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La langue des prisonniers

La saisissante impression de n’être plus maître et possesseur de ses propres expressions et de se trouver réduit à devenir médium, écosystème inerte de résonance pure de matériaux linguistiques hérités d’une fréquentation continue d’un monde social humain ; cette impression si elle est fantastique par son potentiel de dés-appropriation de la maîtrise du sens de ses mots, demeure relativement partagé par des êtres humains, dont le langage est lui même une multiplicité d’actions inscrite dans une forme de vie particulière ; un monde tout entier de faits, de contacts sensibles, de formes d’expérience expressive. Faire l’épreuve de cette perte des phénomènes sensibles du sens de ses expressions revient non seulement à faire l’épreuve du scepticisme – en tant que les mots agissent sans moi ou à travers moi sans que je le veuille et le comprenne vraiment – mais aussi reliée à cette autonomie grammaticale et froide du sens, à éprouver le conformisme comme menace supplémentaire sur sa propre vie. C’est une double menace terriblement humaine – scepticisme et conformisme – que traduisent des expressions toutes faites, des syntagmes en capacité d’accorder des instruments jouant de manière autonome, une partition d’orchestres noirs, monolithiques et pleins d’ombres factices et de trompes l’œil.

La perte de soi-même éprouvée dans une passion triste de la déshérence et de l’exil à l’intérieur même de la langue consiste à se trouver exclu tout au bords d’une chute absurde hors de soi-même, près d’une limite interne qui sépare le sens, d’un non sens brut, flagrant, lié à une perte de références au monde et au milieu de vie des signes. La terrible angoisse de la nullité du sens est une angoisse existentielle pour l’être humain, vivant dans la langue, c’est dans cette épreuve de l’exil que sont formés les enfants-signes – artistes, auteurs, poétesses, écrivains, musicien.nes, cinéastes ; ceux-là, celles-ci dont les frontières de langages leur sont apparues pleinement et violemment au cours d’une crise de l’existence parlée, dite, représentée ou bien écrite. L’acmé de cette crise existentielle est formée de la prise de conscience d’un vertige métaphysique, d’un abîme creusé dans le temps et dans l’espace du discours humain ; tout à coup, la perception du langage se renouvelle dramatiquement ; le langage est vu comme une capacité purement autonome – l’autonomie de la grammaire, la capacité de développement interne de la grammaire – il ne doit des comptes à rien, ni à personnes ; le langage est une sorte de forteresse assiégée de toutes parts par des questions sans réponses, des fuites et des alertes, des tentatives de contrôles ultimes, des essais de signifiance ; une forteresse machine qui tient bon, solidement fixée à tous ces murs-limites de ses territoires.

La perte de contacts sensibles avec la réalité du sens des expressions pour un être humain pris dans cette angoisse mortelle va donc se trouver confrontée avec les tentatives de dialogues et d’interactions sociales, symboliques, venues d’un extérieur totalement coupé des discours enfermés et (en)fermant du sujet malade ou bouleversé par l’angoisse existentielle. C’est à ce statut social étrange qu’est la position du locuteur fantôme qu’il faut renvoyer l’interrogation philosophique sur le sens des mots d’un discours fermé sur lui même, plein de cohérences – inertes et froides comme une structure grammaticale morte – éloignées de toutes liaisons de références au monde des signes, des faits et des choses physiques. Et ce type de discours hyper autocentré, hyper cohérent mais dont les liens avec la réalité ont été cassés sous l’épreuve de la justification ultime, sceptique et conformiste ; doit apparaître comme prototypique d’un possible régime de discours contemporain. Ce régime nouveau va se composer d’une même indifférence au monde extérieur, indifférence aux limites de la subjectivité dans la langue ordinaire, repli à l’intérieur d’une force égotique, fixée et autocentrée qui va travailler toute seule dans une grammaire morte séparée de ses activités réelles.

C’est donc aussi l’incapacité des autres à comprendre ce non-sens, – y a t-il une possibilité philosophique de comprendre une énonciation venue de nulle part, sans sujet porteur d’une voix humaine, réaffirmée dans ses expressions ; une énonciation dépourvue de sens – qui relève d’une double crise de la subjectivité malade et du monde abandonné par des absences d’intentions, de projets, d’activités que révèlent cette langue de prisonnier. Il semble que la langue de l’interaction sociale symbolique médiatisée par des symboles échoue à rendre compte de l’expérience particulière vécue par le locuteur fantôme car sa langue est faite, creusée à l’intérieur d’une prison a-sensible, une forme de creux intérieur fait de barreaux invisibles, dans lequel seule la capacité de calcul sur des signes demeure comme force bio-symbolique de communication. En ce sens, calculer ou seulement opérer sur des signes ne peuvent pas nous dire l’expérience vécue du langage ordinaire autrement plus riche, plus sensible, plus insérée dans nos intentions quotidiennes et nos conversations de gestes quotidiens qui révèle toute la puissance signifiante de la vie humaine avec des mots.

Rencontrer le non-sens dans sa propre vie d’être de langage est donc une double épreuve – (1) du scepticisme quand aux sens et à sa propre capacité à faire sens au milieu des autres et (2) du conformisme quand à la pression formidable du groupe humain sur le sens (familles, institutions, sociétés …) – cette double épreuve façonne un être humain en le rendant sensible à l’exclusion interne de la langue ; c’est à dire le repérage et la détermination immanente des limites subjectives au delà desquelles le non-sens apparaît en pleine lumière. Ainsi la contextualité humaine vis à vis du sens d’une expérience expressive est cruciale pour seulement parvenir à vivre avec ses mots – les siens et ceux des autres tout autour de soi – vivre, c’est à dire reprendre droit et possession même fragile, temporaire, sur ses propres capacités à dire et exprimer le monde à travers Soi. Le locuteur fantôme est donc comme un prisonnier pris à l’intérieur de ses propres filets de sécurité ; il est capturé dans une langue neutralisée, inutile, inerte, sans références et ne trouve plus de sorties, ni d’ouvertures, de fissures ou de brèches sur ou dans le bloc monolithique du vide et du rien de ses discours faussés, vidés. Prisonnier d’un langage malade, il est prisonnier de la langue – qui travaille seule à seule contre lui-même -, et ne peut pas ou plus revendiquer une expérience vécue particulière du monde car ses mots sont tous captés par un écosystème linguistique fermé et enfermant de décisions – contre-soi et l’esprit – et d’annulation sociale de son Soi.

Fragments d’un monde détruit – 199

Frontières

« Nous n’éliminons pas l’hérétique parce qu’il nous résiste ; tant qu’il nous résiste, nous ne l’éliminons jamais. Nous le convertissons, nous prenons dans nos filets son être intime, nous le remodelons. Nous brûlons tout le mal qui est en lui, toutes ses illusions, nous l’amenons à passer dans notre camp, non pas en apparence, mais en réalité, cœur et âme. »

George Orwell, « 1984 », Troisième partie, chapitre, 2, p.1197, Texte traduit présenté et annoté par Philippe Jaworski, Gallimard, 2020.

