« Passe ton chemin, on les a enterrés…
Un nuage glisse sur le disque solaire.La famine est un grand édifice
qui se déplace la nuit durant.Dans la chambre, la barre obscure d’une
cage d’ascenseur s’ouvre sur les entrailles.Des fleurs dans le fossé. Fanfares et silence.
Passe ton chemin, on les a enterrés.L’argenterie survit en immenses essaims
dans les bas-fonds où l’Atlantique est d’ombre. »Tomas Tranströmer, « Silence », in « Pour les vivants et les morts : 1989 », « Baltiques : œuvres complètes : 1954-2004 », p. 326, traduit du suédois et préfacé par Jacques Outin, Le Castor Astral, 1996 et 2004.
Jacques de Gheyn II, Vanitas Still Life, 1603
Il me semblait que l’étoile chutait une dernière fois dans tes yeux,
deux fentes noires au fond desquelles, brûlait le dernier feu,
des lames de soleils rouges, or et blanches, …
Et le soir honni, tant redouté, tombe à nouveau,
regarde l’enfant qui arrive en courant, nous visitant, sans haines autour, les arts qui transforment les Golem ; la bête muette que tu deviens, avec ce visage de glaise, le regard effacé de toutes intentions, et tu me disait à l’oreille, silencieux ; « je t’ai demandé », « tu as obéis » ; « tu es l’enfant du futur, le monstre des musiques non conformes, » « chaque signe de ta présence est marqué dans ma mémoire, comme une ombre infinie que projette ma seule lumière ».
J’ai livré le monde aux autres tel que je l’ai connu,
dans les masses de digits noirs écumes, les rivières du désastre,
d’abord par le plaisir frénétique, l’appel saccadé où succombent les corps ; la frontière vivante du « je » toujours reculant dans l’espace mort et sombre, derrière la langue qu’exécutent les donneurs d’ordres et de sons, les trouées de vides absurdes qui avalent et éliminent.
Je suis l’enfant nu, le voyageur sans buts ; le coup d’arrêt,
et j’ai le poignard des textes pour mener la guerre au milieu ..
Si le froid des yeux des autres me glace et me terrifie,
il ne m’est rien d’impossible tant que tu demeures, là bas, mon amour. J’attends que la fille des tempêtes nous informe du Destin…
Et la mémoire neuve située derrière les doublures écrans,
ressemble à une zone de travail infini, de meurtre symbolique et d’édification, je suis le montreur de foires, de clowns tueurs, d’ahurissement et le maquillage rouge et brun qui me sert de face sociale, ne ressemble à rien de plaisant, d’agréable ou d’utile …
Tu vas descendre tout au fond des cavernes d’illusions, nous montrer l’horizon et je verrais dans ton regard éternel ce que tu vois, les lignes de fuites, les polices à même détruites, les brisures de verres, « à l’intérieur de cet espace rigide, se tiennent les murs néants, les corps y sont enfermés juste pour toi-même et ton langage est nié, tout ce que tu écris ne signifie rien, délire verbal, masses de signes informes, laideur lexicale et pourriture … »
Et quelque fois, me vient une grande idée ; une idée formes,
une harmonie en si majeure qui tiendra tête aux nombreux puissants,
des lignes d’accords que vont jouer aux hasards, les lecteurs et lectrices … Tu me donneras la santé du corps pour survivre encore un peu, marquer les signes dans la terre, d’empreintes de femmes sirènes, respirer l’air toxique de leur milieu, voir le ciel pesant et toucher la pluie acide, et je serais le fier enfant du démon, de la grande dépossession, la surface morte, entière, creusée de tous les signes des jeux qui se produisent sur les scènes des joueurs d’ombres et de lumières …
Ah déterminer soi-même nos futurs, se rappeler de l’existence commune. Formes et lieux, Vies et Morts, Temps et mouvements.
Quand je sort de ton lourd sommeil, courant par les rues froides,
revêtu de la cape du dément, les yeux fixes sans accroches,
j’emporte toujours avec moi le cahier d’espérance, l’axiome des fous,
répondant à l’appel de l’Esprit sauvage ; ce danger qui te frôle passé minuit, aux grandes ailes de papier nacres et vertes, identifiant nos attentes ;
je te demande pardon pour le poing levé, une seule fois,
les rencontres impossibles, le « Nous » retiré, tandis que rien encore n’existe … Maintenant, regarde, écoute et vois ; le travail accompli sous les fers, les grandes bâtisses de lumières, l’arc en ciel musical, les rêves des vivants, tous les mots signes qui se tiennent alignés comme des promesses de vies … J’attends que le passé revienne, m’emporte, pour percer l’armure du Temps, redevenir tien, que notre Temps soit le Temps de tous.
MP – 06062025
