« L’intelligence insuffisante
La sale petite boîte en carton
Qui ne rend pas du tout ce qu’on voudrais
L’esprit loin devant
Au bout d’une ligne droite ou d’un
Bas lancé sur une jambe
Je mettrais ce pays à feu et à sang
Je brûlerai cette cervelle avec sa lèpre
Je trouverai la cache de l’enfant »Jacques Bertin, « Les anonymes : pour une exposition du peintre Jacques Oudot » in « Plain-chant, Pleine page : Poèmes et chansons, 1968 -1992 » p.150, Arléa-Velen, 1992.
The human alphabet
Attributed to Lampridio Giovanardi, 1811–1878, Anthropomorphic or Posture Master Alphabet, ca. 1860
Sur la feuille de béton papier, administrée, par les grands oiseaux tristes, les marteaux de pluies en toutes saisons, les métalliques froidures qui mordent, et inscrivent la sanction sur les corps-esprits, par le temps des abîmes. Tu peux sentir monter l’affreuse identité, les réflexes de nos conditions, la noire morsure, le dressage et l’appel par ton nom de touts temps, en tous lieux.
Viens là que je te regarde ! Viens comme l’animal qui répond à son nom … Et le mal est d’avoir fait tien la sentence, la direction, le pli obscure.
La ville immense déroule ses spectacles d’infortune dans l’Hiver ;
le froid a cueilli leur halo de respiration et les souffles vagabonds tressautent et quoi ?!? Vont-ils demeurer dehors par ce froid cruel, hors de la cité ? Leurs rêves sans empires, leurs mouvements creusés par l’absence, ont fixés les habitudes de rejet ; les amas de gestes qui s’évaporent. Il faut encore remonter leurs traces vivantes dans nos machines, toutes les foules de symboles qui s’accrochent à eux et les fixent,
et le mal n’est pas hors d’elle-même ; la langue froide, opioïde, administrée ; la langue faite peuple aveugle de mots signes, schématiques, assignés à résidence, dont les aplats neutralisés ont recouverts tout essai de sortir ou de fuir, chaque timbre de leurs voix rentré bien droit, dans cet organe univoque,
régler au mieux leurs conduites, leurs pensées, par la sémio technologie ; la sémiologie complexe, technicisée ; l’arme des futurs cultivateurs qui travaillent dans les champs des signes, pour dresser des esprits animaux.
Ah ce rêve de descendre lentement, plus bas et pressentir le contact,
la peau contre peau touchée, le mélange de forces sensibles,
des espaces-temps réouverts sur l’ailleurs ; revoir la liaison des corps primitive, les yeux fermés qui rêvent intensément à l’étrange pays d’ailleurs, dans lequel, personne ne répond à son nom, rien n’est clos, joué, ni décidé, aucun temps n’est prévu pour faire quoi que ce soit, ni prévoir, ni regretter, ni refuser. Seul ce mal qui nous fait du bien est venu des forces de nuits et de fêtes.
Voir les fantômes et l’invisible, sortir des fabriques de la langue-monstrueuse, jouer seuls à seuls à l’intérieur de la danse fatale, nocturne, hypnotique, bien suivre tout contre eux, les dressages des masses idiotes par réflexes, par les conditions logiques mortes, précises et machinalement applicables, sentir dans ces chairs, la condition paradoxale de l’être parlant, écrivant, montrant sa négation infinie par les morceaux de signes. Ah ressent tu l’âme du monde qui se diffuse, s’ajoute et se complète.
Derrière les médiums qui ont fait ces doubles prisons majeures,
les intérieurs placés en trompe l’œil, les espèces de constant reflux,
leurs foules de corps emprisonnés par les âmes mécaniques,
leurs dictions alpha-terribles, très sévères et cette pulsion du ressenti, violente ; quoi pauvre dément, richard, intellect, bourgeois ; tu parles ! Monstre d’arrogance, tu parles encore et toujours à ma place ; « par une froide dissymétrie » ; et en fait « j’ai pas les mots, j’ai pas les mots !!!! » Tu parles comme si la langue m’était refusé, en définitive. Réduits au silence, les pauvres portent dans la nuit, des masques d’enfermés, leurs voix muettes résonnent dans les lumières des chants et du poème ..
MP – 13122024
