Fugues assassines

« Things come wrapped up in time
Like the past in a present
Or the perfect line in a song

They take their time
And when they’re gone
They take their time with them

And you can’t have them back
Because the time for them has gone
And their time has gone with them

The time for them has gone

There’s an echo of them
An echo of the time they were wrapped in
Sweet or bitter in the memory
But an echo is all, all I can reach now

An echo of you
An echo of you
An echo of you in your time

Still echoing
Like a star in the sky
Like a star in the sky above me

And the story of its life
Told backwards down this rod of light
But at its beginning
Long extinct. »

Marillion, « Wrapped up un time » in « Less is more », Intact Records, 2009.

Scene from Macbeth, Henry Fuseli, 1785

Il faut aller contre soi, claudiquer par les rythmes affreux,
voir les bouches pleines de gelées de mots, sanglantes,
leurs cervelles qui tressautent dans leurs cages dorées,
voir au fond de leurs yeux vitreux, la morne suffisance,
et découvrir les gestes venus du fin fond des troubles,
l’espèce de niaiserie qui remonte de leurs nervosités,
les archétypes de la terreur, de la frustration et du rejet,
le regard vain du spectateur ultime, le connecté qui jouit de soi même,
et dans cette épreuve martiale, frôler l’envie de meurtre, d’assassinat,
la naissance des haines omniscientes, par leurs instincts de protection … Pardonne moi mon dieu, ce désir d’oubli, d’effacement,
la vision des jeunes pantins qui claquent leurs dents pourris,
et découpent l’espace digital et publique en tribunes de haines et de bêtises.

Et savoir que tu n’es plus là, que tu restes le reflet de l’étoile,
pour aider à voir, favoriser les mouvements et résister aux profonds abîmes ; ton temps disparu au fond des grands cimetières des idées.
La forêt des sons et des signes, l’espérance chevillée au corps,
cet espace-temps ravagé par les flammes et l’ordre noir,
la culture mise à sac, l’allégeance aux puissances axiales,
l’axe de l’ordre sexuel, de l’autorité capital et du travail …
Te faire renaître dans les signes et les sangs des poèmes,
faire ce voyage dans le temps, pratiquer les langues du pouvoir.
Qu’arrive t-il à l’histoire qui se répète, à l’oubli impossible,
à la dérisoire existence humaine, futile ou accessoire,
quand la solitude grandit à la faveur des spectres,
le spectateur mutique au loin regarde défiler les armées.

Je ne peux m’empêcher d’attraper l’air funèbre de ce temps,
au vol des nuées de merles moqueurs, sarcastiques et persifleurs,
l’arrogance affreuse de ces jeunes hommes sinistrés,
ceux dont les intérieurs traînent dans les poubelles du racisme,
des réseaux du fort masculin et d’une narcisse indifférence,
la fleur du poison, du média et de la sédition intérieure …
Ah ce temps des fascistes revient, mon amour, mon dieu,
les jeunots à peine nés, roulant des mécaniques froides et cruelles,
l’allure fière, ramassée dans des figures stéréotypes,
qui se moquent des pauvres faibles, nombreux et vicieux,
le sarcasme sur leurs lèvres est un fiel doucereux, une langue écœurante ; comme un vieil alcool distillé à nouveau dans leurs veillées festives. Ils prient des dieux qui n’existent pas, des saintes xénophobies.

Il y a des lieux ici, maintenant, séparés, des îlots de violence nationale, les cheveux courts et ras, le verbe empoisonné par le dressage, la troupe qui marche au pas, la cadence de l’esprit sans fenêtres, les langages matrices du maître et des esclaves innombrables, servir et obéir au chef commandant, se faire recommander à tout prix, faire des ratonnades, des maraudes, veiller à la sécurité publique et privée, garantir la liberté des loups ; la chasse aux pauvres et aux malades … Vivre entre-soi séparé du monde vivant et des futurs possibles ; que tout redevienne ainsi, comme dans l’âge d’or – Famille, Tradition, Patrie, Travail, Identité et Nation …
Les rêves des masses seront produits à la chaîne des langages inertes,
par les artificiers du néant, de la technique et de la conformité,
dans l’exploitation des pulsions et des rares densités …

L’affreuse inscription sur leur faux visage, l’alerte sensible,
ne viens pas nous dire ce qui est ou peut être, devenir, exister,
car plus rien n’existe pour eux que l’absolu programme,
les programmes des indifférences, des sélections des forts, des mâles uniques, et des femmes remises aux services des intérêts du pouvoir,
et le voyage organisé pour les enfers, la terreur biopolitique,
l’erreur d’exister, la négation d’espérer et de croire les possibles,
l’enfant est élevé seul dans le respect absolu de l’autorité,
il doit montrer l’exemple toujours d’une sainte éducation,
faire preuve tous les jours d’une même appétence pour l’ordre,
le commandement zélé, l’autorité centrale, la neutralité affreuse du regard, qui part du sexe-blessure, de l’Ego-drame, jusqu’aux ciels des enfers et des paradis, tout contre le temps des assassins, des traîtres, des désertions …

MP – 18102025

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