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Soleil meurtrier

« Nous savons que la persuasion subliminale provoque des réactions plus fortes que la raison elle-même, car elle opère dans le centre émotionnel qui se déplace dans un système plus fort. Ce que nous devons également savoir c’est que nous allons nourrir ce centre mystérieux. A quel point notre système émotionnel est corrompu n’a pas d’importance car toujours dans tous les êtres, il y a un noyau qui reconnaît ce qui est vrai et ce qui est faux. »

Leonora Carrington, « Animal humain femelle / Female Human Animal » [1970] lié au tableau «  Le Jardin de Paracelse / The Garden of Paracelsus » [1957] in « Léonora Carrington : Paroles d’Artiste », p.36, Fage éditions, 2024.

« Spectra of various light sources, solar, stellar, metallic, gaseous, electric », print by René Henri Digeon; plate IV in Les phénomènes de la physique (1868)

« Dans les sociétés de contrôle à haute intensité, il n’y a pas de place pour les demi-mesures, les lâchetés collectives, les échecs, les retours hasardeux en arrière, tout ce qui est fait est fait pour la santé d’un corps et l’écologie d’un esprit bien adaptés et forts. »

Regarder l’intérieur des forces, sur les écran audio-visuels, ne pas voir, le défilement des mondes imaginaires, audio-sculptés par les Tyrans,
des nuées d’images cyber-actives, en forums, spatiaux, numériques et dynamiques,
et ne pas voir c’est simplement réinvestir les grandes structures de froids, là où l’air circule par des gaines métalliques, là l’air conditionne les survies,
les structures posées au milieu des enfers de feux et de poussières,
oublier le monde tel qu’il était avant, et promouvoir les sélections sociales,
les exécuteurs de lumières, ont donnés des ordres, ont fomentés des valeurs, pour que survivent les masses d’élu.es, il fait froid aux refuges et il y fait bon vivre …

Seules les élites peuvent survivre, ici, maintenant, dans des zones tempérées, l’importance de nos vies provient – « On » le sait toujours – des murs d’indifférences,
les murs sociaux, géographiques, numériques, psychologiques ou politiques, leurs présences est rassurantes, par le retrait dans la zone vitale, sécurisée,
nous vivrons et échapperons à la boule de feu qui fixe et tue ;
le centre de la mort au milieu des déserts et des forêts de cendres,
les murs découpent le dedans et le dehors, la vie possible et la destruction certaine,
les murs sont nos amis, ils nous rassurent et protègent les frontières …
On entend plus rien venu du dehors, au delà des rêves des machines,

Et cette scission à l’intérieur de chaque être est devenue la norme,
elle résulte du processus d’indifférenciation complexe, total, insidieux ;
« Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » …
Et « Je » ne vis que par les conditions d’existences prévues par les maîtres, dans ce filtre ultime égotique, stationnent des souvenirs refabriqués,
le récit de la victoire sur le soleil, l’exclusion des âmes dégénérées,
l’élimination des malades, des dissidences, des folles et des fous,
tout ceux là du dehors ont été supprimés, notre contrôle est parfait,
les corps capitalisent de l’expérience dans la zone vitale,

ils sont branchés aux outils de surveillance ; santés mesurées et diagnostics,
leurs hygiènes doivent être parfaites, « On » ne tolère plus les maladies, la police sanitaire fait son travail avec sérieux et grande rigueur,
le lointain a été effacé des mémoires sociales, des langages du pouvoir … Vivre parmi nous, devenir indifférent, rentrer en soi-même dans son Égotique terrier,
et tout est prévu pour la santé de l’âme ; le langage est fabriqué, surveillé, commis aux services des maîtres, seule compte l’identification des bonnes conduites, des frères et sœurs, élu.es.

Et chaque mot est épié dans la bouche de celui ou de celle qui parle,
on entend plus de sons discordants, aucun écart de qualité,
la forme d’esprit recommandée est la forme normée, écologique ou standard, elle doit « performer » les systèmes bio-symboliques du pouvoir,
devenir la voix de son maître, persuader les récalcitrantes ..
Dehors, il n’y a plus rien, le récit officiel raconte l’absence de choix,
la contrainte naturelle, la nécessité psychologique et politique des lois de nature,
il n’y a que le soleil meurtrier et le meurtre du soleil ; ce double mouvement,
Bâtir les refuges à été un chantier de titans, il a fallu exploiter et tuer …

Avant les seuils à 50°C subsistaient quelques fragiles et indescriptibles espoirs,
d’organiser la vie autrement, hors de la direction totale unifiée par les Tyrans, on avait rêvé des dispersions libres et des zones autonomes,
des énergies maîtrisées, des coopérations sociales complexes
dans les premières bio-sphères coopératives,
les diminutions des empreintes carbones, le respect de la diversité du vivant,
des programmes de décisions complexes avaient été menés,
les sphères écologiques construites au milieu des vagues de migration, les réfugiés climatiques, la limitation démographique,

on avait projeté le rêve d’une Terre survivante, au delà du présent,
par les sciences du climat, l’éthique sociale-environnementale et les sciences de l’action, les guerres de ressources, la cupidité par l’argent, le repli sur soi,
et les violences psycho-sexuelles ont été terrifiantes,
dans les perspectives des maîtres, seule l’élite a le droit de jouissance et de survie.
Les faibles, les ratés et les malades – organismes inutiles – sont naturellement supprimés,
il faut décider du niveau du mur d’indifférence, sa morale et ses normes et cette opération philosophique complexe ; provoquer l’indifférence de masse, les joies diffuses de l’indifférence, dans la psyché conforme du pouvoir,
remonte à loin, aux organisations du travail, aux styles d’appréhension de ressources ;
extraire, capitaliser comme un savoir de la collecte et du néant …

Toutes ressources ainsi exploitées jusqu’à la nausée des temps et des corps blessés.
Comment faire vivre des populations et des êtres vivants sous 50°C …
A quoi bon lutter contre les pulsions sexuelles et les pulsions de mort … Les territoires négatifs ont été inventés, les Médias officiels les ont construits,
ce sont des zones opaques, refusées dans les mémoires de masse,
leurs actualités sont délirantes, elles ne répondent plus à rien de vraisemblable,
ces territoires sont commodes, rien ne s’y exerce ou ne se promet ; ni les droits humains, ni les capacités de survie future, ni l’économie de subsistance .. Le soleil meurtri la peau, enserre les corps d’une chape de plomb douloureuse,
il est partout présent comme un astre de vie et de mort.

MP – 23052026

La peur de la lecture

« Fear of reading. Fear of disappearing. »

L’espèce d’appréhension commune presque enfantine devant des signes couchés sur une feuille de papier et/ou circulant sur un écran informatique ou télévisuel provient non pas seulement de la complexité de la tâche cognitive de déchiffrement des signes et d’appropriation des sens des phrases comme unités de compréhension – graphèmes, morphèmes et phonèmes – mais aussi à l’évidence parce que lire c’est rentrer en contacts sensibles avec l’autre, dans des interactions cognitives, sociales, culturelles ou affectives parfois redoutées avec des formes figées ou dé-fixées sur des supports dont l’enjeu est de délivrer du sens depuis un temps et un espace T.X passés, présents ou futurs et dans un espace-temps de réception ou d’accueil du sens. La forme d’incarnation de soi par des suites de mots et l’unité de la phrase impliquent l’exercice de cette capacité de reproduction intentionnelle – atopique – ou la mise en interactivités d’espace-temps hétérogènes et relatifs à des expériences historiques de vies et de morts et formalisées de façon cohérente par une écriture et une lecture situées. La formidable expérience de lecture pour des textes aux attentions (re)prises par l’imaginaire de l’auteur.e et sa capacité de transformation symbolique des images mentales est alors pleinement en phases avec le spectre de critères d’une intercompréhension sociale, réussie depuis un centre créatif vers des périphéries (devenues elles-mêmes centre(s) irradiants du sens, par la diffusion des formes livres).

