Derrière les murs ; le vivant

« Tu es dans la main de l’ennemi,
ils broient déjà tes
os, ils exigent
ton regard
ils foulent tes regards
aux pieds
ils font des trilles dans ton oreille
avec la sirène d’alarme
Alarme »

Ingeborg Bachmann, « Dans la main de l’ennemi », in « Toute personne qui tombe a des ailes : Poèmes : 1942-1967 », p. 497, Édition, introduction et traduction par Françoise Rétif, Gallimard, 2015.

Crédit Photo : Romuald Chilard

A frôler les mouvements aux bords de minuit,
la pièce jaune qui jette sa lumière,
et les ombres dispersées dans les arbres,
l’animal tendre, aux aguets, l’œil alerte,
quand rien tout autour n’existe,
en laissant derrière soi la cité des « Anthropos »,
laissant leurs bruits vocaux insupportables et les ressentis débiles,
l’eau de la nuit perlée d’étoiles,
qu’il faut boire avec des yeux grands ouverts,
la feuille verte et brune qui s’agite au vent stellaire,
ce vent frais, doux dont les appels résonnent.

Avancer dans l’obscurité, sans jamais rien heurter,
ne plus rien saisir de ses propres mains,
laisser derrière soi, les outils, les agrippements,
seulement sentir les formes du terrain,
ouvrir sa paume pour recueillir l’eau des feuilles,
faire corps avec la descente nocturne,
de l’animal effrayé, large et puissant,
d’où jaillissent les lumières divines,
qui marquent la frontière, le silence,
et le percept ici est brut, sans fioritures,
pas d’ajout, de marquage, d’addition mentale.

Il faut seulement réouvrir les cinq sens,
laisser l’animal pénétrer la zone nue, proximale,
se faire touchant/touché, voyant/visible, sentant/sensible,
en laissant le vide de la Nature, immense, montrer,
les voies sans personnes, sans réflexions, sans intentions,
que nul ne franchit sans corps-stupeurs,
marcher sur la frontière du visible et de l’invisible,
du dicible et de l’indicible ; voir depuis l’être sentience,
comment le monde et le corps sien, est fait ailleurs,
hors des cités imbéciles, des rêves saturés d’images,
la violence et le ressentiment de classe et de nature,
oublier en cet instant fragile,
tout ce fatras vaniteux et dérisoire.

Et ils s’égosillent sur des réseaux poubelles,
qu’ils alimentent par des pastilles écœurantes ;
un lent cauchemar artificiel, glissant depuis le spectre Nihil …
Nature dévastée, ridiculisée ; version des choses mortes,
des êtres en grappes, pullulant dans des nuages d’insultes,
mais là, tout est découpé en survivance immédiate,
c’est la nuit profonde, je glisse dans l’air froid,
et l’aube va bientôt venir, je l’attends,
je regarde l’animal immobile,
et plus rien n’existe que lui-même,
ce monde est parfait dans sa signature proche/lointaine…

L’aube va venir fermer l’âge des survivants,
remettre leurs masques terribles aux bons endroits,
et je n’oublierais jamais les nuits ou je t’ai vu,
où tes yeux se sont tournés vers moi,
animal pur, au corps craintif, vague et doux,
incarnation et signes de divins présages …
Son corps pris par ces nuits sauvages,
ne ressemble jamais à rien de prévisible,
il transite, seul, hors des calculs des spectres figures,
des mathématiques sombres et cybernétiques ;
l’organique et le sensible, le vent froid et la nuit.
Je rêve de « moutons électriques » et mon rêve est affreux.
Je vis avec l’animal et tous mes sens sont en éveil.

MP – 20062025

L’Esprit rédempteur

« The problem of restoring to the world original and eternal beauty is solved by the redemption of the soul. The ruin or the blank that we see, when we look at nature, is in our own eye. The axis of vision is not coincident with the axis of things and so they appear not transparent but opaque. The reason why the worlds lacks unity, and lies broken and in heaps, is because man is disunited with himself. He cannot be a naturalist until he satisfies all the demands of the spirit. »

Ralph Waldo Emerson, « Prospects VII » in « Nature », « Selected Essays », p.79, The Penguin American Library, 1982.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Des morceaux de soleil ont découpés la pièce du jour,
l’air est doux et fin, rien ni personne ne t’attends,
seule la mémoire s’entend dire, « au revoir » des ailleurs ;
les souvenirs du grand-père à la canne de bois sculptée,
dont les pas lourds résonnent encore à cette fin du jour,
la mémoire d’eaux vives et de vagues écumantes,
et le sable dans le creux du lit qui pique délicieusement.