Roussillon_Tour_dénommée_Altalayas_à_Altaya, frontières de France et d’Espagne, Pyrénées orientales, [dessin], Jorand_Jean-Baptiste-Joseph

Il fait froid près des bords des langages, des limites habituelles,
l’extérieur nuit attend au delà des murs d’obéissances, noirs et blancs,
les signes – digits seront alignés comme des ordres d’armées,
les morts séjournent en arrière de nous, dans l’abîme,
et je ne parle pas ta langue devenue inquiète, interdite,
langue des résistances, des forces nombreuses et des appels – symboles …
Je suis le commandeur des croyants, l’appel des conformités,
et ma langue est celle de la transparence, de l’authentique rappel,
Je me tourne vers le monstre-dieu, la conduite réglée par le programme,
mon visage est codée dans l’application du pouvoir,
mes traits seront ceux, géométriques, du scanner,
l’applique biomorphique, totale et fixe,
l’identification de la nudité digitale et du corps standard,
aucun reste ne doit subsister en arrière des mondes vécus,
toutes expériences doivent être bonnes à prendre, à traduire et à jouir,
à l’intérieur des systèmes morts, des architectures de la preuve et du néant,
fait avec le je de l’assujettissement, de la fièvre de la réplique,
plus rien n’arrive dans l’expérience vécue, rien ne se dit, rien ne s’écrit qui ne soit prévu …
Tu ne pourras rien dire qui ne soit déjà écrit avant toi,
par l’Automate de régulation, les machines de triage des formes synthétiques,
entre les signes adoptés par les économies absentes, les guerres,
et les signes renvoyés au rebut, dans les décharges numériques.

Et je poursuit le temps inerte des machines, l’Automate est mon maître,
je lui fais allégeance et décide de la règle unique par la conformité,
les plus nombreux décident de la correction du sens des mots-signes
et tous les autres seront exclus du champs des responsabilités,
de la norme cognitive ; cette norme exclue les monstres visiteurs, les outsiders, les étrangers,
ceux-là qui résident en dehors de nous, hors des belles frontières …
Car nous sommes les hommes tranquilles, les indifférents,
protégés de l’extérieur, nous vivons d’info-guerres, de définitions et d’horizons déjà fixés,
et nos paroles numérisées, envahissent les terres des croyances …
Nous sommes les digits morts, les dévoués, les cendres après le feu du langage,
les hommes-preuves assignés au psycho-pouvoir, par serviles obéissances …
Et tu ne voudras rien faire de plus dans ce monde d’enfermés,
dans cette prison digitale, rien ne peut changer le monde réel,
tout est déjà prévu quelque part, déjà écrit dans la vision de nulle-part …

Le regard des masses est capté dans la forteresse, à chaque niveau d’annulation,
il reste les beaux projets de destruction, les émancipations du soi,
l’alternative du Tu, du Nous, du Il et du « Je crois », intégrés au monde,
l’alter-nativité qui poursuit les temps historiques et féconds, les recommencements …
Tu es l’être aux frontières, l’inhumain qui demeure là, dans notre présence ;
et ces frontière du langage représentent les limites à ce monde affreux,
elles sont inscrites dans nos jugements, nos préhensions, nos visions, comme des poussées d’abîmes, de férocités, des néants possédés,
les frontières de tes mots parlés, écrits ; poussières au bords du discours,
les divisions de mondes, lancées entre l’extérieur-flamme et l’intérieur-nuit …
La même progression de l’agir politique qui compense la dérivation,
il faudra que l’espace-temps devienne des lieux à soi, des temps bien compris, pour seulement devenir autre, hétérogène et grande différence,
et je ne peux plus parler, ni écrire en dehors de l’Automate, car ils font pression, ceux-là qui violentent les formes humaines de pensée ;
ceux là s’assurent de la conformité des sens,
tout mon corps et tout mon esprit sont annulés dans leur justification ultime,
le processus d’attestation des corps sains, alertes et disponibles, voués aux machines de tri, d’élections et de surveillance.

MP – 13032026

L’enfant foudroyé

« Détournée,
je t’attends
loin des vivants tu t’attardes,
ou près.
Détournée,
je t’attends,
car des êtres affranchis ne doivent pas
être pris
dans les lacets de la nostalgie
ni couronnés
avec le diadème en poussière de planètes –
l’amour est une plainte des sables
qui sert dans le feu
et n’est pas consumée

Détournée
elle t’attend – »

Nelly Sachs, « Exode et métamorphose : 1958-1959 », p.347, Gallimard, 2023.

Harry Clarke’s Illustrations for Poe’s Tales of Mystery and Imagination (1919)

Voir l’instant liquide glissant dans les failles de l’Esprit,
la même sentence radiale, fatale, l’espèce de sans lieux,
cet hors là du corps mutant aux membres creusés d’alarmes,
et le rire de la mouette qui tourne à l’horizon des mers glaciales,
dans ses eaux partitionnées, si nocturnes, a recouvert le silence,
il fait si froid tout autour du seul souvenir, du bel oublieux enfant,
l’enfant des morts, des vestiges et des ruines fantastiques,
et la mémoire terrestre, paralysée ne peut plus rien dire,
l’enfant de ton visage vaincu, transformé en un masque horrible et brutal, les désespoirs d’enfants résonnent entre les murs de la cité froide, ils servent de liqueurs aux longues traînées d’hommes alcooliques, ils inspirent des chansons vagues et belles, remplies d’outrances,

et c’est tout une aura astrale qui se retire derrière les rideaux,
une aura d’enfance et de nouveauté, la pleine et grande innocence,
les rideaux tirés par la société des hommes aigris, petits et haineux,
et les larmes des remords du passé coulent sur les vitres enfantines,
Il se fait tard et la terre de l’absence remonte dans nos mains ;
remuer la poussière fragile, que l’on mélange au sang des monstres,
sentir la fraîcheur meuble de la nuit, les portées de l’étoile d’espérance, et devenir cet autre créateur désiré, étranger à ce monde affreux, la face du monstre libre, inquiet et nocturne, creusant tout l’abîme, à l’intérieur du Temps, se dressent des parois, des refuges, le miroir brisé en milles morceaux inertes, bien tranquilles et fixes, ramasser ses pièces étranges, ses doublures opaques, ses minuscules riens …

Mes yeux regardent en arrière, et se voilent par la couleur rouge nuit,
tout au dedans, il reste une part d’enfance, de préjugés historiques,
il suffit de jeter son propre regard alerte à l’intérieur des arrière-mondes, poursuivre les traces des signes symboles, des images qui arrivent, et je pourrais voir mon passé dans le futur proche, machine déchirante, traduire les nœuds du sang, les vacarmes de l’organisme, en de longues plages sonores et spatiales, des symphonies abstraites, chercher cette part d’enfance tout au dedans des nuits,
relever les signes marqués sur les parois organes, les extrémités,
et toutes les terminaisons nerveuses occupées par l’action,
dessinent une même plage de réactions, de résonances, de contacts,
la solitude grandit à l’orée de la cité, les forêts avancent,

la solitude froide et sereine, plantée au milieu des places digitales,
celle qui remonte dans les voix des Spectres Nihilo, des absences,
et ce choc dans l’enfance, le Signe du devenir monstre et de nulle part,
les fuites dans les refuges siens, les mêmes ailleurs sensibles, protégés, dieu des alarmes du sang et des sans lieux, dieu des Temps autres, protègent nous des amas d’êtres conformes et niais, des trop nombreux, aux âmes bons marchés et chétives, aux corps mutilés par la guerre … Je regarde dans les yeux noirs de l’enfant – celui qui garde la mesure, l’espérance livrée en masses de nuages, de soleils puissants et de traces vivantes, et le rythme de l’enfant est supérieur au monde, il impulse la divine présence, toute la blessure du sexe de dieu, dévorée par l’enfant-monstre, comme le Signe du seul Soleil ; l’horizon fier et bleu monochrome.

