Documents – Automate

Quand l’automate de génération de textes aligne par un calcul algorithmique, une série d’occurrences parmi les plus probables derrière chaque nouvelles phrases, la ligne de résultats qui apparaît sur l’écran en réponse à la requête prompt, est une ligne de codage alphabétique et mimétique, dénuée de tout contextes de réception et de processus d’intercompréhensions organiques et culturelles. La forme machine n’a rien appris, ne comprend rien, n’a formé aucune représentations claires de l’inscription dans nos usages sociaux des intertextualités humaines ; ses réponses n’ont aucune valeurs, ni autorités ; c’est un processus d’alignement de la forme de raisonnement mathématique dite universelle sous l’effet mécanique de l’échange de prompts. Le miroir conformant de l’automate tient à cette redoutable déférence ou zèle idiot de l’outil ; la machine sort ce que l’être humain veut lire à l’écran et à l’évidence par l’application, d’une règle grammaticale rigide et absolue, l’automate agit dans un monde parallèle, exsangue, vide, neutralisé, sorti à l’instant du résultat, de toutes situations de jeux de langage historiques. C’est ainsi que l’expérience du corps propre ou de la volonté propre, – les sites naturels d’inscription de la langue humaine – sont systématiquement exclus d’un échange purement économique ou capitalistique avec l’automate de tri.

Et notre rapport à la puissance mimétique de l’automate est ici central du point de vue d’une politique de la communication et des systèmes de mises en ordres des activités des agents économiques et sociaux. Car il s’agit bien toujours d’une faille ou d’une fermeture exercée par la puissance de conformation, l’outil ne se fatigue jamais, il reste disponible à tout moment et génère des morceaux de textes grammaticalement et logiquement structurés à la perfection, il est cette vision rentrée dans un miroir et qui ne peut plus s’échapper : un monde d’obscurités et de fusions illusoires. Mais les Intelligences Artificielles Génératives (IAG) peuvent rendre des services appréciables, dans leurs translations sociales et politiques organisées et réfléchies éthiquement dans certains contextes d’interactivités ; la faiblesse du modèle de l’ingénieur reste ici, l’absence de considération pour les capacités de compréhension humaine et la non prise en compte des usages humains et sociaux réels des machines. Les différents langages artificiels interactifs (images, sons, vidéos, textes, codes) s’ils sont enfin compris comme des moyens d’exploration de la vie par leurs formidables capacités d’imaginer la vie humaine, doivent être repris dans une expérience de l’action qui fait la part belle et significative à « l’instrumentalité orientée usages » du langage étudié.

Ici la notion d’usages de l’information est devenue centrale pour caractériser l’expérience des utilisateurs ingénieurs du prompt, tant et si bien que la fabrication des méthodes efficaces du « requêtage » dans l’outil IAG devient un enjeu central de maîtrise de ses activités et d’autonomie décisionnelle et économique. Des professions deviennent centrales pour organiser et structurer l’information dans les sociétés privées, les groupes publiques, les Musées, les Bibliothèques ou les administrations de l’État ; notamment les ingénieurs documentalistes par ce qu’ils ou elles travaillent au final sur une forme document comme cadrage et organisation des données techniques et scientifiques i.e. capacité formelle d’expression de l’intelligence collective au sein d’une organisation humaine. Le document plus que la donnée brute, c’est l’art d’organiser, de structurer, de diffuser l’information à l’intérieur d’un plan d’actions et de coopérations ; en utilisant des moyens techniques adaptés (GED, Bases de données, Plate forme coopérative …) et en considérant les transformations sociales symboliques liées à l’exploitation informatique et politique du document.

Il est facile d’imaginer le réel possible d’une prise en charge exhaustive par l’IAG de la production documentaire d’un entreprise, tant au niveau des techniques d’indexation automatique par le scan des métadonnées, de la ventilation dans des tables de ces données, et de la génération automatique de n’importe quels modèles de documents techniques ; il est plus difficile d’engager la question de l’automatisation des systèmes d’information et des processus de gestion documentaire, sans les ingénieurs documentalistes, ceux et celles là mêmes qui comprennent les enjeux stratégiques de l’information en entreprise ou dans l’administration. La question du droit d’accès aux informations et de leurs coûts de production et d’utilisation en termes de responsabilités Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement (QHSE) est ici centrale de même que la question des protocoles de diffusion ou de transmission de l’information (quoi, comment, pour qui, sous quelles conditions, avec quels moyens, quels impacts pour les milieux, pour quelles fins) comme la question des règles qui permettront à un processus de gestion documentaire de devenir central au cœur de l’organisation en faisant coopérer les acteurs/actrices de systèmes d’information dans leurs situations de travail concrètes. Ici la logique managériale héritée du vieux management par objectifs adaptés aux modèles de standardisation de l’activité économique (Taylorien) ne peut pas se renforcer sous le prétexte de l’automatisation par les IA sans détruire des emplois et exiger encore plus de perfectionnement dans le travail humain (cognitif, relationnel, affectif).

Penser à un management par processus, valeurs et règles, devient ici décisif d’une approche compréhensive et situationnelle des acteurs et actrices du monde du travail, – qui tient compte du sens que les individus donnent à leurs actions – pour ouvrir la question de l’automatisation hors d’une frontière d’utilisation des IAG, artificielle et erronée, ou enfermant l’activité d’une société à l’intérieur des possibilités techniques et fonctionnelles pures des machines. (1) Processus suivant des normes d’activités existantes et reconnues qui encadre l’activité du management hiérarchique et opérationnel (2) Valeurs selon des engagements sociétaux majeurs liés à l’adaptation des formes organisées et l’atténuation au/du changement climatique, ou selon des orientations économiques, sociales et politiques claires en faveur de la justice et de la démocratie, (3) Règles parce qu’une conduite de suivi des règles correctement comprise s’appuie sur un milieu de travail dans lequel collectivement des standards de correction de comportement sont suivis, que vont exprimer à de multiples occasions, pour de nombreux exemples, des attitudes justes, des impulsions de coopération et des logiques d’innovation et d’hybridation. Ainsi un processus d’automatisation complexe de tâches, par des systèmes d’information interopérables et l’intervention des IA ne peut pas se faire sans respecter une certaine logique des usages sociaux humains des machines à partir d’une échelle d’analyse placée au niveau des situations de travail et du document final ; elle ne peux se faire non plus hors d’un modèle de management à triple entrée – Processus, Valeurs et Règles qui sorte les activités d’objectifs fixes et inatteignables sans cesse repoussés pour faire entrer l’organisation humaine dans des lieux et des temps de coopération raisonnable et éthique, passés entre les vivants et leurs machines.

Fragments d’un monde détruit – 178

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *