Du nouvel inquisiteur

Dans les formes communicantes hybrides contemporaines faites d’une technologie réticulaire type réseaux asociaux, de langages artificiels, de médias interpersonnels de contact (smartphone), et de « show runner » organisés par des groupes médias monopolistiques – le modèle télé-réalité et la compétition organisée d’Ego -, l’effet de focus de masse d’une « Ur camera » – l’œil cyclopéen ou le planétarium des enfers ; la forme de verre oblongue d’une omniprésence originelle de la dyade dominant/dominé – comprends l’excitation sensorielle et égotique de participer au cœur des événements potentiellement exploitables à l’audimat et à la force de production de l’argent de la puissance capitalistique. En faire partie, acquérir un peu de pouvoir vital, comme se voir jouer un faux destin dans le « décorum médiatique » du spectacle intégré dans chaque produit, langage, symbole, attitude, mise en scène et interview complexe ; c’est en même temps confier ses capacités d’expression propre, quand elles existent, à la Médiacratie et aux langages totalitaires. La puissance de détection du non conforme, le lissage des différences subjectives, la destruction de l’exception au programme, comme la promotion des individualités fortes, spectaculaires, originales, et surtout bien ajustées aux pseudos normes de fabrication du spectacle fascisant comme aux valeurs de la compétition capitaliste, sont des armes de guerre de la Médiacratie. Pendant que le langage de l’Automate nouvellement commercialisé et diffusé à l’échelle du monde |l’agent conversationnel Chat GPT est lancé dans sa version gratuite en novembre 2022] a pour conséquence, l’imposition d’une potentielle forme automatique d’expressions orientée vers la délégation aux machines de nos capacités de représentation et d’imagination.

L’espèce d’importance du petit Ego drame joué par l’émission télévisuelle est le levier d’adhésion de masse qui va permettre le maintien de l’audience et la spectacularisation des forces d’engagement de l’individu dans le spectacle asocial, pleinement intégré à la production des formes symboliques et culturelles. Ici l’ « a-socialisation » est un phénomène sociologique et philosophique important en tant que la forme égotique d’engagement dans le réseau numérique – c’est à dire la « forme égoïste de participation » – combinée à la délégation aux capacités de représentation et d’expression des machines de ce qui est un monde pour nous-mêmes produisent un système d’enfermement symbolique complexe de l’individu, en même temps qu’une transparence forcée ou une fouille des vestiges de l’intérieur de cet individu. Le lien social percuté par le spectacle intégré, se transforme en ruine de la représentation de soi-même, passé honni, refusé par le spectaculaire médiatique, devenu inutile ou encombrant pour les machines de tri capitalistes. Devenu globalement et massivement le vestige d’un ancien monde où la vie ordinaire et la réalité sociale avaient encore du sens, le lien social doit être éliminé le plus possible pour permettre l’attachement égotique et affectif pur de l’unité individu aux différents dispositifs psycho-technologiques du médium. L’implication psychologique dans le média aboutit à ce paradoxe qui consiste à voir en même temps l’exigence absolue de communiquer avec passion et grands affects négatifs, son intimité la plus profonde, pendant que sa propre expression de soi-même est investit d’une force de représentation aliénation nouvelle venue du média (le « Tautisme » est ici le mot concept ou le mot valise qui convient à cette confusion des deux registres, de la représentation du réel et de l’expression du réel ; Lucien Sfez, « Critique de la communication », 1988. Les hommes preuves répètent sans cesse dans une boucle qui se se veut infinie, le format du langage machine).

L’effet de surveillance et de mise au format, maximale de l’expression humaine à l’intérieur des espaces temps réticulaires par des bio stratégies de maintien de la capture économique de l’attention et de la sensibilité personnelle des citoyen.es (surveiller ses « followers », ses abonnées, manager et monétiser son influence sociale, fabriquer du contenu exploitable, suivre au plus près les courbes d’audience tous les jours, pratiquer le chantage, la violence interpersonnelle et l’extorsion d’intimité …) du citoyen connecté et de l’influenceur, réponde toujours à une exploitation de la force de travail et de l’activité exposées du citoyen téléspectateur, au travers d’une technique de mise en conformité de ses propres réponses remises au diapason des réponses du groupe filmées par un dispositif technique et symbolique du réseau. La machine de guerre médiatique est ainsi construite autour d’une violence primitive qui est l’œil cyclope et cruel de la caméra qui virtualise et traduit en d’immenses réseaux technologiques, la puissance du groupe Média et des pouvoirs économiques et politiques associés. L’installation de l’idéologie de la transparence de la Médiacratie correspond exactement à « ce voir au travers des corps et des esprits » qui écrase l’intériorité possible des citoyen.nes des États encore existants, au bénéfice d’une forme communicante asociale, toujours adaptée à l’exploitation capitalistique des traces, des relations et des preuves de l’allégeance globale à un système capitaliste de production de la richesse symbolique et matérielle, puisée dans l’individu fatigué par l’exploitation permanente de ses capacités (cognitives, affectives ou expressives).

