projets de la philosophie pragmatiste pour John Dewey ou G.H. Mead ; un projet philosophique complexe et novateur, unique, qui remet au centre de nos interactions sociales, l’importance que tient l’éducation dans la promotion de la forme de vie démocratique.

Fragments d’un monde détruit – 210

Du vide primitif

« 24.10.14

Afin de pouvoir ne serait ce qu’énoncer une proposition, il nous faut, en un sens, savoir ce qui a lieu quand l’énoncé est vrai (et c’est justement cela que nous représentons). (Cf.4.024.)
La proposition exprime ce que je ne sais pas, mais ce qu’en revanche je dois savoir afin de pouvoir seulement l’énoncer, cela je le montre en elle.
La définition est une tautologie et montre des relations internes entre ses deux membres. 

14.05.15

Le langage est une partie de notre organisme, et n’est pas moins compliqué que lui. (Cf. 4.002.)
Le vieux problème du complexe et du fait.»

Ludwig Wittgenstein, « Carnets : 1914-1916 », p.51, p.100, Traduction, introduction et notes de G.G. Granger, Gallimard, 1971.

Défaire l’expérience de l’envahissement progressif du vide comme angoisse existentielle – espace de clôture égotique et de décorrélation des références possibles aux manipulations d’objets sociaux-symboliques standards ou supposément réglées par les grammaires des mots-signes ; c’est bien remonter par ce chemin thérapeutique ardu, éprouvant, vers l’expérience première de la désintégration du sens dans les amas d’objets passés et futurs, la disparition des mouvements des êtres vivants environnants et la perte des capacités intentionnelles comprises comme visées d’un futur de contacts sensibles possibles.

Il faut rappeler l’existence de ce vide, de cette brèche possible dans l’humanité de l’animal – l’instant cruel de l’angoisse partagé par tous les êtres vivants, humains ou non humains – par de multiples qualificatifs divers, variés, métaphoriques, analogiques, comme une mesure de variation intime de l’expérience vécue ; l’ur-doxa, l’opinion brute et primitive ou le percept brut psychique en deçà du langage, la fuite des références au monde commun dans un espace troué de la mémoire de l’indivis ; une grammaire morte et une trans-activité non reliée, nulle et non avenue, inefficiente ou bien encore l’enfermement d’un sujet-fantôme dans le discours délirant et solipsiste ou l’inquiétude de l’animal. Ici la cohérence grammaticale demeure quand les références aux usages pourvus de sens disparaissent.

Ici le locuteur humain comme locuteur fantôme, figure métaphysique négative, contrastive et importante de la philosophie sociale comme repère et expérience du contact sensible et coopération des présents des inter-actes multi-localisés, a à voir avec la question d’une mise en défaut de nos critères d’appartenance à un monde commun ; plus profondément encore, il s’agit ici d’un écartèlement à l’intérieur de l’âme du ou de la possédé.e (par une vision, par un texte central, par une série d’images, par un film, par une musique étrangement régulière, par un dressage ou par une expérience traumatique ….) Distance critique redoutablement figée, entre l’extérieur expressif encore raisonnablement imprévisible, capable de promesses, de surprises désirables et d’attentes et le désordre anarchique et pulsionnel du dit « possédé » dont les expressions ne rapportent plus rien du monde de ses autres passés – l’étrangeté fait mal et semble détruire les liens sociaux.

Le vide qui possède l’âme et le corps a une teneur primitive pour la raison suivante ; il est radicalement l’ouverture vers une autre vie humaine ou inhumaine – une vie parallèle qui guette toujours en dessous du seuil de solidarités sociales, pragmatiques et sémantiques, en dessous du sens dans un non-sens difficilement accueilli ; la terreur d’exister comme être humain capable de langages et de représentations exprimés par des signes-mots-notes ou des gestes proviendra de la possibilité du ratage ou de l’échec à maintenir le fil d’une conversation ordinaire ou à établir des liens sociaux entre des événements ou des choses, des intentions et des accomplissements effectifs.

Le ratage comme événement ou doublure de l’ordinaire, ici, est l’acmé du vide qui remonte à la surface, les pointes d’une crise de la personnalité in-humanisée, le rabaissement à un non usage primitivement détruit du sens ; là les corps humains sont frappés d’une fixité nouvelle, étrange et tout est éclairé dans une lumière crue, fixant les gestes fondamentaux des liens parcourus entre les vivants qui sont comme arrêtés par le pouvoir d’un Ego-drame qui semble désaligné, défigé et provoque la perte d’adhérences et du contact avec une réalité sociale-symbolique.

Pensons aux films du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki (1957, …) et à son esthétique pauvre, austère, unique et terriblement humaine, qui rend visible les enjeux de l’ordinaire de nos vies ; il y a dans tous ses films un appel du décalage vers l’ordinaire qui a fait le vide quelque part dans les sociétés marchandes ou spectaculaires ; une sorte de distance critique redoutable qui remet au centre de l’attention du spectateur et de la spectatrice, nos capacités à faire sens et à nous exprimer au milieu du fatras matériel et imaginaire du capitalisme et de ses innombrables drames sociaux économiques et symboliques.

Plus qu’une pathologie de la régression psychique ou relationnelle, l’appréhension du vide existentiel – la terreur de l’absence à soi par l’absence de ses autres – qui fait partie de la condition humaine et que l’on éprouve toutes et tous plus ou moins intensément lors de dépressions mêmes passagères, ou de délires schizoïdes ou de confusions verbales ou de malentendus tragiques est un moment critique clés du passage d’une forme symbolique dans une autre ; un KAIROS, encore une fois comme occasion d’agir tout contre – ou en parallèle – d/les circuits écho-fonctionnels adaptés des gestes et des voix, pour des corps et des âmes marchandisés à l’extrême par les mises en ordres brutales de l’exploitation économique, communicante et asociale.

Pensons aussi au film de John Cassavetes (1929-1989) – « Opening night » [1978], comme expérience filmée du choc, du passage et de la transfiguration d’une actrice et d’une femme (Gena Rowlands, 1930-2024) qui sur la scène d’un théâtre ou dans la vie réelle de star adulée par une jeune fan tuée dans des circonstances de son activité de fan ; incarne un rôle à différentes mesures de l’adhérence à la signification (perdue, retrouvée, échangée ou impossible ..) de ses gestes pris dans s/ces rôles. L’angoisse qui monte depuis la perte d’adhérence de ses gestes a avoir avec l’expérience de la solitude solipsiste, contrainte ou non théorisée ou affirmée ; une réalité lui correspond qui est immense, étendue, pure – désincarnée par l’agent lui même éprouvé et figé dans l’expérience du vide, personne ne répond à l’étranger/étrangère de la chambre vide – ou de la scène vide du théâtre dramatique et social – comme métaphore de l’impossibilité du lien de solidarité infra-humain.

