Rythmique vivante

« Avec mes yeux de tous
Je m’arrête sur image
En fonction du nuage
Et je passe où ça casse

Avec mes yeux de tous
ARN et messages
Je prie la bête sauvage
Et je pars à la chasse

Avec mes yeux de tous
Bombardés sur la bande
Des âmes qui se rendent
Des enfants, non peut-être ?

Au fond de mes iris
Des écrans de silicе
Des silhouettes milicеs
Je me crois le vent qui passe

Des choses qui tombent du ciel
Ça ne te regarde pas
Des choses qui tombent du ciel
Que j’avais oubliées

Ça ne te regarde pas
Ça ne te regarde pas »

The Young Gods, « Mes yeux de tous » », Track 8 in « Appear Disappear », Two Gentleman Records, 2025. [Franz Treichler ; Voice & Guitar – Bernard Trontin ; Drums – Cesare Pizzi ; Sampler & Keyboard]

Giuseppe Pietero Bagetti, The Walnut Tree in Benevento (the Witches’ Sabbath), ca. 1816

Au centre de la terre rouge, se tient l’habilleur de runes,
les pierres posées à plat sur les roches sous le soleil intense,
le foyer d’où jaillissent les variables du thématisa,
derrière eux, sont fixées des séries de dalles liées aux néons,
qui clignotent en synchronie et mouvements vifs et heurtés,
la voix qui voyage par les échos d’un temps magique,
chaque cercle de sons, remplit et vidés, respirant par lui même,
une nuée d’instruments qui percutent les plans vitaux et redressent,
en sculptant le spectre physique, symbolique, les prières …

Ah voir le spectre du danseur, danser seul, au milieu du rien,
là où avant rien n’était encore posé, ni dit, ni informé, ni su …
la danse des silhouettes fragiles et des gestuels de feu,
qui brave les noirs interdits de nos théâtres sociaux-intérieurs,
c’est un endroit et un temps préservés du blanc de leur mémoire inerte, du monochrome affreux dont l’étendue enveloppe tout, des faux signes, que débitent aux kilomètres les automates, et il y fait chaud, et bon, on s’y conforte, on y pleure souvent,
d’une force d’émotions et de palettes sensorielles, vivantes.

Et cet amour sien – dieu – qui remonte depuis ce foyer lumières,
jeune dieu mu par un « Telos », une fin d’aventures,
est l’amour des peaux sensibles, des électricités bleues …
Au centre du foyer souffle l’habile neuro-danseur,
le traceur de mondes, qui indique les routes à prendre, au cœur des tempêtes, et ses bras fermes, tiennent des cordes de métal, des larmes de feu, qui découpent les créatures sonores, dans la forme surgissant, silencieuse .. Et ce battement d’un cœur cosmos, vrille l’intérieur de nos veines, il faut le suivre pour respirer mieux enfin, pour avaler l’air des étoiles …

Ah faire ce voyage inespéré, franchir l’obvie au delà du démon-frappeur, quand la clarté de l’évidence apparaît à contre jour,
les corps des sons sculptés par des humaines machines …
L’homme synthétique à droite ressemble à une poupée,
sa tête brinquebale sur son clavier dans une lumière merveilleuse,
et les larmes de tout ce cristal sensible, tombent du ciel, une par une,
nos visages meurtris par le trauma et la guerre, sont redevenus des zones de passage du temps et de l’espace sien ; jeune dieu du silence et de la musique nôtre, mon amour …

Il faudrait demeurer là – toujours – dans leur opéra de 4 sous,
les voir se frotter aux mondes du silence, au néant de toutes choses,
revoir surgir les flammes des braises anciennes et dispersées,
les vents contraires soufflent au milieu de leur foyer,
par les vents des rivages lointains, ils inspirent de l’action et de l’attention, et les esprits divins qui sautent et virevoltent au milieu des scènes, recueillent les larmes de vie tombées du ciel, pour y faire des boissons étranges, fluorescentes et colorées .. Et combien de temps peut donc durer cet opéra – merveille ?

Franchir le seuil à l’extérieur du foyer quand la fin arrive,
la mémoire encore sienne, prise dans leur forme alerte,
les jambes fourbues et la démarche chancelante ..
Et ressentir l’étoile figée au milieu de l’esprit,
ses infinis rayons dardant l’intérieur de nos corps,
réchauffant ce foyer, que nous emportons dans la nuit froide ;
donnez les esprits, donnez les esprits ; étrangers, ami.es, ensemble, …
Faites le tour par la lune et sentez provenir les futurs,
aux rythmes constants de la vie et de la révolution.

MP – 22112025

Fugues assassines

« Things come wrapped up in time
Like the past in a present
Or the perfect line in a song

They take their time
And when they’re gone
They take their time with them

And you can’t have them back
Because the time for them has gone
And their time has gone with them

The time for them has gone

There’s an echo of them
An echo of the time they were wrapped in
Sweet or bitter in the memory
But an echo is all, all I can reach now

An echo of you
An echo of you
An echo of you in your time

Still echoing
Like a star in the sky
Like a star in the sky above me

And the story of its life
Told backwards down this rod of light
But at its beginning
Long extinct. »

Marillion, « Wrapped up un time » in « Less is more », Intact Records, 2009.

