Blog

Violences de l’Inerte

Les duretés d’adaptation des milieux sociaux symboliques et culturels aux contraintes et aux opportunités imposées par la transformation globale et locale des climats et des interactions avec nos milieux vivants sous les effets massifs, réels et décisifs de l’anthropocène soulignent la forte inertie des modèles sociaux économiques tels qu’il sont conçus pour absorber les chocs des contrastes et des vides entre les populations et individus humains et les systèmes de préservation des vies dans la société humaine (transports, systèmes hydriques, systèmes de santé, chaînes du froid, alimentation et distribution, systèmes énergétiques, réseaux d’acteurs sociaux culturels, médias et formes médiatiques symboliques, Institutions et gouvernements …). La conception complexe d’un modèle économique prévoit l’exploitation d’un raisonnement probabiliste et d’assurance garantissant son exploitation dans une durée quasi infinie par les écosystèmes sociaux cognitifs de masse tout en proposant de définir en amont des logiques d’intentionnalité constructivistes et fermée et des profilages de comportements sociaux humains – acteurs quasi rationnels ou libertés de choix motivés – comme cela se fait couramment en économie politique. Un des résultats d’une application non pragmatique des modélisations de forces sociales et de pouvoir d’interactions économique est de centrer les réponses des Institutions sur des circuits de décisions « abstraites » et intellectualistes programmées par les modèles de mesure et de prévention des risques, eux-mêmes construit à l’intérieur d’une vie économique personnelle aliénée aux exigences de rentabilités des acteurs du capitalisme fossile.

Or, et c’est là le cœur de la transformation pragmatique des vivants et de la société humaine et d’une politique de transformation sociétale et humaine possible en 2026-2050, la pression du système climatique mondiale et ses effets dramatiques liés (méga feux, températures extrêmes, territoires morts ou inhabitables, érosion des terres, propagation de virus, perte de biodiversité ..) montrent les limites d’un système économique vieux de 200 ans – la société anonyme, le capitalisme agraire puis industriel, financier et fossile, qui s’est adapté à la révolution industrielle et numérique et qui a, avec toutes les forces d’imposition de règles de conduites et de légalités dans les cadres de contrats et de conventions de droit, adapté un certain type de travail à toute la dimension humaine de la vie  ; performances sur chaînes de fabrication de produits finaux, performances sur des projets économiques embarquant des charges cognitives, symboliques et affectives très fortes, enfin performance globale de la vie redessinée autour du travail devenu central comme lieu de socialisation et moyen d’émancipation individuelle et familiale. Cette pression écologique, énergétique et vivante si elle paraît nouvelle affronte ainsi des forces d’inertie considérablement puissantes (foyer économique, capitalisme financier, oligarchie, élites technologique produisant des IAGR (Intelligences Artificielles Génératives dîtes de Régulation comme technique d’exploitation des signes de l’humain, ruse de la puissance des marchés sémiotiques [production des sémioses de la crainte et de la haine] et de mises en conformités violentes des réponses humaines …) dans une perspective de bifurcation claire devenue presque évidente pour les hommes et les femmes de bonne volonté, par la force de résistance du réel ; une transformation des frontières de l’humain et de ses impacts naturels, de ses cultures humaines et des milieux vivants qui permettent la vie sur Terre (l’expression de la vie pour les êtres humains).

Si la violence de l’Inerte qualifie ce drame existentiel et presque métaphysique, d’un certain système économique, (capitaliste ou autres, peu importe le nécro-système à l’œuvre et qui dévaste les vies sur Terre, les animaux, les végétaux, les montagnes et les océans …), il doit qualifier aussi les résistances fortes aux changements dés lors que ces changements sociaux-culturels et économiques affrontent enfin la réalité du climat – comme super effacement d’une croissance irrationnelle et démesurée par rapports aux différentes limites planétaires – franchies une à une – et qu’endurent les sociétés humaines et les sociétés de vivants contre elles-mêmes ; la peur est ici essentielle, la peur comme émotion primale et carburant des producteurs de morts, la peur de perdre ses anciennes modalités de vivre et de mourir, la peur de vivre des temps nouveaux incroyablement différents. Cette émotion centrale pour la conservation du pouvoir d’automatisation du repli égoïste sur soi (protection de sa famille, de sa religion, effort au travail et mérite, prix de sa seule existence, rachat de son âme morte …) et de nécro-systèmes de production à partir de ressources pillées en grandes organisations mondiales de tri complexes (pétrole, gaz, charbon, lithium, métaux rares, eaux …) en renforçant les passions tristes de l’humain, remet à plus tard les actions de transformation des sociétés et de l’Esprit humain repris, retraduit dans la modification écologique globale. Si l’analyse des dynamiques d’enfermement des êtres humains par un certain système économique purement idéologique et totalement hors sol par rapport aux urgences climatiques doit se mener jusqu’à la disparation du système lui même, il est sage de recommander la poursuite de la vie sur Terre dans des conditions d’exploitation de forces naturelles retraduites dans les véritables limites des capacités naturelles d’ouverture et de fermeture de la vie humaine.

Les différentes violences de l’Inerte si diverses en philosophie sociale – et souvent comme critique frontale d’une certaine économie politique néo-libérale ; l’acteur responsable ultime de ses choix sur un marché à conditions d’effectuation de transaction optimales et égales pour tous, les externalités négatives non gérées directement par l’entreprise, les solutions d’assurances et de banques optimisées grâce aux droits inscrits comme codifications juridiques du capital, l’actionnariat et le bénéfice net après des jeux de transactions complexes sur des marchés d’actifs ; la financiarisation globale de l’économie et les valeurs d’échanges abstraites qui ponctionnent l’effort démentiel du travail, la perte du sens et les souffrances des corps au travail ; il y aurait tout un livre collectif à créer sur cette violence dramatique qui empêche la transformation sociétale et économique et l’unité des vivants faces aux plus grands défis de l’humanité. L’inerte et l’abstrait – comme toutes les explications fétiches – fonctionnent comme deux images aux reflets lointains d’une exploitation du corps et de l’âme, le corps des travailleurs et travailleuses, leurs âmes blessées par une incroyable captation des forces organisée par l’industrie du numérique (smartphone, tablettes ou écrans-ordinateurs comme vol lucratif de l’expérience vécue par l’individu …), leurs incapacités expressives comme forme de maîtrise de leurs possibles revendications de masse ; ici tout autour de nous comme fin de la démocratie sociale ; la société de contrôle à haute intensité fonctionne déjà dans certains territoires, comme forme sociale et symbolique organisée pour préserver la vie des élites techno-oligarques et envoyer les pauvres et les faibles vers une destruction logique et naturelle (maladies, faims, soifs, sécheresses ou abandon social et culturel …)

L’Ego-cognition ; la forme spectrale de l’hédonisme vulgaire et l’ultime défiguration de l’humain – issues de la nouvelle économie technologique (IAGR, Datas-center ; l’espèce d’inconscience écologique lâche et imbécile …) qui détruit tout sur ses passages sinistres et cyniques ; là où le consommateur seul et toujours fiable est enfermé dans sa prison virtuelle ; il paye du divertissement de grande qualité, il ne pense pas à la puissance de la transformation climatique car le mur des écrans en tant que murs d’indifférences organisées sciemment par les politiques d’extrême droite et le techno-fascisme culturel qui arrivent ; ce mur là – un contre sens éthique – ce mur de divertissements obèses, de « gamification » débile de processus de travail ou de calcul de ses performances privées ..) provoque un détournement massif des attentions humaines et prévient le confort des oligarchies et de l’Empire économique contre les dynamiques de la transformation écologique. La conscience écologique planétaire, si elle est de plus en plus massive, diffusée rapidement par l’Internet, par des Institutions sérieuses et des associations et des ONG, ne peut pas ne pas faire sortir les sociétés humaines de leurs mouvements d’inertie par rapport à un développement industriel et numérique déjà ancien et complètement inadapté aux multiples crises écologiques urgentissimes que nous vivons. Ici l’espérance est l’émotion des futures sociétés vivantes ; les assemblées des mondes de la vie pour les femmes, les enfants et les hommes qui reçoivent un revenu universel d’existence et travaillent et s’activent pour les seuls projets d’atténuation et d’adaptation des sociétés (diminuer l’empreinte carbone, maintenir des bâtiments fonctionnels, travailler de manière sensée et raisonnable la terre, vivre avec les animaux, construire la sobriété énergétique, élaborer des liens sociaux utiles aux hommes, aux femmes et à la planète Terre, unique, incommensurable dans cette pluralité d’interactions démocratiques, sociales, symboliques, adaptatives et justes ou bien mesurées aux forces de régénération des vivants, respecter les promesses primordiales du contact avec la vie que nous éprouvions alors que nous étions encore enfants …)

