Tribute 3

Selected extracts.

« De même que la famille pour une large part dans ce qu’elle a de meilleur, ou l’État, quoique à un moindre degré, implique une unité de dessein et d’intérêt, la société économique doit aussi impliquer une unité de dessein et d’intérêt. Sur ce point, la vérité est que nous sommes encore largement confrontés aux contraintes intellectuelles qui s’imposaient à la pensée préchrétienne. Nous concevons encore la vie comme comportant une double dimension, une dimension animale et une dimension réellement humaine et, par conséquent, réellement éthique. La manière dont nous nous procurons et dont nous distribuons les bénéfices matériels est considérée comme un moyen de parvenir à une vie plus haute, celle qui caractérise les hommes dans leurs relations spécifiquement humaines mais extérieures en elles-mêmes à cette vie-là. Platon autant qu’Aristote ont par exemple toujours considéré comme un fait que tout ce qui dépend de l’industrie et qui concerne l’obtention ou la distribution des richesses reste extérieur, voire opposé, à la vie du citoyen comme membre d’une communauté éthique. Platon s’en prend aux sophistes en ce qu’ils tirent de l’argent de leur enseignement et en ce qu’ils font d’une relation en elle-même personnelle (c’est à dire morale), celle du maître et de l’élève, une relation industrielle. Comme si ces deux choses étaient nécessairement opposées. Aristote dénie à l’artisan toute vertu, lui refusant ainsi les qualités qui permettraient de lui reconnaître une fonction sociale. Les machines sont en effet indispensables à l’État, « mais tous ceux qui sont indispensables à l’État ne sont pas des citoyens » (et nous devons nous rappeler que les termes « citoyen » et « État » ont toujours, chez Aristote, une dimension éthique). Il était nécessaire qu’il y eût des hommes se consacrant à des tâches purement matérielles, les artisans, afin que d’autres puissent avoir le loisir de se consacrer à des tâches sociales et politiques, c’est à dire éthiques. Nous avons au moins officieusement abandonné l’idée qu’il existe des hommes qui doivent jouir d’un statut à part pour accomplir cette tâche nécessaire ; mais nous la considérons encore, en même temps que les relations qui en font partie, comme si elle était étrangère au domaine éthique et appartenait entièrement à la nature. Nous admettons que des règles éthiques doivent s’appliquer à la sphère industrielle, mais nous y voyons une application extérieure. Que la vie économique et industrielle soit en elle-même éthique, ce qui revient à y voir une contribution à la réalisation de la personnalité à travers la formation d’une unité supérieure et plus complète des hommes entre eux, c’est ce que nous ne reconnaissons pas. Or c’est précisément ce que signifie l’idée que la démocratie doit devenir industrielle.
Je n’ai utilisé ces illustrations qu’à la seule fin de montrer ce que j’entends par démocratie et afin d’établir que les objections reposent sur des idées qui consistent à y voir une forme d’individualisme de caractère arithmétique. J’ai essayé de faire valoir que la démocratie est une idée éthique, celle d’une personnalité possédant des capacités réellement infinies, présentes en tout homme. La démocratie et l’idéal éthique ultime de l’humanité sont pour moi une seule et même chose. L’idée de démocratie, les idées de liberté, d’égalité et de fraternité représentent une société dans laquelle toute distinction du spirituel et du séculier a disparu et, comme dans la théorie des Grecs, autant que dans la théorie chrétienne du royaume de Dieu, L’Église et l’État, le divin et l’organisation humaine de la société ne font qu’un. On dira bien sûr que c’est faire preuve d’idéalisme. A quoi je répondrai, en me contentant de citer une fois de plus James Russell Lowell, qu’ « il s’agit en effet d’idéalisme et que je fais partie de ceux qui pensent que le réel ne bénéficiera jamais d’une base inébranlable tant qu’il ne reposera pas sur l’idéal », et j’ajouterai que le meilleur test auquel on puisse soumettre une société réside dans l’idéal qu’elle propose pour ses formes de vie et dans le degré selon lequel elle le réalise. »

John Dewey, « L’éthique de la démocratie » in « Écrits politiques », p.37-61, Traduits, présentés et annotés par Jean-Pierre Cometti et Joëlle Zask, Gallimard, 2018.

Fragments d’un nouveau monde – 222

Éducation & Émancipation

« But : une inversion complexe des valeurs.
Méthodes : une éducation expérimentale, sociale et pragmatiste et une attention et un soin portés à l’individualité de l’élève ou de l’étudiant.e.
Moyens : impacts logiques situationnels, respect de la nature, ajustement des corps et des esprits à leurs milieux de vie, contrastes sensibles importants, voir de nouveaux aspects, dire et montrer, conséquences et futurs des actions possibles. »

L’immense impression de gâchis humains et éducatifs liée à cette incroyable impudence et insulte envers la jeunesse – génération de nos futurs – des autorités d’un ministère d’un État en démocratie, a pour pendant l’espèce de réductionnisme violent à des questions de coûts budgétaires, de performances cognitives (classement PISA) et des administrations programmatiques, de la possibilité de l’apprentissage humain continu au fil du temps de l’expérience vécue d’un être humain socialisé depuis les années de primaires, jusqu’aux années Collèges et Lycées ; l’inquiétude quand à la réduction managériale en termes de coûts et de performances du système éducatif touche également les jeunes dans leurs propres capacités de développement cognitif, conatif et affectif dans la mesure d’une méprise institutionnelle grave et généralisée qui s’exerce en continue tous les jours envers les équipes de professeur.es, les élèves et les parents d’élèves. Cette méprise institutionnelle tient en un incroyable aveuglement quant aux situations sociales, symboliques et historiques d’ancrage de l’apprentissage humain ; là encore une fois, c’est l’ignorance du cas particulier, la soif de généralité, le principe antérieur absolu, la bêtise du hors sol et du hors situations sociales de l’activité d’éducation concrète et hétérogène des jeunes enfants et adolescents, qui entraîne la réduction de leurs pouvoirs d’apprendre à une capacité de performance individuelle alignée sur un plan de calcul de coûts et de résultats bénéfiques pour les entreprises futures qui emploieront ces capacités dans des compétences monnayables.

Il faut bien se saisir de la question du sens du geste d’éduquer un esprit et un corps en 2026 à l’ère des automates de tri (IAG) et du contrôle violent des affects et des cognitions individuelles et de l’intelligence collective ; en effet, on assiste à une casse violente des systèmes collectifs d’apprentissage, une destruction des services publics, une impressionnante charge de l’éducation dans la « forme de vie » démocratique par la privatisation des savoirs humains situés au bénéfice d’une accumulation de capitaux et de richesses financières par des monopoles alignés sur le capitalisme fossile et la réduction égotique et cognitive des expériences sociales symboliques. Une jeune fille de 18 ans d’aujourd’hui en Terminal manifeste d’abord contre cet ordre des choses – imposé d’un en haut, illisible, indéchiffrable – , c’est à dire contre la violence de l’imposition d’un ordre anti-social, capitalistique, total ou univoque, qui détruit les conditions réelles de son éducation, qui alimente les replis sur soi et la haine des autres, un ordre violent issu d’une société de contrôle dont l’intensité d’empreintes psychiques est variable en démocratie ou hors espaces-temps démocratiques pris dans l’axe totalitaire (Russie, Chine et Iran). La performance budgétaire est ici la clés de lecture principale du pouvoir, [comment est-ce décemment et raisonnablement possible une telle lecture technique enfermée dans un système de pertes et de profits artificiel alors qu’il s’agit de l’avenir de nos enfants ?] L’élève de terminal qui manifeste en octobre 2026 en France, manifeste contre la vétusté du matériel et des locaux dans les Lycées, elle proteste contre les classes surchargées, des sanitaires indisponibles ou dégradés, l’absence de professeurs et de personnels d’éducation et la violence numérique d’une plate forme dédiée à l’orientation post-bac basé sur un algorithme de suivi de destins individuels – Parcours Sup – elle résiste contre la destruction des rituels sociaux éducatifs (Brevets, Bacs, classes européennes, échanges scolaires en Europe, temps collectif d’apprentissages, sorties de classes, éducations aux médias et aux réseaux par les professeur.es documentalistes si peu nombreux …) et l’espèce de mépris de gestionnaires généralistes et butés envers l’intérêt complexe et singulier de l’enfant.

Cette question majeure du point de vue du pragmatisme de l’éducation des jeunes hommes et des jeunes femmes de l’inscription sociale d’un corps et d’un esprit humain a été largement méprisée sinon intégralement niée par des administrations successives en France soumises à des conditions de restrictions d’actions extérieures toujours aux bénéfices des marchés de l’emploi privés et des organisations d’exploitation des compétences-objets de politiques futures de recrutement et de stabilisation budgétaire de l’économie du travail et de l’emploi hyper-capitaliste. On est là pris au cœur d’une hallucination collective engendrée par l’économie agressive du capitalisme de la prédation ; l’homme ou la femme sont des individus-acteurs stratégiques, producteurs / productrices de performances économiques, agents opérateurs de choix rationnels abstraits positionnés sur des marchés de choix optimisés par les calculs d’optimums triples ; coûts, temps et efforts. Ce qui compte vraiment pour l’administration de l’éducation nationale est la formation d’un citoyen consommateur dont les comportements futurs vont – en accord avec la morale civile de l’époque – promouvoir les valeurs de la Nation et de l’entreprise.