Scene from Macbeth, Henry Fuseli, 1785

Il faut aller contre soi, claudiquer par les rythmes affreux,
voir les bouches pleines de gelées de mots, sanglantes,
leurs cervelles qui tressautent dans leurs cages dorées,
voir au fond de leurs yeux vitreux, la morne suffisance,
et découvrir les gestes venus du fin fond des troubles,
l’espèce de niaiserie qui remonte de leurs nervosités,
les archétypes de la terreur, de la frustration et du rejet,
le regard vain du spectateur ultime, le connecté qui jouit de soi même,
et dans cette épreuve martiale, frôler l’envie de meurtre, d’assassinat,
la naissance des haines omniscientes, par leurs instincts de protection … Pardonne moi mon dieu, ce désir d’oubli, d’effacement,
la vision des jeunes pantins qui claquent leurs dents pourris,
et découpent l’espace digital et publique en tribunes de haines et de bêtises.

Et savoir que tu n’es plus là, que tu restes le reflet de l’étoile,
pour aider à voir, favoriser les mouvements et résister aux profonds abîmes ; ton temps disparu au fond des grands cimetières des idées.
La forêt des sons et des signes, l’espérance chevillée au corps,
cet espace-temps ravagé par les flammes et l’ordre noir,
la culture mise à sac, l’allégeance aux puissances axiales,
l’axe de l’ordre sexuel, de l’autorité capital et du travail …
Te faire renaître dans les signes et les sangs des poèmes,
faire ce voyage dans le temps, pratiquer les langues du pouvoir.
Qu’arrive t-il à l’histoire qui se répète, à l’oubli impossible,
à la dérisoire existence humaine, futile ou accessoire,
quand la solitude grandit à la faveur des spectres,
le spectateur mutique au loin regarde défiler les armées.

Je ne peux m’empêcher d’attraper l’air funèbre de ce temps,
au vol des nuées de merles moqueurs, sarcastiques et persifleurs,
l’arrogance affreuse de ces jeunes hommes sinistrés,
ceux dont les intérieurs traînent dans les poubelles du racisme,
des réseaux du fort masculin et d’une narcisse indifférence,
la fleur du poison, du média et de la sédition intérieure …
Ah ce temps des fascistes revient, mon amour, mon dieu,
les jeunots à peine nés, roulant des mécaniques froides et cruelles,
l’allure fière, ramassée dans des figures stéréotypes,
qui se moquent des pauvres faibles, nombreux et vicieux,
le sarcasme sur leurs lèvres est un fiel doucereux, une langue écœurante ; comme un vieil alcool distillé à nouveau dans leurs veillées festives. Ils prient des dieux qui n’existent pas, des saintes xénophobies.

Il y a des lieux ici, maintenant, séparés, des îlots de violence nationale, les cheveux courts et ras, le verbe empoisonné par le dressage, la troupe qui marche au pas, la cadence de l’esprit sans fenêtres, les langages matrices du maître et des esclaves innombrables, servir et obéir au chef commandant, se faire recommander à tout prix, faire des ratonnades, des maraudes, veiller à la sécurité publique et privée, garantir la liberté des loups ; la chasse aux pauvres et aux malades … Vivre entre-soi séparé du monde vivant et des futurs possibles ; que tout redevienne ainsi, comme dans l’âge d’or – Famille, Tradition, Patrie, Travail, Identité et Nation …
Les rêves des masses seront produits à la chaîne des langages inertes,
par les artificiers du néant, de la technique et de la conformité,
dans l’exploitation des pulsions et des rares densités …

L’affreuse inscription sur leur faux visage, l’alerte sensible,
ne viens pas nous dire ce qui est ou peut être, devenir, exister,
car plus rien n’existe pour eux que l’absolu programme,
les programmes des indifférences, des sélections des forts, des mâles uniques, et des femmes remises aux services des intérêts du pouvoir,
et le voyage organisé pour les enfers, la terreur biopolitique,
l’erreur d’exister, la négation d’espérer et de croire les possibles,
l’enfant est élevé seul dans le respect absolu de l’autorité,
il doit montrer l’exemple toujours d’une sainte éducation,
faire preuve tous les jours d’une même appétence pour l’ordre,
le commandement zélé, l’autorité centrale, la neutralité affreuse du regard, qui part du sexe-blessure, de l’Ego-drame, jusqu’aux ciels des enfers et des paradis, tout contre le temps des assassins, des traîtres, des désertions …

MP – 18102025

La musique étrange

« Cette composition est l’interprétation d’un état d’âme, une pièce de musique pure, absolument dissociée des bruits de la vie moderne que certains critiques ont voulus reconnaître dans ma composition. A tout prendre, le thème est une méditation, c’est l’impression d’un étranger qui s’interroge sur les possibilités extraordinaires de notre nouvelle civilisation. L’utilisation de forts effets musicaux vient simplement de ma réaction assez vive devant la vie telle que je la conçois, mais c’est la représentation d’un état d’âme en musique, et non la description sonore d’un tableau. »

Edgar Varèse, « Amériques, pour orchestre (version de 1929) » , [composition, 1918-1921], création de la première version le 9 avril 1926 à l’Academy of Music de Philadelphie, par l’orchestre de Philadelphie sous la direction de Leopold Stokowski.

John Margolies’ Photographs of Roadside America
Big Fish Supper Club, Route 2, Bena, Minnesota; 1980.