Le grand-père à la moustache blanche et à l’air sévère,
que le papillon un instant choisi pour une épaule accueillante,
avec un léger balancement et le tic-tac de la pendule …
Tu ramènes des couleurs précises, des ocres sables,
des rouges vermeils, des tâches blanches et or,
en revoyant les ailes du papillon délicatement posé comme un diamant, sur la peau brune ouverte par un t-shirt blanc et ouvert,

et la vision de ce souvenir, précis, de cette image mentale,
se referme pour cueillir hors du temps, la délicieuse saveur,
la texture sensible de cet être vivant …
Le flux continuel du temps qui ne s’arrête jamais
est subitement coupé par l’instant paradoxal de l’image,
quand tu refermes les yeux pour protéger ce présent,
quand tu touches la pierre avec la paume de tes mains,
rien ne peut éviter de ne pas s’enfuir, de s’échapper,

car l’ici est maintenant, de la vie froide et sans secours,
et le temps file toujours et quand même entre tes doigts,
à une allure de vertige et de liaisons invisibles,
tu pressens la nature sensible de l’insecte multicolore,
et aucun autre moment n’est là présent,
avec le disparu, le mort, le fantôme,
le papillon sur l’épaule, la cendre, et le murmure du dehors …

Ah quand je touche la main froide du cadavre,
dans l’espace climatisé des morgues,
ces bâtiments anonymes et horribles, à l’usage réglementé,
au parfum synthétique écœurant qui fixe les choses et les êtres,
que reste t-il de toi Dieu, Nature et organe,
le souffle de la vie, la voix et le papillon sur l’épaule,
dans ce morceau de chair glacé, cette pure extrémité,
le maquillage épais et vulgaire ; la manipulation du corps …

Tu revois l’iris rouge, noir et sable, le mouvement de l’âme,
et le temps respire doucement, hors de ces yeux vitreux,
il garde en lui les formes du vivant, la logique de la nécessité,
il est pénétré d’une forme papillon, gracieuse, fine et légère,
que l’on aimerait toucher au delà d’elle-même,
en respectant les lois de la Nature, l’âme centrale et divine,
ses expressions hétérogènes et ses symboles ultimes …

Je te suis reconnaissant toi Nature, Esprit du monde libre,
j’appartiens à rien ; dans cet infini, personne ne me commande,
et la sympathie étrange de tout être vivant à son milieu,
est une connexion forte, une manière d’agir et de parler.
Tu résistes là bas dans sa mémoire, dans sa vision,
avec le disparu, la tension dramatique de ce souvenir,
a creusée les nuages, les galaxies, d’une forme nouvelle,
transformée les êtres et les machines tout autour de moi.

MP – 05042025

La fabrique mystérieuse

« Il faut admettre que toutes les habitudes de la nature doivent tendre à une unité qui ouvre à l’activité de l’homme un champ infini. A travers tous les royaumes qui sont du domaine de cette unité, des faubourgs aux frontières des choses, elle est fidèle à la cause d’où elle tire son origine – c’est-à-dire l’Esprit. Elle suggère l’idée de l’absolu. Elle est un effet perpétuel. Elle est une grande ombre qui cache toujours le soleil derrière nous. »

R.W. Emerson, « VII L’Esprit » in « Nature », [1836], Traduit de l’anglais par Xavier Eyma et Marie Dugard, Présentation par Hicham-Stéphane Afeissa, p.87, Editions Le Pommier/Humensis, 2021.

Ferdinand van Kessel’s Four Parts of the World (ca. 1689). Paris.

Les chiens du Temps ont couru, aveugles, sur nos lignes de fuites,
avec le sang qui de rouge vermeil est devenu plus noir que la nuit …
Ce ciel qui saigne dans l’azur, pendant qu’ils aboient à l’horizon,
l’incendie course leurs cœurs battants seuls au milieu des horloges.
Voir et toucher l’air frais du soir tombant, les entendre hurler,
dans nulle part et ici, maintenant, tout autour de leurs meutes fidèles,
A leurs traces scintillantes, lumières et ombres, trahisons et sermons,
dans le grand minuit, les flammes du soleil ont retourné tous les jours …

Les enveloppes de lumières qui baignent ce présent, là, absolu.
L’instant comme une écharde, une percée dans la chair,
le paradoxe que porte cette pauvre créature, synthèse du fini et de l’infini. L’esprit humain qui s’étend à l’infini dans l’âme de l’individu, les lois de la Nature versus les lois humaines ; l’hybris tragique. Plasticité furieuse, mouvements des marées et ciels d’une industrie, amers. Tout cet astre symbole comme une langue que seule parle la Nature,

Il fait froid, quand tu te tiens seule près du berger des troupeaux,
emmitouflée dans une laine grisaille, à fixer l’opale nacrée du soleil.
Toi créature divine, poète à l’œil transparent, qui murmure aux animaux dans les vapeurs humides qui remontent de la terre meuble. Ecarter la brume blanche naissante de la terre gorgée de pluies.
Voir le visage du grand dieu Pan, la frondaison ultime, le recours aux forêts dans les arbres alignés et sauvages, le poète marche avec douceur …