Comprendre est en effet ici le lieu et le moment d’une puissance de reproduction sociale, hétérogène et intersubjective de contacts ; le processus de partage d’une forme symbolique en mouvement (Sartre) par la lecture réussie et dont les traces sont les signes symboles assemblés sur les portées des livres partitions. Si l’empreinte acoustique des mots est importante pour aiguiser l’imaginaire, elle l’est d’autant plus car elle fait partie de l’éducation première des capacités de déchiffrement des enfants ; la phrase rappelle une expérience vécue même fragmentaire ou partielle, elle est l’impact – audio-fixé – de cette grande forme en mouvement qui circule dans les imaginaires sociaux symboliques d’une société humaine et dont les interactivités ont du sens en lien avec cette capacité de transformation des sens des phrases (écrites, parlées, dessinées, chantées ..) par des voix humaines. Et cette capacité d’incarnation d’un texte dans la vie du lecteur, provient d’une même attention extrême portée par l’auteur aux écritures mêmes de ses parties presque organiques – phrases, mots, images, sons … La lecture est une affaire humaine spéciale et supra temporelle au sens d’une série d’expériences vécues transmise par des mots signes rentrées dans une cohérence formelle au travers du médium livre.

D’où provient alors la peur de la lecture ou l’espèce d’ennui et de fatigue provoquée par cette difficile entrée dans les mondes étrangers, créés par un livre ? Quelques témoignages autour de soi de non lecteurs ou de réfractaires décidés aux lectures de livres montrent (1) l’ennui immédiat provoqué par la pauvreté du médium – son austérité même – des signes alphabétiques couchés sur une feuille, rien autour, que la blancheur du papier et le contraste pauvre et pur en noir et blanc – (2) l’absence de stimuli audio-visuels donc comme des images, des musiques ou des récits déjà fabriqués par exemple dans un jeu vidéo ou au cinéma. Il y a là une certaine déception quand à la passivité attendue ou refusée de la réception des sens de la forme médium livre ; lire c’est une coopération formelle, symbolique et sociale, de l’auteur.e vers ses lecteurs et lectrices. Il y a là une sorte d’accord passé dans l’étrangeté, l’austérité, la passivité et la surréalité d’une forme d’expression interactive qui vise non pas seulement à divertir mais à transformer la forme du monde par le choc des passages de l’écriture et de la lecture. La communion invisible de la lecture impose une forme médium essentielle qui respecte le retrait intime de chaque être humain – la protection de soi au delà des fracas du monde – et fait de la capacité d’expression un moyen d’interactions symboliques, gestuelles, primitives et complexes et une fin décisive de transformation du monde humain.

Mais la peur de la lecture peut provenir aussi d’une crainte panique quand aux surveillances par la fixité du mot et de la phrase qui une fois pris dans la feuille ou creusés profondément dans l’écran dans un temps et un lieu indéterminés, figés et presque éternellement convocables, repose la question philosophique d’une possibilité de l’archive de l’humain ; la question d’un contrôle politique exercé depuis l’extérieur d’une forme écrite ; l’alphabétique terreur, l’appréhension du tout numérique ou bien la manière d’exister recommandée – totalement par le pouvoir despotique de l’écriture – aux femmes, aux enfants et aux hommes qui, en tant que corps expressifs ou âmes humaines devront supporter les signes couchés sur des feuilles ou reportés sur des écrans de surveillance i.e. transporter leurs sens en situations par leurs voix incarnées et leurs gestes symboliques. La lecture est donc aussi une expérience éthique, artistique et politique, elle invite chacun et chacune à se poser la question de l’étrangeté d’une forme figée sur un support multimédia et censée faire état du monde comme il est pris dans une expérience vécue différente de la sienne. On à là par l’éducation à la lecture – la littératie – aux médias, à l’information scientifique et technique (IST) ou journalistique et politique, un axe de réflexion central et pivot de la possible promotion de la forme démocratie dans nos sociétés libérales et humaines ; la capacité ubique de transformation d’un monde ; être ici et là bas au même moment de la lecture découverte, passion, voyageuse ou créatrice …

Dans la lecture comme à l’intérieur d’une aventure humaine, il y a à l’évidence commune cette incroyable recueillement ou isolement temporaire dans l’oralité du texte qui murmure sur nos lèvres et les dialogues, les récits et les paysages qui s’invoquent ensemble en silence, majestueusement, comme par une prière surnaturelle ou bien le suivi d’un rite social fantastique ; et cette ritualisation de l’acte de lecture est très importante parce que lire c’est devenir autre du point de vue d’un texte témoignage ou récit de vie ou fictions – une forme historique inscriptible qui s’oppose à la vacuité de l’oubli et au rien du temps qui passe – d’une expérience vécue du monde autre ; ainsi il arrive que certaines expériences de lecture vous (dé)coupent du temps immédiat et vous emportent comme en retrait voulu et provoqué, dans un entre-deux mondes (le proche et le lointain ; le mort et le vivant ; le passé et le futur). Ici la littérature est un moteur de transformation critique par sa capacité sociale et symbolique à décrire précisément des expériences vécues hétérogènes, très différentes et ceci de façon subtile dans différents genres littéraires (biographiques, fantastiques, historiques, de science-fiction …) et par différents styles d’exécution d’une forme d’écritures (le roman, la nouvelle, l’essai, le poème …) Mais il faut retenir cette solitude sociale de la lecture – l’énigme du sens, la voix et le silence – au sens d’une expérience partagée au delà des corps physiques dans les capacités d’expression communes des âmes humaines ; celles qui lisent sont plus avancées sur les connaissances et les expériences vécues du monde parce qu’elles acceptent de recevoir – et de tenter de comprendre dans la pauvreté essentielle du médium – toutes les expériences des mondes d’un.e autre qu’elles-mêmes.

Fragments d’un monde détruit – 207

L’agir créateur

« J’aime une vie palpitante,
qui pétille et enfle et déborde.
Sans cesse l’essor et la chute,
un désir qui jamais ne s’apaise.

Sans fin l’ondoiement et l’audace
sur une route instable, périlleuse.
Sur une barque frêle et légère,
enlevé par les vagues de la joie

Et si la déesse un jour, incline la balance,
et déchire ce qu’elle tissa avec douceur,
je fermerai les yeux et dirai sans défense :
« j’ai aimé, j’ai vécu ! »

Rainer Maria Rilke, « J’aime une vie palpitante » in « La Vie et les Chants : suivi de hommage à Rilke par Robert Musil », p.83, traduit de l’allemand et présenté par Gérard Pfister, Arfuyen « Neige », 2026.

J. M. W. Turner, Light and Colour (Goethe’s Theory) – The Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis, 1843

Les rangées d’automates montés sur les chaînes des Empires,
par des fabriques d’airs entendus et de conformités,
il ou elle a l’air de se dire ; « identifie moi, je t’en prie … »
le corps toujours égal, avide de leurs apparats,
« identifie moi et je serais désirable, unique et pareil que toi … »
la vie s’est réfugiée ailleurs et les regrets s’amoncellent,
comme des nuages gris qu’enveloppe le ciel,
dans les têtes bêches, les exécuteurs d’ordres,
obéissent à des routines complexes, des grammaires mortes,
l’air est si froid tout autour de leurs mondes privatisés …

Je me souviens du passage vers une autre vie,
dans cette chambre vide formée d’absences et de retrait,
de toutes intentions d’objets, de toutes socialités,
il y avait ce grand rien qui remontant au milieu,
au cœur du vacarme électrique, des vagues de sons,
faisait paraître tous les objets comme blanchis ou dévidés,
le creux ainsi creusé à l’intérieur des gestes,
vous emmenait plus loin, plus près du soleil de minuit,
la perte de contact temporaire était une bénédiction,
il fallait voir le tableau d’ensemble, l’horizon nouveau,

et les hommes du pouvoir stationnent dans leurs débarras,
leurs yeux blancs effacés fixent des lignes d’infinis,
il faut voir comment ils s’y prennent,
pour former des familles, des petites sociétés,
murées dans des indifférences savamment entretenues,
et le ciel de charbon a pourrit l’intérieur du soleil,
ses rayons autrefois vifs et lumineux,
ressemblent à des filets de pêches sales et broussailleux,
il n’y a plus rien à voir, à sentir ou à goûter dehors,
car dehors est une catégorie éliminée de l’action,
il reste seulement les intérieurs factices, les mises en cellules,

Je me souviens de la décision de fuir, de dire non …
l’espèce d’exil imposé aux choses, à leurs intentions,
la distance qui devenait mon amie proche et lointaine,
le regard détourné des dedans, de toutes leurs irrésolutions,
Il fallait vivre autrement, survivre au milieu des conformités,
ramener l’espace du lien vers un autre espace lumineux,
habiter le temps des projets et des créations folles,
mener des conversations décalées ou subversives,
payer au prix fort, la décision éthique de devenir autrement,
à l’intérieur d’un monde hérité et créée de toutes pièces,
une machine de guerre, un espace-temps où dieu me parle ..