Écoute le vent frémir derrière les lignes de la partition ; ces nuages d’encres et de pluies, sur les murs des cités imbéciles, sont taguées les alertes, les automates suivent les passages, un par un ; ils progressent suivant les programmes, leurs bras armés – invisibles – prennent, isolent, et nettoient les voies officielles, l’œil opaque des digits rois, renversé en arrière des mondes, ne voit rien, nos esprits bleus ciels, stationnent, et la pulsation ouverte à minuit,
survit au delà des systèmes – morts, des cœurs vierges de structures … Ils sentent venir les possibilités d’angoisses, l’hésitation belle et douce et la pression lourde qui remonte dans le tranchant des ciseaux,
a remplit la nuit d’une lumière sans égal ;

découper des morceaux de carbones, des ouvertures, de vagues sourires, la soie sur tes yeux rouges remplis de larmes, les caresses merveilleuses, les couleurs à foison ; nos échappées belles hors du silence … Compter soi-même chaque note reprise, pour les autres, êtres aimés, sentir la musique pénétrer nos corps, la peau qui tressaille, et le cœur charnière, battant au rythme des compositions ;
dieu ou rythme ou langage ; possession de l’âme sans jamais mourir,
futur aimant qui hante chaque geste, aux situations vivantes, solaires, incarnées, vivre dans le présent de contrôle ; anticiper chaque minute,
et ne jamais revenir en arrière sinon pour se transformer …

Rappelle toi que le souvenir de nous est toujours intact ; une promesse vivante, il survit dans la galaxie des petits riens et de l’étrange automne, derrière ce que tu fais, au delà de l’âme transie de froids,
mon ami.e, demeure la vision glacée des mondes,
l’implosion sacrée des natures ultimes, des noirs paradoxes,
chaque évidence jouée par la musique, travaillée dans la cité,
et le bruit concret des alarmes, des voix captées, des voitures et des porches d’immeubles, versée à l’intérieur du monde sonore, de la composition parfaite et achevée, renvoie la vieille musique dans les oubliettes, les abysses … Nous jouons, nous oublions, nous vivons au diapason des forces ;

le corps entier ressaisi sur les portées de la musique,
signes couchés sur la feuille standard ; instruments multiples de bois, de cordes et de vents, heurtés, mouvements si graciles, si dangereux, et rigoureux, de l’humanité animale, aimante, orientée, désirant la beauté, les gestes des musiciens dressent le chaos et cisèlent le vacarme, comme une noble créature, – abstraite – qui monte et s’élève haut dans le ciel, une création puisée depuis la tourbe démence, l’espérance de l’Amérique, des villes sans rien autours, seulement posées là, tout prés des espoirs, la musique se joue au milieu, dans la guerre des milieux vivants ;
elle emporte les corps et les esprits et veille au nouveau monde.

MP – 12092025

Protéger les mystères

«  Va pensée, tant qu’un mot clair, prêt au vol
est ton aile, te soulève et va là
où les métaux légers se bercent,
où l’air est tranchant
dans un nouvel entendement,
où les armes parlent
de façon univoque.
Là combats pour nous !
La vague souleva un bois flotté et sombre.
La fièvre t’attira à elle, te laisse tomber.
La foi n’a déplacé qu’une montagne.

Laisse en place ce qui est en place, va, pensée !,

pénétrée de rien d’autre que de notre douleur.
Corresponds nous entièrement ! »

Ingeborg Bachmann, « Va, pensée » in « Toute personne qui tombe a des ailes : (Poèmes 1942-1967) », p.405, Éditions, introduction et traduction par Françoise Rétif, Gallimard, 2015.

« A Dream of Crime & Punishment », engraving by J.J. Grandville. As reproduced in « Harper’s Magazine » shortly after Grandville’s death in 1847. « It is the dream of an assasin overcome by remorse ».

La ligne des multiples défunts traverse et réduit nos corps,
à la fuite en avant et la disparition soudaine des touchers,
il reste le programme transparent des monstres ; l’aspiration,
à plus d’exposition forcée, neutre et indifférente,
les corps et les langages embarqués par des mots d’ordres,
les systèmes électriques et rutilants, pleins d’images et de vidéos artificielles, toute cette déclinaison de formes rigides et communicantes …

Enregistrer les performances du « je » et du « il » ; relier le passé, l’ouverture du présent, voir la composition musicale simulée, encore, toujours et ailleurs, la bande noire obscure, fugitive et magnétique,
dans laquelle frappent les marteaux du son, les digits Automate,
dont les ailes d’obscurités, frayent au cœur des chambres d’échos, l’orchestre plié au hasard est posé juste derrière vous, il fait froid tout à coup, l’âme seule, transite ; la pluie et le vent arrivent, il n’y a plus rien devant nous, sinon les terres des continents brûlées ….

L’orage électrisant, tremblant et la même alerte froide, répétitive,
l’alarme des voix brisées, des gestes absents, si définitifs,
ciselés dans une musique abstraite, sculptée, répétitive,
dans l’arrière-plan, des amas de nuages, provient le cri d’origine,
qui sort de la pierre muette, et disparais seul au loin …
Les corps transformés au fil des accords, des belles images,
là, survient l’horizon de tes sombres lumières …

Voir les repères mémoires, rentrés dans l’harmonie des lettres et du ciel, l’eau transparente, glissante, prés des frôlements, des corps aquatiques, les touchers graciles, des empreintes acoustiques, et suivre le rythme des temps mixés sur les lignes d’accords, les séries de zones sismiques, des voyages inertes, sans arrêts,
partir et ne plus jamais revenir, ici bas, morts et vivants,
c’est du pareil au même, tous sont des traîtres au programme …

Ceux-là mélangés dans la tourbe rouge, bleue ciel et fantastique,
marchent à l’allure des zombies, claudiquant, ceci et là,
les gueules éventrées par les grandes faucheuses du Temps,
celles qui ramènent et broient les humeurs futures et les gestes,
à l’intérieur du vent qui souffle, le vieil océan respire à l’horizon ;
ah les armées fantômes glissantes au plus prés des lignes d’eaux,
le vague à l’âme, qui transpire des attitudes, mon étoile ;

je te vois mon amour ; silhouette fragile, famélique, prés des mers,
happé par un rêve d’éternité, de mondes toujours vivants et possibles,
ton corps et ton visage traversés de noires lumières,
nos ombres qui happent les secondes, et franchissent leurs Temps …
Tu parais si loin de nous, vivant.e, au creux du présent éternel,
qu’il est sans arrêts possibles de te voir, de se souvenir …
Tu es une créature astrale, une bête divine et patiente ;
une pensée folle, solitaire et sans amertumes.

