« Sous la mécanique des anges
Le réel s’agrandit
Repousse
Les murs
Parle d’une voix inaudible
Chante les mots
Qui n’existent pas encore
Retourne avant la parole
Quand la langue était de sel
Quand elle était de terre et d’eau
Quand elle était de vent
Et qu’elle courrait entre les arbres
La langue de silence
Qui remonte vers le ciel
Et pleure sur nos têtes amnésiques
D’humains réduits
A n’entendre que la colère
Sous la mécanique des anges
Parle encore aux étoiles
A ce qui nous dépasse
A l’immensité infinie
Amoureuse
La plénitude et la fatigue »Clara Ysé, « Sous la mécanique des anges » in « Vivante », Éditions Seghers, Paris, 2024.
Adeline Harris Sears’ Autographs Quilt (1856–ca.1863)
J’attends que les murmures renaissent,
que tes yeux cyclopes nous regardent, Alpha Matrice,
Echo-systèmes, vacarmes et traces numériques,
j’espère ne plus pouvoir attendre la libération
des formes et des machines à voir et à signer …
Je suis les esclaves qui remontent,
les chemins principaux, vers la zone électronique,
ces colonies humaines, neutres, des masses informes, sans visages,
Tu traînes en arrière de leurs outres mondes,
ceux là qui, percutés par les réseaux, sont aliénés,
aux mots d’ordres, à la mise en scène,
guerrier du silence, feu natif, sans rien autour,
et tu espères libérer les œuvres, les maisons et les humains,
mener la guerre au milieu de leurs mondes,
pour installer les lignes d’espoir et de création.
Fais la guerre à leurs survies, redresse toi …
Il faut se lever à l’aube, ne pas confondre les traces,
la mémoire hantée par la nuit, l’Esprit,
voir au loin les marchands de signes,
marcher aux rythmes des désespoirs,
se rendre prés des ateliers de ventes et d’achats,
acheter des signes à succès, ou vendre des signes morts,
aux grands marchands, humanoïdes,
à la peau sombre, pleine d’étoiles …
Transiger ne sert à rien, le prix est fixe, insurmontable,
les mots signes portent des étiquettes,
et dans le monde « nu-métrique », il y a des étiqueteurs,
des professions démentes qui fixent et assignent,
au milieu d’une langue opaque, réactive et malade,
les mérites respectifs des signes payés aux marchés,
les monstres signaleurs fabriquent des trous noirs,
qui avalent la pensée et réduisent le signe sensible,
du symbole mort occulté dans un réduit nauséeux,
cela laisse le délire l’emporter partout,
chaque mot signe portant l’autorité du puissant …
Humpty-Dumpty savoure sa grande victoire ..
Ses propriétés sont très fortes et très grandes,
chaque brique de mur est une autorité qui impose,
ses vues partielles, réductrices et violentes.
Ah, je voudrais redescendre de cette zone infâme,
des traîneurs d’outres mondes, des invasions de mouches,
des flatteurs et opportuns, des êtres plats et si conformes,
qu’il ne reste rien à goûter, imaginer ou boire,
ni suave liqueur de mots, ni métaphores,
ni envolées lyriques, ni musiques sauvages …
Je veux détruire un par un, les marchés des signes,
pour lui, la force est la règle et l’Empire,
des signes à succès, des allégeances et obéissances,
est l’Empire des zones délirantes …
Si chacun impose par la force le sens des signes,
si les usages sont renvoyés dans les poubelles de l’Histoire,
si la vie des mots est détruite par la puissance des ordres,
il suffira que le maître dise que le mot signifie ceci,
et les masses d’esclaves vont s’aligner,
comme des bêtes à conformités, des créatures aveugles et sourdes.
MP – 04072025