Ils fuient les temps d’exil, et veulent prendre du plaisir,
ils recherchent le plaisir pour lui même et consomment,
et leurs mondes infiniment clos, commencent à brûler,
on voit les feux multicolores depuis les êtres-frontières,
sous la pression des arts dégénérés, des puissances de joie,
on entend leurs langues ramper sous les ponts et les champs,
s’emmêler par des moutons de poussières,
elles produisent des séquences-types aux kilomètres,
des actions enfermées dans les spectres et les prisons,
et l’esprit qui anime la cité perdue est l’esprit du rien,
le spectre-Nihil ou la perpétuation des modèles ;
domination, dualité, hiérarchie, argent, classes, races ..

Je me souviens m’être dit en silence ;
vais-je pouvoir aller jusqu’aux finalités de ma vie ?
Vais-je devoir régler le prix des errances, des égaré.es ?
Chercher les âmes sœurs, les bonnes volontés,
devenir un autre monde imaginé, veillant sur les choses et les êtres vivants, quittant les murs de la cité, laissant derrière soi,
le confort et la sécurité des liens pourrissant ;
pour devenir ton messager, il a fallu du temps, père,
un temps de recherches, de doutes et de dévastations,
et « quelques fois j’ai comme une grande idée »
et cette idée est un agir social pragmatique ; il deviendra formes, solidarités et situations politiques incarnées …

MP – 15052026

Des infos-sphères inhabitables

Les expériences des entrées disparates, hétérogènes – parfois difficiles – dans les sociétés de l’information et de la cognition – les sociétés de contrôle avancé – pour des jeunes adolescent.es montrent un certain type de droits à une information fiable, une interrelation cohérente et de référence, étudiés pour ce qu’ils doivent nous interroger – « Nous » communauté humaine d’adultes – sur la capacité des systèmes informationnels à bâtir des dynamiques de connaissances et d’expériences différentes du seul monde vivant. L’offre pléthorique de sources d’informations (l’infobésité si elle est une caractéristique du capitalisme linguistique et cognitif par le trop plein et les effets de saturation, en tant que rattachée aux sphères informationnelles, est un effet de l’épreuve de la sélection de la pertinence et de la fiabilité des sites Web, des organes de presses, des pure player, des Institutions, des réseaux sociaux pour un être humain isolé qui souhaite s’informer sur l’état du monde et des affaires humaines en 2026 …) amène la question de la relativité contextuelle et historique au centre de cette dynamique interne de l’information comme ouverture ou fermeture dans et vers les mondes des faits, des interactions et de la fiction. Une information est abstraitement une différence injectée à l’intérieur d’un écosystème de flux et de mise en ordres, en tant qu’elle est digit ou bit-unité qui déstabilise et restabilise la cohérence d’un certain type d’ordres immanent à un système comme interdépendance des parties au tout, frontières homéostatiques et production de nouveautés et de sens en continu relativement aux récepteurs et émetteurs de messages. Sa valeur réelle provient de sa rareté à un moment « T » du temps d’évolution du système d’interactions sociales-symboliques étudiées et en tant que valeur « rareté », l’information pertinente possède une capacité différentielle à créer de la nouveauté i.e. une tendance à modifier les directions d’un système de contrôles et de réflexivités organisés par les contacts multiples entre les êtres vivants, les signes-langages interactifs dans lesquels ils vivent et s’expriment et leurs milieux sociaux naturels ou économiques.

« Une information est une connaissance communiquée par un message transmis par un individu à un autre individu. L’information implique donc la communication, c’est à dire un échange d’informations entre deux ou plusieurs personnes. L’information implique aussi un code commun de compréhension du contenu communiqué. Ce code concerne à la fois la forme du message et sa signification mais les deux peuvent être traités séparément, la forme étant constituée par le support physique du message. […] » (« Dictionnaire de l’Information », entrée rédigée par Paul-Dominique Pomart, Armand-Colin, 2004). Dans cette acceptation par le code, la communication comme capacité technique, naturelle ou organique à transmettre un nouveau sens – une Information – s’appuie sur une certaine forme physique, sociolinguistique, économique – un codage – ou un support d’inscription et de contrôle de données dont les enjeux et les buts sont la transmission réussie pour elle-même ; en ce sens les dynamiques de fonctions internes déployées par des médiums comme intermédiaires et moyens d’expressions achevées et des médias comme organisations économiques de production de l’information ; se recoupent à ce centre de gravité décisif qui est la capacité technique ou expressive de médiation et de transmission de messages d’un système d’ordres à un autre système d’ordres, d’une organisation culturelle humaine à une autre organisation culturelle humaine, d’humains vers des machines (et inversement), d’êtres vivants vers d’autres êtres vivants. Norbert Wiener nous apprends à bien distinguer le caractère primaire – la recherche d’un équilibre homéostatique pour un organisme vivant – des caractères secondaires des moyens de communication en prenant en compte toutes leurs dimensions économiques dans les industries de l’information (groupes de médias, presses digitales ou papiers, réseaux d’affaires, marchés de producteurs consommateurs, télévisions, réseaux numériques, industries culturelles et créatives …) (« Information, langage et société » in « La Cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine », [1965], Présentation de Ronan Le Roux, Seuil, 2014).

La question philosophique posée par la capacité de supporter et de véhiculer – en les médiatisant – des milliards de lignes de transmission d’informations dans un monde numérique hyperconnecté est faite, dans les perspectives de l’interaction sociale et symbolique et de la littératie, de cette épreuve de l’intercompréhension entre plusieurs organismes, organisations sociales et culturelles, institutions, séries de machines (réseaux d’ordinateurs interconnectés, Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) …). L’épreuve qui consiste à sélectionner les sources d’informations, à repérer leurs colorations idéologiques, leurs types de production rhétorique à l’intérieur d’une exploitation sémiotique et sociolinguistique des signes capitalisés sur des supports est une épreuve de la signification différente, heurtée – par la critique de corpus et l’isolement des différences sensées –  ; repérer les contextes particuliers de production de l’information, comprendre les processus d’intercommunication à l’œuvre, identifier les techniques de propagandes classiques et nouvelles (boucs émissaires, essentialisme, soif de généralité, inversion maligne du stigmate, viralité du faux, conformation des jugements évaluatifs et loi des plus forts et du plus grand nombre appuyée par et sur des langages-machines …) Ce qui fait la différence dans la lecture d’un média est ce qui devient marqueur du sens pour soi, effets sur sa propre croyance-habitude et possible compréhension pour soi même et pour autrui d’une certaine valeur informationnelle de l’événement – une radicale nouveauté comprise en commun – un marqueur délivré à un moment et dans un espace politique particuliers par des professionnels journalistes ou des intervenant.es critiques. Une information dont on peut faire bon usage.

A cela vient se percuter toute la problématique du confusionnisme et de la désinformation maximales comme stratégies d’évitement des lectures critiques des pouvoirs et du changement politique et social possible – maintenir en l’état un système d’ordres économiques injustes par exemple par l’action quotidienne de désinformer – TRUTH social comme réseau social officiel d’un président en exercice, est ici un exemple frappant d’épuisement du sens et d’arme technologique, asociale et politique – en exploitant un relativisme malsain qui permet de dévaloriser les paroles et les écrits de personnes publics ou de journalistes, ayant un domaine d’expertises bien précis et un souci de la vérité. Les attaques répétées contre la confiance sont ici des attaques directes contre la démocratie sociale et l’esprit critique, le travail d’enquêtes et la recherche de la vérité comme éthique de métiers et tendance à construire de la connaissance. En dépassant toujours le niveau des techniques de l’info-guerres, de la saturation de l’attention des publics, du divertissement haineux et de la propagande médiatique délivrés massivement 24h sur 24 par des constellations de médias autoritaires ou d’extrême droite, le travail d’enquêtes à l’inverse s’intéresse à la fiabilité des sources, décrypte des messages officiels, dé-livre des récits personnels et collectifs et témoigne des faits par des expériences vécues, fait un travail de journalistes de terrain, de traduction et d’expression. Il n’est plus possible d’habiter certains réseaux « sociaux », de consulter certains médias mainstream (dans la sphère médiatique Bolloré en France ou Murdoch avec « Fox News » aux États-Unis) c’est à dire de communiquer normalement avec d’autres êtres humains capturés dans les filets de ces réseaux, sans être réduit par un certain code de conduites, à des comportements complotistes aberrants et des langages stéréotypiques ; des memes fédérateurs, des signaux de ralliement, des images identitaires et des réflexions antisociales toutes faites.