Fragments d’un monde détruit – 213

Les Voyageurs d’Impossible

« La douleur déborde la logique, le rationnel, le langage. La douleur est une clé qui ouvre la porte de la communauté. Tous les grands sujets collectifs sont formés par la douleur – du moins ceux qui luttent contre l’expropriation du temps de la vie menée par le pouvoir, ceux qui ont redécouvert le temps comme puissance, comme refus du travail exploité et des structures d’ordre qui s’instaurent à partir de l’exploitation. La douleur est le fondement démocratique de la société politique alors que la peur en est le fondement dictatorial, autoritaire. »

Antonio Negri, « L’ontologie créative de la douleur » in « Job : la force de l’esclave », p.155, Traduit de l’italien par Judith Revel, Bayard, 2002.

Carl Gustav Carus, View of Dresden at Sunset, ca. 1822.

Rencontrer cette femme aimante, divine et glaciale,
et son visage défendu ouvert en milles facettes,
ses yeux noirs et verts qui glissent à l’horizon,
tenir sa main comme une promesse de futurs,
et caresser doucement ses cheveux noirs et gris,
là haut, aux sommets des buildings sombres, décolorés,
les parois de verres sont chauffées à cents degrés,
le bitume fond par plaques entières,
et nous sommes nés, nous, génération X,
génération sans futurs, remplis de libertés,
nous sommes les amants du siècle, le désordre,
les anges du désastre attachés au moteur aveugle,

du Capital rouge sanglant, qui fonctionne, inerte,
tout autour de ce moteur horrible, les thuriféraires chantent,
les gloires des trépassés, le soleil des vaincus,
ce vieil âge qui consomme à l’infini, sa disparition,
et le smartphone règne en roi des abîmes,
la projection de l’Ego collé sur l’écran,
avec le Temps mort des réseaux-machines,
et ces minutes précieuses captées,
dans les prisons virtuelles, nulles, égotiques,
ne sont pas données au monde qui se détruit,
les performants « performent » leurs cellules de forces,
les faibles sont éliminés et brûlés par le soleil.

Toucher la peau nue de cette femme impossible,
l’enlacer dans mes bras nus, épuisés,
embrasser ses lèvres de chairs, rouges et bleues azur,
creuser un abri protecteur au milieu des catastrophes,
ou bien faire advenir tout le monde d’après,
ton cœur qui bât le rythme des oppressions,
déploie les scansions qui découpent et avalent,
nos gestes hasardeux aux contacts des décisions fantômes,
l’annulation de l’action et la progression du mal ..
le rien ; le spectre-Nihil, ce puissant stimulant des désastres.

Regardez moi ; satires et bouffons-rois des Tyrans,
ceux là qui plastronnent fièrement en mondovision,
leurs émissions TV rutilantes, inspirent le dégoût,
car ils font mal aux autres et détruisent la Terre,
des livres-mondes vont montrer les chemins,
des livres-phares qui restent allumés dans la nuit,
et des musiques étranges vont perfuser vos rêves,
des films noirs vont montrer l’autre vie possible,
informer des ciels liquides de peintures,
des théâtres d’aurores déposés sur les plages,
des sculptures sociales et intemporelles …

Nous aimons la vie et la Terre encore vivante,
nous voyageurs des souvenirs de l’Impossible,
pays de l’amertume et des danses fatales et numériques,
nos temps sont les temps futurs, ceux là de l’Esprit social,
et des corps blessés qui guérissent aux contacts,
des milles tourbillons de vents, de pluies et de neiges,
et nous sommes les matières, les nerfs et les sons qui grippent,
les moteurs rouges-inertes et les mouvements morts,
nos gestes sont ceux du soin et de l’attachement,
nos voix trahissent la bonté d’un monde situé ailleurs,
mais le spectacle total, égotique, hypnotique et massif,
que diffuse le smartphone ; l’écran intégrateur,
est une forte résistance, une dimension inertielle,

à l’impossible, nos promesses sont données,
dans les flux de l’impossible monde qui advient,
avec ses causalités monstres, ses effets de chocs,
les machines effondrées, les sociétés vulnérables,
et quand je te regarde femme aimée,
je vois l’amour sorti de la terreur et du désespoir,
sorti des foyers d’isolement et de renoncement,
cette révélation de l’amour, puissance d’agir,
tout contre les travaux des spectres-figures,
des fantômes de la machine de perdition,
de visages en visages, en reconnaissances,
révèle les destins des enfants-humains à eux-mêmes …

Nous sommes faibles, vulnérables et blessés,
emportés dans les fracas des cités imbéciles,
et nous supportons les traceurs, les maladies, les surveillances,
le monde de l’Ego-drame hyper-connecté,
mais ils ou elles vont rencontrer les seuls futurs,
par les dimensions naturelles et les sciences de la décision,
les masses devront s’affermir et combattre,
renverser le monde qui conduit à la mort et au faux,
vivre dans les pays d’Impossible,
ce continent du désarroi, de l’angoisse et des remords,
quand tout ce qui avait été n’est plus …
Tenir les promesses humaines, rêver un être vivant.

MP – 10072026

Difformance

« Une grive s’est écrasée contre ma fenêtre :
une belle voix en moins
tuée par le verre, ce miroir –

magicien produisant une illusion d’arbres –
et par ma paresse ;
Pourquoi n y’ ai-je pas mis de croisillons ?

Là-haut dans l’air de la nuit
parmi les gratte-ciel la musique meurt
tandis que vous allumez vos faux levers de soleil :
votre lumière est la dernière obscurité des oiseaux.

Partout, partout
Leurs plumes tombent –
chaudes pas comme de la neige –
bien qu’elles se fondent dans le néant.

Nous sommes une symphonie mourante.
Aucun oiseau ne le sait,
mais nous – nous savons

Ce que produit notre magie nocturne
Notre magie de lumière noire. »

Margaret Atwood, « Sensibilisation à la lumière fatale », in « Poèmes tardifs » [Dearly], p.179, Traduit de l’anglais (Canada) par Christine Evain et Bruno Doucey, O.W. Toad Ltd, Robert Laffont, 2020.

[Le Monstre] : [estampe] / Jean Veber. Veber, Jean (1864-1928). Graveur

Il suffit de ne pas voir, d’éviter l’absence de figure humaine,
et pour laisser le dégoût de cette vision ne pas subvenir,
ne pas regarder l’étranger en face et creuser l’ombre absente,
refuser toutes les rencontres avec cet enfant-monstre,
changer les regards fixes des possédé.es,
quand le voir de la nuit est perdu au fond des Temps,
tous les couloirs absents de toutes les rencontres,
dans les angles des chambre suintent nos angoisses,
qui filent des métaphores comme des toiles d’araignées.