Les signatures de l’Esprit sont là disponibles, à chaque vision du poète. Elles ressemblent à ces traits nouveaux, surgissant, sur ton beau visage …Tes yeux noirs amandes, ces vagues translucides, qui ont envahi l’instant laissant fondre les nerfs dans une symbiose naturelle et unique. Et dans ces milliards de clôtures qui ont séparés les vivants, du seul lieu tranquille de l’univers, la promenade est attentive, la Nature et l’âme illuminées par les symboles …

Ah franchir les frontières, les imbéciles panneaux, droits, rectilignes,
plantés à l’orée de chaque champ pour définir, exclure et préciser ;
les directions froides, iniques, les absences d’extérieurs, d’unités vivantes. Cette forme malade, creusée de tunnels, de cavernes, parsemée de trous percés dans l’âme blessée, le corps en repli, souffrant comme nié … Dans les souterrains obscurs, là où la lumière ne rentre plus … Il n’y a que des ombres d’êtres qui hantent les murs et ne savent plus rien.

Et les textes symboles qui remontent au fond du chant du poète,
Ont vêtus les habits de l’arbre, de la souche, des racines, des folles rivières. L’oiseau qui piaille à l’oreille des poèmes, récités par cœurs après minuit ; le renard, le hérisson, le corbeau, la taupe qui glissent dans une douceur inquiète, sur des tapis de feuilles et d’herbes jaunies par un bel automne. L’Esprit du symbole employé marque les brumes blanches et vagues, on l’entend au loin dans les échos de pluies, de plantes et de soleil, c’est une couleur sombre, or et verte qui traverse toute l’étendue des corps.

MP – 08112024

L’empreinte – Océan

« Éternité, je t’en voudrais de ne pas exister
Si je ne connaissais pas ta bouche vendue
A l’humanité toute entière
Éternité à la portée de tous
Alcool véritable pour ne jamais dessoûler

J’ai croisé le petit garçon une autre nuit
La terre a porté ses fruits dans ses yeux vieillis
L’eau ce n’est plus que la flaque sous les pieds
Et la sirène se prend pour une déesse
Éternité piédestal
Mon rêve est cristal
Le monde se perpétue dans des miroirs inédits
Ou il est toujours possible de se regarder mourir. »

Alice Gallienne, « La carte du pendu » in « Le livre noir : d’avril à septembre 1988 », « L’autre moitié du songe m’appartient », p.142, Gallimard, 2020.

Caspar David Friedrich, Moonrise by the Sea, 1822

L’enfant dans l’homme qui regarde les vagues transparentes,
le bleu monochrome et les rayons délicieux du soleil,
Foyer d’attention et de souvenirs vivants,
l’océan et le sable, les dunes, le vent ont marqués ses corps,
de bouquets d’impressions variés, infiniment multiples.

Quelques nuages vont et viennent et s’effilochent,
au loin s’appellent la nuit, les spectres et le silence,
et le goéland jaune d’or, noir et blanc, attrape les poissons,
à la surface de l’océan des écumes mélangées,
des manteaux blancs et bleus que le vent frais fait plier
comme les rides sur le visage d’une amie que chaque mot fait saillir.

Et ce bruit de fond qu’il fait sans jamais cesser,
cette musique-monde qui enveloppe ses moindres gestes,
possède la lenteur, le temps presque immobile qui permet le souvenir.
Ce temps rien qu’à soi et cet ennui si merveilleux …
Il faut le tenir ferme dans ses poings comme le sable doré,

Ah l’enfant dans l’homme est protégé du mal, il survit,
ses regards perdus vont et viennent dans un pays secret,
tout à l’intérieur, il y a cette force vitale, le fil d’acier continu,
le fil que suit le mouvement vivant, pour faire advenir toutes choses.

Au delà de l’enfant-signe, il n y a plus rien, que la femme et l’homme,
qui se tiennent la main, doucement, en regardant l’océan,
il suffira de fermer les yeux pour plus tard, pour se souvenir,
fermer les yeux à tout moment, peu importe les lieux,
il suffira d’imaginer le temps de l’océan qui est déjà tout autre,
le temps prodigieux qui s’est étiré pendant des mois et des mois.
.
Pour faire remonter les souvenirs et les sensations de cet ailleurs,
lors des vacances de l’âme, bercé par le soleil, le sel et le vent,
il n y avait rien à faire, aucun compte nulle part à rendre,
aucun travail épuisant, aucune force aliénante, aucune violence,
même les contraintes temporelles s’étaient brisées,
une à une sur les rochers et le sable indifférents.