MP – 08032026

E.k.rire avec les brutes

C’est à une certaine brutalité, une survie a-formelle de l’être humain, au sens d’une détérioration globale de ses moyens de description spécifiques – mots-signes, verbes d’actions, qualificatifs de caractères moraux, comparaisons de modalités du vivre et du mourir, métaphores audio, visuelles, tactiles, figures de style incorporées – de la vie qu’il mène, auxquelles sont comme affrontées, les existences sociales et les langages des interactions symboliques des êtres vivants en société humaine. Cette lente dégradation des moyens de description et d’expression de soi-même comme un autre vivant, résulte, sans aucun doute, d’un même programme économique et normatif de capture des moyens de « dire » le monde tel qu’il est, tel qu’il arrive, avec vitesse, chocs, fragilités, blessures, croyances et espérances pour un « Nous » humain. Se ressaisir des mots entrelacés à nos vies et qui se sont perdus hors de nos vies ordinaires, c’est d’abord affronter des systèmes d’ordres communicants complexes affiliés à une certaine typologie de stratégie de contrôle et d’assujettissement des voix et des capacités d’expression des êtres humains. Devenir sujet de l’ordre impérial, c’est à dire se faire vecteur et conformation organique des mots d’ordre du système communicant dominant, ne se fait pas seulement tout contre les vulnérabilités des langues et des corps hétérogènes, mais s'(in)forme à l’intérieur même d’un égo-drame complexe constitué d’une image de soi verrouillée et d’un intérieur toujours in-accédé, in-temporalisé ou dé-spatialisé et dont les moyens et techniques d’expression très spécifiques ont été progressivement retirées des capacités d’intercommunication humaines dites normales.

La novlangue du psycho-pouvoir est faite de mots-vedettes (comme des mots stars qui brillent en étoiles autour d’un centre d’aspirations de toutes forces de résistance), de phrases lissées au maximum permettant de « manager » l’exception déroutante, ou malvenue dans le narratif des événements historiques ; de verbes de positions qui fixent les alter-nativités sur le film de la mémoire collective et provoquent l’immobilisation constante des revendications particulières, de qualificatifs grossiers, moralement similaires comme produits en économie d’échelles et qui assurent à l’administration du psycho-pouvoir un certain plafond d’annihilation symbolique garantissant la non survenance de propriétés morales aux événements historiques ; il s’agit toujours ici de niveler par le bas les aspirations ou les revendications d’une masse puissante d’individus au moyen d’une rhétorique binaire de la force et de la faiblesse qui s’appuie sur les instincts primitifs de protection de soi et de la haine du mouvement allant contre l’ordre naturel des choses. L’ordre communicant verbalise l’inaction et sait comment dés-instituer les réponses organisées des êtres vivants pour protéger au cœur d’une langue artificielle, asociale et neutre – un nov-langage managérial – une classe de gestes, de mouvements, d’attitudes, de jugements, d’accords liés à une direction économique, politique et symbolique.

On pressent tout l’intérêt culturel et politique de refuser violemment, toutes les tentatives de construire une anthropologie sociale et langagière, – une anthropologie de la communication – dont les formes critiques et négatives dérivées vont aller directement se traduire tout contre l’expression complexe de la psychologie du pouvoir. Car cette expression idéologisée ou cette absence de formes expressives ordinaires, va bien consister à éliminer au final tous les opposants à la langue – univoque, transparente, seule authentique – du pouvoir, par la facilité sémantique et la vitesse de reproduction de la contrainte sur soi, par l’exploitation de l’instinct sexuel, le repli sur soi obligatoire et égoïste, conforme et la haine des langages pauvres, différents, humiliants, ratés ou exceptionnels ; c’est à une certaine inhumanité de la langue au travail de la prédation capitaliste qu’il faut reconduire l’interrogation sur les capacités expressives des êtres vivants, l’espèce d’insultes et d’étroitesses de vues, liées à une éducation de l’être humain, par le neuro-management et l’extraction de forces individuelles qui ventilent des compétences futures adaptées aux marchés du travail. Tranquilliser l’individu humain, faire de lui, un espace-temps neutralisé, pris dans un cocon familial aux accès à l’extérieur vivant et social, dangereux, à la langue du dehors, fermés à double tours ; Il faut qu’il se réduise seulement – qu’il se résigne une bonne fois pour toutes – à être l’opération simple de multiplication de l’emprise de la psychologie du pouvoir en lui-même.

Dans la brutalisation de la socialité de et dans la langue humaine réside la pleine agression contre les usages sociaux naturels des langages économiques et capitalistiques ; les Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) en fonctionnant sur des vectorisations de masses et des prévisions statistiques tout en fermant l’accès aux dehors (« a rule from outside against the solipsist view and the close of limits ») concluent un mouvement politique de la langue, entamé il y à longtemps, amplifié par la révolution conservatrice anglaise et américaine du début des années 1980, de nécro-captation de la forme vitale du sens des mots-signes ; la mort économique de soi même aspire la signification et tous les contacts a-sociaux nécessitant la maîtrise d’un code de la communication inhumaine, permettant de reproduire la langue capitale, de lui assurer une forme spéciale, rigidifiée, spectrale, complexe, abstraite et insignifiante ou tellement superficielle à la fois ; forme qui va recouvrir et lissée au moyen de techniques rhétoriques, les expressions conventionnelles et naturelles des êtres humains. Demeurer aux frontières des mondes, comme le font les poètes, les philosophes et les écrivains, en cherchant avec efforts, rigueurs et espoirs, les voies de passage d’un monde à l’autre, en rendant possible les rencontres hasardeuses et les éclatements de sièges du psycho-pouvoir, devrait faire partie d’une politique culturelle et économique trans-nations, soucieuse de l’usage cosmopolite des mots-signes, des images et des interactions symboliques par les mots et les rêves dans un milieu vivant tissé en symboles importants, en gestes significatifs, en ensembles cohérents de signes et en références à la vie en train de se faire.

Dévitaliser les phrases, neutraliser le sens de la revendication par la voix à l’aide de mots d’ordre qui mobilisent et annulent, identifier l’hétérogène et la différence et rendre ses possibilités d’expressions inappropriées, caduques, inutiles ou voire carrément dangereuses pour la survie de groupes sociaux hiérarchiques, symboliquement dominants ; tout cela comme pièces tactiques d’un ensemble d’actions stratégiques fait partie, non pas seulement d’une certaine version du monde détachée de la vie ordinaire – la version ultra-conservatrice du monde – mais plus profondément d’une même méprise inhumaine quand aux possibilité de vivre à l’intérieur de la forme humaine de langage des êtres humains. Ce qui est refusée ici est l’imprégnation de la langue dans la vie, le fait social et anthropologique, que les êtres humains possèdent une langue et sont socialisés par la langue dans laquelle ils s’expriment, l’espèce d’événements qui fait que – un individu soudain exprime une certaine tension particulière du monde dans lequel il vit, et le fait par des mots, des symboles, des phrases, des images pertinentes ou trompeuses, des adjectifs ou des métaphores complexes ; toute cette densité symbolique qu’accompagne le mouvement vital, social et organique de la voix humaine. Nous touchons là au cœur de l’existence de la socialité de base de l’humain, par des pensées qui sont des pensées colorées par des usages linguistiques et des corps vivants, par des lieux et des temps différents, immergés dans la vie ordinaire et la pensée rendue concrète et vitale de l’être humain.