Une des leçons philosophiques importantes de cette expérience de la perte des références au monde commun (lors de différents types de crises de la personnalité humaine sous l’effet de guerres, de catastrophes, de désastres ou sous l’effet de dépression, d’emprise psychique, de ressentis absurdes ou de deuil …) est pour tout autres projets d’éclaircissements des rapports à soi manipulés ou « gaslightés » d’un agent humain ; l’incroyable incertitude sur le monde qui s’en suit, la goulée d’air froid et bonne et délicieuse pour un asthmatique sévère ; l’expérience de soi même renouvelée ; après la crise de la perte des références provient la saisissante impression que tout est dorénavant possible dans nos expériences du monde, car tout a été dé-fixé une seule et bonne fois pour toutes ; la liberté de créer est rentrée à l’intérieur de l’expérience vécue de l’indivis, comme une sortie critique, symétrique et enfin définitive des systèmes de représentations autophages issus de l’utopie monstre ou du réel absolutisé et idéalisé des Tyrans.

Et il est très pertinent de revenir toujours à cette expérience de la sidération et de la perte du contrôle et du contact avec la réalité comme incroyable possibilité que le langage de soi même, exprimé ou sorti par la bouche de l’agent sujet d’une certaine expérience du monde (familiale, sociale, symbolique ou professionnelle …) soit le langage du vide ou l’écart du non signifiant, niché entre l’expression (gestuelle, symbolique …) du sujet et l’ordre de la communication de tous ses autres et de toute la société humaine dans son ensemble. Contrairement aux apparences qui voudraient que suite à ce type d’expériences, nous perdrions l’attachement au seul réel imposable ; il faut rappeler toute l’importance de la conduite de la vie humaine et animale, par l’expérience de la coopération sociale et symbolique et l’introduction de la foi dans la connaissance scientifique. Ici le vrai, le juste et le bien restent trois des valeurs fondamentales à défendre – aux prix de tous nos efforts et de notre bonne volonté – en démocratie contre les Tyrans qui dictent le seul récit oppressif et officiel.

Ainsi, il est possible d’utiliser des phrases et des signes-mots en dehors de relations de cohérence grammaticales et logiques rigides prises à l’intérieur d’un supposé monde unique, univoque, uniforme, transparent ; un absolu réel contre lequel se figeraient les langages des sociétés humaines actuelles et cette possibilité là – du dé figement et de l’improvisation libre – gagnée de hautes luttes ou par des souffrances psychiques ou physiques assumées, permet d’augmenter les impressions de la vie ordinaire des êtres vivants, en avançant toujours plus loin dans l’intercompréhension de nos expériences vécues, par la surréalité sociale complexe qui exploite les matériaux symboliques comme des expériences d’engagement et de coopération des sens des signes-mots et des gestes vivants pris dans des situations de jeux de langage.

Cela veut dire être capable de se représenter le langage d’un.e autre que soi, de voir et d’écouter le monde – avec lui/avec elle – dans et par ses yeux, par sa voix, de croiser les perspectives dans les mondes vivants ou morts, dans les situations de travail ou sur la planète Terre. C’est à dire aussi faire l’expérience de la souffrance dans le corps d’un.e autre, ou bien faire en sorte de ménager des espaces-temps où vont s’exercer toutes ses capacités créatives et expressives – (au travail, en famille, ou bien dehors dans une expressivité sociale enrichie …)

Le soin donné à cette distance critique à soi et l’expérience des capacités à prendre le ou les rôle(s) d’un.e autre sont très importants pour la solidité et l’ancrage temporel d’une philosophie sociale et pragmatiste ; ils permettent la réflexivité sociale symbolique et le maintien d’une attention globale, publique, sociale à l’interaction humaine reprise comme un dialogue continu, dynamique et organisé entre le « Je » créateur, dis-rupteur, innovant, le « Moi » repris comme identifiant social biographique – cadre de l’action imputée – et le « Soi » comme dialogue intérieur et coopération d’instances grammaticales, symboliques, spirituelles et sociales.

Le vide impressif est ainsi pris comme espace psychique, pragmatique et sémantique troué, absorbé – vers un ailleurs qu’ici, maintenant et la brutalité de la commande et de la supervision maximales et capitalistes, oligarques et réactionnaires – mais où dans quelles formes des interactions [normatives, symboliques, matérielles ou organiques], un élément stratégique – par une auto-poièsis – permet une dynamique cumulative et créative – par néguentropie sociale – d’organisation et de transformation de soi au travers des cadres sociaux symboliques transformés ; le vide créateur devient une possibilité philosophique d’une capacité empathique, sociale et démocratique par un contraste situationnel, pertinent, explicité et bien compris ; contraste progressif – réel imposable/vide angoissant/- [passage] – vie ordinaire – qui favorise l’émergence de l’esprit, respecte les capacités expressives des êtres vivants et permet le maintien dans le temps et dans l’espace des sociétés d’une forme démocratique de l’agir humain.

Fragments d’un monde détruit – 209

Modus Momentum

A quels moments du Temps comme présent ou locus de contrôle de dimensionnement de l’action collective et du récit que fabriquent les sociétés de vivants – ce récit qu’elles se proposent d’elles-mêmes, à elles-mêmes et à l’intérieur d’elles-mêmes est rendu possible le changement social de masse ? A quelles occasions de changement et de trans-formation intervient, arrive, surgit, est comprise ou liée une possibilité de trans-formation future – à quel moment du temps, se saisir d’un « KAIROS » comme occasions d’agir centrales et multiples à la fois ? Comment se saisir de ce KAIROS devient un geste politique fort, décisif d’une possible capacité de transformation critique des formes sociales-communicantes installées dans une histoire et un espace-temps relativement déterminés ? Ici la notion de « Modus » appliquée au moment de l’intervention philosophique critique est importante comme « Modus Momentum » ou détermination d’une possibilité critique spatio-temporelle émergente à l’intérieur de la transformation des sociétés de vivants et ce « modus » comme modalités de l’action collective construites autour de l’inter-acte comme unité opérative de changement est important à un moment donné ou hérité de l’histoire ou bien à un moment dont la criticité est telle pour la survie de sociétés vivantes qu’elle frappe par ses nombreuses évidences terminales (Vie, Mort, Amour, Haine, Destruction, Habitabilité ou Soin) qui vont orienter naturellement ou socialement les réponses organisées des vivant.es et des humain.es.