Les formes de la répression étatique sont sévères, injustifiées, et dans certains cas documentées ou illégales, et on se souviendra dans la perspective de la campagne impliquant une extrême droite violente et de l’élection présidentielle de 2027 en France, de la fragilité possible et inquiétante de l’État de droit français – le courage immense et quotidien des défenseurs de justices – magistrat.es, avocat.es, juges, assesseurs, jurés, procureurs – qui font le travail de remise en causes et en raisons délibératives des cas de violences contre les jeunes manifestants, suivant les règles du code juridique et de la constitution de l’action violente ou illégale examinée. Les lycéens manifestent là, ainsi, dans la majorité des cas – avec leurs professeurs solidaires – sous une forme non violente ou intelligente, en se regroupant, ils manifestent de manière collective en mettant ensemble leurs capacités de résistances et leurs revendications légitimes, ils ou elles sont ainsi, de ces façons d’agir concrètes et situées, responsables d’une proposition d’un nouveau monde bienfaisant pour leurs propres vies, que le système financier capitaliste très réducteur ne peut pas intégrer dans ces calculs froids de coûts et de bénéfices au sein d’un budget d’État ; ce monde ci, ancien et vieux du point de vue des mécanismes de gestion par le budget (bénéfices/déficits/lignes de décisions) n’a plus aucun sens en 2026-2050, et il faudra un mouvement collectif, institutionnel et intellectuel très puissant pour le démettre une fois pour toutes (enfin et après des siècles de fonctionnement répressif, fixe et égal) de ses fonctions d’administration complexe de la vie ordinaire des femmes, des enfants et des hommes.

L’expérience de la vie ordinaire pour une jeune femme ou une jeune homme de 16 ou 17 ans en 2026 en France ou ailleurs, c’est faire l’expérience du contact continu et sensible avec un milieu social-symbolique, un corps à corps complexe – un environnement de sollicitations et de stimulations sensorielles, affectives et cognitives – remédié par des intercommunications distantes via les technologies des Smartphones et des différents réseaux sociaux, et la naissance de l’émotion de gratitude lorsque l’esprit s’éveille aux contacts d’une connaissance originale ou étonnante, se fait d’abord et encore et toujours aux contacts psychiques et physiques, proches d’une équipe éducative constituée de professeurs (de différentes disciplines d’études), d’éducateurs d’orientation et de psychologues scolaires ; comment le sous financement assumé de toute cette institution est-elle justifié au sommet de l’État sinon par un discours écran sur la performance individuelle de l’élève. Ces masques idéologiques sont exploités comme des ruses rhétoriques du pouvoir économique pour installer un récit de la faiblesse des niveaux et des compétences des enfants alors que le seul enjeu réel pour ce qui est de l’expérience de l’éducation humaine en démocratie et ses atouts réels pour le développement et le maintien des choses physiques et de la vie sur Terre, est la place de la socialité dans l’apprentissage et la capacité à faire société, ensemble et individuellement en vue d’un but concret d’amélioration des expériences de la vie.

Fragments d’un monde détruit – 221

Anarchie |1.0| Capital

« Fétiche cryptographique, Stratégie(s) du secret, Accélération technologique et Souffrances adaptatives et digitales »

Dans les techniques managériales actuelles de pression maximale pour faire du chiffre de vente et aligner les interactions professionnelles et inhumaines sur une dynamique de force de ventes de produits ou de services, le système informatique et la violence du numérique par la brutalité d’une commande saisie à la vitesse du mépris du capitalisme de prédation, impliquent une « conformation » puissante des corps et des expressions des professionnell.es ; ici, ce qui est en jeu est non pas seulement la violence de l’économie prédatrice mais à l’intérieur même de cette violence, l’exploitation des instincts de domination entre les êtres « assujettis » et la réification pulsionnelle complexe alignée sur un réseau de machines interconnectées. Là, où s’exerce l’emprise psychique de l’hyper-capitalisation des traces, des preuves, de l’authentification par les milliards d’automates de la révolution informatique économique, l’identification numérique des identités (bancaires) des clients est centrale ; elle seule permet la facturation et le rendement optimal de l’espace temps capitaliste. Pour quoi insister sur la brutalité des systèmes d’information dont les nœuds d’utilisation anthropologique efficace se résument à une commande violente sur interface(s) par les opérateurs de commandes qui appliquent les ordres d’une logique informatique visant la transaction financière. La conformation des corps aux systèmes informatiques de calculs du service et du rendement ainsi que l’incroyable réduction et appauvrissement des relations humaines à une question de coûts, de contraintes mathématiques et de bénéfices mutuelles engagent l’analyse d’un complexe interactionnel d’objets, d’outils, d’intentions et d’individualités humaines sur une voie difficile marquée par l’analyse des régimes de discours et des grammaires d’activités liées aux services clients expérimentés.

Il faut bien se rendre compte en septembre 2026 de la puissance de désorganisation du monde vivant, humain et de la lutte contre la vie ordinaire et les sensibilités humaines et animales, par le capital financier, anonyme, neutre, et froid ; l’anarcho-capitaliste comme maître tel qu’il arrive représente la figure marquante de ce quart de siècle – l’idiot-typique ; on se passe des normes de la vie ordinaire, on applique des pseudo règles de dysfonctionnement brutales pour innover à tout prix ; il est d’abord question de l’imposition omnisciente d’un fétiche cryptographique ; le chiffre brutal – anonyme – dans sa force de décision ultime est là pour prouver l’adhésion muette aux systèmes de forces et de contre-forces des marchés ; l’exploitation de l’Ego drame humain et sa réduction schématique comme seul encadrement du chiffre de la violence interpersonnelle ; l’objectif d’un management d’arriérés mentaux et de systèmes de contraintes, malades et dangereux pour le monde humain est la déduction de la part humaine de la part du calcul cynique, sinistre et égoïste, seule intéressante. Ici, on va retirer le gênant humain, tout ce qui est nouveau, surprenant ou étonnant ; la vulnérabilité qui empêche la machine d’optimaliser le rendement opérationnel de l’ensemble économique ; et les êtres humains adaptés qui « performent » comme dans un sport de haute compétition sont les seuls qui, alignés aux ordres des systèmes informatiques de transaction et des automates de tri langagier vont produire et diffuser aux kilomètres carrés partout où ils se déplacent et se contactent, le nov-langage conforme et transparent en termes d’identification d’un client potentiel ; seule cible et seule raison d’être du vendeur, de l’outil de transaction digitale et du client.

L’anarchie capital, c’est donc la violence des plus forts qui s’exerce sur les plus faibles, la haine de la non conformité, l’absence cruelle de soins aux autres ; partout où l’extrême droite progresse, partout ou le capitalisme autoritaire est en marche avec elle, partout où la totalité de l’emprise par les réactionnaires s’exerce quand elle est suffisante, envahissante, subtile ; là où la question de la normativité de nos relations ordinaires au travail est changée, meurtrie et bouleversée par la normativité cognitive, froide et « in-affective » des machines ; ici la question du mépris du corps et de l’esprit est centrale quand le corps et l’esprit sont engagés dans des tâches complexes au quotidien et qu’ils sont asservis comme des instruments d’aliénation dans un rapport d’échanges réducteur de l’effort humain à la seule pulsion de consommation et de plaisir immédiat. On en revient, sidéré, blessé, à constater l’accélération de la violence dans les centres commerciaux, les endroits colonisés par l’économie prédatrice, les services publics d’éducation et de santé et tous les lieux de transactions marchandes ; on en vient aussi à être épouvanté et effrayé par la maltraitance des systèmes de management inhumains fondés sur des vieux principes de management par objectifs (des années 1950) devenus, à l’ère du tout numérique, totalement coupés des fonctions sociales ordinaires et des besoins interreliés des êtres vivants ; ici le système capitaliste prédateur et destructeur des milieux sociaux vivants propose – en creux – sa propre destruction logique et éthique, mais personne ne semble en capacité de détruire de l’extérieur, la réalité incarnée de ses formes sociales-symboliques ; il faut pénétrer de l’intérieur, les logiques d’asservissement identitaires, enquêter sur les systèmes d’emprises psychiques concrets et retourner par des contrastes esthétiques saisissants la puissance de sa domination asociale et symbolique.

Il faut se rendre compte ainsi du bienfait des normes et des règles qui construisent notre expérience sociale, démocratique et symbolique en tant qu’êtres humains en capacité de langages, de représentations imaginaires complexes et de dialogues. Les interactions symboliques, proches ou distantes ou l’inter-acte humain comme acte de réciprocité devient un opérateur de changement complexe des sociétés humaines dés lors qu’elles ne supportent plus en elles-mêmes toutes ces forces réactives qui visent à leurs propres fragilisations et destructions ; et l’être humain sensible repris ou resitué dans un milieu de vie normale ou ordinaire est maintenant capable de refuser l’emprise psychique du capital et ses violences physiques, asociales et linguistiques. Non, je n’intériorise pas le mode de justification de la prédation et du mépris envers les plus faibles et envers l’extérieur expressif du monde naturel, non, je ne méprise pas l’ordre hésitant des choses naturelles et ses expérimentations ; l’expérience des contacts sensibles ; non, je ne sais pas ce que tu sais « Toi » machine à niveler et à trier, à produire, à surveiller les transactions maximales sur des chiffres et une conclusion digitale mathématique qui impose l’univocité du monde, des esprits, des gestes et des voix. Non, je ne préfère pas travailler avec vous qui conçoivent – si maladroitement – le rapport à l’activité humaine comme un programme de performance(s) et d’atteintes d’objectifs irréalistes.