MP – 29082025

Le corps sonore

« […] Quatre mesures d’introduction, un signe de tête à Peter, et ils étaient lancés, le motif majestueux des notes graves s’élevant en souplesse, la ligne du piano s’ajustant à la mélodie déliée du violon, les voix médianes se mouvant sans efforts, l’ensemble tournoyant dans l’air languissant. Peter jouait avec assurance, sans se préoccuper de la musique. Claude dans sa tête, entendait les paroles douces amères de la mélodie.

Musique,
Musique,
Pour un temps
Apaise nos tourments
Pour un temps,
Pour un temps, pour un temps,
Apaise nos tourments.

Ça marchait si bien que Claude introduisit un très léger rallentando, comme ils approchaient de la cadence. Peter le suivit avec une souplesse inhabituelle et lui lança un sourire en coin pendant qu’ils tenaient le dernier accord. « Épatant », chuchota Claude à la fin. […] »

Frank Conroy, « Corps et âme : l’enfant prodige », p.179, traduit de l’anglais par Nadia Akrouf, Gallimard, 1993.

En exergue à ce livre :

« L’héritage qui t’est venu de ton ancêtre,
il te faut l’acquérir, pour le mieux posséder. »

Goethe, Faust.

Space Colony Art from the 1970s. Illustration by Rick Guidice of a colony with a cutaway view

Quelle est cette nasse blanche qui grandit hors de nous ;
à l’extérieur du son, et qui presse les yeux et les gestes,
cette limite invisible que traversent les seuls mouvements vitaux,
les lents, les accélérés, les froids, les inertes ou les brûlants,
comme une ombre seule, déjouée, une dramatique possibilité,
de n’être plus là après tout, emporté par les sons, les anti gestes,
plaquée contre les chairs amorphes, la voix sienne et découpée,
envahit par le silence affreux, la blessure rouge et seule,
et la musique ramène la vie au centre de toutes choses,
elle est le feu et le vent, la lumière et l’apaisement,
ma compagne nue, radicale, toujours vive et fuyante.

Je t’entends revenir dans la chambre vide, l’informe vie, sans attaches, à te suivre au plus prés des brisures, des frontières,
j’écoute les lignes du vent qui soufflent au dedans de nous,
musique grande, silhouettes audio et spectres figures,
je sens la fraîcheur divine qui baigne tout cet esprit,
l’harmonie des ombres fières, le ressac des étoiles …
Et ce peuplement de solitudes, cette merveilleuse histoire,
qui par les lignes du son, fabriquent un lieu à soi et un temps,
là pour faire transiter son corps dans l’expérience à venir,
le fil du morceau d’âmes brûlantes qui s’enfuit dans l’obscurité,
un mur de signes, transmués ; un rêve sans aucun présent.

Et si tu veux donner un coup d’épée au hasard, dans l’obscurité,
pour s’assurer de ton existence, des règles de ta propre vie,
tu verras grandir les histoires folles du son,
par une série d’images acoustiques, un souvenir plein et vivant,
un mot signe répété dans la bouche des joueurs,
un calibre parfait, une détermination forte et sans failles,
jouer l’accueil par ses autres, la possibilité d’être enfin compris,
devenir les corps libres qui suivent les traces des sons,
permettre qu’advienne le monde aux formes aimantes,
aux contacts fébriles, déclencheurs d’espérances …
La note qui déplie glacée, les nuages de fils invisibles,
et cherche son chemin au milieu des cathédrales …

Et si tu changes de voix et de visage, à chaque apparition,
c’est à cause des régimes et des polices d’incarnation, des forces présentes, derrière les corps fragiles, survivent des lambeaux de mémoires, des fausses trappes, qui emmènent, happent et annulent,
laisse moi dévorer les différentes mémoires du son,
celles qui font advenir et font oublier, les douleurs et les plaisirs,
celles stockées sur des capteurs de différences,
des systèmes audio décentrés, de grandes et belles sculptures …
Ah enfin voir le flash souvenir, codé dans la vie de la musique,
la projection ultime des images mentales par les sons,
sans rien autour, neutre, vide, sans autres signes …

Mais l’attrait physique du son sert aussi aux horreurs, aux servilités,
à la surveillance audiométrique, aux marquages des corps,
dans les systèmes spatiaux numériques, surgissent les cellules liquides, il y est facile d’enfermer les traces, les chemins, les visages et les sorties …
Ils suivront les arpèges du néant, les codes-barres aux passés rigides. Ici la forme spectrale de la présence à soi est saisissante, elle surgit par la musique morte, et dresse un mur de projections, une maladie froide et lente qui sépare les corps, les langages, et isole, l’absence de voix, la perte de la libre décision, la même ritournelle d’oiseaux métalliques, rassemblés par milliers, qui fait saigner la terre et empêche le vent de souffler.