Et le monstre dieu sait qu’il ne peut être vu simplement et tranquillement, il est au courant de la gêne et de la répulsion immédiate, à chaque tentative de le voir en face, dans les puits d’abîmes mais la maladie en nous creuse un abri pour la mort,
un noyau d’abîmes froides et de nuits sans étoiles,
la face torturée et le monde de tous les autres, fuyant et effacé,
nous sommes les spectres figures, les renégats de l’acropole,
nous reconnaissons les certitudes vivantes, et les jours se lèvent,
ils marquent leur temps par le soleil brûlant, cette opale de flammes,
mais nos faces monstrueuses ont été vidées de toutes expressions …

Les autrefois visages perdus, infiniment nombreux, tout en arrière,
tués par la maladie chronique, sombre, inerte et fatale,
sont fixés dans des vieilles et rares photographies,
on peut les consulter comme on consulte avec regrets, le passé,
et de ce passé – KSR – rien ne passe, rien ne survient au présent,
il fait froid dans le visage meurtri de l’enfant-monstre,
personne ne s’y reconnaît, rien n’est accueilli dans cet endroit terrible et tous les jours, la solitude immense envahit tout,
on en vient à chérir la compagnie des fantômes, le bruit que font les spectres,

les vieux livres dans les chambres d’enfants travaillés par la mer,
la lune gibbeuse et le manteau d’étoiles à minuit,
et quand tu nous regardes tu ne vois plus rien,
ni souffles de l’âme, ni braises vivantes, ni compagnons d’infortune,
nous sommes le futur trépassé, l’absence de Temps, le corps-vide,
le soleil noir éternel qui a fixé l’obscure présage et la nécessité,
l’immense vide qui grandit au milieu de nulle part, la promesse anéantit, notre absence de visage humain est une société cruellement absente, le regard gêné ou fuyant et la couche de politesse affreuse et sirupeuse.

Et tout est écrit dans le monde des lettres machines,
les lettres de glaces et de flammes, le K du sculpteur,
le corps même souffrant et abandonné, dans l’éternité,
s’est traduit dans ce futur des traces et des mouvements épais,
tu pourras te nourrir à la source de tous les enfants-monstres,
voir les nombreuses sculptures de signes complexes,
te promener libre dans nos avenues fières et nos chemins de traverses. Ici la cité des mondes perdus, détruite par la maladie,
tu pourras investir nos ruines et pressentir notre possible futur …

En attendant cette mort ultime, notre monde est si étrange et tout seul. Il est une immense terre de solitude et l’âme de l’oiseau magique que nous chérissons pour son chant et ses couleurs vivantes,
qui voyage comme un esprit au milieu des contrées désolées,
passe et repasse dans nos lignes de vies et de sentiments,
nous sommes difformes et monstrueux et nous inspirons la pitié,
et la fatalité de cette transformation s’est répandue partout,
mais nous croyons possible la transmission de nos forces, de nos créations, nous parions sur de nouvelles aurores, de nouveaux crépuscules et nos parts d’enfance métabolisent les récits des futurs.

MP – 04072026

Disclosure Day

Voir « Disclosure Day » de Steven Spielberg (2026 – avec une musique de John Williams) et le voir comme un événement cinématographique à portée impressionnante et multiple : un film d’une importance majeure non pas seulement dans la carrière du réalisateur mais pour re-déterminer le genre Science-Fiction & Anthropologie sociale et pour une esthétique de l’espérance au XXI° siècle ; l’expérience du spectateur de ce film doit pouvoir se traduire dans différents domaines ; esthétiques, éthiques, philosophiques et politiques. Le scénario du film est simple et puissant ; une espèce extraterrestre a été rencontrée par des êtres humains il y a déjà plus de 70 ans (Roswell, Juillet 1947), cette espèce est doté d’une technologie, de capacités de communication psychique et d’une intelligence largement supérieures aux nôtres ; et le secret de cette rencontre extraordinaire est gardé férocement par une corporation « mutique » ; Wardex. Wardex s’occupe d’ingénierie biotechnologique de défense, de cybersécurité gouvernementale comme de cryptographie. Deux élu.es ont été choisis par les extraterrestres à la fin des années 1990 ; Margaret Fairchild, une présentatrice météo de Kansas City et une femme télépathe qui s’ignore (Emily Blunt ; une actrice ici exceptionnelle dans toute l’habileté expressive de son visage, de ses yeux, de ses mouvements gestuels) et un jeune homme de chez Wardex, Daniel Kellner, (Josh O’ Connor) expert en cyber-protection des patrimoines numériques et en mathématiques appliquées à la cryptographie de défense. Les deux élus ont fait l’expérience du contact magique et décisif avec les étrangers dans leur enfance. En parallèle et à l’intérieur même de l’activité de défense de Wardex, un groupe de rebelles s’est constitué au fil des ans dont l’ambition est de révéler au monde entier la présence des extra-terrestres, le jeune expert en langages mathématiques a été recruté par ce groupe, il y a longtemps, il dispose de multiples clés de stockage contenant tout les dossiers numériques classifiés « secret défense » attestant de la rencontre inhumaine, extraordinaire. Son ami.e Jane (incarnée par une jeune actrice si juste et si proche d’une passion religieuse et amoureuse – Eve Hewson) – embarquée dans l’aventure est une ancienne novice et sa foi intacte va se confronter à ce mystère d’une nouvelle révélation.

Ce scenario simple et puissant fait s’affronter en direct deux lignes de pensées – (1) le cryptage de données et d’informations ou le fétiche cryptographique qui protège l’humanité d’une révélation insupportable à elle-même – que devient Dieu et la révélation de la Genèse si une autre espèce existe dans l’univers ? Ou vont se situer nos repères religieux et métaphysiques ? Comment survivre dans un monde où le dieu humain a perdu sa position face à des altérités radicales  ? – et (2) la diffusion massive d’une vérité transcendante par la puissance du Network américain qui dépasse et anéantit les seuils de référence au monde habituels et les rapports de force infra-humains. Ici il s’agit de s’interroger sur l’impact social et anthropologique d’une vérité ultime que l’on pressent redoutable mais unifiant en termes de réactions humaines ; mais l’intérêt éthique et philosophique premier de ce film réalisé par Spielberg (il faut aussi replacer ce film dans son contexte de réalisation et en échos à d’autres films du réalisateur ; « Rencontres du troisième Type », (1977) « E.T l’extra-terrestre », (1982), « La liste de Schindler » (1993), et « la Guerre des Mondes », (2005)) – provient d’une réflexion sur la capacité empathique de l’être vivant au travers d’une bluffante invention filmique de la mobilité de la couleur des yeux et du regard dans un visage humain ; ainsi un artefact extra-terrestre permet de se projeter dans le corps d’un.e autre et le film montre alors la possession comme contrôle de l’acte à distance – et le déplacement gestuel de l’étranger et de l’hôte – par le changement de la couleur de l’iris et le mimétisme à distance ; de même Emily Blunt est une médium, elle parle la langue extra-terrestre ou n’importe quels langages humains, elle peut pressentir le vécu d’un.e autre rien que par son contact proximal et visuel, elle porte la foi en une nouvelle humanité …

Ici la capacité empathique dans un groupe humain devient la clé filmique – un outrigger scénaristique – d’une réflexion plus originale en psychologie sociale et en philosophie de la forme symbolique attentives aux formes d’intercommunication maîtrisées par les pouvoirs médiatiques, psychosociologiques, économiques ou militaires. Ce qui a été transmis aux élu.es humains est la capacité de se mettre à la place des autres et de ressentir pleinement leurs vies dans tout leurs aspects ; la souffrance, le deuil, la joie, l’amitié, la violence, l’amour – et cette capacité de contact sensible peut s’exprimer dans une langue ou dans une image ou dans une musique, dans un livre ou dans une vidéo .. La puissance émotionnelle du film tient donc aux rôles des deux télépathes qui perçoivent différemment le monde et servent de médium à une force ou une intelligence supérieure à eux. Cette forme de vie supérieure à la notre s’incarne aussi dans les animaux les plus ordinaires (les cerfs, les renards ou les oiseaux …) ; toute la bio-sphère du vivant dont la diversité complexe et la délicatesse semble protégés par les extra-terrestres parce qu’ils sont eux – ces animaux si vulnérables – déjà des corps de médiation du sens de la rencontre.