30/05/2026 ; le moment critique qui redonne au présent, un contrôle philosophique complexe, important, sur le passage du Temps dans sa triple lecture traditionnellement et faussement linéaire ; passé, présent et futur est ce moment de la potentielle destruction des habitats des êtres vivants sur la Terre ; ce moment là fraye – ou bien a à voir – avec les évidences terminales des vivant.es ; en ce sens là de la capacité critique de transformation des sociétés humaines (parce que dans l’anthropocène, les activités humaines ont des impacts écologiques massifs et destructeurs des écosystèmes des vivants et de leurs propres possibilités de survies en tant qu’humanité et animalité) ; le moment « KAIROS » est parfaitement là, historiquement ajusté à l’incroyable nécessité politique de basculer d’un monde à l’autre, de l’hyper-capitalisme de prédation et de la guerre des ressources [dans un capitalisme de l’infinitude – IAG – et de la catastrophe organisée] vers les biosphères coopératives et le mouvement de transformations sociales symboliques des mondes de la vie. En faisant du déni climatique un acte criminel et écocidaire bientôt sanctionné par un régime de protection des droits et des expressions naturelles des vivant.es, nous organisons des directions d’interactions collectives, juridiques et médiatiques, recentrées sur la seule problématique de l’humanité en 2026 – la seule qui vaille la peine de se dire encore « Nous Humanité » à l’intérieur des mondes vivants et des calculs des machines-outils de type IAG ou autres – . la problématique de la survie de l’espèce et des désastres anthropologiques et écologiques.

Non pas l’adaptation quasi symétrique ou l’ajustement des organismes à leurs milieux vivants étant donné que le milieu vivant se dégrade, perd en capacité de régénération et que par une interaction adaptative ou évolutive les organismes perdent eux -aussi en réponses, leurs capacité de survie, de réflexivité et de régénération, mais l’atténuation globale, complexe, multi-scalaire, multifonctionnelle de la dégradation des environnements [températures, sols, eaux, énergies, biodiversités], à l’intérieur d’une géo philosophie, d’une anthropologie sociale de la communication et d’une philosophie pragmatiste de l’action, de l’esprit humain et de la société. Si les activités humaines sont principalement responsables de la dégradation des qualités de vie des biosphères, l’irresponsabilité éthique majeure des humain.es en 2026 se situe clairement du côté des systèmes capitalistes de prédation qui sont construits de manière interne et malheureusement très solide, sur l’extraction de ressources – leurs capitalisations et leurs accumulations et marchandisations complexes – et les compétitions internationales d’entreprises multinationales, à monopoles de circuits sociaux symboliques d’interventions, qui collectent des biens/marchandises, fabriquent des contres récits, pillent et détruisent les ressources de territoires entiers de la la planète Terre en toute impunité et avec l’encouragement des actionnaires ravis de dividendes assurés et versés très régulièrement (capacités individuelles et collectives de survie d’un lieu (x,y), habitabilité possible d’un lieu et d’un temps pour des êtres vivants).

Le moment critique est le « Modus Momentum », il est le moment d’une culture de masse écologique – naturaliste et sociale – et fonctionnellement orienté vers l’angoisse de l’évidence terminale des êtres vivants (Naissance, Vie, Amour et Mort) ; il s’agit d’une capacité à survivre dans un milieu naturel et social simultanément, un milieu bouleversé dans ses intérieurs sociaux vivants par le capitalisme extractiviste et fossile. L’apport de la philosophie sociale pragmatiste d’un grand nom de la Philosophie américaine et de l’école de Chicago – George Herbert Mead (1863-1931) – est de nous enseigner en éthique sociale et environnementale, la notion de « socialité de base », c’est à dire dans ses conférences CARUS sur le temps (1932), de rappeler la profonde pertinence de la relativité d’une certaine conception évolutionniste – un naturalisme social et une objectivité des perspectives relatives à une situation donnée ; cette relativité ou cette capacité très ubique d’être l’autre en même temps que soi même, d’être l’animal (cochon, bœuf ou poulet) qui souffre exécuté par milliards de pièces transformées, chaque année et en masse par les abattoirs industriels, en même temps que l’individu qui se nourrit de sa chair, d’être un citoyen européen vivant dans une démocratie libérale encore en état fonctionnel (administratif, économique, culturel ou social) d’assurer une certaine liberté et une sécurité à ses citoyens, ou bien de vivre dans un régime totalitaire ou en voie d’autoritarisme (Chine, Russie, ou l’Amérique MAGA et Trumpiste …) qui nie le sens des mots-signes et organise la réécriture permanentes des faits qui arrivent, se construisent par l’Histoire, comme un monde déjà là refusé, nié en bloc par le négationnisme climatique par exemple, la répression des dissidences intérieures ou bien la xénophobie d’État.

Choisir le moment critique ou parier sur les actions de transformations massives résultantes de la nécessité de sortir une bonne fois pour toutes de l’hyper-capitalisme de prédation, revient à vivre le combat pour le futur du XXI siècle , i.e. permettre de faire advenir les logiques psychologiques et politiques de l’espérance, les organisations humaines et les biotechniques complexes – toutes pragmatistes, délibératives et expérimentales, – de transformation de soi même dans des autres qui souffrent ou aiment ou bâtissent ou survivent ailleurs mais toujours dans/sur une même planète Terre ; cette capacité de transformation dans une solidarité de destins, est une capacité de transformation de l’esprit économique capitaliste traditionnel en des organisations humaines diverses qui vont enfin prendre la mesure des défis environnementaux, c’est dire mobiliser en masse en rémunérant les actions justes et bonnes (en dehors de la valeur du salaire ou du prix de la force de travail achetée par le capital). Pensons ici au revenu universel d’existence qui sera le seul moyen de mobilisation de masse pour engager les travailleurs et travailleuses dans un travail manuel, cognitif et affectif complexe – qui aura enfin du sens – d’atténuation des effets du changement climatique (construction d’habitats adaptés, ingénierie bio-climatique, dépollution de milieux industriels, fermetures de sites d’extraction et réhabilitation de zones sauvages naturelles, soins aux plus vulnérables, créations d’expressions libres …)

Ici la capacité de mobilisation de masse face aux désastres et aux catastrophes engendrés par le changement climatique est une question véritablement centrale qui appelle la responsabilité éthique des leaders de mouvements politiques, médiatiques, sociaux, culturels et économiques ; nous sommes appelés à survivre ensemble ou à disparaître lentement – seul(s) à seul(s) – dans des souffrances et des isolements terribles et l’extrême droite globale et l’hyper-capitalisme de prédation porteront – sans nulle doute – la charge de la responsabilité éthique de cette destruction. Il est ainsi sidérant d’assister à ces cirques médiatiques et numériques ; réseaux asociaux traditionalistes et TV médias Bolloré ou Stérin en France … – organisés par le système économique capitaliste dominant pour promouvoir des agendas politiques verrouillés complètement par des sujets de pseudo-controverses faciles, payants en terme de votes et de pratiques d’entre soi ; l’immigré potentiellement dangereux, musulman ou juif de préférence, la protection du pouvoir d’achat des français qui travaillent, la sécurité des biens et des personnes, l’identité nationale et la culture homogène du groupe social-symbolique, la défense de la propriété, …