L’enfant dans l’homme survivra encore à la fin du Temps,
dans chaque génération qui arrive et se fait gardienne de l’enfance,
chaque motif recueilli dans la bonté des animaux, de l’eau bleue et blanche,
et la fragile et divine impression de l’enfance,
recoupe sans cesser les noirs manteaux de la ville,
cette poésie d’un monde qui, en soi, ne disparais jamais …

La fragile impression de l’enfant, quand blottis à l’intérieur,
pour s’en faire des sculptures, des musiques, des miroirs vides,
les êtres vivants rêvent de l’enfance de leurs mondes,
et ressentent la pulsation de l’Esprit qui émerge dans la Nature,
ce rythme puissant, continu ; une vague de signes, sensible,
qui a soigné les blessures des solitudes et vaincue toutes alertes.

MP – 09102024

L’interdit

« Accroupi comme un faune, ululant,
Aux lueurs de la lune sur le marais gelé
Jusqu’au moment où les hiboux du hallier
A coups d’ailes noires se rallièrent, pullulant,
A l’appel de cet homme.
Pas d’autres bruits que les pas titubants
D’un vieil idiot rentrant chez lui en longeant la berge.
Les étoiles noyées dans l’eau, une double
Rangée d’yeux étoilés éclairait
Les buissons où ces hiboux penchaient.
Une arène de prunelles jaunes observa
L’homme en train de changer de forme,
Vit un sabot sortir du pied, vit pointer
Des cornes de chèvres et comment le dieu
Galopa vers le bois sous cette apparence. »

Sylvia Plath, « Faune », in « Le colosse » in « Œuvres : poèmes, roman, nouvelles, contes, essais, journaux », p.223, Poèmes traduits par Patrick Reumaux, Gallimard, 2011.

Crédit Photo : Romuald Chilard

« Je » te vois forme craintive, vulnérable, l’attention tendue, aux aguets,
au fil des milles rayons dardant depuis l’âme soleil,
la lumière que diffracte ton cœur comme charnière et mouvement vital.
Immobile à l’horizon figé, pris dans cette musique du silence,
les yeux qui me fixent « moi », l’étranger perdu sur ton territoire,
le potentiel danger, le risque vivant ou l’inévitable ajustement,
la gueule ouverte et la langue rose et bien pendue,
et il règne ici comme un domaine uniquement fait pour toi …

L’infini d’un regard qui perce la couche bruyante de la ville,
tout ce vacarme oublié qui naissait partout par notre faute,
et se répandait, horrible, dans toutes les strates de tes activités,
l’industrielle présence des humain.es, leurs vouloirs partout à l’œuvre,
leurs terrifiantes obstinations, l’empire dans un empire,
alors qu’ici, le monde futur a changé, la grâce infinie de ton corps,
a muée en songes, en rêves désirant, si improbables,
perdus dans la Nature protégée, les corps humains se sont tus.

Au loin, le fin ruisseau murmure avec les pierres grises et d’argent,
et l’air est si bleu et si froid, ah cet air comme un monde qui arrive,
une soif de toujours et qui a remplie de joie tous les corps vivants,
leurs gestes sont tous pris dans tes yeux, mon animal vivant,
pendant que tu les regardes fixement au fond du chemin,
dans cette forêt ouverte, aux arbres, aux fougères, aux sentiers …
Et comment un homme en est conduit à aimer seulement le vivant,
plus que l’Humanité, elle-même, plus que son activité débordante ..

Les traces d’un passé fixe, imprimées, creusées, et qui effacent la Nature,
le cri merveilleux des animaux, le bruit des arbres, le feulement des faunes,
les autres traces invisibles, dans les muscles tendus, les forêts, la mer, la Terre,
la lumière blanche que le ciel a fait descendre par les visions des êtres,
avec ces feuillages doux, cette pluie fine qui caresse ma peau,
cette coalescence délicieuse, de couleurs, d’odeurs et de saveurs,
que chaque nuit recueille précieusement dans la rosée liquide,
et que tes robes de velours ont reprises dans chaque nouveau mouvement.

Ah que ne demandais-je à dieu, l’exil avec toi, animal fier, seul et sans lois,
l’exil de toutes les réponses saturées, que formaient les Institutions,
l’être vivant, ensauvagé, qui cherche à survivre, dans l’intensité,
des cris, des chasses, des mouvements de la Nature ;
manger la chair, battre la peur, tuer l’ombre, aimer ses autres …
Et comment les humain.es ont mesuré.es ce voyage, fait avec les spectres,
le voyage sans retours jamais, sans rien dire, ni aller, ni faire,
les spectres-figures associés aux verbes-écritures et au Néant,
ces morceaux de mémoires actives qui indiquent, recueillent et commandent,

Ah que n’avais je pas compris le sens de ces exclusions-là,
la fragilité de l’être vivant sans voix, sans corps, si vulnérables parmi eux,
sans gestes, ni lettres, fait de rien d’autres que les yeux bruts de la bête, l’Esprit du moment …
Que n’avais je pas saisi l’immense portée de ton mouvement vital, la volonté puissante,
l’Interdit qui nous commande, et casse les codes débiles, grégaires,
la plaie de la blessure du vivant qui saigne ici, encore, maintenant ..
La tête orientée, tes yeux, animal craintif, plantés dans l’âme ..
Le cri et ton mouvement vital, les contacts sensibles et l’harmonie du monde ..