Pour quelles raisons d’abord esthétiques et éthiques ce film est-il important en cette année 2026, à la veille du 4 juillet 2026 ? Pour la bonne et simple raison que l’empathie humaine – la capacité à se mettre à la place des autres et à se comprendre soi même du point de vue des autres [un apport majeur dans ses développements réflexifs, complexes et étendues de la Philosophie Sociale de G.H. Mead] – est une émotion sociale de plus en plus rare dans nos sociétés et qui semblent étouffer sous les pressions d’une organisation computationnelle et algorithmique des performances psychologiques, économiques, militaires, précisément asociales de l’être humain. Le rétrécissement de nos gestes vers un cœur étriqué et un esprit calculateur et froid – des passions tristes mobilisées par des systèmes capitalistes autoritaires – l’égoïsme, la vanité et le chacun pour soi de l’homme stratégique est bien montré en filigrane par les développements thématiques de ce film assez remarquables et importants pour souligner l’actuelle détresse éthique du monde humain – les extra-terrestres ont été enfermés pour subir des analyses médicales poussées, ils ont été soumis à la torture et à la violence de l’agression humaine, leurs avancées technologiques doivent constituer un atout majeur pour l’industrie de la défense. Certaines vidéos lors du jour de la révélation nous feront part d’une expérience collatérale avec la barbarie nazie et la découverte des camps de concentration ; comme pour souligner cette limite éthique au delà de laquelle, nous ne serions plus humains dans nos réactions, nos pensées, nos désirs ou nos passions. Et l’empathie d’un groupe de sociétés humaines par la puissance de diffusion issue d’un complexe médiatique perfectionné et très large géographiquement est ici souligné avec profondeur et justesse lors du jour de la révélation ; on remarque toute la puissance du réseau Internet et des câblages de télévisions comme canaux de diffusion massive utilisés pour le « Disclosure Day ».

La compassion humaine, la pitié naturelle et les capacités d’empathie socialement promues à leurs justes valeurs et la puissance d’influence de médias libérés du joug autoritaire, économique ou oligarchique peuvent briser les murs d’indifférences bâtit par Wardex et le gouvernement – c’est finalement ce que nous montre ce film si important à ce moment là – les 250 ans des États-Unis et de la démocratie constitutionnelle américaine massacrés par un président « show-man » et une équipe totalement « hors sol » et dangereuse pour le monde et pour l’Amérique. Non la politique du secret comme zone stratégique, levier de pression et d’enrichissement personnel et l’idéologie de la fausse transparence ne provoqueront que chaos, haine et indifférence. Non, aussi bien l’économie mortifère et la défense du secret comme régression sur soi-même, et accaparement des droits de se reconnaitre ne peuvent aboutir à à une conclusion heureuse pour sa propre vie et la vie de ses autres vivants. C’est le message humaniste et très éclairant, porté par ce film important – et ceci par un contraste saisissant entre l’inhumanité des extraterrestres ou des êtres vivants eux-mêmes et l’humanité comme forme de l’altérité et héritage culturel, religieux, naturel – la culture de l’empathie, comme capacité de transformation sociale-symbolique des sociétés, comme la construction et la préservation jamais finies du lien social sont les deux pivots du respect de la forme humaine de pensée et de vie.

Fragments d’un monde détruit – 212

La couleur froide

« Avec un imprévisible accord au creux de l’été,
dans la sotte torpeur du profond de la sieste,
une brise parcourt ma nuque et mon dos.
Je me plie au savoir de son enveloppant office
et m’abandonne au sommeil, tandis que le soir brûle
dans l’impassible flamme qui ne consent aucune trêve.
De la llama en que arde « – De la flamme ardente – » »

María Victoria Atencia, « Une brise », in « Poésie espagnole : Anthologie 1945-1990 » p.205, Présentation, choix et traduction de Claude de Frayssinet, Unesco et Actes Sud, 1995.

Peinture : Stéphane Weber

Les jours de plomb, assommant, n’en finissent pas,
ils stationnent au plus près des corps, creusés dans les veines,
chauffés au maximum, le sang bouillonne et le son,
caché dans l’abîme de feu, le son de ma voix s’étouffe,
au loin je vois les couleurs froides, les eaux dormantes,
un mirage posé au milieu des cités de béton, immobiles,
et les pauvres comme des drôles d’oiseaux encombrants,
gardés bien au chaud dans leurs cellules,
suffoquent à la mesure des trains de minutes figées,

leurs minces filets de voix épuisées, ne disent plus rien,
et l’appel à l’aide est brisé par les mornes bataillons télé-viseurs,
la vitre et les codifications Alpha, la mort en paillettes,
il fait froid où plus loin seulement dans tes rêves,
la couleur froide est nichée au cœur des neiges éternelles,
elle luit à la surface des rivières glacées, les arbres penchés par le vent et l’air que nous respirons est l’air suffoquant,
les armes dans les bétons brûlants, les verres des vitrines, chauffés,
les automobiles, les viandes grillées et les rejets dioxydes,
toute cette foultitude de faux besoins, d’angoissantes présences …

Et les pixels qui rutilent dans les yeux pastilles des internautes,
les yeux fixés sur l’écran, regardent et regardent encore,
tout autour des cages numériques ; tout s’effondre,
les paniques morales d’aujourd’hui, risibles, futiles ou dangereuses,
font perdre du temps à la préservation de la vie,
et le feu dévore l’intérieur des traces, des programmes, des histoires,
il est multicolore, enveloppant, il voyage seul au delà des mondes,
et si la glace peut chauffer, le feu protège tout à la fin,
les seuls actes et projets qui accomplissent des changements …

Et si je pense à la couleur froide, nue et alerte,
je pense aux pluies, aux neiges, aux fraîcheurs vives de la forêt,
les coins d’ombres, perdus au milieu de nulle part,
là où le soleil ne transperce pas, le feu s’est mué en froideur,
où il frôle seulement les sommets des grands êtres végétaux et froids,
dans ces abris de pénombres protégés de la fureur industrieuse des humains et j’aimerais creuser encore sous la terre vers la froideur,
creuser et rejoindre les mers de la transformation,
l’eau glacée prés des icebergs, le vent qui fouette ton visage,
boire les eaux douces des rivières et des lacs,

au cœur des cités chauffées à blanc, les humains cuisent,
dans les briques d’appartement brûlantes,
par milliards quand bien même l’économie capitale,
et les seules échappées belles sont les écrans allumés en permanence,
l’attention captée jusqu’aux nausées de soi,
ce sont des temps vidés de toutes utilités, de tout futurs, de tout contacts, après tout, je souffre et j’ai droit à une récompense …
Dopamine et agressivité ; les noires sensations du dressage,
les lumières chimiques luisent dans ton esprit de prisonniers,
et les futurs en échecs s’accumulent à n’en plus finir,
le contrôle du présent est détruit, le virtuel gagne et il temporise,
nous n’avons plus rien à faire de nos journées.

Le spectre Nihil avance sur toutes les ruines électroniques,
toutes ces décharges à l’extérieur, pourrissantes par le soleil,
le hardware et les métaux déchets, l’eau qui s’évapore,
les électricités bleues qui ne servent pas à l’essentiel,
l’exploitation termine ses programmes d’inter-activités,
on doit se plier en quatre aux ordres des commandants,
que reste t-il quand le feu a tout dévoré ; des nuages de cendres,
affreuses, terrifiantes, les lignes des corps malades, éventrés par les flammes et nos soins sont saturés d’alertes, de cris d’enfants, de douleurs et celles et ceux qui font face, font le travail du courage …

Il est inutile de se rencontrer ou de se reconnaître,
je souffre trop du feu intérieur qui transparaît, cloisonne et mutile,
et personne n’écoute la musique que jouent les couleurs froides,
cette tension vers un horizon de bien être, de bien vivre, ensemble,
le feu glacé, les eaux merveilles, les yeux aimants, la pluie d’un orage qui rafraîchit, le choc d’atmosphères, d’ambiances froides et chaudes,
il est temps de sortir des cages complexes, de voir le monde tel qu’il arrive, en images super-flippantes, en mises en scènes du désastre,
les morts du Temps appellent sur les parois des télé-viseurs,
ils chuintent en masse des mélodies éternelles,
ne les oublient pas, mais promets de vivre plus loin avec nous.