Le déni et la violence contre les militant.es écologiques et socialistes – qui se placent dans le tourbillon politique du « Modus Momentum » sont l’indice d’une même fabrication de l’importance de paniques morales et de propagandes toute orwellienne ; on en vient à nier des faits scientifiques, non l’homme n’a rien avoir avec le changement climatique, celui ci est une invention des gauchistes et des wokistes pour mettre à mal l’homme blanc et attaquer l’emploi industriel, le mode de vie chrétien ou musulman et critiquer un ordre naturel des fonctions humaines (biologiques, sociales et symboliques) la « Tradwife », l’homosexuel inverti et malade, l’arabe incapable de survivre hors des colonies, le noir ou le racisé inférieur politiquement. Choisir le moment critique contre les formes sociales capitalistes de la nécrose (facho-sphères, masculinisisme, virilisme imbécile, catholiques traditionalistes, islamisme conservateur anti-femmes, anti-gays, juifs colons d’extrême droites …), par dégradation irréversible des milieux sociaux-vivants ; c’est là le « KAIROS », le moment opportun ou l’occasion d’agir complexe par l’organisation enfin éthique des interactions collectives de réponses organisées dans les Institutions ou hors des Institutions dans et hors les espaces publics médiatiques, c’est à dire au final toujours promouvoir l’orientation politique humaine par des forces de vies qui luttent et trans-forment par des façons complexes et difficiles les sociétés, contre des forces de mort, d’origines mythiques et enfermées par une terrifiante fixité (E. Morin).

Fragments d’un monde détruit – 208

La peur de la lecture

« Fear of reading. Fear of disappearing. »

L’espèce d’appréhension commune presque enfantine devant des signes couchés sur une feuille de papier et/ou circulant sur un écran informatique ou télévisuel provient non pas seulement de la complexité de la tâche cognitive de déchiffrement des signes et d’appropriation des sens des phrases comme unités de compréhension – graphèmes, morphèmes et phonèmes – mais aussi à l’évidence parce que lire c’est rentrer en contacts sensibles avec l’autre, dans des interactions cognitives, sociales, culturelles ou affectives parfois redoutées avec des formes figées ou dé-fixées sur des supports dont l’enjeu est de délivrer du sens depuis un temps et un espace T.X passés, présents ou futurs et dans un espace-temps de réception ou d’accueil du sens. La forme d’incarnation de soi par des suites de mots et l’unité de la phrase impliquent l’exercice de cette capacité de reproduction intentionnelle – atopique – ou la mise en interactivités d’espace-temps hétérogènes et relatifs à des expériences historiques de vies et de morts et formalisées de façon cohérente par une écriture et une lecture situées. La formidable expérience de lecture pour des textes aux attentions (re)prises par l’imaginaire de l’auteur.e et sa capacité de transformation symbolique des images mentales est alors pleinement en phases avec le spectre de critères d’une intercompréhension sociale, réussie depuis un centre créatif vers des périphéries (devenues elles-mêmes centre(s) irradiants du sens, par la diffusion des formes livres).

Comprendre est en effet ici le lieu et le moment d’une puissance de reproduction sociale, hétérogène et intersubjective de contacts ; le processus de partage d’une forme symbolique en mouvement (Sartre) par la lecture réussie et dont les traces sont les signes symboles assemblés sur les portées des livres partitions. Si l’empreinte acoustique des mots est importante pour aiguiser l’imaginaire, elle l’est d’autant plus car elle fait partie de l’éducation première des capacités de déchiffrement des enfants ; la phrase rappelle une expérience vécue même fragmentaire ou partielle, elle est l’impact – audio-fixé – de cette grande forme en mouvement qui circule dans les imaginaires sociaux symboliques d’une société humaine et dont les interactivités ont du sens en lien avec cette capacité de transformation des sens des phrases (écrites, parlées, dessinées, chantées ..) par des voix humaines. Et cette capacité d’incarnation d’un texte dans la vie du lecteur, provient d’une même attention extrême portée par l’auteur aux écritures mêmes de ses parties presque organiques – phrases, mots, images, sons … La lecture est une affaire humaine spéciale et supra temporelle au sens d’une série d’expériences vécues transmise par des mots signes rentrées dans une cohérence formelle au travers du médium livre.

D’où provient alors la peur de la lecture ou l’espèce d’ennui et de fatigue provoquée par cette difficile entrée dans les mondes étrangers, créés par un livre ? Quelques témoignages autour de soi de non lecteurs ou de réfractaires décidés aux lectures de livres montrent (1) l’ennui immédiat provoqué par la pauvreté du médium – son austérité même – des signes alphabétiques couchés sur une feuille, rien autour, que la blancheur du papier et le contraste pauvre et pur en noir et blanc – (2) l’absence de stimuli audio-visuels donc comme des images, des musiques ou des récits déjà fabriqués par exemple dans un jeu vidéo ou au cinéma. Il y a là une certaine déception quand à la passivité attendue ou refusée de la réception des sens de la forme médium livre ; lire c’est une coopération formelle, symbolique et sociale, de l’auteur.e vers ses lecteurs et lectrices. Il y a là une sorte d’accord passé dans l’étrangeté, l’austérité, la passivité et la surréalité d’une forme d’expression interactive qui vise non pas seulement à divertir mais à transformer la forme du monde par le choc des passages de l’écriture et de la lecture. La communion invisible de la lecture impose une forme médium essentielle qui respecte le retrait intime de chaque être humain – la protection de soi au delà des fracas du monde – et fait de la capacité d’expression un moyen d’interactions symboliques, gestuelles, primitives et complexes et une fin décisive de transformation du monde humain.

Mais la peur de la lecture peut provenir aussi d’une crainte panique quand aux surveillances par la fixité du mot et de la phrase qui une fois pris dans la feuille ou creusés profondément dans l’écran dans un temps et un lieu indéterminés, figés et presque éternellement convocables, repose la question philosophique d’une possibilité de l’archive de l’humain ; la question d’un contrôle politique exercé depuis l’extérieur d’une forme écrite ; l’alphabétique terreur, l’appréhension du tout numérique ou bien la manière d’exister recommandée – totalement par le pouvoir despotique de l’écriture – aux femmes, aux enfants et aux hommes qui, en tant que corps expressifs ou âmes humaines devront supporter les signes couchés sur des feuilles ou reportés sur des écrans de surveillance i.e. transporter leurs sens en situations par leurs voix incarnées et leurs gestes symboliques. La lecture est donc aussi une expérience éthique, artistique et politique, elle invite chacun et chacune à se poser la question de l’étrangeté d’une forme figée sur un support multimédia et censée faire état du monde comme il est pris dans une expérience vécue différente de la sienne. On à là par l’éducation à la lecture – la littératie – aux médias, à l’information scientifique et technique (IST) ou journalistique et politique, un axe de réflexion central et pivot de la possible promotion de la forme démocratie dans nos sociétés libérales et humaines ; la capacité ubique de transformation d’un monde ; être ici et là bas au même moment de la lecture découverte, passion, voyageuse ou créatrice …

