Réprouver les humains

Dans plusieurs séries d’affrontement d’Empires numériques-informationnelles, politiques, militaires, géographiques, les places grandissantes des activités directement digitalisées dans la production de valeurs impliquent la coopération des systèmes informatiques décisionnels et l’engagement d’humains dans les activités économiques qui exploitent leurs forces de travail en continu ; cette coopération par interfaçages dynamiques, technologiques des expériences humaines collatérales, – physiques / virtuelles – est emmenée au cœur de la représentation officielle qu’une société d’êtres humains construit pour faire ou produire sa propre histoire. Dans les sociétés de contrôle à haute intensité (Chine, Russie, Iran ..), contrôler les images, les sons, les souvenirs et le déroulement du récit ou de la version officielle issue et produite d’une certaine psychologie du pouvoir doit faire partie des techniques de conservation de ce pouvoir dans un temps indéfiniment long et sécurisé par un présent de surveillance massive, médiatique et une technologie de réseaux dite politisée (Internet censuré, smartphones bridés, capteurs biomorphiques, traceurs de différences, Automates de tri et de sélection …).

L’irruption des Intelligences Artificielles Génératives (IAG) grands publics (novembre 2022) comme microsystèmes diffus de reproduction et d’exploitation de masse de signes-symboles numérisés permet à une certaine technologie de surveillance et de conformation cognitive, symbolique et volitive des conduites à une normativité-machine d’exister dans l’espace et le temps économique et politique. La norme cognitive ainsi promue s’inscrit pour un gouvernement autoritaire dans une dynamique exomorphe de traces biographiques et d’authentification de l’individu organique dit conforme, prévisible, par décodage sursymbolique des ensembles expressifs inhumanisés. En ce sens les IAG voyous, (celles qui comme des filtres d’obscurités ou des accords automatiques passés sur le langage humain sans l’humain excluent des gardes-fous éthiques de leurs modèles économiques ; Grok, Chat GPT) sont appelés ici – IAGR comme Intelligences Artificielles Génératives de Régulation – parce qu’elles reproduisent dans les termes complexes de la société de contrôle, un conformisme social puissant qui tend à éliminer la créativité expressive humaine – les capacités expressives rares – l’esprit critique et les singularités existentielles.

Aux présents qui figent et ne passent pas, s’ajoute cette police d’écriture de l’histoire des événements qui fixe le sens de l’événement par les cadres nouveaux (technologiques et idéologiques) de la mémoire historique collective i.e. les mécanismes de traduction des effets des paroles dans le prisme du pouvoir et la constante élimination des troubles individuels ou des écarts sociaux-symboliques, expressifs ou économiques.

Les groupes humains voient au travers des filtres de perception officielle, la réalité commune, identique et déformée des théâtres cruels d’opérations militaires et impériales (lointains ou incompréhensibles) ; et bâtir des territoires négatifs là où l’accès à l’information et à l’histoire du récit d’événements et aux sens de ce récit est empêché ou instrumentalisé va compter comme faisant partie des tactiques importantes pour la confusion maximale de masse et l’attirance du chef pour la réaction émotionnelle typique ou le spontanéisme imbécile du subordonné. Créer des paniques morales raccrochées à des sujets du pouvoir (a)variés (perte de l’identité nationale et baisse de la natalité, grand remplacement, racisme anti-blancs (?), terrorisme écologique, wokisme, invasion migratoire, décadence morale et pornographies …) est compris comme un outil de pénétration de l’extrême-droite, du nationalisme, du fondamentalisme mystico-religieux (orthodoxes (institutions officielles en Russie), juifs (extrême-droite en Israël et ses guerres d’expansion nationaliste), musulmans, bouddhistes, hindouistes ou chrétiens) et du totalitarisme islamiste par leurs usages historiques de l’idée de Nation, de Prophétie et de Peuple, dans les pensées et les attitudes collectives des masses.

Ne pas renvoyer dos à dos ces partis et ces mouvements aux méthodes si dangereuses, aux idéologies mortifères pour la démocratie libérale ne va pas sans efforts de promouvoir constamment une logique pragmatique triadique d’échanges et de transformation (duale et tiers comme conflits de valeurs différentes surmontés), à chaque occasion de consciences (chaque expression donnée et héritée d’un régime de discours politique), dans chaque médium possible, la forme de vie démocratique et le pluralisme vivant et social-symbolique qui en fait la force et la vitalité. Ce dos à dos – ou cette pauvre dualité ; extrême droite versus islamisme et cette opposition stérile, aveuglante, simplificatrice – malheureusement résulte d’une dynamique de renforcement des deux (supposés) adversaires ou alternatives principaux ; l’un nourrit l’autre en permanence dans un jeu d’escalades symétriques, de haines xénophobes, de conflits enkystés et de chantages permanents et dangereux qui exclut toutes formes de réciprocité et de singularité.