Le confusionnisme et la désinformation ne rentrent pas seulement dans une stratégie de « merdification » des réseaux qui permet de fournir une sorte d’écran noir derrière lequel des politiques de violences, d’exclusions, de repli sur soi et de xénophobie peuvent s’exercer, ils sont là bien présents, comme des signes-indices importants de l’incapacité de la forme démocratie à s’exercer, l’incapacité à faire sens au milieu du sens détruit, dézingué, satirisé … Et cette perte de l’adhérence à la vie concrète par le sens est ici radicale dans certaines zones géographiques, économiques et médiatiques ; elle touche à nos capacités à nous entendre et à nous comprendre depuis des mondes culturels différents ; elle permet aux Tyrans de se maintenir au pouvoir parce que le désir de démocratie s’éteint ou se fragilise grandement dans les masses par la force de la répétition des messages venus d’un même centre de pouvoirs. Penser contre les psychologies des pouvoirs d’extrême droite s’avère indispensable pour le « Nous » de la forme de vie démocratique et la nature éthique de cette réflexion dépend aussi de milliers d’enquêtes historiques, philosophiques et sociologiques menées partout dans le monde qui ont montrées les profondes dangerosités (ses porosités sociales symboliques) de l’extrême droite et les haines sournoises de la démocratie sociale, coopérative et critique véhiculées par ses idées et ses actions. La préservation d’un écosystème informationnel pluraliste et non assigné à des technologies financières et idéologiques, (bots informationnels, pas de formations aux enquêtes, idéologies conservatrices maximales, paniques morales, vindictes populaires et délations, replis sur l’Ego et les questions sécuritaires …) séparées de toutes questions éthiques, rentre pleinement dans cette stratégie complexe de lutte contre l’extrême droite globale qui allie l’enquête sociale, le souci pour la vérité, les relativités contextuelles et historiques et la puissance d’agir en commun dans et pour une vie démocratique, libre et éclairée.

Fragments d’un monde détruit – 206

Les hommes-rasoirs

Pour Anna Akhmatova

« Celui à qui un mot n’a jamais fait perdre sa langue,
et je vous le dit,
celui qui ne sait que s’aider soi-même
et avec les mots –

il n’y a rien à faire pour l’aider.
Par aucun chemin
qu’il soit court ou long.

Faire qu’une seule phrase soit tenable,
la maintenir dans le tintamarre des mots.

Nul n’écrit cette phrase
qui n’y souscrit. »

Ingeborg Bachmann, « En vérité » in « Toute personne qui tombe a des ailes : Poèmes 1964-1967 », p.427, Édition, introduction et traduction de l’allemand (Autriche) par Françoise Rétif, Gallimard, 2015.

« Living in the razors edge between several semantics space-time ; a drug of our life-time »

Stanisław Ignacy Witkiewicz, Creating the World, 1921

Quand enfants, vous découpiez de grandes feuilles noires,
en riant, en criant la joie du détruit, de l’incréé, de la nouveauté,
le ciseau des nouveaux mondes, passant dans les habits épars,
pour casser les formes anciennes et revenir à l’intérieur,
l’esprit rongé par le sel de mémoires, la blancheur silencieuse du ciel,
qui avalait doucement l’obscurité des nuits sans étoiles,
et ce geste là de découper est un geste majeur, il est au fond l’espèce de travail en profondeur ; la musique critique du nouveau, chaque seuil-digit portant les chocs de nouvelles rencontres, par delà les murs-écrans, les blocs de signaux et les danses des propagandes, les minutes fanatiques engagées par les médiums officiels,
les ciseaux libres coupent des morceaux de vides, de couleurs, de traces,

et nos nuits avancent dans leurs rythmes d’ombres et de silences,
en coupant, nous deviendrons rien, voyageurs sans identités, sans définitions, étrangers des formes défigées dans les temps des Tyrans,
en coupant les lignes frontières, nous devenons ailleurs et tout,
les masses d’errants, les exilé.es des inquisitoires machines,
menés par les Automates de tri et de sélections,
ceux là et celle-là qui réassignent les liens et leurs corps,
creusant les résistances de la « polis » à l’intérieur des instruments du pouvoir, par les collisions d’étoiles, de pensées et de déserts,
les jours aveugles fragmentés par milliards de tableaux sombres,
n’exercent plus leur emprise, leur lâcheté indifférente,

la nuit sombre ayant repris les droits et les morales des mondes différents, sert d’arrière-plan solide aux amas de gestes siens et sérieux, les hommes-rasoirs traversent les démons de la dépression,
le grand spectre Nihil devant eux, fige un temps fantôme et occulte,
ils doivent toujours se revoir enfants découpant les portions d’abysses, motivant des décisions complexes et des systèmes d’ordres, sur les plateaux en profondeurs, dans les océans d’amertume, traverser les mémoires artificielles,
les langages mis aux compacts, audio scribes et Automate morne, intensément inutile,
couper à l’intérieur des aplats fantômes, de l’inerte économie,
et laisser voler en éclats, les dimensions de leurs discours,

faire tomber les langages-morts, démolir les fausses grammaires,
depuis leurs positions d’interfaces et d’écrans de commande,
digits nuls et dialogues autarciques, réponses toujours attendues,
la conformité est leur valeur suprême, la prévision froide,
et le rien remonte dans leurs bouches comme des disques rayés,
la violence de l’authentique réclamée à cœur et à cris,
a rameuté les mentalistes débiles, et leurs faux présages,
et la voix unique du maître crie dans leurs têtes de pioches,
tandis qu’ils s’évanouissent par les plis des jeux et des drames,

il faut encore couper à l’intérieur, rejeter les explications-fétiches,
et le son qui se protège depuis les plaies du langage oublié,
est le verbe des nouvelles épreuves, des nouveaux chemins,
musique alternative, gestes-archétypes et épreuves de soi,
la pression nominale, qui nomme et seule fait exister,
les cultures des groupes humains sociaux, naturels …
Ah langages des formes rêvées, des grandes espérances,
l’émotion des demains qui nous appartiennent,
la transition sienne dans les objets, l’intention sûre et fiable,
toi langage-vivant, expériences des autres, désobéissantes,
et guerres vitales au milieu du monde.

MP – 08052026

Interactives transformations

Dans la méthode d’analyse pragmatico-situationnelle de l’action collective [héritée partiellement avec difficultés, inconstances et luttes de la philosophie sociale de G.H. Mead et de la Thérapie Wittgenstein (le retour au langage ordinaire et l’abandon d’un certain type d’explications inutiles et confondantes)], identifier les sources possibles de l’impossibilité du changement social, institutionnel ou de la transformation des écosystèmes de transactions capitalistes, revient à isoler des séries de monstres théoriques ou fétiches dits « mentaux » au sens d’une même séparation de l’agent-Ego de toutes ses capacités d’action et de réflexion originales. Ici le terme « fétiche » rend compte d’une excessive attention portée à des « explications fétiches » du mental humain qui prétendent au cœur d’un certain paradigme de la représentation, expliciter le sens préféré pour soi de l’action par le recours à un réductionnisme naturaliste simpliste et une assignation de l’esprit à un lieu et à un temps (le sujet de la représentation est de préférence caché à l’intérieur du corps dans le système neuronal, la capacité grammaticale et le cerveau stratège et commandeur). L’intérieur ainsi fabriqué de toutes pièces par des explications fétiches appartient aux mythes de l’intériorité et de l’inexpressivité ; dans cette mesure d’une même cache d’intériorité ou d’un même trompe l’œil mythique, l’interaction humaine – un dialogue du « je » au « tu » – corps à corps -, reste figée dans une dyade de surfaces, postulant toujours la présence de deux dimensions fantômes agissantes en arrière du matériel symbolique et qui ne peuvent finalement jamais se rencontrer ou se recouper.