Dans la lecture comme à l’intérieur d’une aventure humaine, il y a à l’évidence commune cette incroyable recueillement ou isolement temporaire dans l’oralité du texte qui murmure sur nos lèvres et les dialogues, les récits et les paysages qui s’invoquent ensemble en silence, majestueusement, comme par une prière surnaturelle ou bien le suivi d’un rite social fantastique ; et cette ritualisation de l’acte de lecture est très importante parce que lire c’est devenir autre du point de vue d’un texte témoignage ou récit de vie ou fictions – une forme historique inscriptible qui s’oppose à la vacuité de l’oubli et au rien du temps qui passe – d’une expérience vécue du monde autre ; ainsi il arrive que certaines expériences de lecture vous (dé)coupent du temps immédiat et vous emportent comme en retrait voulu et provoqué, dans un entre-deux mondes (le proche et le lointain ; le mort et le vivant ; le passé et le futur). Ici la littérature est un moteur de transformation critique par sa capacité sociale et symbolique à décrire précisément des expériences vécues hétérogènes, très différentes et ceci de façon subtile dans différents genres littéraires (biographiques, fantastiques, historiques, de science-fiction …) et par différents styles d’exécution d’une forme d’écritures (le roman, la nouvelle, l’essai, le poème …) Mais il faut retenir cette solitude sociale de la lecture – l’énigme paradoxale du sens ; la voix et le silence – au sens d’une expérience partagée au delà des corps physiques dans les capacités d’expression communes des âmes humaines ; celles qui lisent sont plus avancées sur les connaissances et les expériences vécues du monde parce qu’elles acceptent de recevoir – et de tenter de comprendre dans la pauvreté essentielle du médium et les différents usages des phrases pourvus de sens – toutes les expériences des mondes d’un.e autre qu’elles-mêmes.

Fragments d’un monde détruit – 207

Des infos-sphères inhabitables

Les expériences des entrées disparates, hétérogènes – parfois difficiles – dans les sociétés de l’information et de la cognition – les sociétés de contrôle avancé – pour des jeunes adolescent.es montrent un certain type de droits à une information fiable, une interrelation cohérente et de référence, étudiés pour ce qu’ils doivent nous interroger – « Nous » communauté humaine d’adultes – sur la capacité des systèmes informationnels à bâtir des dynamiques de connaissances et d’expériences différentes du seul monde vivant. L’offre pléthorique de sources d’informations (l’infobésité si elle est une caractéristique du capitalisme linguistique et cognitif par le trop plein et les effets de saturation, en tant que rattachée aux sphères informationnelles, est un effet de l’épreuve de la sélection de la pertinence et de la fiabilité des sites Web, des organes de presses, des pure player, des Institutions, des réseaux sociaux pour un être humain isolé qui souhaite s’informer sur l’état du monde et des affaires humaines en 2026 …) amène la question de la relativité contextuelle et historique au centre de cette dynamique interne de l’information comme ouverture ou fermeture dans et vers les mondes des faits, des interactions et de la fiction. Une information est abstraitement une différence injectée à l’intérieur d’un écosystème de flux et de mise en ordres, en tant qu’elle est digit ou bit-unité qui déstabilise et restabilise la cohérence d’un certain type d’ordres immanent à un système comme interdépendance des parties au tout, frontières homéostatiques et production de nouveautés et de sens en continu relativement aux récepteurs et émetteurs de messages. Sa valeur réelle provient de sa rareté à un moment « T » du temps d’évolution du système d’interactions sociales-symboliques étudiées et en tant que valeur « rareté », l’information pertinente possède une capacité différentielle à créer de la nouveauté i.e. une tendance à modifier les directions d’un système de contrôles et de réflexivités organisés par les contacts multiples entre les êtres vivants, les signes-langages interactifs dans lesquels ils vivent et s’expriment et leurs milieux sociaux naturels ou économiques.

« Une information est une connaissance communiquée par un message transmis par un individu à un autre individu. L’information implique donc la communication, c’est à dire un échange d’informations entre deux ou plusieurs personnes. L’information implique aussi un code commun de compréhension du contenu communiqué. Ce code concerne à la fois la forme du message et sa signification mais les deux peuvent être traités séparément, la forme étant constituée par le support physique du message. […] » (« Dictionnaire de l’Information », entrée rédigée par Paul-Dominique Pomart, Armand-Colin, 2004). Dans cette acceptation par le code, la communication comme capacité technique, naturelle ou organique à transmettre un nouveau sens – une Information – s’appuie sur une certaine forme physique, sociolinguistique, économique – un codage – ou un support d’inscription et de contrôle de données dont les enjeux et les buts sont la transmission réussie pour elle-même ; en ce sens les dynamiques de fonctions internes déployées par des médiums comme intermédiaires et moyens d’expressions achevées et des médias comme organisations économiques de production de l’information ; se recoupent à ce centre de gravité décisif qui est la capacité technique ou expressive de médiation et de transmission de messages d’un système d’ordres à un autre système d’ordres, d’une organisation culturelle humaine à une autre organisation culturelle humaine, d’humains vers des machines (et inversement), d’êtres vivants vers d’autres êtres vivants. Norbert Wiener nous apprends à bien distinguer le caractère primaire – la recherche d’un équilibre homéostatique pour un organisme vivant – des caractères secondaires des moyens de communication en prenant en compte toutes leurs dimensions économiques dans les industries de l’information (groupes de médias, presses digitales ou papiers, réseaux d’affaires, marchés de producteurs consommateurs, télévisions, réseaux numériques, industries culturelles et créatives …) (« Information, langage et société » in « La Cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine », [1965], Présentation de Ronan Le Roux, Seuil, 2014).

