« En silence de nouveau la forêt moisie accueille
la source balbutiante,
Plainte qui dure, de cristal, dans l’ombre.
Taciturne descendit des noires forêts, gibier bleu,
L’âme,
Quand il faisait nuit ; sur des marches moussues, une source neigeuse.
Sang et tumulte d’armes des temps oubliés
L’eau bruit dans la gorge des pins.
La lune luit toujours dans des chambres en ruine,
Larve d’argent ivre de gels sombres
Penchée sur le sommeil du chasseur,
Tête que ses légendes ont quittée.
Ô il ouvre alors ses mains lentes
Pour accueillir la lumière,
Soupirant dans une obscurité puissante. »Georg Trakl, « Âme de nuit », in « Choix de poèmes épars 1912-1914 » in « Crépuscule et déclin suivi de Sébastien en rêve » Préface de Marc Petit, Traduction de Marc Petit et Jean-Clause Schneider, Gallimard, 1990.
Dahomey. 5, Fétiches à Zagnanado / [mission] d’Albéca ; [photogr. reprod. par] Molteni [pour la conférence donnée par] d’Albéca 1894.
« Habiter les vaisseaux fantômes, devenir spectres, hors lieux, combats et hantise. »
L’opérateur branché sur la machine, saisit le feu à la vitesse blanche,
<$-_»'[-)^autoformkfdial&~'{$*> – toutes séries de symboles et d’interprètes non-humains, les morceaux du soleil de sel fondent un par un, ils creusent à l’intérieur du Temps une enclave, un refuge,
formé d’un arbitraire précis, ajusté aux corps des batailles ;
la lumière de la lune gibbeuse, illumine la cité d’armes,
et l’œil qui regarde à l’intérieur, du texte défilant,
a une pupille humide, un iris mauve et or, des cils ombrés,
et la nuit passe devant lui comme un étrange et nu appareil,
des lueurs au loin scintillent après la chute des forêts,
et le sujet mort emmène des actions imaginaires,
dans la cellule de commandes, surviennent les astres,
les parfaits alignements de mers, d’étoiles et de planètes,
l’inter-acte est l’unité opérative, la guerre des sens menée au milieu,
le changement de formes, de foyers et d’échelles de décisions,
l’espérance déployée en mouvements d’agir siens et de promesses,
et les nuées de signes, avancent par le vent froid et la nuit,
au travers des nuages et des brèches lumineuses,
il reste les morceaux de phrases, faits d’artifices, de dé-liaisons,
un trait vers la vie et le réel oubliés ; soudain retirée, une lente absence, de références et de traces, seuls des foncteurs d’ajustement,
ajoutent la pleine cohérence folle, détiennent les clés de la cité miroir ; les corps illuminés, qui percutent à vide, sans rien autour,
l’absence de liens et de zones de communs ; le rapport à soi détruit,
les insectes de feu tournent dans les sphères d’automation,
le vol des flammes au dessus des montagnes,
et les animaux se déplacent avec rythmes, constances et régularités …
Voir les Loubok, alignés devant la mer sombre et bleutée,
les fétiches creusés à l’intérieur de pensées noires,
aux grands silencieux spectres, aux grands abîmes,
par les formes absentes, les avaleurs d’espaces et de temps ;
ô spectres figures, dont la ligne oscille sur la musique d’industries,
flammes dans les yeux des mots-signes, bois et os de la grammaire,
symboles de l’étrange ailleurs, aux voix sans corps, éthérées,
quand tu relis la mort, Spectre-figure ; la pensée vient juste après,
elle s’habille des costumes de la nuit et des présages,
et les armées de fantômes défilent toujours à l’horizon,
les armées portent les symboles, arrachés au rien,
la disparition du mal, l’échappée belle, fière et musicale,
elles feront des pensées jeunes et des grands espoirs d’enfants …
Extraire le suc-esprit, de la masse de signes alertés,
survivre dans la foule des êtres communicants,
tous les fiers possédés des spectres de l’annulation,
ceux qui hantent le début des messages ;
ils attendent seul à seul, parmi les corridors, que le monstre-dieu sorte enfin, des portes du Temps et de l’oubli, qu’il rampe devant eux, blessé, par l’orage de fiels, de réflexes et d’orgueil et leurs pouvoirs ridicules s’habillent d’une chape de plomb et de silence, ils consistent à fabriquer ce qui n’existe pas …
Leurs utopies sont les grands cauchemars terrestres,
elles tombent sur le dos courbé de l’âne, porteur de valeurs,
ou voilent les regards des enfants du cirque et des étranges affaires humaines. Dans l’œil fixe de l’enfant-signe, les vaisseaux fantômes grandissent, il faudra brûler leurs cargaisons, transformer les êtres vivants.
MP – 20022026