Fragments d’un monde détruit – 198

L’émigration intérieure

« Il n’a pas de fond ce vide,
qu’ouvre la saison nouvelle,
soumise à la force inconnue
qui harcèle la raison,

quand il libère des pulsions animales
éveillées aux espaces nouveaux.
Alors que nous nous sentions, un peu
nécessaires, comme rassasiés,

Il a suffi de cette aile,
de tiédeur, pour que nous parût
vain tout signal

de notre être encore
inconnu ; et lointain
le vrai temps humain. »

Pier Paolo Pasolini, « Petits Poèmes Nocturnes : 1952-1953 », in « Poèmes de jeunesse et quelques autres », p.131, Préface et choix de Dominique Fernandez, Traduction de Nathalie Castagné et Dominique Fernandez, Gallimard, 1995.

« Interrogé par le monstre-dieu, le prisonnier ne dit plus rien. »

Kasimir Malevitch – Tête de paysan, Collection particulière Cyrille et Jules Naumov, (1911), Saint-Pétersbourg.

A force de justifier l’action sienne, le silence de dieu seul remonte,
l’absence d’autres, la non reconnaissance prise d’oublis et de peurs,
l’espèce de regard vitreux et opaque, de visage flou et de voix muettes,
aux contours neutres et gris, aux langages inertes, transparents,
la demande de justice, abstraite et ultime, et le mors aux dents,
le dessin gravé sur la pierre déposée prés du rivage bleu et mauve,
et qui ne me dit rien, qui ne dit rien à vous, ni à personne …

Je t’écoute toi, – notre vision -, au travers de la feuille et tes filets fantômes, glissants par tous ces autres qui se demandent et tourmentent, l’image de la grève de béton armé, au fond du lieu dit « solitude », les musiques du silence et les nuages humides dans tes yeux, ces formes évolutives, si étranges pendant que tu t’échappes, au loin, aux pieds des soleils noirs de la mélancolie et de l’exil terrestre,
quand tout ce monde de vacarmes, reflue vers l’intérieur, au fond du spectre …

Faire le voyage seul.e, et découper les ponts, brûler les terres anonymes, aller creuser aux refuges tien, les grands mouvements premiers, disperser ses forces anciennes, reprises à l’horizon des maîtres, renverser les mondes affreux, en effet inverse et en eaux étranges …
L’étranger vit seul, au dedans des yeux rouges et noirs, des absurdes visions, chaque flèche de mots-signes dérangés et fixés sur ses lignes, est une pointe ouverte sur l’abîme ; de sangs, de mots et de sens…

Celles et ceux qui t’interrogent seront légions, des meutes aux discours informes, mais rien ne franchit la citadelle ; ses voies d’accès, parsemées d’outrages, et de gardes-fous, des intuitions directes et des sentiments moraux, car ses chemins sont devenus trop complexes, trop abstrus, seuls des visiteurs du dimanche, par hasard, des égaré.es, franchissent les frontières … Les boucliers d’azur, de langages et de pluies ; l’arc-en-chair qui tiennent encore, la femme, l’enfant-signe et l’homme bien-aimés par delà ce monde.

MP – 27022026

Inverser | Commander

– « In my father’s love » –

L’insidieux poison néo-fasciste glissant dans les circuits médiumniques de la Médiacratie facilitant la prise d’audimats et la capture des jugements auprès de télé-consommateurs et agents informationnels d’une acceptation reconduite des mouvements antidémocratiques européens et américains (Identité et Démocratie (ID) en Europe, MAGA, Heritage Foundation, Techno-oligarques et « Lumières sombres », Rassemblement National, Alternative für Deutschland, Fratelli d’Italia, Fidesz en Hongrie, Vox en Espagne, groupuscules d’extrême droite …) accompagne un mouvement fascinant d’inversion des valeurs traditionnelles qui permettaient jusqu’il y a peu, un repérage des positions idéologiques, historiques, éthiques des mouvements officiels prétendant organiser la vie sociale, culturelle, politique et économique. Le meurtre d’un jeune militant d’extrême-droite à Lyon – un meurtre d’un jeune homme toujours illégal, imbécile et scandaleux – s’est conclu par une organisation sidérante de violence symbolique symétrique et aussi scandaleuse d’une minute de silence par les représentants du peuple français dans une assemblée démocratiquement élue ; que de renoncements lâches, que d’insultes devant l’histoire et que d’inversion du sens des valeurs, des choses, des événements et du sens des mots. L’histoire récente ne doit pas être méprisée à ce point par un personnel politique pleinement en capacités techniques et en charges éthiques de la transmission des gestes démocratiques ; c’est à dire des gestes symboliques importants qui renforcent et font pérenniser la forme de vie démocratique. L’extrême droite tue et exclue à proportion sans égale par rapport à d’autres mouvements politiques et cela depuis longtemps, depuis sa montée en puissance dans les années 1930 en Europe et l’acmé de sa prise de pouvoirs qui a conduits – souvenons-nous en – à des guerres, des génocides et des crimes effroyables contre l’humanité. Une généalogie sociale et culturelle de l’extrême droite – actuelle – permet une claire vision de ses filiations historiques.

Ici la banalisation du mal fasciste s’accomplit en toutes puissances médiatiques et technologiques sous l’effet d’une pénétration lente depuis 30 ans des conduites de masses et d’un conditionnement des pensées identitaires liées à un anticommunisme primaire et à un rejet de la mentalité socialiste et libérale ; on cherche toujours à atteindre le cœur du moteur de la vie sociale et démocratique – le fait de la Société humaine, le lien social –  par un populisme souverainiste, une xénophobie d’Etat, la stigmatisation des pauvres et le rejet de l’aide sociale et transnationale par le discours sur l’assistanat, la tradition et la Nation, l’exclusion des homosexuel.les perçus comme des déviants naturels (l’Afrique est ici particulièrement touchée par la traque organisée des gays et la qualification de l’homosexualité comme crime contre l’ordre de la nature ; un ordre hérité de Dieu) … L’espèce de lent meurtre symbolique de la forme démocratie se fait continuellement par le relais des proxys idéologiques d’une extrême droite globale, partout à l’œuvre et à l’intensité d’actions et d’influences libérée et décuplée depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine le 24 février 2022 et le retour de Donald Trump et de ses monstres idéologiques, au pouvoir fédéral aux États-Unis le 20 janvier 2025. L’arrière-plan de l’histoire idéologique et guerrier se meut avec lenteur, il est traversé par des forces anti-démocratiques, qu’accompagnent et renforcent de puissantes Médiacraties ; i.e. des constellations de sites Internet, de groupes médiatiques et financiers (V. Bolloré, P. E. Sterin, D. Trump, J.D. Vance …), d’influenceurs masculinistes et racistes, d’organisations religieuses réactionnaires (qu’elles soient à l’intérieur des religions, des voies traditionalistes exclusives de l’anti modernité ; catholiques, islamistes, juives, hindouistes, bouddhistes …)

