L’effet d’une augmentation majeure des températures, l’augmentation drastique des épisodes caniculaires et l’effondrement de la biodiversité comme l’acidification des océans et la production de GES (Gaz à Effet de Serre) montrent avec l’implacable expérience vécue de la transformation climatique – sociale et environnementale -, les impasses complexes et multiples vers lesquels conduisent les hyper-capitalismes extractivistes et prédateurs [où forcent violemment à s’y conduire dans une automaticité sidérante en régimes autoritaires ou dans les nouveaux totalitarismes] pour détruire, enfermer ou décomposer nos sociétés humaines traditionnelles. L’importance de cette nécessité de l’autodestruction sociale, humaine, vivante, forte et puissante et creusée au cœur des logiques d’expansion de l’hyper-capitalisme de prédation et du capitalisme fossile peut tenir à la norme générale du capitalisme « la recherche du profit maximal » en dépit du bon sens et de la préservation des milieux de vies et des sociétés humaines. Insister sur le moteur du capitalisme autoritaire comme spectre figure d’une certaine direction technologique et culturelle impulsée par des fortunes mises au service de politiques de destruction du vivant, c’est revenir aussi sur les programmes d’extrême droite dont les principaux marqueurs vont à l’inverse du chemin de l’histoire naturelle de la planète Terre ; chercher encore du pétrole et du gaz, augmenter le nombre de sites de forages, exploiter la ressource en eau pour des usages artificiels, (Industrie, data-center, agro-business ..) augmenter les naissances sans s’interroger sur les conditions mêmes de l’existence humaine (le fameux et triste vocabulaire de « réarmement démographique »), ou bien favoriser un certain ordre naturel venu de Dieu ; défendre violemment une norme de l’hétérosexualité, promouvoir le patriarcat dominateur, la pénalisation de l’homosexualité et l’éducation par dressage aux valeurs virilisantes (égo, compétition, jeux de pouvoirs, rapports de forces …)
Ici, le nœud de la critique philosophique, politique et culturelle des programmes de défense de l’expansionnisme capitaliste ou nationaliste doit relier ensemble avec constance, détermination et sérieux, la question sociale-symbolique et la question écologique ; construire et favoriser une culture de la sobriété dés le plus jeune âge, cela signifie transformer en profondeur les systèmes normatifs et les systèmes sociaux-éducatifs de masse ainsi que les socles de valeurs hérités d’une expérience du vieux monde – un passé industriel qui ne contacte plus aucun échos pertinents au présent – maintenant totalement dépassé par les urgences présentes et les catastrophes possibles, présentes et futurs. Agir collectivement à l’intérieur d’un vieux monde dont le sens interne est l’exploitation de la force de travail, le mur d’indifférence(s) vis à vis de la pauvreté et des migrations climatiques et la protection des puissances financières, c’est commencer par montrer – par tous les moyens possibles – la logique d’autodestruction de la vie sur Terre portée par l’hyper-capitalisme de prédation et le capitalisme fossile. En ce sens, lutter contre le nécro capital revient à accélérer les voies de sortie des énergies fossiles, promouvoir les mix décarbonés partout (ENR, Nucléaire …), promouvoir du travail et des modes de vies plus respectueux des vivants, favoriser des habitats adaptés – les solutions à la transition sont connues mais leurs mises en application butent contre l’inertie puissante et la résistance du système de contrôle par l’exploitation des inégalités économiques et sociales et la conservation du pouvoir dans les Empires par une super oligarchie dirigeante.
Une réflexion philosophique sérieuse sur les effets bloquants de cette inertie, (un vieux monde économique de par ses fonctionnements mêmes et sa logique de constitution interne – ou d’autonomisation déraisonnable – engendre la mort par sa séparation artificielle du vivant et de la socialité du monde – ici le travail de Karl Polanyi apporte une grande clarification notamment la notion de désencastrement et d’autonomie de la sphère économique vis à vis de la société – « La Grande Transformation : Aux origines politiques et économiques de notre temps » [1944])) peut entraîner d’abord une attention précise portée à trois niveaux de sortie du régime d’hyper-capitalisme, de capitalisme autoritaire ou d’anarcho-capitalisme vers lesquels nous entraînent le techno-fascisme culturel de masse ; (1) l’expérience vécue et sensible des groupes vivants (humains, animaux, forêts, océans, montagnes, ciels ou déserts …) et leurs traductions culturelles, populaires et symboliques, [combien de films catastrophes abordent ils – sérieusement et non pas sous la forme d’un blockbuster hyper musclé – la question de la transformation énergétique ou les grands désastres climatiques sur la planète Terre? ] (2) la décorrélation du salaire, du mérite et de l’emploi économique reliés au travail productif avec l’instauration d’un revenu universel d’existence de base, présenté ou motivé par la question du respect environnemental [comment mobiliser réellement des humain.es pour participer et accomplir les chantiers titanesques que demandent la transition climatique ?] (3) défendre la société démocratique et les principes de coopération sociale-symbolique par la défense du vrai, du juste, du beau et du bien comme « tension éthique vers » des indéfinissables purs et un horizon de pratiques liées [combien de tyrans et de petits oligarques se présentent sous l’aune d’une vérité naturellement indépassable – un ordre de choses à conserver – pour laquelle les masses de vivants devraient obéir sans résister, sans revendiquer ?]