MP – 30082024

Les amitiés stellaires

« Celui qui saurait vraiment ce qui relie les hommes entre eux serait capable de les sauver de la mort. L’énigme de la vie est une énigme sociale. Personne n’est en passe de la résoudre. »

Elias Canetti, « Le livre contre la mort » , p.140, Post face de Peter von Matt, Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel, 2018.

A drawing by Pannekoek, depicting a section of the northern Milky Way, from Die nördliche Milchstrasse (1920). This style of representation contrasts with his parallel use of isophotic maps and “mean subjective images”

Que reste t-il de toi après la dernière minute,
le sang qui se fige, la seconde arrêtée et l’infinie solitude,
le corps allongé tourné en chien de fusil,
et les yeux à demi clos qui hantent tout l’intérieur,
de la chambre ouverte, tout le ciel et la lumière,
la musique de ta voix qui ne disparaît jamais,
c’est d’abord le sentiment d’abandon, l’absence de toi,
la ruine tout autour des objets et des mots que tu chéris,
l’horizon qui n’est plus là, le vertige de ta pensée,
d’une présence qui a disparue, un corps-fantôme,
jamais plus de reflet, d’images fidèles, de sonorités,
d’un corps-soi anéantit, passé dans l’ailleurs,
mais plus que la poussière sur le sol des lieux-dits,
demeurent l’image mentale, les touchers sensibles,
l’enveloppe qu’ébruite l’âme à chaque souvenir de toi,
et ton silence est plus fort ; il recèle des labyrinthes,
au longs desquels se font grâce, la phrase et le son,
qui traversent toutes les lèvres fébriles ..

Noires et rouges, remplies de rêves et de sangs,
Dieu sait ce qui passe dans leurs esprits,
quand ils se souviennent de l’au-delà, de la fin,
et qu’en eux bât le rythme de ta mémoire vivante,
de tes gestes comme une collection infinie,
dont les fils nouent la trame de nos vivants,
une fenêtre étrange et ouverte à chaque mouvement,
et par laquelle tes yeux regardent,
le glissement des nuits focales, et les ténèbres,
qui noircissent toutes les feuilles, les fantômes,
par les signes du temps, l’armée du silence,
qui, fixés, sur nos livres ouverts, déclenchent des mécanismes,
de feux, d’or, de lumières fragiles et d’eaux limpides …
Ah lire et relire, poser ses yeux sur la page blanche et noire,
voir le monde tel qu’il est, et tel qu’il veut devenir ..

Et je respire en toi toujours, par les signes et la guerre,
en lisant, en formant l’image du monde que tu veux,
établir, ramasser dans le ciel et la mer,
en une éclipse brutale et subtile,
ce monde bien à toi qui advient à chaque fois,
qu’une âme avide guette, au détour d’une phrase,
ce que tu as donnés, et qui demeurent comme une maison pour nous,
une maison faite de temps et d’espaces, un abri-merveille,
là où nous déposons enfin les armes vivantes pour dormir,
avec les signes en nous qui tremblent et surgissent,
dans les images fortes, les sensations, les sens,
là ou bientôt des enfants-signes naîtront avec toi,
et ferons du chemin avec les autres, pour devenir autre,
les messagers du désespoir-défi, du voyage en soi-même,
qui portent déjà la pensée du chevalier, de ta maison,
et dont le sphinx a dit la parole, la musique et l’écriture,
Advienne le monde que je veux, la trace que je porte,
et que rien jamais ne s’oppose à ta volonté ..

Car en moi tu passes comme un errant, un voyageur d’entre les mondes,
de l’abîme, de l’angoisse du néant et du mortel souci,
qui relie les deux rives d’un océan, infini, sans limites,
qui fabrique le pont et laisse passer toujours les enfants,
depuis rien jusqu’à ce tout, cette valeur intrinsèque,
et cette génération d’âmes tendres et jeunes, est venue,
voir le monde par nos yeux, encore une fois,
raconter par les symboles ultimes leurs histoires,
leurs passions d’être et de devenir plus encore,
et quand je revois ton rêve immense,
pour nos enfants, perdus dans les étoiles,
par les mots, les images, le son, le souvenir et la grâce,
nous habitons en toi, et survivons plus loin, encore,
plus loin dans le temps et l’espace.
Et cette étoile qui illumine le désert,
est un guide, un refuge et une proximité lointaine …
La distance fidèle de la forme du monde, l’infinie.