La question philosophique posée par la capacité de supporter et de véhiculer – en les médiatisant – des milliards de lignes de transmission d’informations dans un monde numérique hyperconnecté est faite, dans les perspectives de l’interaction sociale et symbolique et de la littératie, de cette épreuve de l’intercompréhension entre plusieurs organismes, organisations sociales et culturelles, institutions, séries de machines (réseaux d’ordinateurs interconnectés, Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) …). L’épreuve qui consiste à sélectionner les sources d’informations, à repérer leurs colorations idéologiques, leurs types de production rhétorique à l’intérieur d’une exploitation sémiotique et sociolinguistique des signes capitalisés sur des supports est une épreuve de la signification différente, heurtée – par la critique de corpus et l’isolement des différences sensées –  ; repérer les contextes particuliers de production de l’information, comprendre les processus d’intercommunication à l’œuvre, identifier les techniques de propagandes classiques et nouvelles (boucs émissaires, essentialisme, soif de généralité, inversion maligne du stigmate, viralité du faux, conformation des jugements évaluatifs et loi des plus forts et du plus grand nombre appuyée par et sur des langages-machines …) Ce qui fait la différence dans la lecture d’un média est ce qui devient marqueur du sens pour soi, effets sur sa propre croyance-habitude et possible compréhension pour soi même et pour autrui d’une certaine valeur informationnelle de l’événement – une radicale nouveauté comprise en commun – un marqueur délivré à un moment et dans un espace politique particuliers par des professionnels journalistes ou des intervenant.es critiques. Une information dont on peut faire bon usage.

A cela vient se percuter toute la problématique du confusionnisme et de la désinformation maximales comme stratégies d’évitement des lectures critiques des pouvoirs et du changement politique et social possible – maintenir en l’état un système d’ordres économiques injustes par exemple par l’action quotidienne de désinformer – TRUTH social comme réseau social officiel d’un président en exercice, est ici un exemple frappant d’épuisement du sens et d’arme technologique, asociale et politique – en exploitant un relativisme malsain qui permet de dévaloriser les paroles et les écrits de personnes publics ou de journalistes, ayant un domaine d’expertises bien précis et un souci de la vérité. Les attaques répétées contre la confiance sont ici des attaques directes contre la démocratie sociale et l’esprit critique, le travail d’enquêtes et la recherche de la vérité comme éthique de métiers et tendance à construire de la connaissance. En dépassant toujours le niveau des techniques de l’info-guerres, de la saturation de l’attention des publics, du divertissement haineux et de la propagande médiatique délivrés massivement 24h sur 24 par des constellations de médias autoritaires ou d’extrême droite, le travail d’enquêtes à l’inverse s’intéresse à la fiabilité des sources, décrypte des messages officiels, dé-livre des récits personnels et collectifs et témoigne des faits par des expériences vécues, fait un travail de journalistes de terrain, de traduction et d’expression. Il n’est plus possible d’habiter certains réseaux « sociaux », de consulter certains médias mainstream (dans la sphère médiatique Bolloré en France ou Murdoch avec « Fox News » aux États-Unis) c’est à dire de communiquer normalement avec d’autres êtres humains capturés dans les filets de ces réseaux, sans être réduit par un certain code de conduites, à des comportements complotistes aberrants et des langages stéréotypiques ; des memes fédérateurs, des signaux de ralliement, des images identitaires et des réflexions antisociales toutes faites.

Le confusionnisme et la désinformation ne rentrent pas seulement dans une stratégie de « merdification » des réseaux qui permet de fournir une sorte d’écran noir derrière lequel des politiques de violences, d’exclusions, de repli sur soi et de xénophobie peuvent s’exercer, ils sont là bien présents, comme des signes-indices importants de l’incapacité de la forme démocratie à s’exercer, l’incapacité à faire sens au milieu du sens détruit, dézingué, satirisé … Et cette perte de l’adhérence à la vie concrète par le sens est ici radicale dans certaines zones géographiques, économiques et médiatiques ; elle touche à nos capacités à nous entendre et à nous comprendre depuis des mondes culturels différents ; elle permet aux Tyrans de se maintenir au pouvoir parce que le désir de démocratie s’éteint ou se fragilise grandement dans les masses par la force de la répétition des messages venus d’un même centre de pouvoirs. Penser contre les psychologies des pouvoirs d’extrême droite s’avère indispensable pour le « Nous » de la forme de vie démocratique et la nature éthique de cette réflexion dépend aussi de milliers d’enquêtes historiques, philosophiques et sociologiques menées partout dans le monde qui ont montrées les profondes dangerosités (ses porosités sociales symboliques) de l’extrême droite et les haines sournoises de la démocratie sociale, coopérative et critique véhiculées par ses idées et ses actions. La préservation d’un écosystème informationnel pluraliste et non assigné à des technologies financières et idéologiques, (bots informationnels, pas de formations aux enquêtes, idéologies conservatrices maximales, paniques morales, vindictes populaires et délations, replis sur l’Ego et les questions sécuritaires …) séparées de toutes questions éthiques, rentre pleinement dans cette stratégie complexe de lutte contre l’extrême droite globale qui allie l’enquête sociale, le souci pour la vérité, les relativités contextuelles et historiques et la puissance d’agir en commun dans et pour une vie démocratique, libre et éclairée.

Fragments d’un monde détruit – 206

Interactives transformations

Dans la méthode d’analyse pragmatico-situationnelle de l’action collective [héritée partiellement avec difficultés, inconstances et luttes de la philosophie sociale de G.H. Mead et de la Thérapie Wittgenstein (le retour au langage ordinaire et l’abandon d’un certain type d’explications inutiles et confondantes)], identifier les sources possibles de l’impossibilité du changement social, institutionnel ou de la transformation des écosystèmes de transactions capitalistes, revient à isoler des séries de monstres théoriques ou fétiches dits « mentaux » au sens d’une même séparation de l’agent-Ego de toutes ses capacités d’action et de réflexion originales. Ici le terme « fétiche » rend compte d’une excessive attention portée à des « explications fétiches » du mental humain qui prétendent au cœur d’un certain paradigme de la représentation, expliciter le sens préféré pour soi de l’action par le recours à un réductionnisme naturaliste simpliste et une assignation de l’esprit à un lieu et à un temps (le sujet de la représentation est de préférence caché à l’intérieur du corps dans le système neuronal, la capacité grammaticale et le cerveau stratège et commandeur). L’intérieur ainsi fabriqué de toutes pièces par des explications fétiches appartient aux mythes de l’intériorité et de l’inexpressivité ; dans cette mesure d’une même cache d’intériorité ou d’un même trompe l’œil mythique, l’interaction humaine – un dialogue du « je » au « tu » – corps à corps -, reste figée dans une dyade de surfaces, postulant toujours la présence de deux dimensions fantômes agissantes en arrière du matériel symbolique et qui ne peuvent finalement jamais se rencontrer ou se recouper.