Les optimistes idiots – issus de l’oligarchie technologique ou du cyber-militantisme libertarien – de ce monde de perdition collective et individuelle alliés à la puissance des machines de tri (IAG) et de sélection des plus conformes aux modèles de gestion des conduites dominants vont non seulement supporter la charge de la responsabilité éthique, importante et existentielle, de la destruction complexe et organisée de nos milieux de vie sur la Terre – la destruction des sociétés et de l’Esprit – mais ils seront rendus comptables de la dégradation esthétique de nos environnements symboliques, de la misère affective et sexuelle, causées par la réduction des expressions humaines à des programmes de réactions conditionnées par les nombreux systèmes de management dits rationnels, planificateurs, algorithmiques et performants ; encore si nombreux en exercice en 2026, qui font du mal à soi et aux autres et qui maltraitent les êtres vivants, humains dans leur travail de tous les jours. Les décisions humaines conformées à la binarité violente de la décision d’une interface de commandes informatique produit un monde terriblement pauvre, simpliste et affreux sur le plan symbolique et imaginaire et on comprends bien vite l’impossible acquisition de capacités de lecture et d’intercompréhension complexes chez les jeunes adolescents et adultes au vu du temps et de l’espace d’interactivités continues addictives, impériales et toxiques – les destructions complexes de l’attention sensible et de l’expérience vécue par le Smartphone sont ici impressionnantes – et de réactivités pulsionnelles forcés par les machines dites numériques et capitales.

Fragments d’un monde détruit – 220

Tribute 2

« THE NATURE OF AESTHETIC EXPERIENCE ». GEORGE H. MEAD.
Selected extracts.

« Man lives in a world of Meaning. What he sees and hears means what he will or might handle. The proximate goal of all perception is what we can get our hands upon. If we traverse the distance that separates us from that which we see or hear and find nothing for the hand to manipulate, the experience is an illusion or a hallucination. The world of perceptual reality, the world of physical things, is the world of our con- tacts and our manipulations, and the distance experience of the eye and the ear means first of all these physical things. Physical things are not only the meaning of what we see and hear; they are also the means we employ to accomplish our ends. They are mediate in both senses. They constitute a meaning of all that lies between us and our most distant horizons, and they are the means and instruments of our consummations. They lie in this mediate fashion between the distant stimuli that initiate our acts and the enjoyments or disappointments that terminate them. They are the proximate goal of our sights and sounds, and they are the instrumental stuff in which we embody our ends and purposes. Thus on the one hand they constitute the hard physical realities of science, and on the other the material out of which to build the world of our heart’s desire, the stuff that dreams are made of. […]

This break between the definition of the things that constitute the means and the ends and values which they embody is not confined to the description of physical instruments and their uses, for it bisects the field of the social sciences as well. It has made economics the dismal science. It has mechanized and anatomized’ psychology. It has made ethics utilitarian, and aesthetics an affair of esoteric formulae. It is not a break that can be healed by a new philosophic formula, though insight that is profound enough can exorcise metaphysical oppositions that have hardened into accepted realities, and exhibit the break as that which lies between the generalized technique of life and the ends and purposes which we have been able to formulate. We are all of us engaged in complicated social activities whose accomplishments lie hopelessly beyond our appreciation.

History later will lift out the ramifications of the unnumbered co-operative acts which have led up to what will be significant and desirable in human experience, but the individual experiences that have gone to make the achievement will never share in this significance. Closer at hand we see the routine and drudgery of countless uninterested hands and minds fashion in factories and mines the goods for which men give their wealth and themselves, and in the enjoyment of which men may be bound together in common interests which were quite divorced from their manufacture. Indeed, this is the definition of drudgery, the blind production of goods, cut off from all the interpretation and inspiration of their common enjoyment. It is the tragedy of industrial society that division of labor can interrelate and exploit the social nature of men’s technical production so far in advance of their common fruitions, that all the earned significance of the work of our hands is foreign to its elaborate technique.

It has been the inspiration of universal religions, of political democracy, and later of industrial democracy to bring something of the universal achievement, of the solemn festival, of common delight into the isolated and dreary activities which all together make possible the blessed community, the state, the cooperative society, and all those meanings which we vaguely call social and spiritual. In this intersection of what Professor Dewey has called the technical and the final, this attempted grasping of the consummation of the complex efforts of men in society to infuse meaning into the detail of existence, aesthetic experience may be isolated as a separate phase. What is peculiar to it is its power to catch the enjoyment that belongs to the consummation, the outcome, of an undertaking, and to give to the implements, the objects that are instrumental in the undertaking, and to the acts that compose it something of the joy and satisfaction that suffuse its successful accomplishment.

The beatitude that permeates the common striving of men after an infinite God of their salvation, belongs to the cathedral. The delight which follows upon successful adjustment of one’s body to the varied reactions to the elements of a landscape flows over into the landscape itself. The pleasure that imbues our bodily and social balance of reaction to a human form inspires the statue. The felicity that animates harmoni- ous movements of men runs through the dance. To so construct the object that it shall catch this joy of consummation is the achievement of the artist. To so enter into it in nature and art that the enjoyed meanings of life may become a part of living is the attitude of aesthetic appreciation. […]

The artisan who stops to sense the nice perfection of a tool or a machine has interrupted its use to appreciate it, and is in an aesthetic mood. He is not interested in its employment, he is enjoying it. The statesman who turns from the construction of his speeches, the ordering of his statistics, the meeting of political opposition, the whole tech- nique of putting across his projects for bettering conditions and life of children, to the picture of their healthful and joyous life, is for the time being no longer in action. He is savoring the end that he is fashioning into practicable politics. When one stops in his common labor and effort to feel the surety of his colleagues, the loyalty of his supporters, the response of his public, to enjoy the community of life in family, or profession, or party, or church, or country, to taste in Whitmanesque manner the commonalty of existence, his attitude is aesthetic. […]

But those that can import the aesthetic experience into activity must be fortunately engaged and engaged in rewarding undertakings. And this means more than the mere adaptation of means to end, the mere successful cooperative fashioning of the goods which are enjoyed in common. The enjoyment of its ultimate use must be suggested by the intermediate steps in its production, and flow naturally into the skill which constructs it. It is this which gives joy to creation, and belongs to the work of the artist, the research scientist and the skilled artisan who can follow his article through to its completion. It belongs to co-ordinated efforts of many, when the role of the other in the production is aroused in each worker at the common task, when the sense of team play, esprit de corps, inspires interrelated activities. In these situations something of the delight of consummation can crown all intermediate processes. […]

In closing I wish to refer again to this inchoate phenomenon of the human reverie, which the press and the movie have projected before us. We are apt to consider it as a purely private affair with each individual, his desultory meanderings of idea and purpose and imagery, perhaps more gruesomely presented in James Joyce’s Ulysses, than elsewhere in literature. It is, indeed, infected with privacy and therefore subject to disintegration. But it passes into the universal meanings of common discourse and co-operative effort, and out of it arise the forms of universal beauty, the intuitions of the inventor, the hypotheses of the scientist, and the creations of the artist. It is that part of the inner life of man which cannot be given its implicated meaning because of the incompleteness of social organization. It marks man’s isolation within society. We have decried its vulgarity when the daily press and the movie films have stripped off its privacy. It is better, however, to live with our problems than to ignore them. »

From The International Journal of Ethics. Volume 36, Issue 4, Jul., 1926. Pages 337-444. Chicago Journals, – on line – , University of Chicago Press.

Fragments d’un nouveau monde – 219

Machines désintégrées

« Combattre à l’intérieur des Forteresses, briser les chaînes de l’avenir ou penser par soi-même. »

La fermeture des nombreux possibles psychologiques et politiques, libres non réduits à une complexion psychique interne consolidée contre les cultures des dissidences dans les Empires a impliqué tout un travail intellectuel de fond consacré aux différentes méthodes de verrouillage des voies de sortie d’un système capitaliste ou communiste autoritaire. Les Empires (Chine, Russie, Iran) de l’axe totalitaire et les puissances effondrées sur des logiques de kleptocratie et d’oligarchies technologiques (les États-Unis du voyou Trump), se sont dans l’histoire de leur fabrication idéologique appuyées sur ce que nous nommons en philosophie politique – « l’Argument de la Forteresse » ; ici, l’enjeu pour le maintien en permanence du pouvoir est de (1) présenter comme fatales et nécessaires pour la survie du régime et l’ordre social et économique, les simulacres de décisions publiques ou démocratiques du Leader (1.1) en saturant un espace médiatique officiel par les sbires du pouvoir ; animateurs, influenceurs, faux journalistes ou « entertainer » et (1.2) en procédant par fermetures et verrouillage de la psyché et des réactions lambda du citoyen ordinaire – Ego silencieux, monstre exsangue – pris dans la masse opprimée. Fermetures et verrouillage, c’est à dire, promotion des réactions (in)humanisées, dans un intérieur social symbolique refabriqué et recoloré par les dynamiques de collusion des formes d’emprise du pouvoir idéologique. Le citoyen d’une puissance impériale pris dans les circuits de la propagande officielle et dans les rets des réseaux numériques sait peut-être en lui même que sa propre vie ne compte pas plus qu’un chiffre rentré dans la domination symbolique et économique des calculs du psycho-pouvoir mais sa seule réaction possible est de survivre à l’intérieur du systèmes de forces et de contre forces promues par les systèmes bio-communicants de l’Empire ; ils ou elles n’accèdent plus à leurs extérieurs expressifs ordinaires, ni ne peuvent employer les mots, les phrases d’un langage ordinaire sortis du langage des machines de contrôle algorithmique, d’emprises, de prédation et de prévision.