MP – 16052025

Audio-sculpture

« Il pourra s’agir tout autant d’outils de suivi des corps ou des gestes instrumentaux, que d’outils de transformation ou de contrôle de masses ou lignes sonores, d’outils d’interaction entre vidéo et musique, d’outils d’écriture ou de mémorisation, de son 3D (ou binaural), de reconstitution informatique d’anciens appareils électroniques devenus obsolètes, et ce toujours au service de concepts et de syntaxes musicales en constant devenir et questionnement.»

Art Zoyd Studios : nos missions recherche : explorez les nouveaux outils. Art Zoyd Studios – Centre de Création Musicale – https://artzoydstudios.com/

Michalina Janoszanka, Zima (Winter), ca. 1920s

La note sur la ligne suspendue, touche,
des creux de couleurs et de surfaces,
le vide progresse dans l’espace mental,
la mer de toutes choses se retire plus loin,
et disparaît derrière l’horizon et le silence,
la structure mélodique pénètre l’espace sonore,
et il suffit de fermer les yeux pour vivre le voyage,
les notes dégringolent des escaliers invisibles,
remontent depuis des chocs et des profondeurs,
et la mémoire se dresse sur la ligne tendue,
à devenir l’autre, l’étrange créature de mer,
blottie au fond des voix, minces filets liquides,
et qui tressaute comme le cœur de l’orage battant,
Tu n’es jamais seul, ici tout résonne,
et des sables minutes découlent des souvenirs,
de grandes cartes d’ombres et de lumières,
et j’aime te voir ciselée peu à peu,
sortie d’une glace opaque, d’un étouffement,
de cette blancheur vide sans aspects,
des nappes mi solides, des textures,
qu’imprime un spectre physique symbolique,
sur les voiles de minuit,

L’eau d’un pur cristal contient des perles,
des notes ramassées dans des cellules,
que tu agences à la faveur d’une idée-force,
et qui éclatent dans l’environnement sonore,
en dressant touche par touche, la creatura,
l’immense forme mouvante, creusée dans l’espace,
libère la furie des mondes, animaux et machines,
elle respire en expirant l’air et le temps,
et à son contact tout est calme et tranquillité,
son inspiration est un immense souffle de vie,
bercé par ces nuages de sons, l’amour du monde,
redevient le centre, la demande de pardon,
le geste partagé au delà de toutes frontières,
la même vision des choses qui renaissent,
à chaque morceau de nuits, joué,
réapparaissent les anges du paradoxe,
avec tout le sang des fantômes, de l’espace,
les chairs lourdes, épaisses, quasi inertes,
et le mouvement vital qui emmène tous les corps sonores,
capés d’étoiles, de comètes et d’astres rutilants,
les anges vont et viennent à contre-temps,
en faisant l’amour corps à corps,
amenant la lune vers le soleil, les flammes et la glace,
pour que toutes choses renaissent encore …

Revivre aux contacts sensibles du corps sonore,
passer les postes frontières, les gardiens du silence,
ceux-là qui demeurent des brutes épaisses,
sans musiques, sans voix, sans rêves,
à tenir l’arme de la stupéfaction,
stupeur en faction, prête à étouffer et frapper,
à rendre muettes les formes de la creatura,
revivre les contacts par les notes jouées,
réparer les passés meurtris, les futurs empêchés,
faire du présent, une modalisation, une tension dramatique,
cela comble la solitude des errants, des exils,
et toute cette panoplie douce est mienne ; sombre et or,
chaque portion d’espace a été visitée par la musique,
chaque geste à répondu à une ligne mélodique,
toutes choses se sont habillées du silence vaincu,
avec des chromas, des réflexes, des conditions ..
L’existence est plus belle et plus clémente,
avec ces sculptures en images sonores,
qui traînent dans les parcs à thèmes, légères et dansantes,
chacune étant le rêve d’un.e seul.e, homme ou femme,
toutes formant l’espérance et le soin des âmes,
chaque note percuté dans l’instant par l’éternité du son.

Et ce qui semble mécanique, collée à la surface sonore,
comme des nappes ou des vagues multicolores,
admet les creux, les percées, les microfailles,
c’est un.e autre que je rencontre au milieu de nulle part,
car les sons fabriquent les espaces médiumniques,
ils sont des ouvriers urdimensionnels, des armes pour des situations,
et le médium musical parvient à transformer,
il est creusée, aplats, limites occultées, frontières brisées,
car il est naissance d’une origine et d’une fin,
survivance au delà du monde des bêtes opaques,
des voix mutilées, des gestes jamais compris,
survivance d’un paysage bien à soi, toujours là,
libre maîtrise des paradoxes, des temps présents,
l’instant éternel, c’est le son écouté, chéri, compris,
le creusement d’une dimension d’accueil et de pertes,
la fragile et gracieuse creatura, qui déploie ses ailes,
au dessus de tous les grands complexes muets,
les planètes mondes qui tournent sans musiques,
et se figent dans des temps morts, des souffrances invisibles,
sont les planètes mortes, sans espoirs, ni durées authentiques,
les violences immédiates, la même affreuse attitude,
qui ne comprend rien, ne prends soin de personne.

MP – 29032025

Silences ennemis

« Tes yeux se posent dans les miens
Et jamais ma vie ne fut autant dans les liens,
Jamais si profondément placée en toi.
Si profondément désarmée.

