« Tropiques de feu : d’abord mer ; de mer, la moitié terre, et la moitié, vent qui brûle ; mer s’épanche d’un bout à l’autre, et elle trouve sa mesure suivant la même raison qui était d’abord. »
Héraclite, « Héraclite ou la séparation», Jean Bollack et Heinz Wismann, p.134, Les Éditions de Minuit, 1972.
Les morts-éveillés, ceux qui voient en dormant,
la demeure qu’est l’Esprit brûlante au fond de minuit,
L’outre gonflée d’eaux, de ridicules et d’étroites pensées,
et le songe infini déformant les poussières tombées du ciel,
il est froid et humide, chaud et doux de toucher le corps de vie,
Par la conversion des contraires et l’éclat lumineux des ténèbres,
la coalescence des flammes aux rayons rouges et or,
et le froid des eaux gisantes, quand tu retires ton visage,
des reflets d’eaux noires et fortes, de l’alcool doux et réchauffant,
les yeux a demi-fermés ont vus toutes les terres de l’abandon,
Dans ce pays étrange par lequel voyagent les âmes dansantes,
qui s’allument et s’éteignent comme des torches,
à la mesure d’un contre-temps, jour et nuit, bercées d’orages.
Séparer le nœud qui noue le fil des lieux vivants et morts,
la tâche rouge dans l’obscurité lointaine, luit dans les mers,
De l’espace brisé en arc tendu, un demi-cercle d’or et de sang,
et la boue dans les organes qui fige la circulation des eaux,
les vivants vont et viennent et demeurent par contrastes,
Quand le froid de la mer humide et sale les engloutit,
Par l’espérance devant le dieu, son oracle dit leurs étranges destins.
Ses miettes de lumière qui fuient du grand soleil,
ont éclairées, en bouquet d’étincelles, la profonde nuit des immortelles,
et leurs âmes humaines se vêtissent de peaux faites d’or et de sons,
leur beauté éclatante, remplie d’eaux pures,
foudroie le regard et excite la vision d’un monde parfait,
Et s’allumant et s’éteignant en toutes choses,
le feu vibre dans les regards, dirige les gestes, fait renaître le ciel,
La combustion des forces rapproche la mer de la terre,
dans un souffle ultime et nouveau à chaque fois,
tandis que surviennent les rêves, les sculpteurs de nuit,
Souffle premier et dernier, ô instant des flammes,
qu’exhalent les puissances de l’air et du feu,
Jamais elles ne voyagent sans la vie tout autour,
le souffle vivant, quand la pierre du collier brisée sur l’oracle,
chute en milles morceaux fins, au pied des murs de la cité,
Acropole où morts et vivants se mélangent, dans l’éclipse légère,
Formes d’ici bas et guerres d’au delà se rassemblent et séparent,
les hommes et les enfants, des plus jeunes au plus vieux,
Il reste le corps divin, unique, adoré, dont les formes se flairent, se goûtent,
l’odeur de la lumière, et les caresses de la vie toute entière.
MP – 23072023