Le hors là éthique ainsi prononcé a des conséquences pratiques très concrètes ; l’apparente impossibilité de comprendre l’autre, ses réactions expressives, son langage, ses différences de pensée – l’incompréhension métaphysique et radicale comme incertitude principielle, « je ne peux jamais savoir ce qui se passe en autrui » – la difficile lecture de ses comportements, et c’est au philosophe britannique David Pears (1921-2009) que nous devons la description la plus pertinente et profonde de la « fausse prison » ; « The False Prison » -, au sens du résultat le plus remarquable de la philosophie destructive et éthique issue du parcours philosophique de Wittgenstein, qui met à jour de nombreux mécanismes conceptuels d’enfermement de l’expression de la pensée humaine (langage privé, cécité à l’aspect, corps essentiels de la règle, prévisibilité maximale et absolue de ses applications, noms substances, dualisme réducteur, origine causale mythique …) Il est alors particulièrement intéressant et important de faire fond sur cette critique par Wittgenstein du privé et de l’incommunicabilité de l’expérience humaine pour atteindre une zone de réflexions critiques majeures qui mobilisent outre Wittgenstein et les autres philosophies majeures du courant de l’analyse du langage ordinaire (J.L. Austin, G. Ryle, P. F. Strawson ..), le pragmatisme historique, des quatre grands philosophes américains (Peirce, James, Dewey et Mead ) et surtout la philosophie sociale, la psychologie sociale et l’anthropologie de l’intercommunication symbolique de G.H. Mead (1863-1931).

Il est alors bienvenu de se ressaisir du sens complexe de l’action humaine dans tous ses extérieurs expressifs pour rendre compte des expériences vécues des êtres vivants ; plurielles, singulières, étonnantes, séduisantes, agissantes ; mais le passage d’un monde à l’autre, d’un paradigme de la représentation au paradigme de l’expression et de l’action est un passage semé d’embûches théoriques et pratiques. En effet, il est toujours plus simple et avantageux pour les systèmes de pouvoir et d’emprise néo-libéraux comme les théocraties totalitaires ou les régimes de discours autoritaires de faire de l’être humain, un chiffre maîtrisé – un zéro toujours adaptable et mis au « service de » l’intelligence du mauvais gouvernement – un agent fidélisé au service du pouvoir et des représentations du pouvoir i.e. modeler sa psychologie sur les formes prises par le psycho-pouvoir ; la traduction de celui-ci dans les sociétés de contrôles à haute intensité implique une même exploitation continue des réactions des hommes, des enfants et des femmes tenues par l’enfermement égotique métaphysique ; or c’est toujours dehors, dans les extérieurs expressifs souvent in humanisés au sens d’une toujours difficile réappropriation de son propre corps, de ses propres réflexions, de sa singulière face humaine et sociale – concrète, imprévisible et mouvante – c’est dehors que la vie passe avec nous humains, avec nous vivants, réponses organisées, contacts sensibles, expressions achevées dans l’Art, problèmes surmontés et conflits de valeurs supportés et résolus dans l’espace politique démocratique.

Dans une sorte d’expérience de pensée comme auxiliaire méthodologique introduit à l’intérieur d’une forme d’arguments qui luttent contre ce que nous nommons « l’argument de la forteresse » comme étant la forme prise par la défense conceptuelle du nécro-système hyper capitaliste (capitalisme fossile, de prédation, du virilisme ..) comme des régimes il-libéraux et/ou totalitaires (fin de la pluralité démocratique, de la liberté d’expression, concentration des pouvoirs économiques et politiques, domination culturelle par des petits empereurs de TY-Coon…) appuyée sur l’Ego-drame ou l’enfermement dans la « fausse prison », l’être humain doit être entièrement reconsidéré comme de formidables capacités de jeux, créativité de l’agir social coopératif, relativité des mondes symboliques et forces de la pluralité pragmatiste et démocratique. Cette expérience de pensée doit être une description des effets d’emprise puissants exercés par la société de contrôle, dans un monde, qui sortant de l’anarcho-capitalisme – la violence du fort contre le faible – prétend sécuriser l’accès et la consommation des mondes – Terre – et de ses ressources stratégiques pour la survie (déraisonnable et dangereux) d’un vieux système économique – le capitalisme fossile.

L’inter-acte comme unité opérative de changement i.e. la capacité de se mettre à la place de l’autre humain ou vivant ; d’adopter dans les perspectives d’autrui sa propre position et se propre capacité de vie ; le pragmatisme américain a pour effet et conséquences de rendre possible la sortie par le haut et l’émancipation vis à vis d’une forme de vie ancienne, profondément enkystée dans nos comportements de tous les jours mais qui pour des raisons précises [bouleversements climatiques, événements climatiques extrêmes ; méga feux, inondations, sécheresses, inhabilités de territoires entiers, pauvretés systémiques, besoins primaires insatisfaits …) ne peut plus être la forme de vies et de socialisation dominante au milieu du XXI° siècle. Combien d’années encore à attendre avec la conscientisation globale de cet état de faits ; combien de souffrances économiques, matérielles, organiques et d ‘exclusions sociales et digitales, violentes, de groupes entiers de populations ; comment les formes d’expressions qui attestent de ce changement majeur et nécessaire de mondes et de sociétés humaines vont-elles irriguer les flux de consciences des masses et la mémoire des individus ? Répondre à cette question, c’est déjà combattre une certaine forme de vie et de pensée héritée de l’exploitation des corps, des langages et des âmes pour un dieu-argent, un dieu-identité ou un dieu-violent, totalement séparés des mondes de la vie ordinaire, pluriels, conjugués et libres.

Fragments d’un monde détruit – 205

Transparence(s)

« Je parle des confins de la nuit
Je parle des confins des ténèbres
Et des confins de la nuit

Si tu viens chez moi, ô doux ami, apporte une lampe
Et une petite lucarne par laquelle
Je pourrai regarder les va-et-vient joyeux de la rue »

Forough Farrokhzâd, « Offertoire » in « Une autre naissance » [1963] in « J’irais jusqu’au rivage du soleil : poésie complète », p.315, Édition et traduction du persan de Leili Anvar, Gallimard, 2026.

[Femme, Vie, Liberté]

Film still of Johnny Sims (played by James Murray) from The Crowd (1928 – King Vidor)

La fausse prison où s’exerce l’œil caméra, oblongue, total,
une pure visée de transparence, folle, proche du Sujet fantôme,
et les automates de tri qui sélectionnent les expressions adaptées,
l’assignation aux mondes divisés des spectres, des alertes,
les dimensions de l’Ego-drame, de la fuite en arrière,
il n’y a plus rien à l’intérieur des guerres, aucun langage sien,
le corps est une carapace vide, de chair et de silences,
pas d’autres, ni d’ami.es, ni d’étrangers voyageurs,
aucune capacités d’expressions éduquées, exercées,

c’est seulement par les ordres du nécro-système que « je » survit,
dans les immeubles de verres immenses, les avenues illuminées,
par les machines-ordinateurs branchées en permanence
et la nuit de l’esprit tombe derrière tes visages – dieu,
pris dans un réseau numérique, la course entre nous, sera vide et mimétique, les langages de la représentation officielle de leur pouvoir, sont des amas de signaux d’alarmes, de meutes déguisées et l’avancée du spectre Nihil assombrit nos Temps …
Ce que j’imagine voir est ton reflet, Toi, matrice-pouvoir,
psyché digital, sang des monstres intérieurs et des obscurités,
et je demeure muet, accroché aux franges des bêtes-armées,
pris dans les complexes des cages, d’intérieurs fermés,
« Tu » es mort, divisé violemment jusqu’à disparaître du Temps,

