Vox | Transforms

D’abord le rappel des vies enrégimentées à l’intérieur des cellules-Ego du capitalisme de prédation, chaque monade enfermée des forteresses digitales, ne recevant rien qui ne soit calibré aux compacts économiques « communicants » sacrificiels, par l’envahissement de forces médiatiques dans l’air du temps, l’accaparement du récit des choses et des événements, ensuite la grandissante morale d’esclaves qui s’infiltre sur tous les sujets économiques, l’engagement au travail et le mérite, les moyens privés de production contre l’action humaine, l’entrepreneuriat de soi-même, la soif d’argent et de puissances, la performance au travail. Dans cet esprit de la prédation économique et sexuelle, les systèmes communicants deviennent des pièces tactiques d’assujettissement des êtres vivants, des faits et des choses physiques, dans la mesure du format d’un récit qui capte et annule la critique sociale et politique au bénéfice du conditionnement des réactions physiques et psychiques, émotionnelles, affectives et cognitives, ici, c’est le devenir sujet-cellule mis au format du psycho-pouvoir auquel s’attachent toutes les affections du maître chanteur virtuel sur ses proies – le devenir malade, qui effrite la socialité de base de l’être vivant et délivre toutes choses dans la dimension d’intercommunication symbolique capturée à la plus grande surface de projections du pouvoir dans les Temps de son exercice.

Il n’est pas rare alors d’entendre lorsque un ou une inconnu.e vous parle dans la société de contrôle à haute intensité, il n’est pas rare d’entendre cette sombre musique égale, conforme à tous et toutes choses bien à sa place, venue comme une ligne mach-inique, un « on dit » qui a transité par tous les corps des sujets-cellules, pour finalement qu’une voix mécanique, blanche et neutralisée sorte un son bizarrement creux, sans aspérités, ni vibrations, ni densité existentielle ; une outre-voix d’un locuteur fantôme aux habillages de marchés de signes et de morts-vivants. Cette absence de pleins, de singularités, de contours, de couleurs, de chairs dans la voix emmène avec soi, la douloureuse introspection ou le face à face tyrannique organisés par le psycho-pouvoir au sens d’une danse mimétique – une danse débile – chaque individu livré par la voix du maître à soi-même semble consentir à vivre mal, caché dans cette cellule de maîtrise de son image et de sa supposée personnalité-Ego. Et le petit secret s’entretient toute sa vie – comme on arroserait une plante vénéneuse, à la façon d’un cultivateur d’un jardin de ruines dévasté, faisant les 400 pas dans un cloître ; l’exclusion digitale ressemble à cela et sert comme moyens d’asservissement et d’allégeance ; chacun pour soi dans sa cage numérique et les moutons seront toujours bien gardés. Le génie organisationnel du capitalisme de prédation à l’ère digitale est basé sur ce double enfermement, égotique et cognitif, et cette manière de travailler comme une masse aveugle pour mériter chacun sa place au soleil, ou le rachat psychologique de ses fautes originelles (la solitude créatrice deviendra dangereuse pour qui veut fonder une famille de pensées …)

Lorsqu’on réfléchit un peu à ce geste vocal qu’est la voix humaine, on creuse tout l’intérieur social des articulations et des aspérités dimensionnelles de structures dynamiques et en échos mises en contacts sensibles ; le son de la voix doit ici être étudié dans ses aspects géométriques, corporels, esthétiques, revendicatifs et politiques ; il porte un accomplissement d’accords entre nous, au sens d’une mesure respectée d’une possibilité d’une partition d’orchestres souvent invisibles. Cette musique étrange et belle de la voix issue d’une constitution humaine, sociale et organique, – la voix d’un individu posée ou invoquée au milieu d’un groupe social-symbolique, doit rappeler l’importance de la mesure et de l’accord comme celle de la démesure et de la dissonance. Ici le geste se règle peu à peu, avec fragilité et isospectralité sur un ensemble de lignes de projection qui informe une musicalité sociale symbolique du groupe d’humains, d’êtres vivants ou de machines auquel nous appartenons. Car le geste vocal ne devient significatif que parce qu’une articulation avec un autre a été reprise dans la constitution du rapport à soi ; dans une perspective d’analyses meadienne (ou construite autour de la philosophie sociale de G.H. Mead dans « L’esprit, le soi et la société » [1934]), la prise de rôles situés est matériellement constitutive de la transformation graduelle de la forme sociale-symbolique et de la possibilité qu’à un geste vocal corresponde un ou des symbole(s) significatif(s) ou un ensemble d’attitudes organisées devant un objet – une chaise par exemple appelle différentes sortes de réponses ajustées à la situation de jeux concrète (inviter à s’asseoir ou bien disposer les chaises pour une réunion ou un repas …). Pour le geste vocal devenu significatif, l’intériorisation de l’attitude d’autrui et l’auto-affection de sa propre réponse à la réponse d’autrui, en même temps que le repérage des stimuli d’un milieu social, in forment une certaine structure de généralités – une induction et une loi d’emplois générale du mot-signe – visant une certaine universalité du signe-symbole i.e. une compréhension commune, coopérative et partagée du sens du mot « chaise ».