MP – 15032024

Les refuges

« Je suis une ombre loin d’obscurs villages
A la source du bois, j’ai bu
Le silence de Dieu.
Sur mon front vient du métal froid.
Des araignées cherchent mon cœur
Il y a une lumière qui s’éteint dans ma bouche.
De nuit, je me trouvai sur une lande,
Roidi d’ordures et de poussières d’étoiles.
Dans les taillis des noisetiers
Bruirent à nouveau des anges de cristal. »

Georg Trakl, « De Profundis » in « Crépuscule et déclin suivi de Sébastien en rêve et autres poèmes », p.72-73, traduction de Marc Petit et Jean-Claude Schneider, Gallimard, 1972/1990.

Peinture : Stéphane Weber

Il y a cette liste de choses belles, prise dans les murmures,
les chuchotements que font ensemble les feuilles,
à la friction des pluies, qui tombent douces-amères,
quand tu marches doucement sur le tapis de mousses vertes, émeraudes,
et que le silence bruité du monde envahit tout l’espace
d’une conscience neuve, apaisée, doucement …
Retiré hors de lui-même, l’oiseau frêle vit à l’instant,
le même instant éternel qui glisse dans ses yeux,
la pupille jaune-or et orange est sa robe de plumes,
et l’eau du ruisseau a la glace qui fond au soleil …
Ah ce miroir de neiges, folles, quasi-parfait,
dans lequel les reflets de ses yeux se sont perdus,

et l’impression du rêve qui remonte dans sa tête dodelinante, légère,
avec lui et tout autour, surviennent les arbres, les plantes, les fleurs,
qui bougent au rythme d’un vent frais et divin,
ce vent balaye la peau, rend le corps tenu, ferme et solide,
leurs parfums sont des étreintes, comme une âme qui renaît,
l’âme du monde remplit d’une grâce unique,
et toutes ces expressions folles de désirs pour toi,
qu’emmènent les corps de Nature et d’Esprits,
chiens, oiseaux, poissons, insectes, serpents ; ces légères compagnies,
sérieuses, fidèles, rêveuses, toujours omniprésentes,
leurs contacts rapprochés est une stupeur,
une force spirituelle toute intérieure,

Et les morceaux de lumières venus du soleil,
les cadres brisés du ciel, qui répliquent ses flammes,
dans les arbres jeunes, les fougères vibrantes,
la musique de l’eau qui coule, le craquement des branches,
sous les pas des visiteurs, le midi puissant, tout en haut,
l’odeur des merveilles, et l’avancée vers les refuges,
doucement, tout prés du repos, enfin gagné,
dans le mutisme des pierres, la rose du visage,
qui flush et remballe les yeux du béton glacés,
et ramène tous les regards vers elle ..
Nids de terres meubles, sables, terres nourricières,
feuillages, racines, mousses et êtres sans noms,

Vous là tout autour que personne ne sait,
car les mots ici sont comme des voyageurs égarés,
il leur faut faire des visites, des rencontres, des danses habiles,
pour que la Nature se laisse exprimer, jamais seuls,
dans un endroit du monde fait uniquement pour toi ..
Et les directions de tous les mots sont rompues,
le mot qui indique comme un signal, une alerte,
et tue son objet en le consommant, très avide,
le sang des mots qui globule au fond des cercles et des groupes,
tout cet enfer de l’identité, la rumeur d’un autre monde, perpétuelle
sans le contrôle fasciné des corps, bien polis et serviables,
il n’y a rien de tout cela prés des refuges …

Dans les refuges de la forêt, de la mer et des montagnes,
il y a le bleu diamant de la neige, le vert des fougères,
la blancheur d’écumes des vagues et des fracas sur le sable,
la sensation glissante sur la terre, l’accueil et la chaleur,
qui réconforte le corps et ramène l’Esprit en ses demeures ..
Cette impression d’être vivant.e, encore, humain.e condition,
qui dans les refuges déploient des arts du confort,
de la libre pensée, de la fin des alarmes et des traces …
Ah tous ces systèmes d’ordres qui périssent au fond des refuges,
la vie qui transparaît sans rien d’autres ..
Dans un « Heimat », un contact sans médias, un ressouvenir,
Ah cette mémoire active, friable, hybride, délicieuse, qui réagit,

est la mémoire des vivant.es, dans la Nature puissante,
toutes ces forces entremêlées, reprises dans l’Esprit ..
Les instincts solides, les bouquets de sensation, les visions sociales,
les musiques grandes, venues du ciel et de la terre,
tout contre les machines de morts et de décisions,
ici dans les refuges, plus rien n’est pris, par les mornes systèmes,
l’un est dans le tout et le tout est dans l’un, mais l’un survit ailleurs ..
le dehors est dans le dedans,
la transcendance dans l’immanence …
comment gagner ces refuges ; suivre les pas de la pensée
et du symbole arraché au temps …
En survivant dans l’humeur des arbres, l’odeur de la pluie …
avec une solitude proche des étoiles,
dont les habits neufs font vivre le ciel et la terre ..