le Temps-capsule d’un présent de contrôle et de tyrannie,
qui fixe l’Ego-drame sur le moment répété à l’infini,
la créature figée au milieu du rien et de l’abîme,
l’avatar multicolore grillé sur l’électricité des écrans,
et les champs d’appartements, des milliards de cellules de survie,
enferment des habitudes, des désirs de fin et de destruction,
et quand « tu » regarde à l’intérieur de la TV officielle,
rien ne se voit à l’évidence, rien ne se comprend,
le pouvoir maintient les forces égotiques, toujours en éveil,
et dresse les murs opaques de la fausse prison,

cette infinité morne du psycho-pouvoir, le désamorçage des liens sociaux, la divisibilité infinie des êtres vivants, symbole de l’Ego-autocrate,
détruire toutes revendications, toutes résistances fières, volontaires, tout les mouvements collectifs, les groupes sociaux-humains,
et la sexe-propagande fait son affaire, bien aux foyers, aux anti-flammes, se retirer du monde, éprouver la fusion froide des corps dyades, et l’attachement à trois, privatiser le monde des vivants,
s’enfermer seuls à seuls dans la foule, rester toujours à l’écart de la polis, cité des mondes autres,

et le pouvoir regarde toujours dans ta tête,
il a des yeux vides, des yeux de poissons morts,
il instruit des surveillances, il projette des regards panoramiques,
il fouille au travers des corps, des âmes et rejette les corps étrangers,
il est raciste et fière, masculin et nécrophage, total,
le pouvoir veut dévorer la bouche que tu tends, tes yeux, tes cheveux, la langue sienne, tout son langage est automatique, sériel, infini et prévisible et il n y’a plus rien tout autour de lui, rien de définitif,
l’administration de la langue, cela, lui connaît bien, l’enfermé,
connaître, pouvoir et vouloir de manière toujours égal,
à l’intérieur des frontières solides, psychologiques et digitales, du parc humain, les ordinateurs sont des machines à voir,
des machines à prévoir les comportements différents,
l’ahuri intolérable, la cible, l’attention étrange, la cognition dissidente, et les smartphones comme des machines parlantes,
produisent des enfermé.es et du faux-sens à l’infini,

il suffira d’être connecté, dieu des abîmes, pour voir et sentir le futur,
disposer de voix muettes, enfermées dans les traces numériques,
participer à la notation sociale-inhumaine, la méta-aventure du Média, tout est faux, simulacres et authenticités, survies des désespérés, l’automate de tri calcule la suite de temps disponibles, pour les cerveaux branchés des internautes, tout doit être commandables par une simple copie ; un clic, un médium, un bouton ; voitures, nourritures, victimes, boissons, loisirs, logements, extra …
Et l’infrastructure des humains est sans cesse cachée ;
l’invisible dont se repaît le monstre Ego et l’ordre capital,
l’aide, la maison, la nature, la paix, le travail de soins, de maintenance et le support à nos vies.

MP – 01052026

Aux champs musicaux

Dans une dynamique interne de compositions sérielles qui découpent en continu un modèle comme une portion du réel investit par l’expérience de l’anticipation, la musique est une forme de contacts décomposés en mouvements sonores, ultra-sensibles qui s’entrechoquent aux parois et aux surfaces d’une dimension sienne (tierce ou inconnue immédiatement) ou d’un courant de contacts sensibles et moteurs. L’objet au loin est déjà remplit de l’expérience de la manipulation et de la consommation par contacts et exploration de ses intérieurs sociaux-symboliques ; en ce sens l’expérience de la musique est une possible dérivation à partir d’une forme primitive par laquelle les sons accompagnent l’utilisation intentionnelle de l’objet. Par exemple, un livre ou une chaise sont dotés toujours d’une musicalité particulière dans le sens, où se saisir d’un livre ou utiliser une chaise s’accompagnent d’une expérience vécue de manipulation de l’objet et de ce qu’ils dénotent en tant que noms et de ce qu’ils connotent en tant que réponses organisées (feuilleter les pages du livre, en consulter l’index, voir la quatrième de couverture, repérer la date de publication et la maison d’édition …) Il est donc important de reconnaître cette fonction majeure de la musicalité des choses physiques dans cette mesure dynamique d’une poussée des corps vivants par la force du désir humain, vers leurs inter-activités continues formalisées en parties proches ou lointaines, par les différents modèles du son et de l’intensité vibratoire.

Par contraste et dans l’expérience de la dépression comme maladie du lien social et de la coupure symbolique et intentionnelle du moi vis à vis de tous ses entours matériels, (chaise, tables, lits, fenêtres, livres …), tout ce qui est aux bords de la dimension sonore découpe une frontière de basculement vers le silence apparaissant comme une force à l’emprise démesurée, un aplat-fantôme ou une asphyxie de tous les « gestes vocaux significatifs » (Mead, 1934). L’objet désinvestit de la musicalité intentionnelle ou de la visée des contacts multiples manipulatoires avec les autres vivants, perd ses multiples usages et fonctions investit comme il perd son statut de choses physiques et redescend en deçà des surfaces de la vie ordinaire des êtres vivants, des événements, des interactions et des choses. Ce contraste saisissant éprouvé dans l’expérience vécue de la dépression du milieu vital, – littéralement comme perte de pression dans les choses – rend la musicalité des formes aussi importante pour la santé mentale que l’air que nous respirons et les nourritures que nous ingérons pour la santé du corps. L’absence cruelle de sonorités agréables ou mélodieuses, impose une sorte d’empêchement vital aux êtres vivants au sens d’une semblable nuit opaque qui va descendre sur les dynamiques de contacts et d’anticipation sensibles, ce silence imposé et brutal, bloque l’expérience de l’anticipation, détériore les visées du sens dans les gestes, aboutit à fermer l’espace-temps sonore d’un individu sur un silence imposé tout en appauvrissant ses capacités d’expression.

Il est alors pas si étonnant de constater dans l’espace-temps de l’urbanité affairée de l’économie attentionnelle qui nous relie aux multiples interfaces de consommation des objets et services économiques investit d’une valeur d’échange, que toujours en arrière-plan dans l’instant actuel de l’échange, une rythmique complexe a lieu et se reproduit au bénéfice du bruit mécanique et neutralisant de l’échange commercial, – les seuls sons proviennent des déclics d’appareils et le swipe d’écrans de transactions, comme de la voix blanche et polie du commercial – qui reproduit une absence à soi stimulée, comme négation de capacités réflexives et de puissances de transformation sociale et critique. Contre ces rythmes ambiants fabriqués par un écho-systèmes de traces et de preuves ou d’atomes d’identités, employées par la dynamique de consommation capitaliste, ou ces bruits ou vacarmes comme pollutions sonores dramatiques – infinitives – , l’écoute active d’un morceau de musique se déployant dans l’air ambiant ajoute la pulsation infinie du vivant, aux gestes manipulatoires et permet d’affiner longtemps et d’aiguiser la perception de mouvements subtils et complexes de corps vivants qui semblent surgir d’un arrière-fonds ou de coulisses ouvertes par la musique sur le devant des scènes des interactions sociales-symboliques, situées. Il est ainsi tout à fait possible et presque évident de saisir le caractère d’un être humain – sa physionomie sociale et culturelle – au travers de ses différents goûts musicaux parce que tout un champs d’expériences, de contacts, d’explorations est composé de milles musiques hétérogènes, complexes, radiales, diffractées, ou socialisées, faisant l’expérience vécue de l’art de la musique pour cet être humain.