Ainsi, un pôle de destruction de la démocratie sociale comme système de valeurs et types de normativité est pleinement constitué dans ce nouveau désordre international en 2026, par cette dynamique du miroir inversé et de l’aimant (attractivité des forces plurielles vers le pôle de stabilité idéologique extrême-droite techno-sécuritaire / islam régressif / Chine. États-Unis comme réassurance de l’Empire et de l’ordre et du média univoque ; destruction des opposants à cette vison unique du conflit (dit de civilisations, de cultures, de sexes, de races, de voix, d’histoires, de technologies, d’énergies …) …) L’espèce de résultats de pensée monolithique – obsédants – obtenue par ce savant et mécanique entretien du conflit unique, centralisant, hypnotique – prive les démocraties libérales de leurs énergies critiques et de leurs capacités de transformation des vies dans leurs pluralités et leurs modalités d’existence singulières. Dans ce monolithe affreux de l’idéologie de la décadence et du martyr – un nécro-système de pensées univoque et uniforme – ; sont préfigurés les types de psychologie du pouvoir dominantes et les capacités de contrôle des réactions collectives associées et mises en œuvre. Ici la logique de l’archive politique comme infrastructure et instruction continue d’une certaine police administrative qui va ficher par centaines de milliers ses propres citoyens dans une cyberculture de surveillance permanente des dissidences, doit correspondre à une identification numérique complexe des identités civiles et des parcours biographiques, économiques ou institutionnels des groupes et des individus.

Il faut des groupes d’hommes conditionnés – suffisamment nombreux pour faire corps idéologique – pour devenir des groupes d’hommes conditionneurs, ceux là qui propagent la bonne humeur du moment du mâle, de l’âge d’or et de l’action virile ; le « mood », la « stimmung » ou l’affectivité d’un lieu et d’un rôle associés aux temps et aux lieux artificiels du pouvoir ; dans ce théâtre du double et de la cruauté formelle de l’administration de la psychologie du pouvoir de l’extrême-droite et du nationalisme politique et religieux ; les techniques de production de l’archive (détournées de leurs buts initiaux ; conserver la mémoire historique et raconter les faits qui se sont réellement produits) et les techniques de l’aveu permanent (la police psychologique et l’autosurveillance), vont passer pour des armes intellectuelles ordinaires contre la forme d’esprit libre ou indépendante ; celle-ci doit se plier aux formes de l’instruction des nouveaux cadres. Orwell et « 1984 » [1949] ici doit nous être d’un grand secours philosophique pour comprendre ce qui arrive dans et par la capacité à réécrire l’événement historique, à éduquer par la propagande et la méthode de la double pensée pratiquée par O’Brien et le Ministère de la Vérité (penser une chose et son contraire à la fois et maintenir cet état de tension en permanence de sorte que le basculement d’un monde à l’autre puisse avoir lieu facilement à tout moment sur requête du pouvoir), le TRUTH Social, la Russie de Poutine et son incroyable politique mémorielle.

On voit ici, outre l’affinité des Tyrans et la collusion de leurs intérêts respectifs – conserver le pouvoir à n’importe quel prix -, cette dimension de trans-valuation sociale symbolique d’une forme critique de l’assujettissement – devenir sujet-ego du pouvoir – à une histoire contre une autre, ou cette possibilité pour l’analyste politique et philosophe de l’action de passer d’un monde à l’autre – démocraties / fascismes – en relevant la constitution immanente de la dynamique de transformation et de circulation sociale-symbolique qui a (re)produit ces formes et ces régimes de discours particuliers en 2026 et dans leurs jalons historiques importants. Cette double lecture doit profiter aux partisans de la résistance culturelle, politique et sociale contre le techno-fascisme culturel de masse et à promouvoir la forme de vie démocratique mise aux défis de ces perspectives terribles d’un possible basculement d’une ou plusieurs de nos démocraties européennes vers un mouvement héritier du fascisme (France, 2027 / France, 2002), de l’extension de la guerre totale de Vladimir Poutine en Europe, pendant que l’Amérique souffre du délire Trumpiste, des MAGA et de l’agenda réactionnaire de l’Héritage Foundation.

Fragments d’un monde détruit – 203

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *