Violences de l’Inerte

Les duretés d’adaptation des milieux sociaux symboliques et culturels aux contraintes et aux opportunités imposées par la transformation globale et locale des climats et des interactions avec nos milieux vivants sous les effets massifs, réels et décisifs de l’anthropocène soulignent la forte inertie des modèles sociaux économiques tels qu’il sont conçus pour absorber les chocs des contrastes et des vides entre les populations et individus humains et les systèmes de préservation des vies dans la société humaine (transports, systèmes hydriques, systèmes de santé, chaînes du froid, alimentation et distribution, systèmes énergétiques, réseaux d’acteurs sociaux culturels, médias et formes médiatiques symboliques, Institutions et gouvernements …). La conception complexe d’un modèle économique prévoit l’exploitation d’un raisonnement probabiliste et d’assurance garantissant son exploitation dans une durée quasi infinie par les écosystèmes sociaux cognitifs de masse tout en proposant de définir en amont des logiques d’intentionnalité constructivistes et fermée et des profilages de comportements sociaux humains – acteurs quasi rationnels ou libertés de choix motivés – comme cela se fait couramment en économie politique. Un des résultats d’une application non pragmatique des modélisations de forces sociales et de pouvoir d’interactions économique est de centrer les réponses des Institutions sur des circuits de décisions « abstraites » et intellectualistes programmées par les modèles de mesure et de prévention des risques, eux-mêmes construit à l’intérieur d’une vie économique personnelle aliénée aux exigences de rentabilités des acteurs du capitalisme fossile.

Or, et c’est là le cœur de la transformation pragmatique des vivants et de la société humaine et d’une politique de transformation sociétale et humaine possible en 2026-2050, la pression du système climatique mondiale et ses effets dramatiques liés (méga feux, températures extrêmes, territoires morts ou inhabitables, érosion des terres, propagation de virus, perte de biodiversité ..) montrent les limites d’un système économique vieux de 200 ans – la société anonyme, le capitalisme agraire puis industriel, financier et fossile, qui s’est adapté à la révolution industrielle et numérique et qui a, avec toutes les forces d’imposition de règles de conduites et de légalités dans les cadres de contrats et de conventions de droit, adapté un certain type de travail à toute la dimension humaine de la vie  ; performances sur chaînes de fabrication de produits finaux, performances sur des projets économiques embarquant des charges cognitives, symboliques et affectives très fortes, enfin performance globale de la vie redessinée autour du travail devenu central comme lieu de socialisation et moyen d’émancipation individuelle et familiale. Cette pression écologique, énergétique et vivante si elle paraît nouvelle affronte ainsi des forces d’inertie considérablement puissantes (foyer économique, capitalisme financier, oligarchie, élites technologique produisant des IAGR (Intelligences Artificielles Génératives dîtes de Régulation comme technique d’exploitation des signes de l’humain, ruse de la puissance des marchés sémiotiques [production des sémioses de la crainte et de la haine] et de mises en conformités violentes des réponses humaines …) dans une perspective de bifurcation claire devenue presque évidente pour les hommes et les femmes de bonne volonté, par la force de résistance du réel ; une transformation des frontières de l’humain et de ses impacts naturels, de ses cultures humaines et des milieux vivants qui permettent la vie sur Terre (l’expression de la vie pour les êtres humains).

Si la violence de l’Inerte qualifie ce drame existentiel et presque métaphysique, d’un certain système économique, (capitaliste ou autres, peu importe le nécro-système à l’œuvre et qui dévaste les vies sur Terre, les animaux, les végétaux, les montagnes et les océans …), il doit qualifier aussi les résistances fortes aux changements dés lors que ces changements sociaux-culturels et économiques affrontent enfin la réalité du climat – comme super effacement d’une croissance irrationnelle et démesurée par rapports aux différentes limites planétaires – franchies une à une – et qu’endurent les sociétés humaines et les sociétés de vivants contre elles-mêmes ; la peur est ici essentielle, la peur comme émotion primale et carburant des producteurs de morts, la peur de perdre ses anciennes modalités de vivre et de mourir, la peur de vivre des temps nouveaux incroyablement différents. Cette émotion centrale pour la conservation du pouvoir d’automatisation du repli égoïste sur soi (protection de sa famille, de sa religion, effort au travail et mérite, prix de sa seule existence, rachat de son âme morte …) et de nécro-systèmes de production à partir de ressources pillées en grandes organisations mondiales de tri complexes (pétrole, gaz, charbon, lithium, métaux rares, eaux …) en renforçant les passions tristes de l’humain, remet à plus tard les actions de transformation des sociétés et de l’Esprit humain repris, retraduit dans la modification écologique globale. Si l’analyse des dynamiques d’enfermement des êtres humains par un certain système économique purement idéologique et totalement hors sol par rapport aux urgences climatiques doit se mener jusqu’à la disparation du système lui même, il est sage de recommander la poursuite de la vie sur Terre dans des conditions d’exploitation de forces naturelles retraduites dans les véritables limites des capacités naturelles d’ouverture et de fermeture de la vie humaine.

