« Qu’il y ait tant de gens qui recherchent la vérité sans la trouver réside sûrement en ceci que les chemins vers elle, comme ceux des steppes de Noga qui vont d’un lieu à un autre, sont aussi larges qu’ils sont longs. Comme sur la mer. »
Georg Christoph Lichtenberg, « Le miroir de l’âme », [L539}, p.542, Traduit de l’allemand et préfacé par Charles Le Blanc, José Corti, 1997.
Quelle est cette impression froide, colorée et vivante, l’intensité de ce cri,
qui remonte depuis les visages des clowns,
l’aplat et la musique terribles, drôles, uniques ; la vie hors du monde présent, les rituels débiles, inopportuns, les dessins projetés dans ta mémoire,
l’exécution sociale des gestes multiples, sans accords immédiats,
la même intuition, la même situation de ce qui arrive en propre,
les jeux naturellement ; le clown montre les directions, il fulmine,
il est figure du diable, face des faux-dieux, du rire et du désir,
il emmène l’espace et le temps plus loin, hors de nous,
le clown est l’agent de la dispersion, de la faute de justification,
Il danse dans le cirque bigarré des absences, des restes,
son corps est une partition légère liée à la musique folle,
chaque recoin est un abri pour se tordre de rire et oublier,
et ses mouvements cassent et détruisent l’imposant relief,
des alphabétiques terreurs, des procédures de la morne inertie,
l’invention du malheur moral, la manière de tout codifier par des lettres,
le style d’exécution et le calibrage des forces spontanées,
le renvoi vers la vie diminuée, cerclée, souffrante ..
Il joue, rameute, emmène, fait croire aux foules amies,
les sens de l’action, du désir et de l’espérance,
Il ouvre des brèches, en mimant le poids du sérieux,
la composite des morts, des enfances et des vivants,
son rire va à tout vent, dispersé, sans règles rigides,
il emmène les vents de la révolte et de la voix libre,
Il faut voir le petit cirque pour lequel vivent les clowns,
toujours attentifs aux numéros, à la performance,
les clowns sont des bêtes de foires, des amis sans pareils, sans égal,
Et leurs gestes sont frappants, inappropriés, légers, sans filtres,
le mouvement de leurs pensées est sans but, sans remords, sans attaches,
la terreur ou la surprise qu’ils inspirent ressemblent aux jeux d’enfants,
l’innocence des enfants bien sûr, mais aussi la jeunesse du monde,
du ciel et de l’ailleurs, des scènes de l’incroyable audace,
la beauté de leurs pensées neuves, prises au milieu des monstres,
les dresseurs de torts, les meutes fabriquées, la moraline grégaire,
les médias travaillant à la commande, les expressions empêchées,
Cavalcades, numéros, danses et rires se succèdent sur les scènes,
de ce monde administré, à la pesanteur énorme, grave et triste ..
Ah les joyeuses compagnies, qui traversent les illusions, les vouloirs-puissance, et qui détruisent l’égodrame de chacun.e par le jeu, l’ironie et la danse …
Ah qu’ils soient félicités, toujours, ces clowns-créateurs de joies et d’espérances …
Ces montreurs d’espoirs, travaillant en « Absurdie » ; les sculpteurs de multiples futurs …
Tous ces gestes qu’ils exécutent en lisant la partition du silence, de l’amitié et de la guerre , sont des gestes gracieux et divins qui permettent la vie à tout moment, la légèreté, l’évidence et la puissance de la vie.
MP – 19072024