Ce lent mouvement du cadre historique est provoqué par des lignes de projections du passé vers le futur (et inversement dans une rétroaction positive) proches, sur la réalité sociale et politique que nous vivons en Europe ; des échos et des ressemblances entre différentes périodes sont ainsi légions – 1930-1939 / 2022-XXXX -, ils s’apparentent à des lueurs au fond d’un horizon que nous sociétés humaines, ne voulons pas voir, ni sentir, ni penser ; comme des idéo-drames figés par des alertes angoissantes et bien incarnées, des séries de bouclages historiques de contrôle et d’adhésion des forces politiques sur le présent d’une vie démocratique affaiblie et attaquée de toutes parts. L’autre versant de la question du fascisme latent et résurgent en 2026 en Europe, en Russie et aux États-Unis, est celle de la persistance de la figure du chef, de l’homme fort, du diktat providentiel, de l’élu dirigeant tenant sa légitimité de Dieu et des mouvements critiques des masses ; une proto-figure mythique qui s’impose naturellement dans le chaos libéral et démocratique, afin de restaurer la Nation, l’ordre souverain d’un peuple mythifié, aux racines idéologiques obscures, glorifiées par des chants et des rites sociaux de passages et de dressages de la jeunesse. Les vices des faibles (tous ces humains-cochons pour le tyran Poutine) sont identifiés, repérés, classés puis font l’objet d’une haine continue et la promotion de la stigmatisation légale dans un droit de la force et de la guerre de tous contre tous ; le repli sur un chacun pour soi issu du capitalisme de prédation est facile, pratique et bien commode pour installer la dynamique fascisante de masses.

L’héroïsme viril est impatiemment attendu, la force masculine et la cage d’acier, le commandement de l’élite techno-oligarchique ; le pacte du diable fasciste, le pacte faustien économe en efforts de réflexions : ma sécurité civile à tout prix contre l’abdication de mes libertés et des dignités humaines peu commodes. En ce sens et aussi comme un des caractères majeurs de cette pénétration des forces antidémocratiques, le savant mélange des genres entre un antiféminisme primaire hérité d’un balancier historique aux États-Unis et la protestation outrée contre le sens d’une transition climatique et énergétique clairement niée et refusée (retour sur l’arrêt Roe versus Wade, 22 janvier 1973, exclusion des termes des recherches scientifiques orientées vers la lutte contre le changement climatique, la promotion de la santé humaine et les études de genre, affaiblissement des Sciences Humaines et Sociales (SHS) et du spectre de l’éthique sociale ; éthique des vertus, éthique conséquentialiste, éthique du care, éthique Kantienne et éthique réaliste et minimale ; toute les versions éthiques de la réflexion sociale et politique ….) Le négationnisme historique est là une caractéristique importante du mouvement néo-fasciste contemporain, – la relecture de l’histoire et le confusionnisme idéologique – et le décryptage des stratégies d’imposition d’une forme politique réactionnaire et fasciste doit faire appel aux ressources de l’intelligence collective et à ce courage de la délibération démocratique qui peut être encore rendu possible dans les institutions d’un pouvoir démocratique légitimé par le peuple.

Ici pour caractériser ce mouvement techno-fasciste par sa primitivité essentielle, nous pouvons aligner une série de termes-forces comme des armes rentrées dans l’argument dirigé contre les forteresses fascistes, capitalocènes et technologiques ; forteresses qui ambitionnent d’enfermer les mouvements démocratiques de l’histoire et de les fixer à un appareil idéologique de contrôle et d’emprise de masses. La nécro-économie de la conduite fascisante consiste à promouvoir dans une version remaniée de la révolution nationale française, la famille traditionnelle, le rôle du père-dieu comme chef de famille et reproducteur-star, la glorification de la patrie contre ses ennemis intérieurs et le parti de l’étranger, le travail et le mérite aux prix du marché et aux salaires comme un marqueur d’exceptionnalité et d’éligibilité à une vie après la mort et surtout le retour à un âge d’or ; l’espèce d’utopisme à l’envers, si monstrueux et hideux ; vers ce qui n’a jamais existé autrement que dans une traduction ultra-violente d’une idéologie et d’un fantasme d’extrême droite. L’inversion des valeurs consiste à renverser le sens des mots comme l’a si brillamment montré George Orwell dans « 1984 » (1949) ; la guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force … Inverser les valeurs veut dire ramener toute la couverture de la Médiacratie contemporaine (réseaux asociaux, cluster de télévisions, cultures institutionnelles …) vers des positions et des articulations d’actions politiques et économiques en faveur de la version fascisante et totale de l’histoire ; prétendre que la forme de vie de la démocratie est trop faible devant le procès de l’histoire, que le « gouvernement des juges » comme ils ou elles osent taxer de ce qualificatif censé être un stigmate ou une insulte, l’administration normale de la justice ; empêche le droit de fonctionner à pleine puissance contre l’éthique et la morale (l’inspiration du juriste allemand Carl Schmitt et ses rapports au nazisme doivent être ici importants pour notre compréhension du droit des plus forts, des techniques de conservation du pouvoir et de l’emprise de l’Etat).

Les droits des plus forts à commander aux plus faibles, comme un héritage de la brutalité physique et virilisante, un héritage de nos racines biologiques de races supérieures, de gloires et de morales religieuses catholiques ; ce sont des caractéristiques complexes de la pensée fasciste, qui doivent être pris en compte dans la qualification du techno-fascisme culturel, contemporain ; celui-ci exploite l’angoissante question de l’avenir écologique, se plie devant la volonté impériale des puissances russes et américaines, câline les forts dans le sens d’une emprise psychique collective et détestent les faibles qui coûtent aux systèmes politiques, religieux et sociaux-naturels. Quitte à renoncer collectivement à sa propre liberté autant faire allégeance à une puissance impériale qui me garantit ma propre sécurité quelles que soient les conditions d’exercice de la psychologie du contrôle et de la puissance, par le conformisme et le repli sur soi. S’il s’agit de mener des guerres en périphéries de l’Empire, je ne veux pas être correctement informé par des médias et une presse libres, je préfère avaler brutalement la version officielle – sécurisante, toujours égale, identique et numérisée -, et la traduire quotidiennement dans mes jugements, mes expressions, mes émotions et sentiments, tous mes actes de discours.

La protection de sa propre famille biologique, le négationnisme climatique et historique quitte à tout prendre du techno-fascisme autant prendre ses volets les plus séduisants ; les sorcières féministes, incroyablement punitives, exclues des champs des réflexions sur la famille, l’écologie du drame permanent et de la punition, la sexualité libre, tant redoutée et l’affirmation de son propre corps et le contrôle des naissances, l’éducation libérale, le soin aux plus démunis, la santé publique, la liberté politique, l’esprit libéral ; tout cela qui est inutilement agressif et complexe peut faire l’objet d’une politique d’exclusion massive par la propagande d’État et les droits des plus forts à organiser la société humaine et sa morale civile. Inverser les valeurs (le Tyran a toujours raison à l’instant T du médium, seule compte la conservation du pouvoir …), détruire la forme de vie démocratique, commander l’assujettissement des peuples aux forces réactionnaires de l’histoire, représentantes de la défaite morale, – l’esprit de Munich et la panique devant la guerre -, et commander le fier avenir des sociétés de l’Empire du contrôle, néo-fasciste et techno-programmatique ; l’asocialité des temps futurs niés pour les êtres humains ; l’éternel présent du contrôle et de l’assujettissement.