MP – 26062026

Programmé pour détruire

L’effet d’une augmentation majeure des températures, l’augmentation drastique des épisodes caniculaires et l’effondrement de la biodiversité comme l’acidification des océans et la production de GES (Gaz à Effet de Serre) montrent avec l’implacable expérience vécue de la transformation climatique – sociale et environnementale -, les impasses complexes et multiples vers lesquels conduisent les hyper-capitalismes extractivistes et prédateurs [où forcent violemment à s’y conduire dans une automaticité sidérante en régimes autoritaires ou dans les nouveaux totalitarismes] pour détruire, enfermer ou décomposer nos sociétés humaines traditionnelles. L’importance de cette nécessité de l’autodestruction sociale, humaine, vivante, forte et puissante et creusée au cœur des logiques d’expansion de l’hyper-capitalisme de prédation et du capitalisme fossile peut tenir à la norme générale du capitalisme « la recherche du profit maximal » en dépit du bon sens et de la préservation des milieux de vies et des sociétés humaines. Insister sur le moteur du capitalisme autoritaire comme spectre figure d’une certaine direction technologique et culturelle impulsée par des fortunes mises au service de politiques de destruction du vivant, c’est revenir aussi sur les programmes d’extrême droite dont les principaux marqueurs vont à l’inverse du chemin de l’histoire naturelle de la planète Terre ; chercher encore du pétrole et du gaz, augmenter le nombre de sites de forages, exploiter la ressource en eau pour des usages artificiels, (Industrie, data-center, agro-business ..) augmenter les naissances sans s’interroger sur les conditions mêmes de l’existence humaine (le fameux et triste vocabulaire de « réarmement démographique »), ou bien favoriser un certain ordre naturel venu de Dieu ; défendre violemment une norme de l’hétérosexualité, promouvoir le patriarcat dominateur, la pénalisation de l’homosexualité et l’éducation par dressage aux valeurs virilisantes (égo, compétition, jeux de pouvoirs, rapports de forces …)

Ici, le nœud de la critique philosophique, politique et culturelle des programmes de défense de l’expansionnisme capitaliste ou nationaliste doit relier ensemble avec constance, détermination et sérieux, la question sociale-symbolique et la question écologique ; construire et favoriser une culture de la sobriété dés le plus jeune âge, cela signifie transformer en profondeur les systèmes normatifs et les systèmes sociaux-éducatifs de masse ainsi que les socles de valeurs hérités d’une expérience du vieux monde – un passé industriel qui ne contacte plus aucun échos pertinents au présent – maintenant totalement dépassé par les urgences présentes et les catastrophes possibles, présentes et futurs. Agir collectivement à l’intérieur d’un vieux monde dont le sens interne est l’exploitation de la force de travail, le mur d’indifférence(s) vis à vis de la pauvreté et des migrations climatiques et la protection des puissances financières, c’est commencer par montrer – par tous les moyens possibles – la logique d’autodestruction de la vie sur Terre portée par l’hyper-capitalisme de prédation et le capitalisme fossile. En ce sens, lutter contre le nécro capital revient à accélérer les voies de sortie des énergies fossiles, promouvoir les mix décarbonés partout (ENR, Nucléaire …), promouvoir du travail et des modes de vies plus respectueux des vivants, favoriser des habitats adaptés – les solutions à la transition sont connues mais leurs mises en application butent contre l’inertie puissante et la résistance du système de contrôle par l’exploitation des inégalités économiques et sociales et la conservation du pouvoir dans les Empires par une super oligarchie dirigeante.

Une réflexion philosophique sérieuse sur les effets bloquants de cette inertie, (un vieux monde économique de par ses fonctionnements mêmes et sa logique de constitution interne – ou d’autonomisation déraisonnable – engendre la mort par sa séparation artificielle du vivant et de la socialité du monde – ici le travail de Karl Polanyi apporte une grande clarification notamment la notion de désencastrement et d’autonomie de la sphère économique vis à vis de la société – « La Grande Transformation : Aux origines politiques et économiques de notre temps » [1944])) peut entraîner d’abord une attention précise portée à trois niveaux de sortie du régime d’hyper-capitalisme, de capitalisme autoritaire ou d’anarcho-capitalisme vers lesquels nous entraînent le techno-fascisme culturel de masse ; (1) l’expérience vécue et sensible des groupes vivants (humains, animaux, forêts, océans, montagnes, ciels ou déserts …) et leurs traductions culturelles, populaires et symboliques, [combien de films catastrophes abordent ils – sérieusement et non pas sous la forme d’un blockbuster hyper musclé – la question de la transformation énergétique ou les grands désastres climatiques sur la planète Terre? ] (2) la décorrélation du salaire, du mérite et de l’emploi économique reliés au travail productif avec l’instauration d’un revenu universel d’existence de base, présenté ou motivé par la question du respect environnemental [comment mobiliser réellement des humain.es pour participer et accomplir les chantiers titanesques que demandent la transition climatique ?] (3) défendre la société démocratique et les principes de coopération sociale-symbolique par la défense du vrai, du juste, du beau et du bien comme « tension éthique vers » des indéfinissables purs et un horizon de pratiques liées [combien de tyrans et de petits oligarques se présentent sous l’aune d’une vérité naturellement indépassable – un ordre de choses à conserver – pour laquelle les masses de vivants devraient obéir sans résister, sans revendiquer ?]

Les guerres d’expansion nationalistes menées en périphéries des Empires et l’espèce de scandaleuse habitude du spectateur mutique pris dans une certaine Médiacratie participent dans les sociétés de contrôle à haute intensité (en Chine ou en Russie par exemple, par certaines lignes de transformation de l’opinion publique dans les États-Unis de Donald Trump) à ce fameux mur d’indifférences, fabriqué par l’espèce d’assurance implicite et collective de ne jamais éprouver un contact direct avec les souffrances climatiques ; refouler cette détresse loin de ma famille, refuser les réfugiés climatiques, renforcer nos frontières (par des HUB européens par exemple) et rester bien protéger dans mon cocon numérique (par l’attention et l’empathie cannibalisée par le smartphone et l’ordinateur personnel), « je « demande aux médias de me raconter une autre histoire du monde vivant, « moi » seul sait avec d’autres que la vie que je mène est une bonne vie, loué par le seigneur, dieu le père ou mon fétiche personnel. L’éclatement en communautés ou groupes sociaux fermés des sociétés humaines est là aussi une dynamique de destruction possible de la vie sur terre avec tentation de l’archipel ou des territoires gouvernés par la Tech et la puissance oligarque. Mais c’est l’économie politique en régime hyper-capitaliste qui doit diriger la décision sociale et politique eu égard à l’application stricte et violente de cette norme – l’enrichissement maximal et la défense des intérêts privés. « On » présente – un fait du prince – comme nécessaire des dynamiques de groupes et des motivations ou des raisons d’agir individuels qui heurtent frontalement la direction que prend l’état du monde et les transformation climatiques.