Réseaux et atomisation font partie des conséquences politiques majeures d’une diffusion maximale et complexe des outils numériques d’intermédiation de l’individu et de la réalité du monde (ordinateurs personnels, smartphones comme outil d’enfermement premier car massivement utilisé pris dans des écosystèmes numériques adaptés à la jouissance égotique, lunettes connectées, enceintes, tablettes, et tout l’internet objet commercialisé, « dégradé » par le commerce et la monétisation ..). L’atrophie du sens social de participation et d’engagement dans la société humaine va de concert avec l’atomisation complexe de toutes les sociétés branchées, en îlots d’intercommunication artificielles, dans lesquelles les individus et leurs intérêts devenus des marchandises potentielles, des cibles de campagnes de publicités et de marketing viral, se transforment en petit délégué d’un psycho-pouvoir appliquant les politiques des géants de la technologie numérique (GAFAM, États totalitaires, groupes médias monopolistiques …). Le mouvement d’intégration forte vers l’autocratie médiumnique et l’écologie de l’esprit fasciste traditionnelle et réadaptable est ainsi devenu un mouvement idéologique important en ce premier tiers du XXI siècle ; mouvement qui peut rendre compte de ce nouvel âge de l’inquisition dont les principaux maîtres oligarques font de la surveillance maximale des citoyens et de cette transaction capitaliste par les techniques de transparence à soi, un modèle d’exploitation de la force de travail et de domination dans les psychés individuels et les corps humains, toujours au plus prés de l’Ego-drame ; du théâtre intérieur où se mélangent les affects, les idées, les impressions du monde extérieur.

Les langages de l’Automate (textes, sons, images, codes, vidéos) dans les grands LLM comme langages tautistes d’une fausse interaction (personne / machine / personne), participent pleinement à ce phénomène de l’a-socialisation de l’individu ou du défaire de la société humaine sous l’effet massif des réseaux numériques et de la virtualisation du réel ; ceci par déliaisons progressives, replis sur un chacun pour soi égoïste, détricotage des liens sociaux traditionnels, affaiblissement des institutions et des contre-pouvoirs comme ensembles de réponses organisées (Entreprises, Universités, Associations, Régions, Villes, ONG …), promotion de l’individu comme petit maître, possesseur ultime de la capacité financière virtuelle, unique marchandise et violence égotique exploitables sur des marchés. Dans la forme communicante contemporaine, l’Automate accomplit l’exploit de transformer les matériaux symboliques ; textuels, visuels, sonores, informatiques, en produits de communication cibles qui potentiellement peuvent « normaliser l’intégration forte, verticale » par les pouvoirs du monde GAFAM et États totalitaires, des différents mondes de la communication traditionnelle, dans un capitalisme sémiolinguistique.

Nouveau phénomène du masquage idéologique et de l’incarnation de la puissance économique qui exploite en la minorant tous les projets politiques d’associations des humain.es, le capitalisme linguistique est en même temps un potentiel capitalisme ego cognitif dont le but est de conformer, mettre au format exploitable l’individu et défaire toutes les forces politiques résistantes aux trajectoires mortifères du monde capitaliste. Ce nouvel inquisiteur contemporain – le langage de la puissance automatique – travaille à l’intérieur des mémoires historiques, des sentiments démocratiques et des passions humaines pour la liberté ou la justice, par une expérience typique de conformation qui est l’expérience d’enfermement brute qu’il est possible d’analyser en qualité de phénomène d’a-socialisation issu de l’expérience des contacts réseaux. Les trans-activités (personnes / machines / personnes) passées ici avec un LLM après de multiples requêtes prompts se résument sans réflexions sur les usages sociaux politiques de ces outils IAG à une auto conformité par la répétition en continue, une bulle de réponses alignées et adaptées, grammaticalement structurées et identiques parfaitement à son souhait ; une mise au compact esthétique et visant le remplacement potentiel de tâches cognitives automatisables. Le nouvel inquisiteur veut la domination capitalistique de toutes les forces de travail, de toutes les formes de raisonnement originales, de toutes expressions sociales et artistiques, de toutes réactions émotionnelles et affectives, capitalisables sur l’Internet : machines et humain.es doivent s’adapter et le corps et l’esprit « performer » une forme communicante adaptée tout au long de leurs vies biologiques et sociales symboliques, aux programmes du capitalisme fossile et cognitif.

Fragments d’un monde détruit – 184

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