Et sous les ombres de tes rêves
Mon cœur anémone boit le vent quand vient la nuit,
Et je fleuris, marchant à travers les jardins
De ta silencieuse solitude. »

Else Lasker-Schüler, « Mélodie » in « Styx » [1902], « Les Poésies d’amour », p.43, Choix, traduction et postface de Sybille Muller, Circé, 2025.

Kasimir Malevitch, [1918], « Composition suprématiste : carré blanc sur fond blanc. » Museum of Modern Art (MoMA), New-York.

Toutes actions s’évanouissent derrière un mur invisible,
chaque objet rejeté tout autour, vidé de toutes intentions,
est frappé de stupeur, avalé dans un magma de silence compact,
et l’impact du corps sur ces surfaces mathématiques et opaques,
lové dans un coton blanc, perdu sans attaches et sans nulles autres,
résonne comme un cœur qui bât sans s’ouvrir,

la ligne de séparation est si nette, froide et tranchante,
et regarder ses yeux fixes qui ne perçoivent plus rien,
c’est comme ne rien voir ou à peine discerner le sens sur sa peau,
et de lui ne reste que le silence majestueux, vide et massif,
et le désordre immense grandit ; l’affreuse solitude …
Les mots et les signes ont perdus toutes les choses.

Il ne suffit pas de parler, car personne n’entends,
les lieux d’amour sensibles et tendres ont disparus,
il ne le sait pas encore, mais leurs vies spéciales se font sans lui,
sans le gouffre de la langue noire, la bouche qui dit sans rien dire,
et dans la chambre vide, il n’y avait plus rien.
Les choses s’étaient désintégrées en pures matières,

les actes détruits par milliers et agonisants derrière le corps,
le corps brut, déplacé à la vitesse de l’injonction aveugle,
l’automate ambulatoire et la pression du sang.
L’étranger naissant à la faveur de l’abîme,
est une création nouvelle, une forme curieuse, dérangeante et belle,
mais leur horreur chimique aura dressé ses nerfs,
fait d’eux des terminaisons d’humeurs apaisées, régulées,

et là où le rire merveille pointait dans la défiance et l’absurde,
dans la machine à lire spéciale, orchestrale, offerte derrière le silence,
dans l’expérience folle de création d’un autre monde,
il n y’a que l’impératif médical, les gestes calibrés et normés,
l’oubli du paradoxe, de la musique, de la même intensité du drame ;
« je » doit bien présenter un monde cohérent, durable et fixe,

et ses carrières biographiques sont rattachées aux notices,
les modes d’emploi du savoir vivre, l’administration agréable de la vie ; l’index massif, le monstre technique qui règle par dessus leurs yeux,
les froides dimensions aux vecteurs infiniment nombreux,
les opérations de calcul qui servent à moissonner et raisonner,
la grammaire du spectre faite de bords droits, lisses et coupants.

De cette expérience de la solitude radicale, fondatrice,
de toutes les séparations du corps et de l’Esprit,
de la pure matière et du langage machine qui transcende seul, sans attaches, tout autour du corps, ces objets qui ne disent et ne font plus rien car plus personne ne les a investit d’une simple intention, il restera l’impression du vide, la défiance devant les autres. La sensation précise du silence et de l’absence du Temps,

le dégout devant le désordre créée par la solitude,
l’étonnement ahuri devant les nomenclatures médicales ;
des taxonomies à peine sérieuses, a situées qui ratent la somatisation
et les dimensions sociales, sexuelles, relationnelles,
la disparition momentanée du « pour soi » humain,
la fin de toutes les illusions sur les politiques du soin,
des parcs à exclu.es sociaux, des refusé.es, des inadmissibles,

à la fin, pour lui ou elle, ne restent que la beauté accomplie, les destinées, le sens de chaque situation, de chaque rencontre sienne, les capacités à prendre la place de l’autre, qui sont rares et libres, derrière la terreur d’exister pour nous, se montre la vie ; la vie obscène, fragile et brutale, la vie aux musiques froides et belles,
les avancées des mondes libres, le mélange et la passion, la capacité à sortir du silence de l’être, à redevenir « je » et autre.

MP – 15022025

Amour industriel

« Le créateur, l’exécutant qui est recréateur actif, l’auditeur qui est recréateur fictif participent tous les trois à une sorte d’opération magique : l’exécutant coopère avec le premier opérateur en faisant exister l’œuvre effectivement dans l’air vibrant pendant un certain laps de durée, et l’auditeur, recréateur tertiaire, coopère en imagination ou par des gestes naissants avec les deux premiers. »

Vladimir Jankélévitch, « Le charme et l’alibi », « L’opération poétique » in « La musique et l’ineffable » p.91, Seuil, 1983.

Les mémoires innombrables, ouvertes, dressées, vives et alertes,
les mêmes déclinaisons vitales ; la musique lente, sombre et grave,
les rythmes larges et sourds qui syncopent tes mouvements,
alignent en une ligne de rage et de fuite ; toutes les intentions,
et dans l’espace brûlant tout autour, par le temps fixe, rendu immobile, des blocs de sons apparaissent et disparaissent, comme des spectres animaux, des audio-guides,

ces construits visuels et sonores, des sculptures délicates et sensibles,
fabriquent les rêves intimes ; des alarmes qui prolongent le futur,
l’axe rigide et la structure froide, la forme sensible et l’audio spectre,
cette musique vague et immense d’une dimension sans limites,
est faite de nombreux sensa ; de gestes arrêtés comme désintégrés,
de mouvements amples, souples et figurants, de grandes formes,
qui se glissent dans les ombres de la cité, tout près de minuit.