Ici l’incroyable assujettissement des citoyens résulte d’une technique sophistiquée de mise à mal de la spontanéité expressive et des réactions empathiques ordinaires que pourraient déployer lors des contacts sensibles humains, les hommes et les femmes survivants dans les Empires ; on préfère s’abstenir de commenter les décisions des dirigeants, de crainte pour sa propre vie et celle de sa famille ; finalement, le seul espace d’intériorité et d’intérêts sociaux encore libre a été progressivement tellement envahit et affaibli dans ses possibles réponses, faute de relations humaines ordinaires ou normales qu’il est devenu plus facile et presque plus instinctif de réagir en harmonie avec la masse et de féliciter les Leaders pour leurs supervisions stratégiques exceptionnelles et le maintien conséquent de la stabilité impériale. L’individu comme chiffre des sciences de la prévision et du contrôle n’est plus qu’un fantôme aux réactions expressives désincarnées, comme sorties de lui-même, plus rien ne lui appartient en propre (ici la Russie de Poutine est l’exemple même d’un régime symbolique et psychologique de contrôle puissant exercé sur l’individualité humaine et ses libertés sociales et politiques créatives ; en ce sens, elle hérite pleinement des techniques de maintien de l’ordre totalitaire de l’URSS …) Faire signe à ses voisins dans la rue et comprendre les signes ou les expressions de ses voisins les plus immédiats, tout cela est devenu encombrant, inutile et dangereux ; il vaut mieux rester connecté h24 avec les machines du psycho-pouvoir, ne pas vivre des vies impossibles à vivre, ne pas éprouver des émotions inauthentiques, ne pas présumer d’une promesse (in) évidente et d’une attente d’accomplissement de promesses impossibles à tenir dans les langages des pouvoirs totalitaires.

Le système d’emprise – « tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » – va consister ainsi en une défaite de soi-même, une déprise psychologique massive, dont les formes ordinaires s’expriment par un abandon des luttes pour mieux vivre avec les autres et un repli sur soi et son Ego complexe, dans un univers symbolique et une complexion psychique accessible, évidente, maîtrisable et bien réactifs aux stimuli sociaux symbolique des psycho-pouvoirs d’une économie de la conduite devenue omnisciente. « Je n’existe plus en propre » et je contrôle mes réactions et maîtrise constamment mes expressions suivant des normes de communication sophistiquées que je perçois comme puissantes et communément admises tout autour de moi ; je suis le chiffre-Ego, le matricule des puissances, l’encadrant fils du pouvoir ; le citoyen numéro zéro et le standard biographique identifiés dans des systèmes d’interactivités numériques fabriqués par le pouvoir officiel. Mon intérieur dévasté est seulement le résultat d’une conformité stricte aux volontés de puissance des dirigeants ; par l’effet des-escaladé d’une pression sociale, psychologique et morale diffuse tellement puissante – et centralisatrice – qu’elle en vient à annuler ses propres essais de réflexion critique, ses propres tentatives de résistance individuelles. Seule l’identité de la preuve matérielle qui trace l’affiliation aux dynamiques de maintien du psycho-pouvoir est l’identité conforme et voulue par le pouvoir et l’inhumanité des recherches de cette preuve se fait par la fouille permanente des intérieurs sociaux-psychologiques et la destruction des expressions personnelles.

Ici le nouveau techno-fascisme culturel de masse – qui émerge dans l’âge numérique avancé du monde en provenance aussi des oligarques des technologies américaines et chinoises de l’Intelligence Artificielle Générative (IAG) – a un rôle d’appui à jouer aux nations de l’axe totalitaire, comme moyens technologiques d’exercice d’une emprise psychique de masse ; captations violentes et ultra efficaces de l’attention du consomme-acteur, Internet-poubelle et viralité du faux, destruction des liens Web, trucage de l’actualité des mondes de la Terre par « deepfakes » et négation du réel du changement climatique, commercialisation à tout va des données personnelles, diffusion massive, par les puissances techniques du filet virtuel, d’une vulgarité esthétique qui dégrade l’esprit, les corps et le jugement de goût des individus, imposition de normes d’expression et exclusion complexe des individualités différentes. Le rêve de la toute puissance est ici incarnée par la macro technologie du réseau numérique Internet comme filet global complexe d’une réalité fatale qui doit s’imposer à tous. Et si mon rêve est différent de celui du roi des abîmes – le leader en place – , la puissance de l’argent me le fera savoir par tous ses moyens de pression disponibles (solitude forcée, perte de liens sociaux, rire vulgaire et gras, isolement, dégoût de soi, maladies par surcompensation de l’absence de contacts sensibles, dépression, suicide …). L’énumération un peu fastidieuse des services rendues aux sociétés de contrôle et à l’axe totalitaire par les technologies de l’IAG par les entreprises voyous comme Open AI doit également nous faire comprendre l’espèce d’impudence et d’incroyable manque de sérieux éthique de ces ingénieurs-technologues de pacotille dont les technologies imposées massivement par une sorte de forçage économique depuis novembre 2022 sont totalement à côté des enjeux réels de préservation de nos milieux de vie.

A l’intérieur des forteresses de l’Ego et dans les mouvements ondulatoires des sociétés de contrôle à haute intensité, nous permettons par notre essai d’une nouvelle critique philosophique de la modernité du pouvoir au XXI° siècle, de désintégrer les machines de décisions aberrantes ; c’est à dire de désencastrer la machine de décision complexe économique, administrative, médiatique ou idéologique du mouvement de répression d’ampleur poursuivi par les nations de l’axe totalitaire et tous les autres qui percutés par le techno-fascisme voient leurs modèles sociaux politiques se transformer aux contacts de leaders et de programmes d’extrême droite (en Europe, en Argentine, aux États-Unis …). La machine de décision est intégrée dans la forteresse, elle sert les objectifs de maintien du pouvoir à tout prix du leader, la machine de décision est renforcée par le citoyen lui même qui volontairement ou par effraction psychologique décide de renforcer son assujettissement complexe au « Sujet de la Représentation Officielle » du pouvoir. La servitude volontaire est ici importante, elle profite directement aux dirigeants. L’expression annulée fait souffrir mais elle doit d’abord répondre à une certaine forme psychosociologique et linguistique dominante faite d’une semblable ratiocination des expressions artistes, rares ou surréelles qui de par leurs originalités exceptionnelles ne répondraient pas aux attendus des résultats d’un Automate de tri ou d’un raisonnement du Leader ou d’un système bio-communicant. Les murs invisibles et digitaux des forteresses protègent l’intérieur du psycho-pouvoir partout où il peut s’exercer ; les techniques d’emprise psychiques, les contrôles violents et la torture psychologique ou physique, l’élimination pure des dissidences par le meurtre organisé, la xénophobie d’État et l’exclusion finale de l’étranger, l’asservissement par le travail forcé, la violence sexuelle, le chantage aux plus puissants, l’imposition d’une pauvreté horrible, le ventre creusé, la soif cruelle, les maladies forcées et la perte d’habitations pour soi-même et ses autres.

Ici ce qui se joue en Europe en 2026-2035 comme dernier continent refuge d’un monde en détresse est la privation de sa liberté de vivre comme on l’entend dans une démocratie sociale et libérale qui fait toute sa place à l’expression plurielle des différences sociales et symboliques, naturelles et culturelles. Sortir de l’intégration du soi et de l’Esprit par ces nombreuses machines de décisions ; désintégrer les machines de calcul des futurs nécessaires fabriquées par l’Empire ; sortir d’un régime de preuves, d’authenticités inexpressives violentes et de conformités par pression psychique diffuse.

Redevenir libre, solidaire, autre(s) et vivant.

Fragments d’un monde détruit – 218

Tribute I

« Les enfants ne sont pas toujours synonymes
d’espoir. Pour certains ils sont synonymes de désespoir.
Cette femme aux cheveux coupés
pour ne pas se pendre
s’est jetée d’un toit, trente
fois violée et enceinte de l’ennemi
qui lui a fait cela. Celle-ci a eu le bassin
brisé à coups de marteau pour que l’enfant
puisse être extrait. Puis, elle a été jetée,
inutile, comme un sac déchiré. Celle-là
s’est perforée avec des brochettes de cuisine
et s’est vidée de son sang sur une toile
cirée plutôt que de porter
à nouveau et de dépasser la limite. Il
y a bien une limite, mais qui sait
quand on l’atteint ? Les fossés du dix-neuvième siècle
sont jonchés de petits cadavres de cire
jetés là avec épouvante. Un avion
survole trop bas la ferme des renards
et la mère mange ses petits. C’est aussi
cela la Nature. Réfléchissez donc à deux fois
avant d’adorer les sillons labourés, ou de rendre
hommage à un ventre plein
ou de choisir une fille pour jouer
la mère magique, en bleu
et blanc, sur ce piédestal,
parfaite et intacte, distincte
de celles qui ne le sont pas. Ce qui veut dire
toutes les autres. C’est une question
de nourriture et de sang disponible.
Si la maternité est sacrée, joignez l’acte à la parole.
Alors seulement on pourra espérer qu’advienne
sur la terre brisée et scintillante
ce miracle que l’on
chante, le jour
où chaque enfant sera une naissance sacrée. »

Margaret Atwood, « Chants de Noël » in « Monstres & monstruosités », p.57, 58 et 59, Poèmes choisis et traduits de l’anglais (Canada) par Christine Évain & Bruno Doucey, Éditions Bruno Doucey, 2026.

Fragments d’un monde détruit – 217

Vox Grammatik

3.144 « Les situations peuvent être décrites, pas nommées. (Les noms sont comme des points, les propositions comme des flèches, elles ont du sens.)

Ludwig Wittgenstein, « Tractatuts-logico-philosophicus », p.107, Flammarion, Paris, 2021.