Les différentes violences de l’Inerte si diverses en philosophie sociale – et souvent comme critique frontale d’une certaine économie politique néo-libérale ; l’acteur responsable ultime de ses choix sur un marché à conditions d’effectuation de transaction optimales et égales pour tous, les externalités négatives non gérées directement par l’entreprise, les solutions d’assurances et de banques optimisées grâce aux droits inscrits comme codifications juridiques du capital, l’actionnariat et le bénéfice net après des jeux de transactions complexes sur des marchés d’actifs ; la financiarisation globale de l’économie et les valeurs d’échanges abstraites qui ponctionnent l’effort démentiel du travail, la perte du sens et les souffrances des corps au travail ; il y aurait tout un livre collectif à créer sur cette violence dramatique qui empêche la transformation sociétale et économique et l’unité des vivants faces aux plus grands défis de l’humanité. L’inerte et l’abstrait – comme toutes les explications fétiches – fonctionnent comme deux images aux reflets lointains d’une exploitation du corps et de l’âme, le corps des travailleurs et travailleuses, leurs âmes blessées par une incroyable captation des forces organisée par l’industrie du numérique (smartphone, tablettes ou écrans-ordinateurs comme vol lucratif de l’expérience vécue par l’individu …), leurs incapacités expressives comme forme de maîtrise de leurs possibles revendications de masse ; ici tout autour de nous comme fin de la démocratie sociale ; la société de contrôle à haute intensité fonctionne déjà dans certains territoires, comme forme sociale et symbolique organisée pour préserver la vie des élites techno-oligarques et envoyer les pauvres et les faibles vers une destruction logique et naturelle (maladies, faims, soifs, sécheresses ou abandon social et culturel …)

L’Ego-cognition ; la forme spectrale de l’hédonisme vulgaire et l’ultime défiguration de l’humain – issues de la nouvelle économie technologique (IAGR, Datas-center ; l’espèce d’inconscience écologique lâche et imbécile …) qui détruit tout sur ses passages sinistres et cyniques ; là où le consommateur seul et toujours fiable est enfermé dans sa prison virtuelle ; il paye du divertissement de grande qualité, il ne pense pas à la puissance de la transformation climatique car le mur des écrans en tant que murs d’indifférences organisées sciemment par les politiques d’extrême droite et le techno-fascisme culturel qui arrivent ; ce mur là – un contre sens éthique – ce mur de divertissements obèses, de « gamification » débile de processus de travail ou de calcul de ses performances privées ..) provoque un détournement massif des attentions humaines et prévient le confort des oligarchies et de l’Empire économique contre les dynamiques de la transformation écologique. La conscience écologique planétaire, si elle est de plus en plus massive, diffusée rapidement par l’Internet, par des Institutions sérieuses et des associations et des ONG, ne peut pas ne pas faire sortir les sociétés humaines de leurs mouvements d’inertie par rapport à un développement industriel et numérique déjà ancien et complètement inadapté aux multiples crises écologiques urgentissimes que nous vivons. Ici l’espérance est l’émotion des futures sociétés vivantes ; les assemblées des mondes de la vie pour les femmes, les enfants et les hommes qui reçoivent un revenu universel d’existence et travaillent et s’activent pour les seuls projets d’atténuation et d’adaptation des sociétés (diminuer l’empreinte carbone, maintenir des bâtiments fonctionnels, travailler de manière sensée et raisonnable la terre, vivre avec les animaux, construire la sobriété énergétique, élaborer des liens sociaux utiles aux hommes, aux femmes et à la planète Terre, unique, incommensurable dans cette pluralité d’interactions démocratiques, sociales, symboliques, adaptatives et justes ou bien mesurées aux forces de régénération des vivants, respecter les promesses primordiales du contact avec la vie que nous éprouvions alors que nous étions encore enfants …)

Fragments d’un monde détruit – 213

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