Fragments d’un monde détruit – 197

Brûler les vaisseaux

« En silence de nouveau la forêt moisie accueille
la source balbutiante,
Plainte qui dure, de cristal, dans l’ombre.
Taciturne descendit des noires forêts, gibier bleu,
L’âme,
Quand il faisait nuit ; sur des marches moussues, une source neigeuse.
Sang et tumulte d’armes des temps oubliés
L’eau bruit dans la gorge des pins.
La lune luit toujours dans des chambres en ruine,
Larve d’argent ivre de gels sombres
Penchée sur le sommeil du chasseur,
Tête que ses légendes ont quittée.
Ô il ouvre alors ses mains lentes
Pour accueillir la lumière,
Soupirant dans une obscurité puissante. »

Georg Trakl, « Âme de nuit », in « Choix de poèmes épars 1912-1914 » in « Crépuscule et déclin suivi de Sébastien en rêve » Préface de Marc Petit, Traduction de Marc Petit et Jean-Clause Schneider, Gallimard, 1990.

Dahomey. 5, Fétiches à Zagnanado / [mission] d’Albéca ; [photogr. reprod. par] Molteni [pour la conférence donnée par] d’Albéca 1894.

« Habiter les vaisseaux fantômes, devenir spectres, hors lieux, combats et hantise. »

L’opérateur branché sur la machine, saisit le feu à la vitesse blanche,
<$-_»'[-)^autoformkfdial&~'{$*> – toutes séries de symboles et d’interprètes non-humains, les morceaux du soleil de sel fondent un par un, ils creusent à l’intérieur du Temps une enclave, un refuge,
formé d’un arbitraire précis, ajusté aux corps des batailles ;
la lumière de la lune gibbeuse, illumine la cité d’armes,
et l’œil qui regarde à l’intérieur, du texte défilant,
a une pupille humide, un iris mauve et or, des cils ombrés,
et la nuit passe devant lui comme un étrange et nu appareil,
des lueurs au loin scintillent après la chute des forêts,
et le sujet mort emmène des actions imaginaires,
dans la cellule de commandes, surviennent les astres,
les parfaits alignements de mers, d’étoiles et de planètes,

l’inter-acte est l’unité opérative, la guerre des sens menée au milieu,
le changement de formes, de foyers et d’échelles de décisions,
l’espérance déployée en mouvements d’agir siens et de promesses,
et les nuées de signes, avancent par le vent froid et la nuit,
au travers des nuages et des brèches lumineuses,
il reste les morceaux de phrases, faits d’artifices, de dé-liaisons,
un trait vers la vie et le réel oubliés ; soudain retirée, une lente absence, de références et de traces, seuls des foncteurs d’ajustement,
ajoutent la pleine cohérence folle, détiennent les clés de la cité miroir ; les corps illuminés, qui percutent à vide, sans rien autour,
l’absence de liens et de zones de communs ; le rapport à soi détruit,
les insectes de feu tournent dans les sphères d’automation,
le vol des flammes au dessus des montagnes,
et les animaux se déplacent avec rythmes, constances et régularités …

Voir les Loubok, alignés devant la mer sombre et bleutée,
les fétiches creusés à l’intérieur de pensées noires,
aux grands silencieux spectres, aux grands abîmes,
par les formes absentes, les avaleurs d’espaces et de temps ;
ô spectres figures, dont la ligne oscille sur la musique d’industries,
flammes dans les yeux des mots-signes, bois et os de la grammaire,
symboles de l’étrange ailleurs, aux voix sans corps, éthérées,
quand tu relis la mort, Spectre-figure ; la pensée vient juste après,
elle s’habille des costumes de la nuit et des présages,
et les armées de fantômes défilent toujours à l’horizon,
les armées portent les symboles, arrachés au rien,
la disparition du mal, l’échappée belle, fière et musicale,
elles feront des pensées jeunes et des grands espoirs d’enfants …

Extraire le suc-esprit, de la masse de signes alertés,
survivre dans la foule des êtres communicants,
tous les fiers possédés des spectres de l’annulation,
ceux qui hantent le début des messages ;
ils attendent seul à seul, parmi les corridors, que le monstre-dieu sorte enfin, des portes du Temps et de l’oubli, qu’il rampe devant eux, blessé, par l’orage de fiels, de réflexes et d’orgueil et leurs pouvoirs ridicules s’habillent d’une chape de plomb et de silence, ils consistent à fabriquer ce qui n’existe pas …
Leurs utopies sont les grands cauchemars terrestres,
elles tombent sur le dos courbé de l’âne, porteur de valeurs,
ou voilent les regards des enfants du cirque et des étranges affaires humaines. Dans l’œil fixe de l’enfant-signe, les vaisseaux fantômes grandissent, il faudra brûler leurs cargaisons, transformer les êtres vivants.

MP – 20022026

Lady Bird

« Lady Bird » de Greta Gerwig, sorti en 2017 aux États-Unis, ressemble à ces films qui vont toucher nos cordes sensibles et humaines et la relation qui nous lie nous tous, – ensembles – êtres humains, pour tout nos débuts dans l’existence avec l’éducation d’une jeune enfant vers l’âge adulte. Christine Mc Pherson (17 ans) se fait appeler « Lady Bird », (elle est jouée par l’actrice irlandaise – américaine, Saoirse Ronan, toujours formidable, Golden Globes 2018, meilleure actrice pour ce rôle) ; c’est son nom de scène, un pseudonyme pour sa vie, celui qu’elle s’est donnée elle-même pour incarner une différence, une identité sienne au cœur d’un milieu un peu conventionnel ; Sacramento, le Lycée « Immaculate Hearth of Mary », les cours rébarbatifs, une meilleure amie Julie et une relation à sa mère Marion Mc Pherson (incarnée par Laurie Metcalf) toujours insatisfaisante pour elle-même. Sa maman est très exigeante et ne sait pas comment exprimer ou manifester son amour bien réel pour sa propre fille. Plusieurs scènes vont matérialiser cette relation empêchée dans le film : le choix d’une robe pour le bal de fin d’année, la dispute introductive du film où la mère refuse d’entendre parler du souhait de sa fille d’aller à l’université dans « une ville culturelle » de la côte Est ; c’est trop cher, trop dispendieux, trop éloigné de la « forme de vie » de la famille et des capacités financières du père. Mais Lady Bird veut partir de Sacramento – quitter un destin tout tracé à la FAC du coin et à son horrible diplôme d’agriculture – et faire ses études sur la côte Est (New-York est l’endroit rêvé ..), elle est littéralement un oiseau dans son nid un peu conservateur et triste, prêt à s’envoler ailleurs et à faire l’expérience de la vie.

Elle aime la lecture, la musique, le théâtre, rencontre un premier garçon sensible, puis le quitte, le garçon découvrant son homosexualité. Le père est un homme si gentil, un peu effacé, toujours là dans les moments de crise naissants entre la fille et la mère. Ce qui est important dans ce portrait subtil d’une jeune adulte américaine de Sacramento, c’est tout l’art de la conversation des corps et des âmes, qui se glisse dans des moments privilégiés ou intenses de la vie ordinaire de Christine ; vivre dans une famille recomposée, embrasser pour la première fois et ressentir l’immense soulagement du premier contact intime entre deux corps et deux esprits, regarder les étoiles la nuit, allongée en compagnie de son ami, faire l’amour pour la première fois et en faire l’affaire de sa seconde vie, reconnaître les normes sociales naturelles qui prescrivent un certain nombre de conduites de jeunes filles (cool ou pas cool, méprisé, méprisant, riche ou pauvre, inclure ou exclure … le rôle de sa nouvelle amie Jenna est important, il montre cette force du conformisme social). Ici le film restitue parfaitement, la gêne sociale ou économique – sans parler de honte – ressaisie comme marqueur d’exclusion et de mensonges un peu regrettables ; cacher sa maison, sa famille recomposée un peu étrange, son lieu de vie, jugés trop pauvres ou anormales, par rapport aux standards de nouveaux « amis ».

