« Tu as écrit avec mon sang une lugubre chanson,
Depuis la jubilation de mon âme s’est engourdie.
Tu m’as chassé du paradis des roses,
Je devais les laisser, Tous ceux qui m’aiment.
Comme un vagabond, le chagrin me pourchasse.Et la nuit quand chantent les roses,
Alors la mort couve en silence – je ne sais quoi –
Je veux T’apporter mon cœur douloureux,
Le doute angoissant et ma pénible lutte,
Et tout ce qui est malade et la haine ! »Else Lasker-Schüler, « Morituri » » in « Styx », p.51, [1902], Traduction de l’allemand Denis Toulouse, Édition La Barque, 2024.
Plates from Robert Thornton’s Temple of Flora (1807)
Frôler les tissus de veines, les robes lentes et agiles,
ces fleurs de peaux, aux couleurs étranges, aux vagues présences,
qui sur le chemin de côte, sont plantées dans les sables,
et ressentir l’instant brûlure, fixé dans les vitraux fantastiques,
autour des corps nombreux, penchés sur les précipices,
nos yeux fous, rentrés dans les vagues d’amertumes ..
Il fait chaud tout autour de leurs cercles de flammes ;
la mesure sienne, dieu des liaisons, est prise contre toutes attentes.
Tes yeux, mon bel amour, ont pris la couleur des océans.
Tes lèvres sont peintes en rouge vif et tu portes ce sourire espiègle,
cette mue de l’attention sensible, ce travail du lien et de l’absence.
Tes cheveux coupés en raz de franges, blonds et sucrés,
sont imprégnés d’ombres et de lumières vives ..
Et cette fleur qui pousse en ton sein, trace des rivières bleues,
voir, écouter l’instant suivant qui chute à l’intérieur de nous …
Toute cette pluie d’anges minutes, de fiels et de sangs.
Tout près des orages, des dévastations, des fleurs brûlées,
dans la demeure des liseurs de sangs, des grands bibliophiles,
se tiennent les ressources vives prises dans la nuit,
depuis cette fracture de ténèbres au milieu du Temps,
se jettent des frontières, des brisures, des drames de langages,
une explosion au milieu des guerres de signes ; des gestes empêchés,
et je pense au faux prêtre inutile, posté, en arrière des mondes ;
sa fonction débile qui reste la fonction du traceur, de la viabilité ..
Le langage mort déploie dans cette nuit toutes ses structures,
et le froid grandit dans les maisons ; le silence est devenu immense,
les noirs esprits se sont retournés, les corps défunts tressautent ..
Les structures du langage mort sont inertes, elles se mettent aux services, en garde à vous, en rangs serrés, en précieuses déclinaisons ;
aux services des petits maîtres commandeurs du néant ..
Et rien, aucun arrière-plan, aucun usages, aucune règles,
à vrai dire ne déterminent les sens et les utilisations futures des signes ..
Il n’y a que l’aplat fixe de l’alphabet du Spectre Présent ;
le monstre glacial et inerte ; le faux monde, sans promesses ni espoirs, l’Automate exécute, appliqué sur une vitre froide, le prêche du grand Nihil ..
Le Spectre Nihil tourne au milieu des vecteurs, des absences de formes, dans un manège de signaux de détresses et de désespoirs,
et les fleurs de demain poussent ailleurs, avec la vie tout autour …
Dans des lieux protégés des folies, des absences d’histoires,
Ah voir les fleurs innombrables des cercles de l’étrange ;
sentir monter en soi, la profusion des forces.
MP – 07112025