MP – 01032024

Après la pluie

« Tout d’abord la simple perception des formes naturelles est un plaisir. L’influence des formes et des faits dans la nature est si nécessaire à l’harmonie, que dans ses plus humbles fonctions, la nature semble encore se rapprocher des agréments et de la beauté. Pour le corps et pour l’esprit qui ont été absorbés par un travail ou par une société désagréables, la nature est un remède et leur donne du ton. »

R.W. Emerson, « La beauté » in « Nature suivie de Société et Solitude  », p.46, [« Nature », 1865], présentation par Hicham-Stéphane Afeissa, Éditions Le Pommier/Humensis, 2021.

Peinture : Stéphane Weber

Cette douce odeur prise au cœur de l’orage,
des filaments de nuages, rassemblés, cotonneux et humides,
mes yeux perdus dans le ciel, qui regardent sans voir,
ceux-là qui tournés vers l’intérieur sentent ta venue,
toi, pluie sauvage, démence, qui tombe par l’océan,
formant vagues et écumes, noyant tout l’horizon.

La terre boit avidement à tes sources divines,
la mer sursaute par vagues entières,
et le soleil s’est retiré parmi les étoiles,
emportant avec lui sa robe de flammes,
dressant la nuit, d’une couleur noire et bleue
et le spectre silencieux, avance, avec lui,

dans l’étendue d’eaux glacée, seule et humide,
qui imprègne les os et tout nos vêtements,
la lumière virevolte comme par magie,
dans chaque goutte de pluie est logé un diamant,
rose, jaune et rouge, bleu, coupant,
que je goûte seul et brise au firmament du ciel.

Il n’est jamais assez tôt, dans le matin rouge,
pour voir la pluie tomber depuis l’éternel,
les chiens aboient dans le faux-silence,
et la musique heureuse des lames liquides,
que la nature fait être infiniment surface, pleine et mobile,
à contactée l’aurore et le crépuscule,

aux nœuds complexes des orages,
quand s’entrechoquent les armées furieuses,
quand se percutent le silence, l’or et le tonnerre,
par les éclairs des instants féroces,
qui brisent en zébrures, la vision d’infini.

Cette rivière argentée coule au loin depuis la lune,
et tient en éveil l’Esprit de l’enfant qui courre,
dans les ruelles chante la pluie qui tambourine et siffle,
les bras nus mouillés et les cheveux au vent,
l’enfant qui découpe le fil aiguisé du Temps,

pour s’en faire une étrange pelote de signes,
un amas de noirceurs, d’eaux, de vents et de poussières,
un mélange de fadeur, d’amère et d’acide,
qui a rendu l’enfance aux couleurs arcs-en-ciels.
Ah cette danse folle des eaux de pluie,
combien donnerais-je, pour à l’infini, la revoir …

MP – 09022024

Les larmes de vie

« Dans la cour, l’eau coule sur les pavés. Amélie est plantée sous la gouttière avec la larme. Elle regarde l’eau couler dans le ventre de la larme. Dans l’eau de pluie, il y a aussi du vent. Qui pousse des cloches de verre au travers des arbres. Elles sont opaques. Des feuilles tourbillonnent à l’intérieur. La pluie chante. Elle a aussi du sable dans la voix et des morceaux d’écorce. La larme est pleine. Amélie la rapporte dans sa chambre. Elle a les mains toutes mouillées. Les pieds nus plein de sables. »

Herta Müller, « La larme » in « L’homme est un grand faisan sur terre », p.31, traduit de l’allemand par Nicole Barry, Gallimard, 2009.

Le discours et les images, les sons et les gestes qui frappent aux parois,
des monolithes noirs et sans aspérités ou angles d’attaque,
cette musique rapide et brûlante dont la fausse mélodie donne la nausée,
et qui traverse tout les chocs des regards sur l’écran,
là pour des kilomètres de sites, de réflexes et de mouvements inutiles,

est faite d’une accumulation de formes opaques, vides, univoque,
qui presse les esprits vers l’oubli du monde, les affreux fantômes,
ceux qui voyagent par des couloirs obscurs sans fenêtres,
des percussions de signes, des spectres et des chocs sans rencontres,
et se rassasient aux mêmes rivières d’illusions,

le vacarme et le bruit froid venus de cet outre monde,
ont cette capacité d’oppression, la vie, le visage et le désir, mutilés,
le corps aimé, disparu, jeté, inerte, dans le passé,
les visages transformés, et l’attente hésitante remplit de craintes,
quelle est l’espérance qui dort encore dans tes veines ?