Le hors là éthique ainsi prononcé a des conséquences pratiques très concrètes ; l’apparente impossibilité de comprendre l’autre, ses réactions expressives, son langage, ses différences de pensée – l’incompréhension métaphysique et radicale comme incertitude principielle, « je ne peux jamais savoir ce qui se passe en autrui » – la difficile lecture de ses comportements, et c’est au philosophe britannique David Pears (1921-2009) que nous devons la description la plus pertinente et profonde de la « fausse prison » ; « The False Prison » -, au sens du résultat le plus remarquable de la philosophie destructive et éthique issue du parcours philosophique de Wittgenstein, qui met à jour de nombreux mécanismes conceptuels d’enfermement de l’expression de la pensée humaine (langage privé, cécité à l’aspect, corps essentiels de la règle, prévisibilité maximale et absolue de ses applications, noms substances, dualisme réducteur, origine causale mythique …) Il est alors particulièrement intéressant et important de faire fond sur cette critique par Wittgenstein du privé et de l’incommunicabilité de l’expérience humaine pour atteindre une zone de réflexions critiques majeures qui mobilisent outre Wittgenstein et les autres philosophies majeures du courant de l’analyse du langage ordinaire (J.L. Austin, G. Ryle, P. F. Strawson ..), le pragmatisme historique, des quatre grands philosophes américains (Peirce, James, Dewey et Mead ) et surtout la philosophie sociale, la psychologie sociale et l’anthropologie de l’intercommunication symbolique de G.H. Mead (1863-1931).

Il est alors bienvenu de se ressaisir du sens complexe de l’action humaine dans tous ses extérieurs expressifs pour rendre compte des expériences vécues des êtres vivants ; plurielles, singulières, étonnantes, séduisantes, agissantes ; mais le passage d’un monde à l’autre, d’un paradigme de la représentation au paradigme de l’expression et de l’action est un passage semé d’embûches théoriques et pratiques. En effet, il est toujours plus simple et avantageux pour les systèmes de pouvoir et d’emprise néo-libéraux comme les théocraties totalitaires ou les régimes de discours autoritaires de faire de l’être humain, un chiffre maîtrisé – un zéro toujours adaptable et mis au « service de » l’intelligence du mauvais gouvernement – un agent fidélisé au service du pouvoir et des représentations du pouvoir i.e. modeler sa psychologie sur les formes prises par le psycho-pouvoir ; la traduction de celui-ci dans les sociétés de contrôles à haute intensité implique une même exploitation continue des réactions des hommes, des enfants et des femmes tenues par l’enfermement égotique métaphysique ; or c’est toujours dehors, dans les extérieurs expressifs souvent in humanisés au sens d’une toujours difficile réappropriation de son propre corps, de ses propres réflexions, de sa singulière face humaine et sociale – concrète, imprévisible et mouvante – c’est dehors que la vie passe avec nous humains, avec nous vivants, réponses organisées, contacts sensibles, expressions achevées dans l’Art, problèmes surmontés et conflits de valeurs supportés et résolus dans l’espace politique démocratique.

Dans une sorte d’expérience de pensée comme auxiliaire méthodologique introduit à l’intérieur d’une forme d’arguments qui luttent contre ce que nous nommons « l’argument de la forteresse » comme étant la forme prise par la défense conceptuelle du nécro-système hyper capitaliste (capitalisme fossile, de prédation, du virilisme ..) comme des régimes il-libéraux et/ou totalitaires (fin de la pluralité démocratique, de la liberté d’expression, concentration des pouvoirs économiques et politiques, domination culturelle par des petits empereurs de TY-Coon…) appuyée sur l’Ego-drame ou l’enfermement dans la « fausse prison », l’être humain doit être entièrement reconsidéré comme de formidables capacités de jeux, créativité de l’agir social coopératif, relativité des mondes symboliques et forces de la pluralité pragmatiste et démocratique. Cette expérience de pensée doit être une description des effets d’emprise puissants exercés par la société de contrôle, dans un monde, qui sortant de l’anarcho-capitalisme – la violence du fort contre le faible – prétend sécuriser l’accès et la consommation des mondes – Terre – et de ses ressources stratégiques pour la survie (déraisonnable et dangereux) d’un vieux système économique – le capitalisme fossile.

L’inter-acte comme unité opérative de changement i.e. la capacité de se mettre à la place de l’autre humain ou vivant ; d’adopter dans les perspectives d’autrui sa propre position et se propre capacité de vie ; le pragmatisme américain a pour effet et conséquences de rendre possible la sortie par le haut et l’émancipation vis à vis d’une forme de vie ancienne, profondément enkystée dans nos comportements de tous les jours mais qui pour des raisons précises [bouleversements climatiques, événements climatiques extrêmes ; méga feux, inondations, sécheresses, inhabilités de territoires entiers, pauvretés systémiques, besoins primaires insatisfaits …) ne peut plus être la forme de vies et de socialisation dominante au milieu du XXI° siècle. Combien d’années encore à attendre avec la conscientisation globale de cet état de faits ; combien de souffrances économiques, matérielles, organiques et d ‘exclusions sociales et digitales, violentes, de groupes entiers de populations ; comment les formes d’expressions qui attestent de ce changement majeur et nécessaire de mondes et de sociétés humaines vont-elles irriguer les flux de consciences des masses et la mémoire des individus ? Répondre à cette question, c’est déjà combattre une certaine forme de vie et de pensée héritée de l’exploitation des corps, des langages et des âmes pour un dieu-argent, un dieu-identité ou un dieu-violent, totalement séparés des mondes de la vie ordinaire, pluriels, conjugués et libres.

Fragments d’un monde détruit – 205

Aux champs musicaux

Dans une dynamique interne de compositions sérielles qui découpent en continu un modèle comme une portion du réel investit par l’expérience de l’anticipation, la musique est une forme de contacts décomposés en mouvements sonores, ultra-sensibles qui s’entrechoquent aux parois et aux surfaces d’une dimension sienne (tierce ou inconnue immédiatement) ou d’un courant de contacts sensibles et moteurs. L’objet au loin est déjà remplit de l’expérience de la manipulation et de la consommation par contacts et exploration de ses intérieurs sociaux-symboliques ; en ce sens l’expérience de la musique est une possible dérivation à partir d’une forme primitive par laquelle les sons accompagnent l’utilisation intentionnelle de l’objet. Par exemple, un livre ou une chaise sont dotés toujours d’une musicalité particulière dans le sens, où se saisir d’un livre ou utiliser une chaise s’accompagnent d’une expérience vécue de manipulation de l’objet et de ce qu’ils dénotent en tant que noms et de ce qu’ils connotent en tant que réponses organisées (feuilleter les pages du livre, en consulter l’index, voir la quatrième de couverture, repérer la date de publication et la maison d’édition …) Il est donc important de reconnaître cette fonction majeure de la musicalité des choses physiques dans cette mesure dynamique d’une poussée des corps vivants par la force du désir humain, vers leurs inter-activités continues formalisées en parties proches ou lointaines, par les différents modèles du son et de l’intensité vibratoire.

