« Tout d’abord la simple perception des formes naturelles est un plaisir. L’influence des formes et des faits dans la nature est si nécessaire à l’harmonie, que dans ses plus humbles fonctions, la nature semble encore se rapprocher des agréments et de la beauté. Pour le corps et pour l’esprit qui ont été absorbés par un travail ou par une société désagréables, la nature est un remède et leur donne du ton. »
R.W. Emerson, « La beauté » in « Nature suivie de Société et Solitude », p.46, [« Nature », 1865], présentation par Hicham-Stéphane Afeissa, Éditions Le Pommier/Humensis, 2021.
Peinture : Stéphane Weber
Cette douce odeur prise au cœur de l’orage,
des filaments de nuages, rassemblés, cotonneux et humides,
mes yeux perdus dans le ciel, qui regardent sans voir,
ceux-là qui tournés vers l’intérieur sentent ta venue,
toi, pluie sauvage, démence, qui tombe par l’océan,
formant vagues et écumes, noyant tout l’horizon.
La terre boit avidement à tes sources divines,
la mer sursaute par vagues entières,
et le soleil s’est retiré parmi les étoiles,
emportant avec lui sa robe de flammes,
dressant la nuit, d’une couleur noire et bleue
et le spectre silencieux, avance, avec lui,
dans l’étendue d’eaux glacée, seule et humide,
qui imprègne les os et tout nos vêtements,
la lumière virevolte comme par magie,
dans chaque goutte de pluie est logé un diamant,
rose, jaune et rouge, bleu, coupant,
que je goûte seul et brise au firmament du ciel.
Il n’est jamais assez tôt, dans le matin rouge,
pour voir la pluie tomber depuis l’éternel,
les chiens aboient dans le faux-silence,
et la musique heureuse des lames liquides,
que la nature fait être infiniment surface, pleine et mobile,
à contactée l’aurore et le crépuscule,
aux nœuds complexes des orages,
quand s’entrechoquent les armées furieuses,
quand se percutent le silence, l’or et le tonnerre,
par les éclairs des instants féroces,
qui brisent en zébrures, la vision d’infini.
Cette rivière argentée coule au loin depuis la lune,
et tient en éveil l’Esprit de l’enfant qui courre,
dans les ruelles chante la pluie qui tambourine et siffle,
les bras nus mouillés et les cheveux au vent,
l’enfant qui découpe le fil aiguisé du Temps,
pour s’en faire une étrange pelote de signes,
un amas de noirceurs, d’eaux, de vents et de poussières,
un mélange de fadeur, d’amère et d’acide,
qui a rendu l’enfance aux couleurs arcs-en-ciels.
Ah cette danse folle des eaux de pluie,
combien donnerais-je, pour à l’infini, la revoir …
MP – 09022024