Refaire sienne la problématique philosophique centrale en philosophie de l’action et en analyse du langage ordinaire de la constitution des principes d’existence et d’individuation par les formes incarnées de l’identité biographique et psychologique ; la voix bien sûr comme dimension aspectuelle, instinctive et terrifiante de la fragilité de l’être vivant – la physiologie de la voix – mais aussi le langage articulé ou la grammaire d’activités correspondante à une économie de moyens et d’intentions de communication – la physionomie d’un corps, d’une expression ou d’un visage et la lutte pour la reconnaissance du sens. Dans la dernière philosophie de Wittgenstein qu’elle soit reliée aux deux volumes des « Remarques sur la Philosophie de la Psychologie » (1947-1948) ou bien dans « De la Certitude » (1951), l’établissement d’un arrière-plan à l’expression du mental humain ou d’un background situationnel qui fait tenir ensemble nos intentions, nos mouvements corporels, nos attitudes propositionnelles et nos gestes dépend de l’établissement d’une pratique constituée au sein de formes d’action et de vie qui entourent des êtres vivants, sociaux-symboliques que sont les êtres humains. L’immense apport de Wittgenstein est non pas seulement de souligner la forte intrication de la pensée et du langage dans l’expérience expressive du monde, mais plus stratégiquement de pouvoir proposer une sorte de thérapie par l’examen des différentes sortes de jeux de langages (des familles de jeux variables, historiquement construites et évolutives) rapportés aux expressions diverses et celles et ceux là qui parlent, écrivent, font signes et exploitent des systèmes d’information et de communication pour constituer du sens collectivement et publiquement partagé et compris.

C’est ce que nous appellerons la thérapie Wittgenstein ou bien l’art d’un (re) façonnement d’une forme d’interaction sociale par l’expression replacée dans des situations de jeux de langage dits ordinaire ; l’exercice par le jeu d’emplois et la simulation avec des mots-signes comme un dressage suivi avec sérieux aux formes d’expressions logiquement reconduites par cette fameuse logique grammaticale aux familles d’emplois des mots reprises dans leurs situations de jeu ; tout ce redressage de sa propre langue à l’ordinaire de la vie humaine – la vie des mots – va donc consister à se séparer progressivement de ce que nous avons nommé des « explications fétiches » qui semblent posséder un pouvoir plus grand qu’en réalité elles ne peuvent exercer dans une interprétation du monde et de la vie qui se fait. C’est le cas du mentalisme sémantique, c’est le cas du doute radical et des explications dérivées des dualismes historiquement si prégnant dans un monde intellectuel traditionnel hérité des logiques cartésiennes ; intérieur/extérieur ou corps/esprit ou individu/société ou mots-signes véhicules d’une pensée antérieure. Les crampes mentales et les châteaux de cartes qu’abat Wittgenstein permettent toujours – même sans jamais postuler de prétention à une théorie philosophique – d’isoler des monstres théoriques à l’œuvre dans nos raisonnements et nos prétentions à la validité argumentative. Mais au delà du pouvoir de démystification impressionnant de ses critiques, Wittgenstein, lorsqu’il est étudié et lu et relu de longues années – lorsqu’il intervient avec justesse et bonheur – dans l’art pédagogique d’un.e professeur.e – dans un parcours de vie chaotique, permet de réassurer beaucoup des liaisons grammaticales productrices de sens et tenant nos propres descriptions et expressions et le milieu tissé en mots-signes qui nous a construit.

Le retour aux langages de la vie ordinaire, c’est à dire, la réappropriation de la singularité existentielle de sa propre voix dans le concert ou le tumulte des voix des autres, – le désordre et/ou la souffrance d’une pensée encore informe ou incomplète – ne se fait ici qu’à la condition d’une lente et régulière appropriation des mondes de la grammaire et du sens retrouvé des noms et des expressions, avec l’impressionnante saisie de la lecture de ses remarques sur l’expression du « mental humain » par l’articulation des différentes instances pronominales (« je », « tu », il » « elle » ou bien « nous » et « vous ») de la personne humaine dans une grammaire d’activités du sens de la vie humaine, presque politique qui va consister à par exemple exprimer sa douleur physique ou psychique, – c’est à dire au fond permettre une certaine empathie entre des corps différents et vivants ensemble dans une même société de vivants – faire part de ses réserves morales à une interaction spécifique, motiver à une raison d’agir ou une intention très particulière dans plusieurs situations de jeux de langage y compris des situations de travail ou de transformation du milieu social. Ici la part dialogique que l’on retrouve pleinement dans la philosophie pragmatiste d’un G.H. Mead (1863-1931) et notamment dans la constitution du Soi, est mis à l’essai ou à l’épreuve constamment par le philosophe autrichien, par exemple dans la manière dont un enfant exprime de la crainte ou de l’espoir, ou par exemple dans les différents styles d’expression d’une tristesse ou d’une mélancolie. L’impressionnante série d’exemples de cas particuliers d’expression de la douleur fait ici partie d’un même mouvement de socialisation complexe par la grammaire du langage et l’activité exploratrice des contacts sensibles entre les noms, les phrases, les événements, les psychés, les drames, les récits, les descriptions ou les situations, et toutes nos capacités d’expressions éduquées bien sûr mais aussi naturellement possédées en tant qu’êtres vivants et êtres humains.

L’individuation du moi social par l’importance de la socialité linguistique, l’importance d’une approche pragmatique et situationnelle de la vie symbolique pour faire de l’intercompréhension entre les vivants, une pierre de touche décisive de la capacité de transformation des sociétés humaines, encore enfermées dans des séries de cages théoriques, psychologiques, économiques ou technologiques complexes à l’ère du bouleversement climatique (cages « tautistes » ou prisons pour l’expression qui coupent les individus de leurs créativités dans l’action et paralysent un mouvement de progrès et de concorde par la reconnaissance des sens des usages linguistiques) ; l’individuation par l’existence ancrée dans une voix féminine ou masculine ou enfantine, la voix – non comme codage physique d’une représentation mentale transmise ou véhiculée – mais comme revendication de vivre sa propre existence d’être humain doué de langages avec celle des autres. Enfin l’individuation par le qui parle et comment parle-t-il – comme rappel d’une force créative de l’esprit et exercice d’une capacité de transformation par les descriptions pertinentes, le lien social et la coopération démocratique saisis par les enjeux de la survie des sociétés et de l’habitabilité des espaces temps de vie, des territoires, des langages, des maisons, des rivières, des océans, des montagnes, des forêts, des déserts, des familles … Il y a la voix comme force discrète d’attention ou subtile mouvement d’une signature organique qui fait se rapprocher des corps, fait se toucher des esprits, la voix-désir, la voix-multitude et il y a la voix empêchée ou mutilée – la voix qui trahit la présence/absence du contrôle du Tyran – qui au lieu d’appeler à la compréhension, provoque la séparation et le repli sur soi ; souvent la voix d’un.e salarié.e demande ainsi une écoute attentive, particulière dans ces sons là qui circulent avec une tonalité et une capacité impressive unique et qui font signes premiers de l’humeur et de la motivation interne d’un discours construit, élaboré et souvent artificiellement produit à la demande comme on produirait un résultat conforme en tous points d’une tâche demandée par un supérieur hiérarchique.

La dernière philosophie de Wittgenstein permet ainsi d’articuler des voix ensemble dans une grammaire d’activités différentes en explorant au fil d’un parcours très dense et fouillé de remarques, l’espèce de convention naturelle liant les vies ordinaires et les sens de l’usage des mots signes, là où l’expérience expressive humaine va rouvrir l’analyse de l’intercompréhension et rendre possible la mobilisation d’un ensemble social-symbolique sur ses dynamiques mêmes de trans-formation interne, adaptative et évolutive des sociétés et de l’esprit. Ici la puissance politique de la dernière philosophie de Wittgenstein par ce qu’elle est aussi pragmatique et s’occupe des conséquences de nos actes à l’intérieur de nos milieux de vie et de nos frontières symboliques (machines / réseaux / humains / institutions / langages / milieux vivants), apparaît comme centrale d’un mouvement de mobilisation par l’empathie complexe, le souci des autres et de la vie sur Terre et l’expérience de l’expression complète, entière et complexe des sens de sa propre vie par la vie des autres en soi même. Dans les mondes percutés par les catastrophes climatiques et la nécessité physique du changement de sociétés – les lois physiques – et des économies politiques, l’importance de la forme d’activités des sens grammaticaux avec la coopération sociale et démocratique au delà des logiques du capitalisme fossile et du repli sur soi égoïste, apparaît comme un franchissement d’un seuil d’évidences nouveau pour l’homme, l’enfant et la femme ; pour quelles raisons encore travailler si mon travail détruit à ce point la planète ? Qui travaille – ensemble ou seul – en quels sens, pour quelles motivations internes, dans quelles intentions possibles ? Comment travailler pour sauvegarder nos milieux de vie, préserver nos territoires, nos langages humains, nos institutions complexes et nos habitations humaines ? Comment vivre – politiquement / économiquement – ensemble avec tout le vivant dans son hétérogénéité, sa globalité complexe, son entropie et ses boucles de rétroactivités (l’effet agit sur la cause qui a son tour agit sur l’effet) ? Qui exploite encore des « ressources naturelles », qu’est ce qui fait sens pour moi, pour quels enjeux d’existence, à quelles finalités d’interaction et de survies entre des humains et leurs milieux sociaux et vivants ?