Les corps et les âmes sont tous imprégnés de musiques ; ils transitent d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre, dans l’écriture, la sexualité et le travail de transformation naturelle de la société ; ils informent une expérience du son rapportée aux rêves et aux désirs du contact sensible. Et les mots, s’ils ont des visages, s’ils nous regardent dans la lecture (comme l’écrit Wittgenstein – §156-171 – « Recherches Philosophiques » sur l’expérience de la lecture), possèdent aussi des voix hétérogènes, multiples et situées, réincarnées dans des situations de jeux particulières, à chaque fois improvisées et nouvelles, coopératives et sensibles. La musique est une expérience du temps long, de la possibilité de l’ennui et de la vacuité car sa forme est creusée dans le vide des temps morts de l’économie ; elle est à l’évidence socialisation par l’instinct du jeu dramatique, l’aventure de la lecture audio-sculptée et de la prise de rôles, l’instrument jouant le jeu du maître, du pitre, de l’assassin ou de l’amante ; la composition étant d’allure fraîche, sombre, désespérée ou joyeuse, la saveur particulière d’un morceau renvoyant aux goûts métalliques des machines comme des boîtes à rythmes, ou bien aux vols d’oiseaux dans le ciel, ou à la gracieuse envolée d’une flûte traversière ou bien à la voix limpide et mélancolique d’une chanteuse de dark-wave (Lisa Gerrard et son geste vocal si particulier – lent, grave, profond, sinueux – viennent immédiatement à l’esprit quand on pense à l’obscurité d’une vague montante).

Ici la dimension musicale de la vie fraye avec les spectres physico-symboliques contactés au fur et à mesure des milliards de contacts sensibles avec les choses physiques et les constructions pratiques des croyances que des êtres humains créent dans leurs vies. [Un spectre est une figure majeure des champs de la musique comme la forme avérée et l’incarnation d’une intensité dimensionnelle du jeu ; une figuration de la vie par l’instrument, la partition et les danses du jeu musical]. Les signes linguistiques unissent un concept et une image acoustique comme empreinte psychique du son [la linguistique de Ferdinand de Saussure nous dit cela – « Cours de linguistique générale », 1916], est-ce que cela signifie que les mots-signes conservent une forme audio-dicible de l’expérience du contact manipulatoire avec n’importe quelles choses physiques ? Par exemple, sortir brutalement d’un rêve et laisser filer le déroulement d’une phrase comme une étoile filante et se rappeler (ou visualiser) au même moment juste au réveil, des images mentales précises sorties de ce rêve ; ici la sonorité du mot est un enveloppement de la manipulation et du geste physique vocal ; il y a là une musique dite déjà concrète, terrible et vertigineuse par ses aspects physiques brutaux, son empreinte humaine et sa dimension sienne au sens où un tiers est déjà toujours présent (la société, dieu, l’esprit, l’autre, l’inconscient (?)) dans cette mesure d’un possible enregistrement direct du monde ambiant, une captation de situations de jeux coopératifs particulières.

Se ressaisir par un document audio, filmé, écrit, rêvé, des moments de vies spéciaux ; le travail avec les robots sur des chaînes d’assemblage, la réunion d’entreprise comme un rendez-vous régulier, la rencontre amoureuse pour la première fois et l’attente angoissante du premier baiser, l’échange dialogique standard prés des caisses d’un supermarché, la pause dans le tournage d’une scène de film dramatique ou comique, les commentaires nerveux d’un match de boxe, les propos échangés au comptoir d’un café le matin (toutes les vies ordinaires des femmes et des hommes en société qu’une anthropologie de la communication et une philosophie sociale sont en capacité de réfléchir et d’exprimer au plus près). S’il s’agit d’une empreinte acoustique, [pour les phrases orientées par les attitudes devant les choses], il s’agit d’une diffraction de la vie ordinaire des mots-signes et des interactions médiatisées par des symboles qui dérivent de ou emmènent des groupes de gestes vocaux significatifs.

Fragments d’un monde détruit – 204

Derniers contacts

« The lords of life, the lords of life,—
I saw them pass,
In their own guise,
Like and unlike,
Portly and grim
Use and Surprise
Surface and Dream,
Succession swift, and spectral Wrong,
Temperament without a tongue,
and the inventor of the game
Omnipresent without name;— »

Ralph Waldo Emerson, « Expérience », Exergue, p.285, in « Selected Essays », [1844], Edited with an Introduction by Larzer Ziff, The Penguin American Library, 1982.

Crédit Photo : Romuald Chilard

Marcher doucement, prudemment, entendre le bas bruit de ses pas,
sur le tapis de feuilles et de mousses humides,
laisser les rayons du soleil danser entre les arbres,
la fraîcheur du soir qui tombe, bruissant, follement,
le cri des oiseaux, les craquements, les fougères, les lumières or et rouges, se repaître de ces contacts par milliers, ces fantastiques fantômes ;

et respirer l’air pur d’une vague d’eaux toute transparente,
chaque nouveau pas apprécie la lenteur du Temps,
le songe infini des disparu.es, les vivants tout proche de nous,
la tendre dureté de la terre, des branches mortes et des racines,
que j’aimerais goûter cette terre, belle, paisible,
toucher l’écorce d’un arbre planté au milieu,
laisser le vent frais souffler à l’intérieur de moi ;

et voir la chute de la cité imbécile, ailleurs,
le creusement et la désintégration de toutes images,
bétons, automobiles, cellules, immeubles, téléviseurs, vitrines criardes, tout ces amas d’objets et de gestes investit par l’échange,
et par ce frôlement de la Nature, perdre ces œillères,
voir les choses physiques et creuser tout leurs intérieurs,
avec la main qui caresse leurs surfaces, l’orientation folle, inespérée,

l’œil grand ouvert – orienté – aux iris mauves et noirs,
le tableau ailleurs, qui fixait les prix des objets s’est dissout,
dans la lumière du seul procès de la Nature,
et je marche encore en direction du ciel, sa couleur,
le bleu intense qui a engloutit tout le ciel,
a favorisé les vagues montantes de l’Esprit, l’immanence sienne,
chaque élément s’exprime et remonte dans ta vision ;
dieu des traces, moment du social et des transformations.

Plus loin, il y a le sable fin, les vagues et les dunes,
balayés par le vent de mer et les embruns,
la flottaison intime aux rythmes des vagues étincelantes,
de l’écume froide et neige, par l’horizon rouge sanglant,
plus loin n’est pas encore là, alors je pressent la Terre,
elle appelle le projeté pour toutes choses vivantes ;
animal craintif, végétaux, arbres, mares d’eaux salées,
et j’existe une deuxième fois à l’intérieur des choses ;

tout est encore signes et mouvement depuis l’intérieur,
il suffit de fermer les yeux et de pénétrer dans l’image,
la source de l’inter-acte complexe et du changement,
sortir de soi quelques instants, faire bon chemin,
devenir l’autre, agir et vivre en lui-même,
le temps de la transformation des lieux et du temps, l’occasion,
de mêler ses corps et ses âmes dans une nouvelle forme,
engendrer la vie ; boire et se nourrir du sang des feuilles,

la vie accueillante dans nos yeux ouverts,
cette lumière froide et magique,
l’ombre et la fraîcheur du soir qui tombe,
au milieu du chemin qui serpente dans la forêt,
et je sort de la maison postée au milieu de nulle part,
celle qui abrite les morceaux de signes comme un refuge,
entassés dans un coin obscure, prés de l’âtre et des flammes,
ils font des beaux visages qui regardent, ils s’expriment,
la nuit va tout redéployer sur ses tapis d’étoiles,
cette traînée d’argents, de sel et de distances,

et je sens l’odeur de la pluie ; à minuit, il y aura de l’eau,
et sur la table du voyageur, un morceau de rêves fumants,
pour se rassasier le ventre et l’Esprit et sentir la chaleur,
monter partout depuis l’intérieur des êtres et des choses,
les fumées bleues des songes commencent juste à sortir,
et je vais quitter ces lieux-dits, ces habitations,
l’âme heurtée aux milles contacts sensibles,
je remercie tous les seigneurs de la vie ;
contacts, départ nouveau, frottement, absence à soi, touchers …

MP – 19042026

Réprouver les humains

Dans plusieurs séries d’affrontement d’Empires numériques-informationnelles, politiques, militaires, géographiques, les places grandissantes des activités directement digitalisées dans la production de valeurs impliquent la coopération des systèmes informatiques décisionnels et l’engagement d’humains dans les activités économiques qui exploitent leurs forces de travail en continu ; cette coopération par interfaçages dynamiques, technologiques des expériences humaines collatérales, – physiques / sociales / numériques / virtuelles comme exercices d’une puissance d’agir – est emmenée au cœur de la représentation officielle qu’une société d’êtres humains construit pour faire ou produire sa propre histoire. Dans les sociétés de contrôle à haute intensité (Chine, Russie, Iran ..), contrôler les images, les sons, les souvenirs et le déroulement du récit ou de la version officielle issue et produite d’une certaine psychologie du pouvoir doit faire partie des techniques de conservation de ce pouvoir dans un temps indéfiniment long et sécurisé par un présent de surveillance massive, médiatique et une technologie de réseaux dite politisée (Internet censuré, smartphones bridés, capteurs biomorphiques, traceurs de différences, Automates de tri et de sélection …).