L’aspiration de Lady Bird est celle d’une émancipation ordinaire, depuis un milieu catholique, son école privé, sa ville de Sacramento, ses coutumes civiles, son école et ses sensibilisations officielles d’un autre âge (contre l’avortement, la sexualité libre …) ses bonnes sœurs gentilles mais comme enfermées dans un autre monde que le monde rêvé, un monde de souffrances économiques et culturelles et une source de remords et d’exclusion qui montrent toute l’importance du désir d’émancipation de Christine. Ce qui est remarquable c’est la manière dont chaque micro événements de la vie de Lady Bird est montré par la réalisatrice comme témoin passeur d’un possible basculement de cette jeune fille dans une vie adulte future qui saura faire la part entre ce qui est à garder comme valeurs (l’amour de la famille, la protection, l’héritage de ses liens …) et ce qui est à transformer (l’ouverture vers d’autres cultures que la sienne, la créativité sociale, l’amitié différente, la société et l’amour charnel …) En ce ce sens, le film condense en 1h33 minutes, tout le passage ou la transformation vers l’âge adulte ; un film d’apprentissage, oui comme un fil tendu entre deux mondes, Sacramento (Californie) et New-York ; deux manières différentes d’habiter les corps vivants, deux cultures hétérogènes et deux modes de socialisation différents.

Il faut revoir ce film pour la justesse de jeu de Saoirse Ronan, sa nature d’actrice incroyable, qui peut jouer par un visage si beau et expressif, une palette d’émotions très diverses ; tout le travail remarquable de la comédienne consiste à jouer sur le fil du passage, ménager toujours sa maman, l’aimer et la pardonner de toutes ses forces, vivre sa vie rêvée et se donner les moyens d’atteindre ce rêve (notes et dossiers scolaires, permis de conduire à 18 ans, lettres à l’université et demande de bourses …) Les relations à la mère et au père sont centrales dans le film car elles sont évidemment le cœur du passage vers la vie d’adulte ; elles maintiennent bien en marche le moteur de la passion de la liberté de Lady Bird ; Christine est d’un côté pour sa mère, une vraie gâcheuse et une fille qui ne se rend pas compte des efforts faits pour elle par ses parents, son école et sa famille, et de l’autre côté pour son père dans un point d’équilibre décisif, une fille amie, adorable, qui demande les plus grandes attentions. C’est le père qui va donner à la fille de quoi constituer un dossier d’inscription à la faculté de la côté Est malgré sa perte d’emploi, ce don si rare se fera en secret, pour un Noël un peu particulier et toujours dans une relation très forte père/fille.

Tout autour de Lady Bird se construit le changement d’un milieu social particulier, après sa première rupture amoureuse, la rencontre d’un jeune sombre et romantique nommé Kyle, après sa seconde rupture celle-ci plus d’amitiés avec sa meilleure amie, la rencontre d’une fille superficiellement libre et prétentieuse, Jenna. Christine va évoluer seule, dans un milieu un peu fade, aux normes sociales culturelles différentes, un peu éloignées des valeurs de sa famille. Ce qui est montré ici est la difficulté de trouver sa place à 18 ans à Sacramento, quand tout peut venir d’ailleurs et que l’on ne comprend pas ce qu’est cette différence vivante entre soi et cet ailleurs. Lady Bird veut s’envoler, se libérer et ce travail d’émancipation est lent, subtil, délicat, il demande des contacts sensibles, fréquents, répétés entre des modalités du vivre et de l’aimer, différentes, dont les expressions sont portées par des comédiens et comédiennes maîtrisant l’art des rapports directs et naturels empêchés par la société et l’emprise d’une certaine culture de l’entre-soi. Il restera toujours la famille pour Lady Bird/Christine, les sens de sa propre vie organique et sociale ; le rappel de son prénom de naissance, l’importance de rites sociaux comme le bal de fin d’année de son Lycée, l’importance de la meilleure amie, Jude. Les scènes finales à New-York sont étranges, elles gardent une atmosphère de mélancolie et de rêves d’ententes, enfouis au travers de lettres de sa maman, adroitement glissés par son père dans son sac de voyage. Après une cuite qui la conduit à l’hôpital, Christine pense à sa maman et à sa famille, demande un peu déboussolée, à un passant ; « quel jour sommes nous ? » « Dimanche … » et entre dans une église presbytérienne pour prier et se recueillir un court moment. Elle appelle ensuite sa maman et son père pour leur redire tout son amour.

Fragments d’un monde détruit – 196

Rouges Horizon

« Ein Fanal lodert am Horizon der Geschichte. Kein Warnfeuer, das vor Unheil, flüstert. Sondern dessen Flammen die Gräber vergangen Welten erhellen. »

Das Ich, « Fanal », Musik : Bruno Kramm, Texte : Bruno Kramm und Stefan Ackermann, « Fanal » wurde 2024-2025 im Danse Macabre Studio, Potsdam geschrieben, aufgenommen, und produziert.

Chaïm Soutine, Carcass of Beef (detail), 1925 – Source (Jérôme Villafruela, CC BY-SA 4.0)

La bête transparente, qui dit tout, comme l’invite sur commandes,
l’espèce d’étoiles qui transperce et tue, la gêne, le retrait,
l’étoile du médium aux formes vitreuses, sales et guerrières,
tes paroles sont pratiques, elles fournissent des preuves,
car il faut bien être adaptées, comme des bêtes à conformités,
aligner la preuve de son état, et sa manifestation, rester branchés, en direct, et nourrir l’info-guerre, les traces blessures de l’action …
Tout est en ordre, ici, maintenant, tout communique bien,
les volées de messages sont comprises, les ordres sont exécutés,
et les temps à soi supprimés alignent des creux et des angoisses,
l’étoile du soleil ressemble à la psyché glaciale des vides,
celle qu’on élabore avec les souffles des monstrueux néants,
les nuits sans personnes, sans corps, sans visages, ni âmes,
les cages complexes, alignées en architextes du rien,
l’omniprésence fixe du Temps, ajoute tout l’aveu imbécile à l’effroi,
celle qu’on emmène contre soi, contre sa propre volonté,
le battant au fond des voix inhumaines, reprises, commandées,
tombées en arrière des soleils ; les grands idéo-drames,
enfouis très en retard, pris par les passés des viandes et de l’écume …