Les guerres d’expansion nationalistes menées en périphéries des Empires et l’espèce de scandaleuse habitude du spectateur mutique pris dans une certaine Médiacratie participent dans les sociétés de contrôle à haute intensité (en Chine ou en Russie par exemple, par certaines lignes de transformation de l’opinion publique dans les États-Unis de Donald Trump) à ce fameux mur d’indifférences, fabriqué par l’espèce d’assurance implicite et collective de ne jamais éprouver un contact direct avec les souffrances climatiques ; refouler cette détresse loin de ma famille, refuser les réfugiés climatiques, renforcer nos frontières (par des HUB européens par exemple) et rester bien protéger dans mon cocon numérique (par l’attention et l’empathie cannibalisée par le smartphone et l’ordinateur personnel), « je « demande aux médias de me raconter une autre histoire du monde vivant, « moi » seul sait avec d’autres que la vie que je mène est une bonne vie, loué par le seigneur, dieu le père ou mon fétiche personnel. L’éclatement en communautés ou groupes sociaux fermés des sociétés humaines est là aussi une dynamique de destruction possible de la vie sur terre avec tentation de l’archipel ou des territoires gouvernés par la Tech et la puissance oligarque. Mais c’est l’économie politique en régime hyper-capitaliste qui doit diriger la décision sociale et politique eu égard à l’application stricte et violente de cette norme – l’enrichissement maximal et la défense des intérêts privés. « On » présente – un fait du prince – comme nécessaire des dynamiques de groupes et des motivations ou des raisons d’agir individuels qui heurtent frontalement la direction que prend l’état du monde et les transformation climatiques.
Sortir du programme écocidaire, revenir à la sobriété et aux attachements ordinaires qui font une vie heureuse, c’est donc en venir au cœur de la machinerie capitaliste, non pas seulement (1) la marchandisation du monde comme forme spectrale ou fétiche des objets consommables, mais plus profondément, (2) les différentes manières dont on motive des individus pour travailler et gagner leurs propres vies « à la sueur de son front » – l’espace des raisons d’agir formé en écologue et en ergologue – dans une analyse des activités humaines disparates, reliées enfin aux besoins écologiques réels de la Terre – c’est à dire (2.1) promouvoir énormément de métiers manuels utiles à cette transition et à l’horizon de pratiques responsables – (3) promouvoir les manières politiques, sociales et culturelles (hors du virilisme, de la haine de l’étranger et de la trad-wife) dont les salaires ou les rémunérations de la quantité de travail investit dans les situations de travail ne seront plus que des appoints possibles par rapport à un revenu universel dit d’existence (avant de disparaître tout à fait sous la forme « argent », c’est là un des enjeux des sociétés coopératives futures en 2050). Ici, il s’agit aussi d’une ambition philosophique et économique forte en direction des situations de jeux coopératifs d’acteurs/actrices orientées vers des activités qui favorisent le respect du vivant directement et non sous la forme d’un « green washing » ou du capitalisme vert, trompeur, vain et superficiel. Les freins idéologiques, technologiques et culturels sont nombreux – pas insurmontables tant la gravité de la transformation climatique et énergétique est là par angoisses, savoirs et expériences – et la lutte contre le négationnisme climatique doit s’intensifier en compléments d’une réflexion profonde menée sur les mobilisations collectives, présentes et futures – les moyens, les formes et les techniques de ces mobilisations en faveur de la vie – toutes ces interactions humaines, machines et vivantes qui vont atténuer le changement climatique et permettre de stabiliser la vie sur Terre.
Fragments d’un monde détruit – 211