Par contraste et dans l’expérience de la dépression comme maladie du lien social et de la coupure symbolique et intentionnelle du moi vis à vis de tous ses entours matériels, (chaise, tables, lits, fenêtres, livres …), tout ce qui est aux bords de la dimension sonore découpe une frontière de basculement vers le silence apparaissant comme une force à l’emprise démesurée, un aplat-fantôme ou une asphyxie de tous les « gestes vocaux significatifs » (Mead, 1934). L’objet désinvestit de la musicalité intentionnelle ou de la visée des contacts multiples manipulatoires avec les autres vivants, perd ses multiples usages et fonctions investit comme il perd son statut de choses physiques et redescend en deçà des surfaces de la vie ordinaire des êtres vivants, des événements, des interactions et des choses. Ce contraste saisissant éprouvé dans l’expérience vécue de la dépression du milieu vital, – littéralement comme perte de pression dans les choses – rend la musicalité des formes aussi importante pour la santé mentale que l’air que nous respirons et les nourritures que nous ingérons pour la santé du corps. L’absence cruelle de sonorités agréables ou mélodieuses, impose une sorte d’empêchement vital aux êtres vivants au sens d’une semblable nuit opaque qui va descendre sur les dynamiques de contacts et d’anticipation sensibles, ce silence imposé et brutal, bloque l’expérience de l’anticipation, détériore les visées du sens dans les gestes, aboutit à fermer l’espace-temps sonore d’un individu sur un silence imposé tout en appauvrissant ses capacités d’expression.

Il est alors pas si étonnant de constater dans l’espace-temps de l’urbanité affairée de l’économie attentionnelle qui nous relie aux multiples interfaces de consommation des objets et services économiques investit d’une valeur d’échange, que toujours en arrière-plan dans l’instant actuel de l’échange, une rythmique complexe a lieu et se reproduit au bénéfice du bruit mécanique et neutralisant de l’échange commercial, – les seuls sons proviennent des déclics d’appareils et le swipe d’écrans de transactions, comme de la voix blanche et polie du commercial – qui reproduit une absence à soi stimulée, comme négation de capacités réflexives et de puissances de transformation sociale et critique. Contre ces rythmes ambiants fabriqués par un écho-systèmes de traces et de preuves ou d’atomes d’identités, employées par la dynamique de consommation capitaliste, ou ces bruits ou vacarmes comme pollutions sonores dramatiques – infinitives – , l’écoute active d’un morceau de musique se déployant dans l’air ambiant ajoute la pulsation infinie du vivant, aux gestes manipulatoires et permet d’affiner longtemps et d’aiguiser la perception de mouvements subtils et complexes de corps vivants qui semblent surgir d’un arrière-fonds ou de coulisses ouvertes par la musique sur le devant des scènes des interactions sociales-symboliques, situées. Il est ainsi tout à fait possible et presque évident de saisir le caractère d’un être humain – sa physionomie sociale et culturelle – au travers de ses différents goûts musicaux parce que tout un champs d’expériences, de contacts, d’explorations est composé de milles musiques hétérogènes, complexes, radiales, diffractées, ou socialisées, faisant l’expérience vécue de l’art de la musique pour cet être humain.

Les corps et les âmes sont tous imprégnés de musiques ; ils transitent d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, dans l’écriture, la sexualité et le travail de transformation naturelle de la société ; ils informent une expérience du son rapportée aux rêves et aux désirs du contact sensible. Et les mots, s’ils ont des visages, s’ils nous regardent dans la lecture (comme l’écrit Wittgenstein – §156-171 – « Recherches Philosophiques » sur l’expérience de la lecture), possèdent aussi des voix hétérogènes, multiples et situées, réincarnées dans des situations de jeux particulières, à chaque fois improvisées et nouvelles, coopératives et sensibles. La musique est une expérience du temps long, de la possibilité de l’ennui et de la vacuité car sa forme est creusée dans le vide des temps morts de l’économie ; elle est à l’évidence socialisation par l’instinct du jeu dramatique, l’aventure de la lecture audio-sculptée et de la prise de rôles, l’instrument jouant le jeu du maître, du pitre, de l’assassin ou de l’amante ; la composition étant d’allure fraîche, sombre, désespérée ou joyeuse, la saveur particulière d’un morceau renvoyant aux goûts métalliques des machines comme des boîtes à rythmes, ou bien aux vols d’oiseaux dans le ciel, ou à la gracieuse envolée d’une flûte traversière ou bien à la voix limpide et mélancolique d’une chanteuse de dark-wave (Lisa Gerrard et son geste vocal si particulier – lent, grave, profond, sinueux – viennent immédiatement à l’esprit quand on pense à l’obscurité d’une vague montante).

Ici la dimension musicale de la vie fraye avec les spectres physico-symboliques contactés au fur et à mesure des milliards de contacts sensibles avec les choses physiques et les constructions pratiques des croyances que des êtres humains créent dans leurs vies. [Un spectre est une figure majeure des champs de la musique comme la forme avérée et l’incarnation d’une intensité dimensionnelle du jeu ; une figuration de la vie par l’instrument, la partition et les danses du jeu musical]. Les signes linguistiques unissent un concept et une image acoustique comme empreinte psychique du son [la linguistique de Ferdinand de Saussure nous dit cela – « Cours de linguistique générale », 1916], est-ce que cela signifie que les mots-signes conservent une forme audio-dicible de l’expérience du contact manipulatoire avec n’importe quelles choses physiques ? Par exemple, sortir brutalement d’un rêve et laisser filer le déroulement d’une phrase comme une étoile filante et se rappeler (ou visualiser) au même moment juste au réveil, des images mentales précises sorties de ce rêve ; ici la sonorité du mot est un enveloppement de la manipulation et du geste physique vocal ; il y a là une musique dite déjà concrète, terrible et vertigineuse par ses aspects physiques brutaux, son empreinte humaine et sa dimension sienne au sens où un tiers est déjà toujours présent (la société, dieu, l’esprit, l’autre, l’inconscient (?)) dans cette mesure d’un possible enregistrement direct du monde ambiant, une captation de situations de jeux coopératifs particulières.

Se ressaisir par un document audio, filmé, écrit, rêvé, des moments de vies spéciaux ; le travail avec les robots sur des chaînes d’assemblage, la réunion d’entreprise comme un rendez-vous régulier, la rencontre amoureuse pour la première fois et l’attente angoissante du premier baiser, l’échange dialogique standard prés des caisses d’un supermarché, la pause dans le tournage d’une scène de film dramatique ou comique, les commentaires nerveux d’un match de boxe, les propos échangés au comptoir d’un café le matin (toutes les vies ordinaires des femmes et des hommes en société qu’une anthropologie de la communication et une philosophie sociale sont en capacité de réfléchir et d’exprimer au plus près). S’il s’agit d’une empreinte acoustique, [pour les phrases orientées par les attitudes devant les choses], il s’agit d’une diffraction de la vie ordinaire des mots-signes et des interactions médiatisées par des symboles qui dérivent de ou emmènent des groupes de gestes vocaux significatifs.

Fragments d’un monde détruit – 204