Sortir du programme écocidaire, revenir à la sobriété et aux attachements ordinaires qui font une vie heureuse, c’est donc en venir au cœur de la machinerie capitaliste, non pas seulement (1) la marchandisation du monde comme forme spectrale ou fétiche des objets consommables, mais plus profondément, (2) les différentes manières dont on motive des individus pour travailler et gagner leurs propres vies « à la sueur de son front » – l’espace des raisons d’agir formé en écologue et en ergologue – dans une analyse des activités humaines disparates, reliées enfin aux besoins écologiques réels de la Terre – c’est à dire (2.1) promouvoir énormément de métiers manuels utiles à cette transition et à l’horizon de pratiques responsables – (3) promouvoir les manières politiques, sociales et culturelles (hors du virilisme, de la haine de l’étranger et de la trad-wife) dont les salaires ou les rémunérations de la quantité de travail investit dans les situations de travail ne seront plus que des appoints possibles par rapport à un revenu universel dit d’existence (avant de disparaître tout à fait sous la forme « argent », c’est là un des enjeux des sociétés coopératives futures en 2050). Ici, il s’agit aussi d’une ambition philosophique et économique forte en direction des situations de jeux coopératifs d’acteurs/actrices orientées vers des activités qui favorisent le respect du vivant directement et non sous la forme d’un « green washing » ou du capitalisme vert, trompeur, vain et superficiel. Les freins idéologiques, technologiques et culturels sont nombreux – pas insurmontables tant la gravité de la transformation climatique et énergétique est là par angoisses, savoirs et expériences – et la lutte contre le négationnisme climatique doit s’intensifier en compléments d’une réflexion profonde menée sur les mobilisations collectives, présentes et futures – les moyens, les formes et les techniques de ces mobilisations en faveur de la vie – toutes ces interactions humaines, machines et vivantes qui vont atténuer le changement climatique et permettre de stabiliser la vie sur Terre.

Fragments d’un monde détruit – 211

Impasses & Déréalisations

« quand s’ouvrira la bouche de la terre
les ombres crieront pour leurs mères
les mères crieront
pour leurs fils
quand s’ouvrira la bouche de la terre
entendrons un mot de feu seul
la soif
nous portera le souvenir de l’eau
quand s’ouvrira
et le silence seul qui donne l’épouvante
jettera à notre visage
de là revenant
la réponse »

Clarisse Nicoïdski, « La bouche / La boca », in « La couleur du temps » p.69, Préface de Marcel Cohen, Traduit du judéo-espagnol par Florence Malfatto, Gallimard, 2023.

« Morning. After rain, the park glows green beneath a dark sky ».
The Encyclopedia of Light. By Peter Schmidt, April, 2022.

Le soleil fixe, unique et brûlant irradie tout l’horizon et le cri,
il y a encore des égaré.es qui font la guerre entre eux sur la Terre,
ils réagissent pour aller plus loin et détruire le vivant encore plus …
Car leur monde est un ancien monde, devenu la pire chose qui advienne .. L’extraction fossile, la fermeture des frontières, le mâle puissant et immonde, leurs autorités sont programmées pour l’autodestruction et leurs rêves « tautistes » se glissent à minuit, dans les cauchemars des enfants, leurs langages morts, alignent des suites de phrases probables, dans des systèmes de communications fermés de l’intérieur,

et la référence au seul monde ordinaire et à la vie a été perdue,
ce contrôle qui vise l’atténuation des effets de ce Temps est fragile,
et leurs habitudes s’ancrent dans des voies sans issues,
il faut rappeler la puissance négative de la réaction ; les passions tristes, [haine, jalousie, crainte, envie] – on aime bien ce qui conserve tout l’ordre intime des psychologies du pouvoir, et travailler pour le pouvoir est gratifiant, on y gagne bien sa survie, on aime la main qui nourrit bien et protège, les paroles qui complimentent, rechercher la liberté de vivre en dehors de l’impasse,
l’impasse du capital stupide qui exploite, sérialise et tue,
l’impasse des énergies fossiles, la dopamine et les bien trop nombreux …

Regarde le soleil bien en face, ennemi.es, il luit dans ton cerveau,
sa lumière sombre dévore tes idées de carbo-producteurs, le désert,
et la technique extractive dont tu prétends posséder la pleine réalisation, bute contre les milieux vivants dévastés et la déréalisation complexe de la vie … Toutes et tous branché.es en continu sur et par des réseaux informatiques, câblés sur l’horreur primitive de la jouissance de soi et pour soi,
nous sommes les créateurs vils, égoïstes de la puissance d’extinction,
des sociétés, des coopérations sociales, des entraides mutuelles,
et le masque numérique – objet vide et néant – est parfaitement ajusté ; on le porte en se connectant aux écosystèmes de preuves, de replis sur soi et de traces,

la voix de son maître Ego vrille à l’intérieur des esprits interconnectés, on n’y sent plus la chaleur insupportable et cette fatigue démentielle,
nos bâtiments dernier cri sont climatisés du sous-sol au sommet,
le soleil apparaît au loin comme une menace diffuse et contenue
et les signes-symboles de notre langage, sont des instruments de conformation, grâce aux intelligences régulatrices, nous fabriquons le seul monde rassurant, stable et futur, tout est virtuel et puissance, tout est démesure, prévisions et idiotie,
et la terre brûlée chemine dans les esprits, les gestes ou les désirs …
A quels moments, vous sortirez vaincu, de ce monde de machines programmées ; rompre avec la dynamique d’accumulation des forces réactives …

Qui à la puissance de se dire « non », « non, je ne veux pas de ce monde ! », un ordre capital, industriel et total qui colle à la peau, efface les visages, pénètre chaque situation de jeux sociale et remplit la vue, en aveuglant les yeux, d’un manteau lourd d’illusions puissantes et de commandements, conduire l’humain et les vivants à leurs propres pertes, les « Warm-Technologies » qui détruisent la planète Terre, le ciel, la mer et les océans et le soleil fixe – indépassable – regarde à l’intérieur de l’abîme, les dirigeants néfastes fabriquent en série des mauvais gouvernements et le seul enjeu crucial des futurs est mis à la trappe, aux oubliettes ..

Ils veulent l’obéissance aux programmes de déréalisation,
la négation des changements climatiques, de la transformation,
l’exploitation pour l’écocide et les traces fermées de l’industrie, du plastique et du feu, mais leurs programmes finalement sont dangereux et ne sont pas réalistes, le mur du soleil et des sécheresses, l’eau polluée, l’air vicié, le vent brûlant sur un vieux visage parcheminé, la faiblesse organique, l’enfant perdu et la voix qui s’affaiblit avant de disparaître, toute la puissance du réel et de la vie, va emporter leurs terribles et sinistres croyances, les faire basculer ensemble, au delà d’eux-mêmes, cette sagesse venue d’autrui dans la nuit du monde pour dompter l’angoisse des changements.

MP – 19062026

L’ordre impérial

Vivre à l’intérieur de l’Empire comme forme globale d’organisation de la vie humaine et animale sous perfusion de l’hyper-capitalisme de prédation revient bien souvent à expérimenter les modes de rapport à soi métabolisés et diffusés dans tout les interstices sociaux-symboliques de nos échanges. C’est à dire éprouver dans sa chair, les styles de conduite humaine adaptés à la promotion des normativités et des valeurs promus par l’ordre impérial ; de quoi parle t-on exactement ici sinon 1) de la norme de l’enrichissement maximale – chacun recherche ses intérêts bien compris et une vie réussie est une vie gagnée par l’argent 2) les valeurs égotisme et compétition comme repli stratégique sur soi qui maintiennent la réussite personnelle comme l’axe central de développement du soi. Il est commun de percevoir l’effet de la mise en ordre impérial par une conformation sévère des réactions et des attitudes devant des situations de la vie ordinaire ; par exemple la peur comme émotion primitive est devenu le carburant essentiel de ces ajustements de scènes de la vie économique et sociale-symbolique ; elle permet de fuir ce qui n’est pas conforme à une certaine stéréotypie de conduites ; (1) calculer ses avantages et des inconvénients sur un marché de services, de forces de travail et de biens, – chercher son utilité maximale -, éviter les peines et les douleurs, (2) refouler et rejeter un comportement ou une voix différent.e du comportement standard ou de l’univocité du groupe d’appartenance, rester conformiste à tout prix.