Et quand je t’écoute si grande, si belle musique industrielle,
froide, syncopée et rythmique ; je vois ton sang noir et magique couler ; par les terminaisons nerveuses, je vois la même pression physique se former au delà du Temps, le présent pris dans le futur aidant, aimant, la vie intacte sans souffrances, je me souviens des visages qui ont dit ces sons ; les murmures de l’enfant et tout les froids rappels, les mêmes ouvertures dans l’espace ne sont que des parties de structures, de mélodies, de formes,

et les aplats figures qui se déportent dans toutes interactions,
sont des spectres physiques et symboliques, de grandes sculptures,
des monuments abstraits, des architectures d’images et de sons,
quand ses voix sont codées, transformées, devenues autres,
la mémoire profite du dressage, de l’écoute attentive et habituelle,
pour aligner des stratégies d’action concrètes, des futurs rendus possibles, des complexes d’objets incarnés et puis des restants glacés de vie …

Ah souviens toi du fluide noir et or, de la passion des machines,
venues des mathématiques sonores, des motifs qui oscillent et déclinent en une physique fractale, symbolique, sensible et sensorielle, la dévolution des vivants symboles, la mise en marche des corps-esprits, sur des arêtes droites et coupantes, des remords, de noirs ressentis, le même avenir réglé, informé, retracé dans l’espérance du nouveau, dans cette église blanche, les communiants adressent des prières …

L’espérance est de croire en la puissance musicale ; la forme maîtresse qui guide, aligne, dirige et trace un chemin vers d’autres ailleurs, tout nos rêves devenus mobiles, changeants, par la grâce du futur, bien incarnés dans nos corps possibles, dans la présence mémorielle, la volonté qui suit très sérieuse, la texture vivante, sculptée, abstraite, dans cet espace-temps de l’imaginaire ; la forme du spectre. Je vois le monde par la musique d’industrie et d’amours ;

et les milliards d’accroches sensitives pointées sur les interfaces,
les nombreux objets captures organisés en masses complexes,
les capacités des sons, prises dans les neurosphères, les anticipations qui heurtent et dérangent ; tous ces individus qui résistent et forment des assemblées de forces sont des passeurs de mémoires, pour des insistantes traversées, sur les sables minutes, ou les graphes de présences, regarde bien et entends avec nous, la forme unique de tout ce qui arrive.

MP – 20122024

Les murs d’indifférence

« Je réunis trois pièces sous ce nom de « Symphonie pour le jour où brûleront les cités », toutes trois liées par le même esprit autour du thème des « villes du futur » (qui sera aussi plus tard décliné lors de l’album « Génération sans futur ») : des « Brigades spéciales » qui épient et contrôlent les libertés et interviennent avec violence, des « Masques » qui sont notre futur visage, des « Simulacres » (Cf. Ph. K. Dick) qui nous sont des dirigeants au pouvoir, factices. L’album fut complété par deux pièces réunies sous l’intitulé « Deux images de la cité imbécile », dont le titre et les sous-titres à mon sens décrivait bien l’idée musicale sous-jacente – et hétérogène. (Il y avait un montage de restes des premières ébauches et reprises de notre nouvel Art Zoyd, revues à la moulinette d’un montage accéléré et iconoclaste). L’envers en quelque sorte du versant « sérieux » de la dénonciation de cette « ville du futur » ».

Gérard Hourbette du groupe musical Art Zoyd.

Interview, in « Psychedlic Baby Magazine » cité dans l’article, « Symphonie pour le jour où brûleront les cités comme passerelle des undercommons », HAL, 2024, par Noël Jouenne.

Il n’y a plus assez d’espaces pour te voir et respirer,
les parois de béton étrangement droites, géométriques,
ont chassées toutes visions des places libres, des squares, des fontaines, et le temps de vivre compté au cordeau dresse nos corps imminents,
le présent de l’Empire est calculé sur des marchés capitaux,
les sels de nos organismes s’échangent contre de l’argent ; fière idole.
Fixés très haut dans les arcs métalliques, des yeux voient tout autour,
des globules figures alignées, sorties des bouches de métro …

Chacun, chacune rentrés en eux-mêmes, sentent tout l’intérieur,
l’infinité des cellules prévues pour les cognitions, s’échauffent,
et l’extérieur formaté ressemble à des bandes d’illustrés flous et affreux, captés par les caméras du quartier-discipline, les tribus policières,
parcourent l’entièreté des cercles de visions et de pouvoir ..
Ah à quoi ressemblent les matins d’un jour sans printemps …
Les nuits percées de milles milliards de lumières électriques …

Il faut voir en haut les défilés martiaux, l’industrielle présence,
le rythme des percussions noires et rouges, les vagues oscillantes,
qui accompagnent toutes ces silhouettes humaines,
et le son de leurs corps a ambiancé l’horizon chauffé à blanc, disparu,
des géomètres fous ont tracés des triangles dans l’espace urbain,
obstinés, et démesurés leurs travaux ont fait fuir tout le jour,
il demeure des sas magnétiques, des yeux rouges, des alarmes,
des escalators d’argents qui brillent au milieu de minuit …

Je cherche en vain les compagnons, les ami.es, la bande,
les unités-individus marchent en rythme claudiquant, zombies-cravattés, dans chaque carré de béton s’isolent les micro-séquences d’action,
on imagine pas ici les rires, les hurlements, les cris, les plaintes,
tout est droit, aligné, géométrique, pur, neutre et transparent, 
car tout doit être vu, et su au même moment par le réseau informatique, tout est redevable du temps des marchandises et des moralines de masse …