La voix comme revendication d’un ensemble humain ou vivant – naturellement pris dans un destin d’opposition politique, langagière – , l’importance de la logique grammaticale comme émergence de formes d’ententes, de sens reconnus, de solidarités actives et d’entraides, l’expression des émotions primitives de l’humain (colère, joie, douleur ou crainte), l’empathie bienvenue comme émotion de la démocratie, la passivité et l’accueil de la voix différente, rendant possible l’écoute attentive des autres, enfin le pragmatisme politique et la coopération ajustés aux temps présents des catastrophes climatiques ; former des êtres humains à ces projets éthiquement complexes qui impliquent une transformation de soi et des autres, c’est là une grande part essentielle et significative de l’éducation des adultes et de la transformation du travail, des intercommunications sociales et des économies symboliques en 2026-2050. Des philosophes comme Wittgenstein et le pragmatiste américain G.H. Mead peuvent nous aider à affronter le « possible inévitable », à y voir plus clair ensemble, notamment sur les plans de la méthode d’organisation des sociétés humaines qui vont travailler – enfin – aux dynamiques de reconnaissance des sens de la vie et à l’atténuation des effets du changement climatique et des technologies de l’expression dite artificielle.

Fragments d’un monde détruit – 216

L’espace-temps optimal

Le type d’enfermement produit dans l’ère digitale par la révolution numérique et les avancées des Intelligences Artificielles Génératives de divertissement (de régulation ou notées – IAGR) se construit sur l’investissement du rapport à soi par des technologies-médiums personnalisés (smartphone & PC & Tablettes & lunettes connectées ..) et l’hyper connectivité des outils. L’espèce d’accumulation terrifiante d’applications de toutes sortes censément répondre à des besoins – sous une logique d’exploitation économique de données via le terminal connecté – créés artificiellement, s’accompagne d’une consommation hallucinante de temps de vie pour les utilisateurs de ces technologies. Ici, c’est bien la manière dont l’expérience vécue est rendue de plus en plus rare et vulnérable devant les assauts des communications personnalisées et « médiées » par les outils numériques qui atteste d’une certaine perte de capacités d’exprimer des souvenirs ou de partager des expériences avec autrui car tout simplement il n’existe plus de souvenirs ou d’expériences de vie à partager en commun ; notre temps étant colonisé intégralement par les machines numériques. Le face à face avec l’écran ne remet pas seulement en question en les fragilisant grandement les lieux et les temps sociaux physiques non marchands, il produit une accélération d’une perte de capacités expressives communes à une société humaine. En ce sens, la croissance exponentielle des formes technologiques en capacité de simuler la dimension expressive humaine ou vivante, par des interfaces robots, des calculs algorithmiques, ou des machines à simulacres a pour effets directs de former une nouvelle classe d’agents in-humains dont les interactions expressives (émotions, récits, intentionnalités, pensée, intuitions ou raisonnements …) calquées sur les modélisations des machines, se réduisent à des traits stéréotypiques et des mouvements corporels et des intensités cognitives attendus par le marché de l’attention.

L’algorithmie de l’attention à l’ère de la marchandisation de tout l’espace temps attentionnel, dans le capitalisme ego-cognitif va jusqu’à retirer de la bouche des femmes et des hommes et des adolescents, l’aspect vivant des mots et des expressions non intégrés à un système robot-sémiotique auto-phage d’agents artificiels interconnectés dans un marché de stimulateurs et de consommateurs de l’attention humaine. Retirer, effacer, rançonner ou rendre « incompréhensible » des expressions venues de lectures, de voyages, de rencontres et préférer celle vendues et en exploitation sur un marché de signes dont la force d’emprise en économie du lien et de la représentation tient au capital linguistique calculé par les machines de tri. Les stratégies de captation de l’attention fonctionnent ainsi sur les principes du neuro-marketing et de l’interface customisée dont les méthodes reposent sur les stimuli audio-visuels et l’implémentation de « triggers » complexes (icônes, jeux, faveurs, récompenses ou promesse de contacts …) qui vont déclencher une impulsion et un passage à l’acte de « swiper » ou de répondre vite en faisant glisser son doigt sur l’écran tactile. Ici c’est l’impression usante (après 2 ou 3h d’utilisation en solitaire du smartphone) de sortir hébété d’un tunnel de non sens et de vacuité terrible qui peut ressortir.

Toutes tentatives de dialogues avec les rois et les reines brandissant leurs sceptres smartphone et croyant disposer des autres et commander aux mondes des vivants et des morts (sur l’Internet, totalement disponibles sous leurs yeux grands ouverts, fascinés), va faire appel à un effort significatif pour relier leurs mots à des expériences vécues, à une histoire biographique ou psychologique, à une famille de liens sociaux symboliques ou à des motivations internes cachées ou ensevelies sous des couches et des couches de plages de temps absorbées par le « doomscrolling », les jeux d’échanges économiques, les corps virtuels et l’interaction distante. Les industries du numérique ne sont donc pas n’importes quelles industries de fabrication de biens ou de services ; leurs « hardwares » sont déjà liés à l’enjeu principal du secteur qui est la consommation de temps facturés, optimisés, construits, orientée vers, non seulement une économie de plate forme mais plus profondément vers une capitalisation de la cognition humaine qui répond à des logiques d’exploitation de l’esprit et du corps vivant, mis aux services de réseaux numériques monopolistiques. La compression du temps et de l’espace, par ce que « space-time is always money », oui mais c’est à dire l’extraction d’une valeur d’échange depuis toutes les dimensions de la vie humaine (travail, loisirs, rencontres, voyages, amour …), à partir du seul rapport à soi le plus intime – l’affection, les capacités d’expression, la pensée de l’individu-roi … Sans doute la dernière strate [avant suppression par manque de raisons] du capitalisme avancé avec le capitalisme agro-industriel, l’économie du fossile et le capitalisme linguistique, le capitalisme de l’Ego-cognition va s’appuyer toujours et de manière classique sur l’individu stratège, disposant de choix optimisés à faire, comme unité consommatrice et productrice de données en annulant la possibilité du lien social symbolique non pris en charge ou traduit par les réseaux asociaux et les systèmes d’intelligences artificielles génératives de divertissement. Ici, c’est faire l’expérience du rapport à soi qui veut se traduire en de la « monnaie-data symbolisée », stimuler la cognition, travailler aux corps vidés de l’expression, en faire une alliée redoutable pour mener la guerre économique et la pression numérique contre les sociétés en elles-mêmes.

Communiquer ou mettre en ordre un état de choses, c’est à dire ici dans l’ère du tout numérique, promouvoir par des capteurs attentionnels et des récompenses économiques ; des ordres sociaux-numériques autoritaires – à dimension univoque – et dont les liens politiques fragiles ne vont reposer que sur les déclencheurs d’interactivités optimales entre personnes et machines prises à l’intérieur du réseau. Le hardware devenu de plus en plus perfectionné et miniaturisé ressemble à des extensions ou ajouts de fonctions à l’intercommunication humaine ; lunettes connectées avec augmentation de réalités, casque audios dernier cri avec effet binaural ou dolby surround, casque de réalité virtuelle ; toute l’industrie du divertissement est accaparée par le style de possession du monde propre à l’humain, issu du prototype de l’individu-roi consommateur dernier cri toujours ouvert pour acheter un nouveau produit ou faire une expérience autocentrée – et stimulante – de son propre monde. Dans quelles parties de ce monde du tout numérique, se sont égarées nos voix d’adultes et d’enfants ; sous quelles accumulations formidables d’objets et d’applications ont été perdues nos capacités à dire le monde tel qu’il est, tel qu’il devient ? La révolution numérique – une des plus grandes transformation sociétales et économiques des 40 dernières années – dans son temps record de diffusion à toutes les strates de la vie civile et sociale a imposé une certaine conduite humaine vis à vis du rapport à soi en l’investissant de manière totale, sans respecter bien souvent la liberté de ce rapport à soi … Et cette emprise là véritablement massive s’exerce dans les styles de construction d’une expérience expressive en 2026 – visuels criards, infographies horriblement laides, bloc de textes insipides, images détournées ou fabriquées, instrumentalisation des corps et des expressions grossièrement truquées ou fabriquées.

Un être humain possède une qualité de voix unique, singulière ; il est l’incarnation d’une force psychique ou sociale et à ce titre est en capacité d’exprimer le monde tel qu’il le perçoit, tel qu’il le ressent ou tel qu’il le vit. L’intention dans la voix humaine est un mouvement majeur de signature d’un être humain écrivant ou parlant avec d’autres êtres humains – formant une société, vivant dans une nature et une culture particulière – et si ses expériences expressives de sa vie particulière sont telles qu’elles peuvent se dire c’est parce qu’il hérite de tout un fonds original d’humanité, de naturalité et de conventions sociales historiques ; les IAGR sont là comme adjuvant complexe ou prétention formidable et prométhéenne de remplacement de la contingence humaine par des supposées neutralités et infaillibilités de machines de tri et de décisions. Vont-elles penser à notre place ou peuvent-elles le faire ? Non. Elles sont capables bien plutôt et avec une grande puissance de diffusion économique de fabriquer une dépendance cognitive forte – déléguer nos capacités d’expression aux machines et s’apercevoir que nous ne sommes plus capable de penser par nous mêmes – maligne, dégradante, structurante de nouveau rapports sociaux économiques plus violents, plus agressifs car construit autour du capitalisme de l’Ego-cognition. La valeur extraite ici est une valeur d’exclusion des anormaux, des non éduqués, des outsiders, frondeuses et marginaux ; de toutes celles et de tous ceux qui ne vont pas pouvoir atteindre – faute de réussite des systèmes socio-éducatifs bien souvent – les normes d’expression imposées par les IAGR. Exclusion d’un rapport à soi libre, transparence forcée ou expression fabriquée, conformité violente et univocité des psycho-pouvoirs sont des maîtres mots – conducteurs – du monde qu’ils veulent voir arriver.