La logique de mise en ordre est une logique de la transparence à soi et aux autres, par la pénétration des systèmes psycho-communicants – réseaux asociaux et hardware – à l’intérieur des sphères de la vie domestique et dans tout les pans de la vie quotidienne ; « le mur de la télécommunication » est ici le type de rapport remédié techniquement par le smartphone et l’ordinateur, qui met l’individu – imbriqué – constamment face à lui même dans une autoconstruction virtuelle et fictive de sa propre vie. Ainsi, l’ordre impérial capitalise sur l’asservissement complexe des psychés « digitalisés » et l’assujettissement global – l’individu – comme unité de reproduction de l’ordre économique – à un pouvoir psychologique, technologique et tyrannique. Le rapport à soi substantiel se joue ici dans une cellule privative, placée dans le complexe des cages – l’architecture de la surveillance – chaque individu est connecté à son espace digital privé, espace capté par une propriété privée ou une multinationale sur étatique — pour entretenir un face à face égotique, irrésolu, vaniteux ; une petite partie à l’intérieur d’un tout, partie qui ne communique presque plus avec ses autres. La force de ce partitionnement complexe et de ces incarnations innombrables (des milliards de cellules digitales sont créés par les smartphones) de l’Empire permet une diffusion du psycho-pouvoir à tous les interstices sociaux symboliques comme vers tout les domaines de l’activité humaine (travail, art, famille, loisirs, sports, amour, amitié …)

Et on ne sort pas de l’Empire en claquant des doigts, facilement, aisément, comme on sortirait d’un lieu et d’un temps en ouvrant une porte, ou bien par la simple impulsion d’une démarche et la volonté personnelle ; analyser la force de l’emprise psychique qui rend le travail de « la différance » si difficile (le lointain et le proche, la langue figée du pouvoir, l’absence créative, la fuite et la complexité des dimensions des discours – « l’écriture et la différence », J. Derrida, 1967), c’est bien en venir à la description complexe des mécanismes d’appropriation des réponses individuelles et collectives dans un sujet de la représentation centralisée et officielle des états de choses et de la rivalité sociale-symbolique. La pression à la conformité est dans certaines situations très grande, elle ajoute à la peur de la différence, le sentiment de honte comme bloc de pression diffus, liquide et force d’adhérence aux logiques impériales ; « j’ai peur/honte de m’entretenir avec elle ou lui, j’espère que l’on ne m’a pas vu le faire, personne ne doit savoir » ; toutes stratégies d’identification du même par le même sont ici des stratégies de conformation des corps, des décisions, des langages humains à la domination hyper-capitaliste. Les liens sociaux ordinaires ainsi fragilisés parce que devenus des cibles de déréalisation par le psycho-pouvoir, deviennent si rares et si précieux pour les opposant.es et les dissidences organisés.

Les quatre principaux objectifs de l’Empire – identifier, isoler, terroriser, s’enrichir, perpétuer – , se rejoignent dans un seul objectif central qui commande à tous les autres ; conserver le pouvoir à tout prix ; déployer des techniques de conservation du pouvoir et en protéger la compréhension par les dissidences (il faut penser au « Prince » de Nicolas Machiavel [1513] comme technique de description critique du pouvoir par le double langage, Machiavel donne les clés de conservation du pouvoir au prince et aux sujets du prince ..). Pour ce faire, le complexe des cages dans les sociétés de l’information et de la cognition, comme outil de contrôle psychologique maximal, comme force de partitionnement de l’ancienne vie sociale symbolique en cages numériques, autophagie et auto déréalisation de sa propre vie, répond aux formes contemporaine de l’hyper-capitalisme ; ego maximalisé, anarcho-capitalisme, compétition féroce, repli sur soi, lutte pour la sélection des plus forts … L’énergie psychique et la tension corporelle déployées dans ces cages, permet une forme de sublimation inversée qui ne profite guère au travailleur et dont l’essence créative, abstraite extraite violemment par le capital est réinjectée dans les circuits de conditionnements des réflexions des émotions et des conduites adaptés à l’ordre communicant – le branchement des cognitions et des corps aux réseaux informatiques. La peur est l’émotion impériale par excellence ; elle est le ciment brut de la déréalisation et de la délation ; ferment d’un ordre asocial nouveau adapté aux technologies de sérialisation et de standardisation de l’expression humaine comme les Intelligences Artificielles Génératives de Régulation (IAGR).

Dans les sociétés de contrôle à haute intensité, marques sociotypiques de l’Empire, les technologies de régulation des activités humaines appuyées sur les Intelligences Artificielles Génératives représentent des moyens complexes de contrôle avancés des individualités dissidentes ou des subjectivités non conformes. En effet, l’adhérence à la forme-machine du langage produit aux kilomètres sans autorités, ni créativités, ni usages sociaux installés et sans logiques auctoriales, se traduit par l’effondrement des pratiques de lecture et d’écriture dans les populations sommées – par la force du chantage économique – de se conformer aux résultats bruts des machines y compris dans la partie la plus profonde et la plus intime d’eux même ; leurs capacités expressives personnelles. Le forçage économique des IAGR en permettant leurs déploiements hasardeux, violents et mal pensés, répond à un souci de mise en ordres de situations de travail et de respect d’objectifs de performance économique et financiers par les entreprises les moins regardantes en matière d’éthique de l’information. Il s’agit ici et toujours de réduire les coûts de la ressource humaine (en argent, en temps-formation, en opportunités et risques ..) en facilitant le remplacement de tâches cognitives et affectives, par un réseau d’applications connectées par des agents conversationnels ou des outils de génération de formes textuelles ou images. « On » prétend à la supervision humaine ultime et aux gains de productivité tout en vidant le contenu des tâches ordinaires du travailleur (perte de sens, isolement, désengagement …).

Toutes sortes de forces hybridées maintiennent les architectures de l’ordre impérial – par ce fameux complexe des cages ; la peur comme émotion collective, des normes d’accumulation de profits, des valeurs centrées sur la réussite individuelle et la performance égotique, la multiplication des terminaux smartphones et le phénomène massif de « l’égoisation » morbide liée, des intérêts bien compris et un calcul des plaisirs et des peines reliés de manière interne et profonde aux mécanismes de conditionnement des réactions humaines par une valeur abstraite – l’argent – et un champs d’interactivités ; le marché économique plus ou moins ouvert ou fermé et les stratégies d’acteurs. Le travail de dissidence doit profondément aller – dans une éthique réaliste et pragmatiste de survie de la forme humaine d’esprit et de société – vers la tension sociale de la créativité et la logique de fabrication des liens sociaux-créatifs, c’est à dire en fait, faire le pari de l’éducation de masse – prendre en compte l’intérêt global de l’enfant et former des êtres humains dans une Nature transformée, non des hommes ou des femmes au service d’un ordre économique artificiel qui détruit les milieux de vie et augmente partout les systèmes de morts et de souffrances dans un nécro-capitalisme. Permettre à un enfant de jouer librement sans polluer son esprit et ses réactions affectives, dés le plus jeune âge, par l’importation de processus de communication asservis aux conditionnements des vieux dualismes (mental-corps, individu-société …) et de l’affection « privatisée », – sortir de cette logique de l’adaptation à tout prix à un système économique qui soutient presque mécaniquement la destruction de l’expression de la vie – c’est un des projets de la philosophie pragmatiste pour John Dewey ou G.H. Mead ; un projet philosophique complexe et novateur, unique, qui remet au centre de nos interactions sociales, l’importance que tient l’éducation dans la promotion de la forme de vie démocratique.

Fragments d’un monde détruit – 210

Pantin Articulé

«  Un impouvoir à cristalliser inconsciemment le point rompu de l’automatisme à quelque degré que ce soit. »

Antonin Artaud, « Le Pèse-Nerfs » in « L’ombilic des Limbes », p.97, Gallimard, 1956.

« Count Ocular » par « Compagnie Tatwood Puppets. Cabaret of curiosities » – Festival mondial des théâtres de marionnettes. Charleville-Mézières. 27.09.2025.

