Les murs d’indifférence

« Je réunis trois pièces sous ce nom de « Symphonie pour le jour où brûleront les cités », toutes trois liées par le même esprit autour du thème des « villes du futur » (qui sera aussi plus tard décliné lors de l’album « Génération sans futur ») : des « Brigades spéciales » qui épient et contrôlent les libertés et interviennent avec violence, des « Masques » qui sont notre futur visage, des « Simulacres » (Cf. Ph. K. Dick) qui nous sont des dirigeants au pouvoir, factices. L’album fut complété par deux pièces réunies sous l’intitulé « Deux images de la cité imbécile », dont le titre et les sous-titres à mon sens décrivait bien l’idée musicale sous-jacente – et hétérogène. (Il y avait un montage de restes des premières ébauches et reprises de notre nouvel Art Zoyd, revues à la moulinette d’un montage accéléré et iconoclaste). L’envers en quelque sorte du versant « sérieux » de la dénonciation de cette « ville du futur » ».

Gérard Hourbette du groupe musical Art Zoyd.

Interview, in « Psychedlic Baby Magazine » cité dans l’article, « Symphonie pour le jour où brûleront les cités comme passerelle des undercommons », HAL, 2024, par Noël Jouenne.

Il n’y a plus assez d’espaces pour te voir et respirer,
les parois de béton étrangement droites, géométriques,
ont chassées toutes visions des places libres, des squares, des fontaines, et le temps de vivre compté au cordeau dresse nos corps imminents,
le présent de l’Empire est calculé sur des marchés capitaux,
les sels de nos organismes s’échangent contre de l’argent ; fière idole.
Fixés très haut dans les arcs métalliques, des yeux voient tout autour,
des globules figures alignées, sorties des bouches de métro …

Chacun, chacune rentrés en eux-mêmes, sentent tout l’intérieur,
l’infinité des cellules prévues pour les cognitions, s’échauffent,
et l’extérieur formaté ressemble à des bandes d’illustrés flous et affreux, captés par les caméras du quartier-discipline, les tribus policières,
parcourent l’entièreté des cercles de visions et de pouvoir ..
Ah à quoi ressemblent les matins d’un jour sans printemps …
Les nuits percées de milles milliards de lumières électriques …

Il faut voir en haut les défilés martiaux, l’industrielle présence,
le rythme des percussions noires et rouges, les vagues oscillantes,
qui accompagnent toutes ces silhouettes humaines,
et le son de leurs corps a ambiancé l’horizon chauffé à blanc, disparu,
des géomètres fous ont tracés des triangles dans l’espace urbain,
obstinés, et démesurés leurs travaux ont fait fuir tout le jour,
il demeure des sas magnétiques, des yeux rouges, des alarmes,
des escalators d’argents qui brillent au milieu de minuit …

Je cherche en vain les compagnons, les ami.es, la bande,
les unités-individus marchent en rythme claudiquant, zombies-cravattés, dans chaque carré de béton s’isolent les micro-séquences d’action,
on imagine pas ici les rires, les hurlements, les cris, les plaintes,
tout est droit, aligné, géométrique, pur, neutre et transparent, 
car tout doit être vu, et su au même moment par le réseau informatique, tout est redevable du temps des marchandises et des moralines de masse …

Tenir langue aux tribus policières ! « brigades spéciales » !
les hommes-preuves qui surveillent, détectent et sérialisent des traces, les signaux d’une mémoire obscure, vampirisée sur des ordinateurs,
nos sens en éveil recueillent leurs paroles administrées,
leurs voix sont des pièces radio-centrées, des horreurs dirigées,
et leurs bouffons costumes contiennent des pin’s ou des plaques,
des organismes froids sont derrières eux, bien imposants,
ils parlent d’une voix mécanique et forte, intense, très digne,

On ne comprend rien à ce qu’ils disent ; ils vivront bien sans nous !
Et l’œil des machines à dresser fixe chaque contact, chaque émotion,
par des digits morts, des alphabets imbéciles, des catastrophes,
par delà les programmes d’activités lourdes et organisées,
dans les interstices de lumières, les espaces d’inquiétudes,
survivent les mondes communs, les je qui créés, fusionnent et nous évadent … Ah pas devenir l’esclave bien conforme aux décisions innombrables et vides ..

Les formes de ces cités-calibres projetées dans les rêves matricule ;
la mémoire du virtuel assaut, les captations nu-métriques,
les chants d’orgueil fous des grands dirigeants ;
sous un soleil brûlant, perdus, dans les grands block climatisés,
survivent les employés, les ouvriers, les cadres, la force de demain …
Sous leurs peaux lavées milles fois, retentissent des ordres,
dans chaque unité-bureau, adaptée aux corps-dimensionnés,

Ils accomplissent des projets, exécutent des tâches kilométriques,
souvent les lumières et la musique des âmes ne pénètrent ici nulle part. Tout est sombre et froid, avec cette odeur de serveur-machine,
l’œil oblongue multiforme, qui clignote au milieu de nulle-part,
et chercher la sortie hors du présent de contrôle, hors de l’instant-furieux, est une gageure, un exploit, un chemin ardu, un montage d’efforts,
Ah ami.e du jour finissant, montre nous l’envers de ce décorum …

MP – 25102024

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