Tenir langue aux tribus policières ! « brigades spéciales » !
les hommes-preuves qui surveillent, détectent et sérialisent des traces, les signaux d’une mémoire obscure, vampirisée sur des ordinateurs,
nos sens en éveil recueillent leurs paroles administrées,
leurs voix sont des pièces radio-centrées, des horreurs dirigées,
et leurs bouffons costumes contiennent des pin’s ou des plaques,
des organismes froids sont derrières eux, bien imposants,
ils parlent d’une voix mécanique et forte, intense, très digne,

On ne comprend rien à ce qu’ils disent ; ils vivront bien sans nous !
Et l’œil des machines à dresser fixe chaque contact, chaque émotion,
par des digits morts, des alphabets imbéciles, des catastrophes,
par delà les programmes d’activités lourdes et organisées,
dans les interstices de lumières, les espaces d’inquiétudes,
survivent les mondes communs, les je qui créés, fusionnent et nous évadent … Ah pas devenir l’esclave bien conforme aux décisions innombrables et vides ..

Les formes de ces cités-calibres projetées dans les rêves matricule ;
la mémoire du virtuel assaut, les captations nu-métriques,
les chants d’orgueil fous des grands dirigeants ;
sous un soleil brûlant, perdus, dans les grands block climatisés,
survivent les employés, les ouvriers, les cadres, la force de demain …
Sous leurs peaux lavées milles fois, retentissent des ordres,
dans chaque unité-bureau, adaptée aux corps-dimensionnés,

Ils accomplissent des projets, exécutent des tâches kilométriques,
souvent les lumières et la musique des âmes ne pénètrent ici nulle part. Tout est sombre et froid, avec cette odeur de serveur-machine,
l’œil oblongue multiforme, qui clignote au milieu de nulle-part,
et chercher la sortie hors du présent de contrôle, hors de l’instant-furieux, est une gageure, un exploit, un chemin ardu, un montage d’efforts,
Ah ami.e du jour finissant, montre nous l’envers de ce décorum …

MP – 25102024

Les clowns

« Qu’il y ait tant de gens qui recherchent la vérité sans la trouver réside sûrement en ceci que les chemins vers elle, comme ceux des steppes de Noga qui vont d’un lieu à un autre, sont aussi larges qu’ils sont longs. Comme sur la mer. »

Georg Christoph Lichtenberg, « Le miroir de l’âme », [L539}, p.542, Traduit de l’allemand et préfacé par Charles Le Blanc, José Corti, 1997.

Quelle est cette impression froide, colorée et vivante, l’intensité de ce cri,
qui remonte depuis les visages des clowns,
l’aplat et la musique terribles, drôles, uniques ; la vie hors du monde présent, les rituels débiles, inopportuns, les dessins projetés dans ta mémoire,
l’exécution sociale des gestes multiples, sans accords immédiats,
la même intuition, la même situation de ce qui arrive en propre,
les jeux naturellement ; le clown montre les directions, il fulmine,
il est figure du diable, face des faux-dieux, du rire et du désir,
il emmène l’espace et le temps plus loin, hors de nous,
le clown est l’agent de la dispersion, de la faute de justification,

Il danse dans le cirque bigarré des absences, des restes,
son corps est une partition légère liée à la musique folle,
chaque recoin est un abri pour se tordre de rire et oublier,
et ses mouvements cassent et détruisent l’imposant relief,
des alphabétiques terreurs, des procédures de la morne inertie,
l’invention du malheur moral, la manière de tout codifier par des lettres,
le style d’exécution et le calibrage des forces spontanées,
le renvoi vers la vie diminuée, cerclée, souffrante ..

Il joue, rameute, emmène, fait croire aux foules amies,
les sens de l’action, du désir et de l’espérance,
Il ouvre des brèches, en mimant le poids du sérieux,
la composite des morts, des enfances et des vivants,
son rire va à tout vent, dispersé, sans règles rigides,
il emmène les vents de la révolte et de la voix libre,
Il faut voir le petit cirque pour lequel vivent les clowns,
toujours attentifs aux numéros, à la performance,
les clowns sont des bêtes de foires, des amis sans pareils, sans égal,

Et leurs gestes sont frappants, inappropriés, légers, sans filtres,
le mouvement de leurs pensées est sans but, sans remords, sans attaches,
la terreur ou la surprise qu’ils inspirent ressemblent aux jeux d’enfants,
l’innocence des enfants bien sûr, mais aussi la jeunesse du monde,
du ciel et de l’ailleurs, des scènes de l’incroyable audace,
la beauté de leurs pensées neuves, prises au milieu des monstres,
les dresseurs de torts, les meutes fabriquées, la moraline grégaire,
les médias travaillant à la commande, les expressions empêchées,

Cavalcades, numéros, danses et rires se succèdent sur les scènes,
de ce monde administré, à la pesanteur énorme, grave et triste ..
Ah les joyeuses compagnies, qui traversent les illusions, les vouloirs-puissance, et qui détruisent l’égodrame de chacun.e par le jeu, l’ironie et la danse …
Ah qu’ils soient félicités, toujours, ces clowns-créateurs de joies et d’espérances …
Ces montreurs d’espoirs, travaillant en « Absurdie » ; les sculpteurs de multiples futurs …
Tous ces gestes qu’ils exécutent en lisant la partition du silence, de l’amitié et de la guerre , sont des gestes gracieux et divins qui permettent la vie à tout moment, la légèreté, l’évidence et la puissance de la vie.

MP – 19072024