Fragments d’un monde détruit – 215

L’Âge des catastrophes

« Pour les philosophes d’inspiration libérale, l’État doit éviter le moralisme, c’est à dire la prohibition, au nom des sentiments de désapprobation de la majorité, des relations qui ne causent aucun préjudice à des tiers (comme « la sodomie ») et d’actes qui ne causent des dommages qu’à ceux qui en sont les auteurs (« le suicide »). »

Ruwen Ogien, « Moralistes, Paternalistes » in « L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes », p.129, Gallimard, 2007.

« J’ai vu une traduction à l’œuvre dans la manière dont les idées d’espoir ne se trouvaient pas dans la transcendance ou l’évasion vers un futur différent, mais dans la capacité à descendre dans l’ordinaire par ce que j’appellerais une temporalité des secondes chances. […] j’ai attiré l’attention sur ce que signifiait la perspective d’habiter à nouveau le même espace de dévastation, de construire une demeure avec des morceaux brisés de gravats, de traquer le temps perdu, d’habiter le monde dans un geste de deuil – tout cela donne au quotidien quelque chose de récupéré. Il ne s’agit pas ici d’une sorte de fatalisme oriental, mais d’une acceptation de la finitude dans un geste ou l’espoir est toujours un espoir gagné contre les évidences (ne serait-il pas, sinon, une simple attente ?) »

Veena Das, « Réflexions sur le temps et la subjectivité » in « La vie et les mots : Violence et descente dans l’ordinaire », Préface de Stanley Cavell, Traduit de l’anglais par Yves Erard, Christian Indermuhle, Emmanuelle Narjoux et Danielle Robert, p. 186-187, Les Éditions du Cerf, 2023.

Nos systèmes collectifs de protection de la santé et des êtres vivants font face aux dynamiques de transformation du climat qui, accélératrices sous l’effet de l’anthropocène et du rejet massif de Gaz à Effet de Serre (GES) dans une logique prédatrice – carbo-productrice – et d’extraction de ressources fossiles dans un monde fini, détruisent des habitudes de masse héritées du déjà vieux monde de l’industrie et du numérique. Il est crucial d’agir dans le sens de l’atténuation tout en favorisant la sobriété dans les usages de consommations d’énergies ; la place grandissante de la question écologique qui va évacuer toutes autres préoccupations de masse, est située à différentes échelles d’analyses sociales, environnementales, politiques et économiques et de conséquences à un niveau dit multi-scalaire. Nous sommes entrés dans l’âge des catastrophes et une anthropologie du désastre peut nous aider à nous organiser collectivement pour affronter ce qui est là et ce qui arrive … Dans cet âge nouveau, la pertinence des modèles sociaux économiques de solidarité doit être interrogé dans cette unique mesure de la capacité de survivre dans un milieu naturel, vivant ou urbain. De grands espaces transnationaux comme l’espace démocratique européen peuvent servir de modèles d’organisation des actions de lutte contre le dérèglement climatique et ceci non seulement dans l’urgence terrible des catastrophes (méga feux, inondations, sécheresses …) par la mobilisation de moyens humains, sociaux et technologiques, mais aussi dans toutes les actions de maintenabilité de la vie dans ses milieux construits ou naturels (forêts, fleuves, villes …)

Face à l’urgence d’agir ensemble en solidarités collectives et en démocraties sociales et coopératives, la pulvérisation des anciens clivages politiques dans un bloc démocratique constitué de mouvements élus, représentés institutionnellement est liée à la priorisation absolue de la question écologique par rapport aux délires technophiles issus et imposés des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) dont les utilités fonctionnelles directes et le sens par le divertissement culturel pour les interactions humaines reprises dans les perspectives du dérèglement climatique, sont quasi nuls ou secondaires. Outre la formidable puissance de divertissement de masse, les IAG dites de divertissement (textes, images, vidéos ou films ..) constituent un possible obstacle ou un ralentissement solides – se divertir de la réalité – dont les effets d’occultation de la vie ordinaire qui résiste participent d’un aveuglement de masse et de la construction des fameux « murs d’indifférence » exploités par les techno oligarques de l’Empire. Il faut se saisir de cette divergence de trajectoire entre (1) « la privatisation des communs » suivie et poussée par une oligarchie financière – des « élites dirigeantes » qui vont détruire le commun ou forcer des passages à l’intérieur des dynamiques démocratiques et sociales pour constituer des îlots de survie privatisés, compétitifs, refuges pour millionnaires et (2) un socialisme éthique et démocratique qui emmène les femmes, les enfants et les hommes dans une projection politique et civilisationnelle complexe vers une activité coopérative de préservation de leurs milieux de vie.

De ce point de vue, du point de vue de la trajectoire politique des sociétés humaines, quand elles sont encore libérales, riches d’une diversité culturelle et d’un pluralisme démocratique, la reconnaissance complexe des paniques morales de tout ordres par la pensée critique, est encore possible. La critique forte du paternalisme religieux et politique, d’un respect violent et irrationnel d’un ordre naturel et sexuel, une propagande antisciences et un soutien aux négationnistes climatiques peut entraîner un premier travail de déblayage complet par l’exclusion des morales dangereuses pour la promotion des formes humaines de solidarités dans l’action collective. C’est là toute la puissance de l’éthique minimale pour une société libérale élaborée par le philosophe Ruwen Ogien (1947-2017) qui affirme trois principes clairs de constitution ; « (1) Principe de considération égale, qui nous demande d’accorder la même valeur à la voix et aux intérêts de chacun. (2) Principe de neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel. (3) Principe d’intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui. » in « les trois principes d’éthique minimale » in « L’éthique aujourd’hui : Maximaliste et minimalistes », p. 153-160, Gallimard, 2007.

Pourquoi est-ce si important d’établir une certaine logique de l’action collective d’abord par le respect de l’éthique minimale (qui semble – à tort et par défaut d’analyses plus poussées quand aux torts causés à autrui – être construite hors du champ de la problématique environnementale et écologique) ? Elle est la première étape vers le changement complexe exigé par le dérèglement climatique ; elle va permettre une clarification complète de ce que contre quoi nous luttons en philosophie de l’action et en démocratie sociale. Avant en effet d’attaquer les questions éthiques difficiles des impacts des activités humaines sur leurs milieux naturels avec la défense de l’éthique du Care, l’éthique minimale lutte contre tous les restes et les scories des éléments de diktat religieux et de répressions morales issues des fameuses paniques morales complexes et très dangereuses véhiculées dans les régimes tyranniques (toutes reliées à ce « savoir mieux qu’un autre ce qui est bon pour lui » ; ce qui est typique d’une approche paternaliste ; voir le totalitarisme islamique et l’intégrisme catholique ou l’intégrisme des juifs ultra-orthodoxes).

L’éthique minimale en 2007 est une voie vers la démocratie sociale, coopérative et libérale, c’est une sortie simple, puissante et claire des obscurités nationalistes et tyranniques vers lesquelles voudraient nous reconduire – en souriant et en nous divertissant – le techno-fascisme culturel de masse prônés par les Peter Thiel et autres Maga de l’apocalypse chrétien et les Tyrans comme Poutine ou Trump devenus dangereux, dotés de visions eschatologiques et d’abord sortis de l’espace des raisons (les conséquence de la politique de Trump restent encore inimaginables en 2026 ; tant de mal a été fait partout à cause de l’amateurisme des actions d’une administration et de la dangerosité du programme de la « Heritage foundation »). L’éthique minimale à l’âge des catastrophes environnementales et de l’ère de l’anthropocène, [ce qui vient après l’holocène] -, a donc sa profonde utilité dans sa puissance de clarification première et critique pour amener les hommes et les femmes à clairement percevoir l’urgence climatique dans sa seule centralité complexe ; elle dé-cille et clarifie mais elle doit se compléter par une éthique du Care comme protection des temps présents et préservation du sens de l’action collective ajustée aux changements climatiques sur Terre.

Les situations de catastrophes impliquent pour les acteurs et agents – humains ou animaux ou végétaux – survivants au milieu d’un désastre, une tentative de re-liaison des choses physiques détériorées et des intentionnalités sociales et humaines prises à l’intérieur d’un milieu vivant et symbolique transformés ou dégradés. La promesse de porter secours comme l’expérience du désir de contacts est là comme une impulsion naturelle en chaque être vivant par ce que par la force de l’imagination créatrice nous nous mettons à la place de l’autre souffrant et/ou blessé. Ainsi voir sa vie propre devenir objet de la perspective d’un autre décharge d’un poids complexe de responsabilités – individualisé et enfermant – tout en augmentant la maîtrise sur cette responsabilité devenu autre, plus grande et collective et plus uniquement sienne. C’est le sens éthique profond du pragmatisme social américain de G.H. Mead (1863-1931) dans l’importation du processus social de communication dans l’individualité psychique et la constitution du « Self » (le soi) au travers des réponses dialoguées (« Je », Tu », « Nous, « il/soi ») d’un autre généralisé en soi-même, [la société détruite par la catastrophe mais la société remise en ordre de fonctionner par les images symboliques du souvenir aimant et l’expérience empathique].