L’irruption des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) grands publics (novembre 2022) comme microsystèmes diffus de reproduction et d’exploitation de masse de signes-symboles numérisés permet à une certaine technologie de surveillance et de conformation cognitive, symbolique et volitive des conduites à une normativité-machine d’exister dans l’espace et le temps économique et politique. La norme cognitive ainsi promue s’inscrit pour un gouvernement autoritaire dans une dynamique exomorphe de traces biographiques et d’authentification de l’individu organique dit conforme, prévisible, par décodage sursymbolique des ensembles expressifs inhumanisés. En ce sens les IAG voyous, (celles qui comme des filtres d’obscurités ou des accords automatiques passés sur le langage humain sans l’humain excluent des gardes-fous éthiques de leurs modèles économiques ; Grok, Chat GPT) sont appelés ici – IAGR comme Intelligences Artificielles Génératives de Régulation – parce qu’elles reproduisent dans les termes complexes de la société de contrôle, un conformisme social puissant qui tend à éliminer la créativité expressive humaine – les capacités expressives rares – l’esprit critique et les singularités existentielles.

Aux présents qui figent et ne passent pas, s’ajoute cette police d’écriture de l’histoire des événements qui fixe le sens de l’événement par les cadres nouveaux (technologiques et idéologiques) de la mémoire historique collective i.e. les mécanismes de traduction des effets des paroles dans le prisme du pouvoir et la constante élimination des troubles individuels ou des écarts sociaux-symboliques, expressifs ou économiques.

Les groupes humains voient au travers des filtres de perception officielle, la réalité commune, identique et déformée des théâtres cruels d’opérations militaires et impériales (lointains ou incompréhensibles) ; et bâtir des territoires négatifs là où l’accès à l’information et à l’histoire du récit d’événements et aux sens de ce récit est empêché ou instrumentalisé va compter comme faisant partie des tactiques importantes pour la confusion maximale de masse et l’attirance du chef pour la réaction émotionnelle typique ou le spontanéisme imbécile du subordonné. Créer des paniques morales raccrochées à des sujets du pouvoir (a)variés (perte de l’identité nationale et baisse de la natalité, grand remplacement, racisme anti-blancs (?), terrorisme écologique, wokisme, invasion migratoire, décadence morale et pornographies …) est compris comme un outil de pénétration de l’extrême-droite, du nationalisme, du fondamentalisme mystico-religieux (orthodoxes (institutions officielles en Russie), juifs (extrême-droite en Israël et ses guerres d’expansion nationaliste), musulmans, bouddhistes, hindouistes ou chrétiens) et du totalitarisme islamiste par leurs usages historiques de l’idée de Nation, de Prophétie et de Peuple, dans les pensées et les attitudes collectives des masses.

Ne pas renvoyer dos à dos ces partis et ces mouvements aux méthodes si dangereuses, aux idéologies mortifères pour la démocratie libérale ne va pas sans efforts de promouvoir constamment une logique pragmatique triadique d’échanges et de transformation (duale et tiers comme conflits de valeurs différentes surmontés), à chaque occasion de consciences (chaque expression donnée et héritée d’un régime de discours politique), dans chaque médium possible, la forme de vie démocratique et le pluralisme vivant et social-symbolique qui en fait la force et la vitalité. Ce dos à dos – ou cette pauvre dualité ; extrême droite versus islamisme et cette opposition stérile, aveuglante, simplificatrice – malheureusement résulte d’une dynamique de renforcement des deux (supposés) adversaires ou alternatives principaux ; l’un nourrit l’autre en permanence dans un jeu d’escalades symétriques, de haines xénophobes, de conflits enkystés et de chantages permanents et dangereux qui exclut toutes formes de réciprocité et de singularité.

Ainsi, un pôle de destruction de la démocratie sociale comme système de valeurs et types de normativité est pleinement constitué dans ce nouveau désordre international en 2026, par cette dynamique du miroir inversé et de l’aimant (attractivité des forces plurielles vers le pôle de stabilité idéologique extrême-droite techno-sécuritaire / islam régressif / Chine. États-Unis comme réassurance de l’Empire et de l’ordre et du média univoque ; destruction des opposants à cette vison unique du conflit (dit de civilisations, de cultures, de sexes, de races, de voix, d’histoires, de technologies, d’énergies …) …) L’espèce de résultats de pensée monolithique – obsédants – obtenue par ce savant et mécanique entretien du conflit unique, centralisant, hypnotique – prive les démocraties libérales de leurs énergies critiques et de leurs capacités de transformation des vies dans leurs pluralités et leurs modalités d’existence singulières. Dans ce monolithe affreux de l’idéologie de la décadence et du martyr – un nécro-système de pensées univoque et uniforme – ; sont préfigurés les types de psychologie du pouvoir dominantes et les capacités de contrôle des réactions collectives associées et mises en œuvre. Ici la logique de l’archive politique comme infrastructure et instruction continue d’une certaine police administrative qui va ficher par centaines de milliers ses propres citoyens dans une cyberculture de surveillance permanente des dissidences, doit correspondre à une identification numérique complexe des identités civiles et des parcours biographiques, économiques ou institutionnels des groupes et des individus.

Il faut des groupes d’hommes conditionnés – suffisamment nombreux pour faire corps idéologique – pour devenir des groupes d’hommes conditionneurs, ceux là qui propagent la bonne humeur du moment du mâle, de l’âge d’or et de l’action virile ; le « mood », la « stimmung » ou l’affectivité d’un lieu et d’un rôle associés aux temps et aux lieux artificiels du pouvoir ; dans ce théâtre du double et de la cruauté formelle de l’administration de la psychologie du pouvoir de l’extrême-droite et du nationalisme politique et religieux ; les techniques de production de l’archive (détournées de leurs buts initiaux ; conserver la mémoire historique et raconter les faits qui se sont réellement produits) et les techniques de l’aveu permanent (la police psychologique et l’autosurveillance), vont passer pour des armes intellectuelles ordinaires contre la forme d’esprit libre ou indépendante ; celle-ci doit se plier aux formes de l’instruction des nouveaux cadres. Orwell et « 1984 » [1949] ici doit nous être d’un grand secours philosophique pour comprendre ce qui arrive dans et par la capacité à réécrire l’événement historique, à éduquer par la propagande et la méthode de la double pensée pratiquée par O’Brien et le Ministère de la Vérité (penser une chose et son contraire à la fois et maintenir cet état de tension en permanence de sorte que le basculement d’un monde à l’autre puisse avoir lieu facilement à tout moment sur requête du pouvoir), le TRUTH Social, la Russie de Poutine et son incroyable politique mémorielle.

On voit ici, outre l’affinité des Tyrans et la collusion de leurs intérêts respectifs – conserver le pouvoir à n’importe quel prix -, cette dimension de trans-valuation sociale symbolique d’une forme critique de l’assujettissement – devenir sujet-ego du pouvoir – à une histoire contre une autre, ou cette possibilité pour l’analyste politique et philosophe de l’action de passer d’un monde à l’autre – démocraties / fascismes – en relevant la constitution immanente de la dynamique de transformation et de circulation sociale-symbolique qui a (re)produit ces formes et ces régimes de discours particuliers en 2026 et dans leurs jalons historiques importants. Cette double lecture doit profiter aux partisans de la résistance culturelle, politique et sociale contre le techno-fascisme culturel de masse et à promouvoir la forme de vie démocratique mise aux défis de ces perspectives terribles d’un possible basculement d’une ou plusieurs de nos démocraties européennes vers un mouvement héritier du fascisme (France, 2027 / France, 2002), de l’extension de la guerre totale de Vladimir Poutine en Europe, pendant que l’Amérique souffre du délire Trumpiste, des MAGA et de l’agenda réactionnaire de l’Héritage Foundation.

Fragments d’un monde détruit – 203