« Va pensée, tant qu’un mot clair, prêt au vol
est ton aile, te soulève et va là
où les métaux légers se bercent,
où l’air est tranchant
dans un nouvel entendement,
où les armes parlent
de façon univoque.
Là combats pour nous !
La vague souleva un bois flotté et sombre.
La fièvre t’attira à elle, te laisse tomber.
La foi n’a déplacé qu’une montagne.Laisse en place ce qui est en place, va, pensée !,
pénétrée de rien d’autre que de notre douleur.
Corresponds nous entièrement ! »Ingeborg Bachmann, « Va, pensée » in « Toute personne qui tombe a des ailes : (Poèmes 1942-1967) », p.405, Éditions, introduction et traduction par Françoise Rétif, Gallimard, 2015.
« A Dream of Crime & Punishment », engraving by J.J. Grandville. As reproduced in « Harper’s Magazine » shortly after Grandville’s death in 1847. « It is the dream of an assasin overcome by remorse ».
La ligne des multiples défunts traverse et réduit nos corps,
à la fuite en avant et la disparition soudaine des touchers,
il reste le programme transparent des monstres ; l’aspiration,
à plus d’exposition forcée, neutre et indifférente,
les corps et les langages embarqués par des mots d’ordres,
les systèmes électriques et rutilants, pleins d’images et de vidéos artificielles, toute cette déclinaison de formes rigides et communicantes …
Enregistrer les performances du « je » et du « il » ; relier le passé, l’ouverture du présent, voir la composition musicale simulée, encore, toujours et ailleurs, la bande noire obscure, fugitive et magnétique,
dans laquelle frappent les marteaux du son, les digits Automate,
dont les ailes d’obscurités, frayent au cœur des chambres d’échos, l’orchestre plié au hasard est posé juste derrière vous, il fait froid tout à coup, l’âme seule, transite ; la pluie et le vent arrivent, il n’y a plus rien devant nous, sinon les terres des continents brûlées ….
L’orage électrisant, tremblant et la même alerte froide, répétitive,
l’alarme des voix brisées, des gestes absents, si définitifs,
ciselés dans une musique abstraite, sculptée, répétitive,
dans l’arrière-plan, des amas de nuages, provient le cri d’origine,
qui sort de la pierre muette, et disparais seul au loin …
Les corps transformés au fil des accords, des belles images,
là, survient l’horizon de tes sombres lumières …
Voir les repères mémoires, rentrés dans l’harmonie des lettres et du ciel, l’eau transparente, glissante, prés des frôlements, des corps aquatiques, les touchers graciles, des empreintes acoustiques, et suivre le rythme des temps mixés sur les lignes d’accords, les séries de zones sismiques, des voyages inertes, sans arrêts,
partir et ne plus jamais revenir, ici bas, morts et vivants,
c’est du pareil au même, tous sont des traîtres au programme …
Ceux-là mélangés dans la tourbe rouge, bleue ciel et fantastique,
marchent à l’allure des zombies, claudiquant, ceci et là,
les gueules éventrées par les grandes faucheuses du Temps,
celles qui ramènent et broient les humeurs futures et les gestes,
à l’intérieur du vent qui souffle, le vieil océan respire à l’horizon ;
ah les armées fantômes glissantes au plus prés des lignes d’eaux,
le vague à l’âme, qui transpire des attitudes, mon étoile ;
je te vois mon amour ; silhouette fragile, famélique, prés des mers,
happé par un rêve d’éternité, de mondes toujours vivants et possibles,
ton corps et ton visage traversés de noires lumières,
nos ombres qui happent les secondes, et franchissent leurs Temps …
Tu parais si loin de nous, vivant.e, au creux du présent éternel,
qu’il est sans arrêts possibles de te voir, de se souvenir …
Tu es une créature astrale, une bête divine et patiente ;
une pensée folle, solitaire et sans amertumes.
MP – 29082025
