« La connaissance des hommes signifie essentiellement mépris des hommes ; voilà ce qu’ils sont. L’intérêt qui sert de fil conducteur à la réflexion est la domination. Toutes les catégories sont choisies en fonction de cet objectif. Toute sympathie va vers les maîtres, et ce philosophe de l’histoire, champion de la désillusion, peut s’exalter comme un pacifiste qu’il raille obstinément, lorsqu’il évoque, l’intelligence prétendument immense et la volonté de fer des chefs de l’économie moderne. Le critère de l’histoire dans sa totalité est l’idéal de la domination. »
Théodor W. Adorno, « Spengler après le déclin » in « Prismes : critique de la culture et de la société », p.65-66, Traduit de l’allemand par Geneviève et Rainer Rochlitz, Payot, 2010.
[burning from the outside]
Plates from Robert Thornton’s Temple of Flora (1807)
Aux périphéries du bloc de leurs signaux rigides,
du langage central, compact, figuré en lourdeur massive,
survivent les flammes brûlantes, fissurées en bouquets de feux,
les légères coalescences rouges, or et bleues,
furieuses, glissantes et vibrantes aux diapasons de toutes distances,
hors de nos paysages encore libres, joueurs et gratuits,
et chaque mot qu’ils emploient, fixe, dans une coque étrange,
l’objet visé par l’interface froide et mécanique,
ah leurs langages machines raisonnent comme des répétiteurs alignés bien droits, conformes aux bruits du néant, ici l’abrutissement au travail est une arme totale, d’une démence froide et brutale, laissant l’absence de critiques, informer des vidéo-drames du vide et de la terreur, et le dément en chef lit tout fier la démence collective, il plastronne au centre de ses cirques médiatiques,
et performe tout seul son horrible espace autocratique, ses côtés rasoirs et ploucs sidèrent ; il ennuie jusqu’au bout du monde, fait et décide n’importe quelle absence de stratégies, ne constitue, ne fait vivre et ne forme rien, il jouit des effets aveugles de sa propre hallucination …
Et dans ce feu large et terrestre qui couve au-dedans,
au travers des nuits empilées par ce grand cauchemar,
rien n’advient comme concret, fiable, désirable et certain …
Tout est avalé dans l’instant, par les animateurs du spectacle,
tout sert à la voix pétrifiée et aux écritures exsangues,
ah ce qu’ils montrent dans leurs vitrines numériques, par ces temps hyper concentrés ; le vide par lequel s’enfuient nos rêves de bonnes politiques, dans leurs psychés autoritaires, les formes des vies sont refusées, la simple intuition du vivant, de son approche sensible et vulnérable, la manière dont la vie peut constituer une forme ;
faire en sorte que nous vivants, puissions vivre encore,
et l’absence de raisons sidère ; le côté psycho-maniaque,
du leader coupé et fuyant de facto ses partisans et adversaires,
les cruautés programmatiques, l’absence criante d’éthiques,
seule la machine propagande sert le plat verbeux principal,
de quoi nourrir la haine et la peur, le ressentiment,
les corps instruments font le travail du psycho-pouvoir,
ils sont porno gérés, représentent les secrets du ciel,
les armées de signes sont retranscrites par des machines,
ils ne disent plus rien de qui et du quoi du monde …
Et les technologiques du Rien absorbent toutes les critiques,
en générant des données exploitables, économiquement et psychiquement pures, creusées dans des cercles d’appareils, des justifications ultimes, des murs de visions,
les services de l’Etat sont démantelés un par un,
et ce monstre froid est perçu comme le danger fatal,
il faut faire des économies à tout prix, faire allégeance au Tyran, car les prix des actes sont devenus des valeurs, recommandées,
fixées sur des marchés opaques, qui surconsomment la vie humaine,
les capitaux fossiles, les produits finaux des exploitations,
qui tombent, plastifiés, dans les becs ouverts des consommateurs,
ah les supermarchés joyeux ont meilleures presses ;
je veux, j’obtiens, je casse, je jette …
Ego et Rien sont leurs psychotiques transactions,
ici l’art du deal correspond au néant affreux de ce monde,
l’absence de sens du futur, la rhétorique artificielle du pouvoir,
l’absence totale des sens du réel et de la vie,
les proto-figures du spectre capital sont nombreuses ;
l’homme preuve, la femme piège ou l’enfant-poli,
les adulescents travaillent, exploités, toujours à l’œuvre pour les tyrans, ce qui importe vraiment, c’est la réaction, le confort et la sidération ..
Remplir l’espace d’ordures médiatiques, de délires, de haines,
et se croire élu – unique – par Dieu ou le seigneur,
pour accomplir une volonté enfermée, sans commune mesure,
et faire de la vie, un ennemi, une cible, une techno destruction complexe, en cassant les groupes humains si divers qui en prendront soin, revenir sur les droits des êtres vivants, le sens de l’Humanité, à disposer de son corps et de son esprit, comme forces de décision, de jugements et de réflexions intègres, critiques, sincères …
Leurs authenticités recherchées sont un casse droit horrible,
une manière subtile de voir au travers des corps,
de leurs assigner des tâches prévues, des rôles asociaux et figés,
et l’esprit de leur monde si il existe est une forme aberrante de fatalité qui ne renvoie à rien de réel, de vivable au futur ou de vivant.
Ah les laisses de la médiacratie, avec lesquelles, ils retiennent les masses, sont si fragiles qu’elles peuvent rompre ; finalement sembler aberrantes et violentes et ce rêve d’émancipation des délires de leurs régimes il libéraux, est un rêve de sensibilités, éduquées aux textures des vivants. Le Tyran par ses extrémités psychologiques et politiques, dégoute ses autres et provoque peu à peu la méfiance collective et le rejet intime. Ah que viennent ici et pour longtemps les coalescences des feux ; l’Esprit du Demos, la vertu critique, la brillante étoile de confiances.
MP – 07032025