Nos rêves en revanche seront solides, ils illuminent et emportent,
la présence à soi dans un monde de vie, vraiment ailleurs,
et j’aimerais pouvoir dormir avec toi, accueilli dans cet havre de paix,
hors des conflits de présence, des grands insectes qui tapent,
à l’intérieur de ce foyer de lumières, de touchers, de musiques, de contacts,

à la frontière protégée, prés des immenses portes fermées,
après l’aurore rose et bleue, tombante, loin avec le plaisir fou qui monte,
quand ta main agile caresse le corps nu d’un.e autre,
et le soleil noir planté dans ton âme, l’astre droit et lumineux,
qui éclaire tes mouvements, ta force, dresse nos vives attentions,

Je te voie, l’enfant aux cheveux noirs, au front penché sur la terre,
concentré sur une tâche de lumière et d’obscurité,
rempli d’attentes folles, de sagesses, et de grandes espérances,
les gouttes de sang tombées sur la page que je lis, maintenant,
signent une sorte d’aveu, de force, de ténacité,

Et sans toi je n’aurais pas vécu, ces nombreux instants éternels,
ces gestes exécutés dans une partition folle, à la mesure de nos mondes,
cette accumulation de forces qui décident, écartent et sanctionnent,
sans toi qui m’abrite, me protège dans l’idée solide du futur,
je n’aurais pas su faire la guerre au milieu,

voir les signes, décider des hasards, suivre les directions, par les accords fragiles,
qui nous rapprochent ensemble, au delà du monde aveugle et inutile,
ces planètes d’une famille, seules, alignées et ensemble,
remuer au fond des astres, lointains et délicats,
ces aspirations droites, folles malgré tout, mais certaines,

l’absolu présent de ton visage qui regarde devant moi,
cette forme gracieuse qui convoque et donne sens, sang et vie,
nos regards jamais changés, la vision du monde, fragile et unique,
la même terreur combattue partout et le courage,
de la vie qui prend forme dans l’espace-temps partout ; une résistance.

MP – 12012024

Le chant pour la neige

« Du Cœur, l’Esprit se nourrit
Comme tout parasite –
Si le cœur est Riche
L’Esprit profite –


Mais si le cœur faillit –
L’Esprit s’émacie
Si absolu Ce qu’il
Y puise »

Emily Dickinson, « Du cœur, l’esprit se nourrit » in « Car l’adieu, c’est la nuit. », p.309, Choix, traduction et présentation par Claire Malroux, Gallimard, 2007.

L’eau pure, dans laquelle se penchent les arbres,
la blancheur sacrée du silence,
et le goutte à goutte léger qui tombe des nuages,
le corps reposant dans la neige cotonneuse,
et les yeux levés sur le ciel bleu-diamant,
Plus rien n’existe que le son de l’eau qui coule,
dans les petites rivières douces et cristallines,
parmi les pierres grises, et les herbes si douces au toucher,

Ouvrir la bouche pour happer les flocons,
ces fondus-enchaînés sur les lèvres mauves et humides,
tout autour, la musique de l’eau a transie l’atmosphère,
et les parois glacées des montagnes s’enfuient,
Au loin, se tiennent des bêtes, curieuses, et douces,
ce vent sucré qui virevolte à toute vitesse,
au petit matin clair et gai, quand la porte de la maison s’ouvre,
sur un paysage de montagnes immenses, à l’odeur qui vibre,
tu vois miroiter les rayons du soleil, sur ce tapis d’or,
et de larmes vertes, rouges et bleues,
dansantes au fond des pupilles des enfants,

Il suffit de faire trois pas pour caresser l’or de ce ciel,
dont le tamis a filtré le soleil pur et l’espace,
tout cet espace-temps, filé dans nos esprits-voyageurs,
les mondes naissants à chaque contact,
des mains, des bois, des couleurs, de la pierre et des souvenirs,
cette trace de nous qui pulse au fond de nos entrailles,
bât au rythme des rappels de tous ces autres,
et tes larmes glissantes sur tes joues roses,
sont pleines de reconnaissances et de prières,
quand nous étions quatre, réunis par le lien divin,
la puissance des éléments, les courses contre la mort.

Souviens-toi du seul et de l’unique monde stellaire,
Neiges éternelles, froides saisons, joyeux abîmes,
Il neige encore et chaque flocon est un miracle,
le surprenant mélange d’eau glacial et de froid,
dans une délicate saisie du parfait village,
forme une blanche nuée remplie de nos fantômes,
et cette perspective là me saisit la gorge,
elle fouille en moi l’éternité du cœur qui ne bât plus,
ses dimensions et ses répliques agissent dans nos consciences,
d’être les fils et les filles d’une nature secrète, ouverte et sensible.

Venus des étoiles lointaines qui remuent l’horizon,
les fils du souvenir se tissent sous la terre,
pour former le lien puissant d’une Nature autre,
toujours radicale, autre et étrangère aux hommes,
et la blancheur de la neige est ce creuset ultime,
le fluide délicieux, que je bois avidement,
depuis lequel surgissent des rêves sans réveils,
de grands créateurs de formes, et passeurs de mémoires,
quand tu viens ici, regarde au fond des êtres et des choses,
ils sont là offerts dans un écrin blanc unique,
et la beauté renversante de ce lieu est marquée dans nos chairs.
Avec nous, à jamais, pour toujours …

MP – 28042023