« i am the eye, you are the slaviour. »

Revenir au centre des pèses nerfs, devant l’écran qui grésille,
au milieu de la nuit immense descendue de nulle part,
« je » joue sur le clavier une partition muette,
et les signes foisonnent dans une forêt de songes invisibles,
il n’y a plus rien à part eux et moi, leurs remises en perspectives,
leurs voix résonnent au fond du crâne de l’étranger,
car il est là juste derrière « moi », le hors là présent,
le double en noir et blanc, la froideur belle et survivante,

le fantôme, l’outsider qui se dresse aux niveaux des portées,
et mon « je » s’efface derrière lui, encore,
pour le jeu de minuit, les rayons du soleil sombre et du dehors,
lui même est une pâle présence, une outre-figure,
et nos rires carnassiers intègrent chaque minute, délicieuse,
dans le creux des espaces, les interstices vides,
la forme spectrale, l’inattendue en arrière de soi,
il a suffit d’être seul longtemps, de creuser les galeries,
les puits noirs de ténèbres et de révisions,

et le père a peur en voyant l’enfant debout aux yeux fixes,
les lueurs qui tremblent au fond de ses orbites,
la bouche sèche d’où sortent des phrases incompréhensibles,
et « je » trace sur l’écran mon spectre poursuivant,
le fantôme sien qui hurle au fin fond des oreilles,
et les appareils électriques me parlent,
ils font des bruits, étranges, répétés et intentionnels,
il faudrait traduire leurs langages d’objets, l’inertie,
à l’intérieur des possessions de soi-même,

et tout le champs sonore est là comme une vague de pensées,
d’électricités, de flash, de musiques allocentriques,
mais « je » vois plus loin, le but de chaque acte de langage,
il faut marcher au delà de minuit et chercher les pactes, les rendez-vous, l’accord ultime passé entre des formes étrangères,
l’ami lointain qui a dit « viens à moi, enfant-signe »,
et l’impulsion maîtresse, guidant chaque pas, chaque geste,
donner un manteau à cette femme rêvée, plus loin encore,
s’attacher aux lignes blanches des automates,
les machines à briser les vases anciens,
les cristaux tenus en bouquets harmonieux et figés
dans l’œil d’une caméra-serpent …

Donner un manteau de signes-sons confortables,
à la femme bleue et or, aux danses érotiques,
pour protéger les temps vécus hors de leurs mondes,
imprimer ce manteau fait de griffes et de sangs,
et ce mur est un paradoxe, ce qui est figé devient mouvement,
enfant-signe et enfant-monstre formés aux maîtres des temps,
creuser à l’intérieur des chemins de pierres,
broyer leurs poudres grisâtres, serrer le poing furieux, tenir l’œil ferme, sur les travellings qui font des circuits prévisibles,
et « je » projette un monde autre, textuel, imprévisible.

MP – 12062026

Urban Vortex

« Devil must have seen me pray
See temptation every way
My hands of steel, my shots of smoke
I pin my targets to my hopes

Pick me up
Pin me down
Beg enough
Shoot me down
Pick me up
Wreck me down
Beg enough
Shoot me down

Cut you in, I cut you out
Turn your safety inside out
Try and keep up
I drag you down
I kneel your body to the crown »

Cabaret Voltaire, « The Web » in « The Covenant, The Sword and The Arm of the Lord », Some Bizzare Records, November 1985.

Cabaret Voltaire. Live in Élysée Montmartre, Paris, 05 juin 2026.

Les nuits électriques sont multicolores, sombres, multi-fashion,
il fait chaud et bon, dans les circuits des morts éveillés,
leurs bouches racontent les récits figés sur les publicités,
les sons du vertige choquent sur les platines rouges, bleues et vertes,
et les serpents métalliques qui roulent sur leurs rails,
roulent tous les jours, toutes les nuits que la cité capitale fait …
Des nuits proviennent les bêtes non conformes, les nombreux raté.es sociaux,
les dilettantes géniaux qui broient le spectre de toutes les lumières,
dans des vortex glaciaux cherchant de grandes réserves de mots-signes,

on y vient chasser les prédateurs, les fantômes, les monstres éveilleurs et tout le travail mobilisé, le jour à la mine respectable et coincée entre les murs des ordinateurs, les froides visions machines, la pression du silence,
le regard cyclope qui observe, sérialise et tue ; la voix typique de son maître,
qui aliène la sécurité propre et exploite les connaissances,
on y vient travailler pour se nourrir, survivre et se protéger,
mais la nuit immense grandit dans les corps nus, bien vivants,

les yeux des femmes sont fardés, leurs lèvres charnues,
de lumières mauves et vertes, brûlent, intensément,
leurs visages informent des messages liminaux,
et l’ouverture au delà du travail et des circuits conditionneurs,
permet la libre improvisation ; la néguentropie, l’incroyable liberté,
l’archipel de soins, après la guerre des conformités,
et tous les corps animaux se promènent aléatoires,
l’ombre intense qui grandit est une ombre transportée,

la couleur sombre abrite la vie et protège le créé et l’incréé,
on vient se prendre et se défaire des peaux normées du travail,
toucher, lécher, caresser, projeter nos rêves ; embrasser tout le monde qui va,
et les séquences flash des mémoires travaillées,
bien que présentes encore, comme verrous de chaque geste,
vont être détruites une à une, sérieusement et méthodiquement …
Le Web réseau devient l’animal sauvage, numérique jeté là, la musique nôtre,
et le noir et le blanc accueillent les couleurs vivantes.

Et la nuit immense – merci dieu du vacarme ! – va durer des siècles, Amen ; voici les artisans du vrai prodige ; Alan Vega, Suicide, Front 242 ou bien Assemblage 23 et d’autres créateurs de changements ; sont les maîtres en ta demeure et toutes les femmes libres projettent, illuminent et nous entraînent ; Lucia Cifarelli, Churches, Jeanne Added, Kirlian Camera … Des imaginaires trans-électroniques, sociaux et libres, ainsi transposés, surviennent les magma de forces intimes, le vecteur des souffrances du travail industriel, la forme-machine rare, émancipée et travaillée de l’intérieur pour montrer les rythmes constants de l’oppression …

Il faut bien penser à leurs voix codées dans le spectre gestuel ; la morphosynthèse, les filets réseaux qui enserrent les sens de la voix et capturent l’expression des corps, l’art d’une vague descente militaire ; les vêtements de la cité qui brûlent et se décollent, puis disparaissent derrière les synthèses de flux, de transe et de formes, penser au sujet qui replie ses genoux et devient l’œuf du monstre ; l’Ego fixé sur un tapis roulant, mécanique, sériel, des hommes conditionneurs, l’activité maintenant saisie est remplie de traces, de preuves, de mathématisa,

il s’agit d’assigner les nombreux corps aux identités, aux suites ou aux précises compétences …
Ah présente toi, impeccable service, projection du seul et du même, de l’oubli de soi,
dans les têtes de pioches, les mains gantées sont devenues des cartes à jouer et joue à l’intérieur de la forme spectrale, figures du rien et de l’abdication et tout sera complexe, difficile, poli ou branché sur les silhouettes rigides, provoquées et mouvantes dans les câbles réseaux et la cité économique au loin résonne derrière tous les murs-écrans, le tourbillon vers les vides de l’oubli et du renouveau, l’urbanité et le vortex …

Et j’aime la nuit immense qui progresse infiniment dans ton cœur et ton âme, mon ami.e ; la musique industrielle ; ce grand instrument critique, abrasif, ordinal, automatique ; cette contre-force planante et les patchworks liquides ; l’horizon du nouveau et le foisonnement, les collages, les ambiances et les bruits et tout l’audio-spectre visuel, onirique qui a imprimé les musiques de ces mondes. Faire l’expérience de notre monde-planète ; devenir l’autre sensible dans une forme étrangère.

MP – 07062026