La conversation de gestes devient pour G.H. Mead la forme même de l’apparition progressive de l’esprit et de l’institution comme ensembles organisés de réponses. Ce qui est majeur ici dans notre interprétation de l’enfermement économique par désocialisation progressive est l’espèce d’effacement de la voix humaine – comme revendication devenue gênante, espaces et temps de potentialités créatrices dangereux – un effacement qui se traduit par la perte de sa propre individualité dans l’individualité égotique capitaliste, la perte de ce qui fait sens pour soi-même, ou bien la diminution de l’adhérence même du « Je » créateur vers son « Soi ». La voix peut être diminuée gravement par une maladie organique ou modifiée par une transformation sociale-symbolique, par exemple, il n’est pas sûr que le codage machine des voix synthétiques permises par les vox-codeurs, – dans la musique industrielle – de même que le débit aux kilomètres de textes, de sons, d’images, de vidéos par des IAGR grands publics (Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation), ne montrent ou n’altèrent pas l’impression humaine dans la voix, le marquage humain ou le signe-traces d’une constitution sociale et humaine de la forme symbolique. L’empreinte acoustique du mot dans la linguistique générale de Saussure doit rester un outil d’analyse puissant pour comprendre la forme vocale du sens par le geste, la langue et le timbre.

La naturalité du geste vocal, sa dimension sociale-anthropologique, tout comme sa propagation émotionnelle – appellent une critique philosophique forte adressée à tout ce qui limite les formes de la revendication par la voix, en tant que des contextes d’emplois de certaines expressions appellent des réponses coordonnées reliées à une certaine capacité politique et critique formée contre ou à l’intérieur d’une forme de vie capitaliste, totalement coupée maintenant des enjeux réels de la transformation énergétique et climatique. Ainsi une certaine violence économique – des restes d’inertie du vieux monde industriel – demeure naturellement présente dans certains types d’attitudes même les plus ordinaires, – chacun sa place, des goûts et des couleurs n’en discutons pas, chacun sa vérité, chacun sa réalité, la politique est sale et corrompue par la chose publique, la dimension privée de toutes choses est la plus belle, la plus respectable, l’assistanat est devenu un cancer.

Dans ce chacun pour soi néo-libérale comme caractérisation majeure de ce système de pensées fondées sur l’individualisme et l’agir stratégique instrumental sur un marchés de biens, de services, d’informations et de capitaux, il est prouvé par la science économique que produire et consommer en masse crée de la richesse et maintient les filets de sécurité sociaux en l’état au travers des systèmes de choix rationnels effectués. Or, la seule perspective de ce type de raisonnement – est une fois de plus l’enfermement des voix, des corps, des esprits et des vies ordinaires à l’intérieur des dynamiques transactionnelles et structurantes d’un vieux système de dévastation, (en)fermé et enfermant, un ensemble compact de lois humaines isolées face aux lois de la nature et qui refuse tout l’extérieur et la plasticité d’une pensée pragmatiste.

Ici le paradoxe est l’instrument technique rêvé de la transformation sociale-symbolique des sociétés humaines [para-doxa : à contre temps, contre l’opinion commune] par sa capacité d’éclairage et de contraste critique et ses nombreuses apparitions dans les sciences du climat et de la société. Tout et son contraire nous arrive en même temps – par exemple, la transformation climatique et le respect des sols impliquent plus d’effort par suppression des engrais et adjuvants chimiques dans les sols, or nous cherchons à vivre mieux et à moins travailler comme des forçats de la Terre, de même trop de mécanisation embarque trop de consommations de pétrole, mais sans machines, il n’est pas possible d’atteindre un certain rendement de production … Et l’analyse socio-anthropologique des systèmes de signes et la synthèse philosophique doivent s’appliquer de concert pour à l’aide du raisonnement pragmatiste par abduction (une hypothèse générale est testée par l’évaluation de toutes ses conséquences ) permettre l’ajustement des inter-actes humains à leurs milieux sociaux-vivants en constantes évolutions.

Fragments d’un monde détruit – 202

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