L’éthique du Care en 2026 est plus que jamais là comme une voie de réflexion sociale et concrète décisive quant à la possibilité politique de « permettre » l’existence de nos solidarités collectives appuyée sur le travail de la revendication et de résistance aux tyrans par la voix humaine et le partage de l’expérience vécue par les contacts aidants des corps et des langages sociaux et les mouvements interactionnistes de transformation des milieux vivants, sociaux, économiques et culturels. Le pragmatisme social hérité des philosophies pluralistes américaines, lui, en insistant sur la socialité de base des conversations de gestes entre les différents animaux appuient la logique de solidarité sur un instinct empathique, naturel et complexe faisant partie de l’équipement bio-expressif de l’animal humain. Et c’est bien là aussi une problématique d’expression directement politique que charrie la grande transformation des sociétés des vivants devant les poly-crises climatiques ; les mouvements politiques encore démocratiques et institués en partis, en associations, en organisations libérales, en se saisissant réellement de la question écologique et face aux pires catastrophes climatiques présentes et à venir (dues à l’activité humaine) ne feront plus qu’exprimer des axes de convergences programmatiques dans la conduite pragmatique et éthique du changement de modèles sociaux culturels et économiques des sociétés nouvelles et compressés par l’urgence.

Fragments d’un monde détruit – 214

Violences de l’Inerte

Les duretés d’adaptation des milieux sociaux symboliques et culturels aux contraintes et aux opportunités imposées par la transformation globale et locale des climats et des interactions avec nos milieux vivants sous les effets massifs, réels et décisifs de l’anthropocène soulignent la forte inertie des modèles sociaux économiques tels qu’il sont conçus pour absorber les chocs des contrastes et des vides entre les populations et individus humains et les systèmes de préservation des vies dans la société humaine (transports, systèmes hydriques, systèmes de santé, chaînes du froid, alimentation et distribution, systèmes énergétiques, réseaux d’acteurs sociaux culturels, médias et formes médiatiques symboliques, Institutions et gouvernements …). La conception complexe d’un modèle économique prévoit l’exploitation d’un raisonnement probabiliste et d’assurance garantissant son exploitation dans une durée quasi infinie par les écosystèmes sociaux cognitifs de masse tout en proposant de définir en amont des logiques d’intentionnalité constructivistes et fermée et des profilages de comportements sociaux humains – acteurs quasi rationnels ou libertés de choix motivés – comme cela se fait couramment en économie politique. Un des résultats d’une application non pragmatique des modélisations de forces sociales et de pouvoir d’interactions économique est de centrer les réponses des Institutions sur des circuits de décisions « abstraites » et intellectualistes programmées par les modèles de mesure et de prévention des risques, eux-mêmes construit à l’intérieur d’une vie économique personnelle aliénée aux exigences de rentabilités des acteurs du capitalisme fossile.

Or, et c’est là le cœur de la transformation pragmatique des vivants et de la société humaine et d’une politique de transformation sociétale et humaine possible en 2026-2050, la pression du système climatique mondiale et ses effets dramatiques liés (méga feux, températures extrêmes, territoires morts ou inhabitables, érosion des terres, propagation de virus, perte de biodiversité ..) montrent les limites d’un système économique vieux de 200 ans – la société anonyme, le capitalisme agraire puis industriel, financier et fossile, qui s’est adapté à la révolution industrielle et numérique et qui a, avec toutes les forces d’imposition de règles de conduites et de légalités dans les cadres de contrats et de conventions de droit, adapté un certain type de travail à toute la dimension humaine de la vie  ; performances sur chaînes de fabrication de produits finaux, performances sur des projets économiques embarquant des charges cognitives, symboliques et affectives très fortes, enfin performance globale de la vie redessinée autour du travail devenu central comme lieu de socialisation et moyen d’émancipation individuelle et familiale. Cette pression écologique, énergétique et vivante si elle paraît nouvelle affronte ainsi des forces d’inertie considérablement puissantes (foyer économique, capitalisme financier, oligarchie, élites technologique produisant des IAGR (Intelligences Artificielles Génératives dîtes de Régulation comme technique d’exploitation des signes de l’humain, ruse de la puissance des marchés sémiotiques [production des sémioses de la crainte et de la haine] et de mises en conformités violentes des réponses humaines …) dans une perspective de bifurcation claire devenue presque évidente pour les hommes et les femmes de bonne volonté, par la force de résistance du réel ; une transformation des frontières de l’humain et de ses impacts naturels, de ses cultures humaines et des milieux vivants qui permettent la vie sur Terre (l’expression de la vie pour les êtres humains).

Si la violence de l’Inerte qualifie ce drame existentiel et presque métaphysique, d’un certain système économique, (capitaliste ou autres, peu importe le nécro-système à l’œuvre et qui dévaste les vies sur Terre, les animaux, les végétaux, les montagnes et les océans …), il doit qualifier aussi les résistances fortes aux changements dés lors que ces changements sociaux-culturels et économiques affrontent enfin la réalité du climat – comme super effacement d’une croissance irrationnelle et démesurée par rapports aux différentes limites planétaires – franchies une à une – et qu’endurent les sociétés humaines et les sociétés de vivants contre elles-mêmes ; la peur est ici essentielle, la peur comme émotion primale et carburant des producteurs de morts, la peur de perdre ses anciennes modalités de vivre et de mourir, la peur de vivre des temps nouveaux incroyablement différents. Cette émotion centrale pour la conservation du pouvoir d’automatisation du repli égoïste sur soi (protection de sa famille, de sa religion, effort au travail et mérite, prix de sa seule existence, rachat de son âme morte …) et de nécro-systèmes de production à partir de ressources pillées en grandes organisations mondiales de tri complexes (pétrole, gaz, charbon, lithium, métaux rares, eaux …) en renforçant les passions tristes de l’humain, remet à plus tard les actions de transformation des sociétés et de l’Esprit humain repris, retraduit dans la modification écologique globale. Si l’analyse des dynamiques d’enfermement des êtres humains par un certain système économique purement idéologique et totalement hors sol par rapport aux urgences climatiques doit se mener jusqu’à la disparation du système lui même, il est sage de recommander la poursuite de la vie sur Terre dans des conditions d’exploitation de forces naturelles retraduites dans les véritables limites des capacités naturelles d’ouverture et de fermeture de la vie humaine.

Les différentes violences de l’Inerte si diverses en philosophie sociale – et souvent comme critique frontale d’une certaine économie politique néo-libérale ; l’acteur responsable ultime de ses choix sur un marché à conditions d’effectuation de transaction optimales et égales pour tous, les externalités négatives non gérées directement par l’entreprise, les solutions d’assurances et de banques optimisées grâce aux droits inscrits comme codifications juridiques du capital, l’actionnariat et le bénéfice net après des jeux de transactions complexes sur des marchés d’actifs ; la financiarisation globale de l’économie et les valeurs d’échanges abstraites qui ponctionnent l’effort démentiel du travail, la perte du sens et les souffrances des corps au travail ; il y aurait tout un livre collectif à créer sur cette violence dramatique qui empêche la transformation sociétale et économique et l’unité des vivants faces aux plus grands défis de l’humanité. L’inerte et l’abstrait – comme toutes les explications fétiches – fonctionnent comme deux images aux reflets lointains d’une exploitation du corps et de l’âme, le corps des travailleurs et travailleuses, leurs âmes blessées par une incroyable captation des forces organisée par l’industrie du numérique (smartphone, tablettes ou écrans-ordinateurs comme vol lucratif de l’expérience vécue par l’individu …), leurs incapacités expressives comme forme de maîtrise de leurs possibles revendications de masse ; ici tout autour de nous comme fin de la démocratie sociale ; la société de contrôle à haute intensité fonctionne déjà dans certains territoires, comme forme sociale et symbolique organisée pour préserver la vie des élites techno-oligarques et envoyer les pauvres et les faibles vers une destruction logique et naturelle (maladies, faims, soifs, sécheresses ou abandon social et culturel …)

L’Ego-cognition ; la forme spectrale de l’hédonisme vulgaire et l’ultime défiguration de l’humain – issues de la nouvelle économie technologique (IAGR, Datas-center ; l’espèce d’inconscience écologique lâche et imbécile …) qui détruit tout sur ses passages sinistres et cyniques ; là où le consommateur seul et toujours fiable est enfermé dans sa prison virtuelle ; il paye du divertissement de grande qualité, il ne pense pas à la puissance de la transformation climatique car le mur des écrans en tant que murs d’indifférences organisées sciemment par les politiques d’extrême droite et le techno-fascisme culturel qui arrivent ; ce mur là – un contre sens éthique – ce mur de divertissements obèses, de « gamification » débile de processus de travail ou de calcul de ses performances privées ..) provoque un détournement massif des attentions humaines et prévient le confort des oligarchies et de l’Empire économique contre les dynamiques de la transformation écologique. La conscience écologique planétaire, si elle est de plus en plus massive, diffusée rapidement par l’Internet, par des Institutions sérieuses et des associations et des ONG, ne peut pas ne pas faire sortir les sociétés humaines de leurs mouvements d’inertie par rapport à un développement industriel et numérique déjà ancien et complètement inadapté aux multiples crises écologiques urgentissimes que nous vivons. Ici l’espérance est l’émotion des futures sociétés vivantes ; les assemblées des mondes de la vie pour les femmes, les enfants et les hommes qui reçoivent un revenu universel d’existence et travaillent et s’activent pour les seuls projets d’atténuation et d’adaptation des sociétés (diminuer l’empreinte carbone, maintenir des bâtiments fonctionnels, travailler de manière sensée et raisonnable la terre, vivre avec les animaux, construire la sobriété énergétique, élaborer des liens sociaux utiles aux hommes, aux femmes et à la planète Terre, unique, incommensurable dans cette pluralité d’interactions démocratiques, sociales, symboliques, adaptatives et justes ou bien mesurées aux forces de régénération des vivants, respecter les promesses primordiales du contact avec la vie que nous éprouvions alors que nous étions encore enfants …)

Fragments d’un monde détruit – 213