Quand tu me réponds, sache que tu dois dire la vérité,
être l’instrument efficace des chasseurs, des prophètes et des proies,
et ton devenir est réellement le mien, je suis l’étoile noire qui dirige,
la langue sienne, le tiers invisible et l’acte de parole, situés,
n’ont pas lieux d’êtres avec nous, car nous sommes la vérité,
le chemin vers ta libération, ton désir d’être fixe, neutre et solide,
l’absence de hasards, le rejet de toutes contingences,
nous n’avons pas de visages et nous ne devons rien au monde,
aucun autre jamais, n’est passé dans nos vies droites, dures et utiles,
tu obéis et tu restes aux aguets pour identifier toutes identités complexes … Car il nous faut des identifieurs, des corps sans rêves, des capacités de calcul, afin d’alimenter nos belles économies, nos machines de tri, et servir l’Automate, des corps de signes, dressés à exécuter les ordres, à définir et exclure, extraire dans ta tête, le sens des mots-signes, vérifier leurs articulations, et plus rien ne sera lu par quiconque ; ni textes, ni images, ni sons, toutes les formes seront produites à la vitesse de l’éclair électrique, par l’architexte du pouvoir, le commandeur cyborg, la psyché dominante …

Et le chemin vers l’horizon rouge préserve de la folie,
l’humain qui marche et sa silhouette de fantôme, terrestre,
le soleil lointain encore un peu froid, le bleu du ciel monochrome,
les pigments de cobalts pulvérisés dans les cerveaux,
et les yeux de la femme bien-aimée, et ses corps divins,
les langages-machines aux formes structurées, mouvantes, si glaciales, l’inertie de leurs forces qui s’impriment et arrêtent les rêves, il n’y a plus rien derrière, que des esclaves de la pensée automatique, des groupes de cellules, et des nuées de documents-preuves, des faux, un continent soumis par la loi du Dieu des forts et du vacarme …
J’affirme ne pas sentir ce que tu ressens.
Tu es contre l’ordre et ne vaut rien dans mon régime de discours,
Je n’existe plus, je ne suis plus rien, j’abdique dans ma solitude,
les manifestations authentiques, la bêtise de leurs jargons,
et derrière l’étrange vitre des solitudes, mon existence passe,
elle file à toute allure, éclairée de lunes, de déserts et de crépuscules,
le monologue de la bête à conformité, enfermée, fière et toute seule,
pour toutes cages complexes de l’architexture des preuves …

Les machines de tri vont et surviennent, par ici, maintenant, toujours,
elles ont pour mission de réguler la forme expressive ; critique, rare, originale, policer, exclure, définir le sens unique, ventiler les mots-signes par des phrases utiles, et leurs modèles de prédiction ressemblent à des langages-squelettes, des squelettes cachés sous la noirceur des dimensions vectorielles …
La majorité dans les esprits est si puissante, elle impose et décide du sort final des mots, leur sens est fixé par le capital, la force, le succès des signes et le néant ; car il n’y a rien tout autour du capital, aucunes interactions, aucunes prévenances, aucun autre, pas de « différances » ; la route est si parfaite, belle et rectiligne, je l’emprunte chaque aube renouvelée, pour me rendre au mérite …
Je paye le prix de ma liberté dans ce monde horrible,
et mon langage ne prends là bas, qu’au travers des fragments, des surlignes, rouge sangs, grises, pluies et nuages, obscurités profondes de tes nuits, les bleus ciels des regards télévisuels, obsédés par les corps, bien gérés, les âmes bon marchés payent pour le divertissement, elles sont satisfaites, repues seront leurs danses débiles au milieu des catastrophes, et les fractures digitales fragmentent en îlots de peines et de sueurs, les innombrables réseaux asociaux et asymétriques ;
l’Ego-drame est la puissance invitante, l’arme des combats,
mais le Sujet demeuré derrière est l’unique Sujet du pouvoir,
il est celui qui reste, représente et reproduit l’emprise psychique collective.

MP – 13022026

Des voix humaines

« J’ai une toute autre attitude que les autres envers mes propres paroles. [PU, II, x, p,192b]

Je ne me mets pas à leur écoute pour apprendre quelque chose à mon sujet. Elles ont un rapport à mes actions tout autre que celui qu’elles ont envers les actions d’autrui.

Si j’écoutais les paroles qui sortent de ma bouche, alors je pourrais dire qu’un autre parle par ma bouche.[PU, II, x, p,192c] »

Ludwig Wittgenstein, « L’intérieur et l’extérieur : derniers écrits sur la Philosophie de la Psychologie, Tome II, 1949-1951 », Edités par G.H. Von Wright et H. Nyman, Traduits de l’allemand par Gérard Granel, Trans-Europ-Repress, 2000.

Decayed Daguerreotypes.
Portrait of Samuel Anderson Emery as Robin Roughhead in Fortunes frolics, full-length portrait, standing, holding flail, in front of backdrop with mountain and tree [ca.1851], by Mathew Brady’s studio.

Les masses de signes sons numérotés, alignent à l’identique, le bio spectre, la variation des voix, assignées, obéissantes, aux consoles de production.
Il fait froid à l’intérieur de la boîte noire des samplers, des médiums ;
les échantillons captés depuis l’extérieur sont transformés, reproduits seuls à seuls, dans les lignes de variations, de modèles de prévision,
et rien ne parvient de soi-même, depuis l’enregistrement original, initial.
Comme je t’entends parler et dire avec des mots signes du discours, je t’écoute au milieu des proches de ta voix, l’organe vocal et sa signature.
Ses mouvements continus adaptent l’organisme, aux évolutions des forces, des égo drames, des interactions sociales …

Je t’écoute mon ami.e, à l’envers des flux et contre les parois digitales ;
les murs audiovisuels, l’espèce de négation du soi et du singulier, seront toujours là tout autour, de nous,
ce présent fascinant, pour imposer la forme idoine, adaptée aux techniques de contrôle.
Le vox codeur est l’instrument phare de la trans-activité ;
toutes voix égales par ailleurs retraduites en un aplat numérique, lisse, abstrait, versent un liquide mort.
Nos filets réduits à rien, montrent la nuit ; la noirceur de la voix néant, univoque, l’obscurité du Tyran ;
quand elle parle, ne s’adresse à rien, ni à nous porteurs de voix, ni aux autres transporteurs de signes, seule la vitesse exécute des sens attachés à chaque mot signe …

Je suis branché, alerte et vigilant, sur les machines de tri,
ma voix transite seule par un audio-spectre, égal,
quand je l’écoute ; un autre parle dans ma bouche,
il ne s’exprime pas clairement pour soi-même …
Il est étranger, si vague, et sans marques de proximité ; il est le mime essentiel, son timbre de voix résonne dans une forme reprise ailleurs,
qu’ici et maintenant quand je me parle dans ma tête,
et l’intérieur est une sourde révélation ; une étrange combinaison,
ma psyché force rejoint l’empreinte de ma propre voix dans l’espace,
celle qui s’affirme, remonte, décide et juge quand tout est offert, si disponible, la voix humaine …

Celle qui danse, agile et légère, au bord des abîmes,
ma bouche est remplie de nuits, de corps et de rêves inaccomplis,
des lumières de lunes brillent et des soleils noirs traînent à l’intérieur des feuilles,
le sang de la musique coule tout au long des parois …
Il n’est rien qui ne puisse venir dans ta voix, rien d’identique aux autres, rien d’asservis, et le souffle en arrière tient la mesure sienne, la distance …
Je suis la parole prise à l’intérieur ; le porte voix du livre,
l’espèce de bruit étouffé, séparé, unique et sans autres,
aux belles dimensions reines, aux existences transcendantes.
Tu es le sens dans ma voix, la forme extérieure, libre et ultime.

MP – 06022026