« Reste ici bas mon cœur fidèle,
Si tu t’en vas la vie est ma peine éternelle
Si tu meurs, les oiseaux se tairont pour toujours.
Si tu es froide, aucun soleil ne brûlera.
Au matin la joie de l’aurore
Ne lavera plus mes yeux.
Tout autour de la tombe
Les rosiers épanouis
Laisseront pendre et flétrir leurs fleurs.
La beauté mourra avec toi
Mon seul amour.
Si je meurs, les oiseaux ne se tairont qu’un jour,
Si je meurs, pour une autre un jour tu m’oublieras.
De nouveau la joie de vivre
Alors lavera tes yeux
Au matin tu verras
La montagne illuminée
Sur ma tombe t’offrir mille fleurs.
La beauté revivra sans moi
Mon seul amour ! »Jacques Bertin, « La chanson de Tessa » in « Changement de propriétaire », grand prix du disque de l’Académie Charles Cros, 1983, Le Chant du Monde, 1982-2008.
« Narcissus » in J. J. Grandville’s Illustrations from The Flowers Personified (1847).
Il faudra fuir, ensemble, prendre les chemins d’exil,
interroger le lieu monochrome des pouvoirs, l’Œil camera,
l’oblongue d’une pure visée de transparence,
le verre liquide des corps et des esprits, glissant,
dans la tempête vide, grésillant, pour cibler des alarmes, des identités, les monstres voient au travers du projeté même, les stocks archives, au fond des Administrations ; la variation froide des percepteurs, le biomarqueur à chaque saisie d’angoisses nouvelles, pénétrantes, et la collecte des données est le modèle de leur savoir,
la carte des réseaux, l’Œil clignote, qui quadrille, enferme et délimite,
met en séries les lignes rouges de surveillance,
tenue à bout de câbles par les grandes machines de tri,
l’insaisissable puissance « nu métrique », incarnée par le Tyran pacotille, fuir, dans les refuges, par les chemins de vie et de mort,
sortir du monde de la forme univoque, pressante, altérée …
Les tensions des mondes autres, pénétrés, détruits, transformés,
les engins extracteurs broient des morceaux de ciel,
le soleil disparaît sous leurs fumées, les noires vapeurs de la coke …
Chaque unité standard – individus – répond à la voix et l’œil,
de l’emprise des langages interactifs qu’organisent les officiels,
et la peur est distillée dans les veines, dans les chairs par la Télévision, la psyché digitale est faite de commandes et d’obéissances, et la masse de signaux transitent dans les réseaux informatiques, en formant des cercles de contrôle et d’inclusion,
faut-il se débarrasser de soi-même, devenir cet autre rêvé ?
faire acte de séparation, enfin, d’abandon et de sédition ?
Le magma informe ; les meutes de sans visages retiennent ta dissidence.
Les devenirs monstres du sans-contact, l’absence de touchers,
le dressage des zones sensibles, l’inhibition normale et sélective,
qui fait se replier la force des résistances,
le sexe honni et l’amour devenu zone de transfiguration,
tout cela qui nous lie aux fers de la totalité affreuse, n’est pas moins un « Trigger » psychique, social ; une motivation interne ; l’imaginaire social, symbolique reproducteur d’ouvertures, les percées dans la couche d’une sémantique aliénée,
au mental fantôme des sombres dirigeants,
chaque phrase comme une pièce constitue un risque capital, versée
à leur version unique des mondes, et encodée par les machines,
l’idéologue Tyran trône au milieu des mots agrafés, des costumes oniriques, sa bouche ne s’ouvre que pour hurler la préscience du pouvoir, dans les têtes de pioche, pliées sur les chaînes de montages, il fait froid plus loin, ailleurs, qu’ici et jamais,
viens avec nous mon ami.e, empruntons les chemins de lumières,
dans les cités mobiles, les forêts des différences, les eaux noires des océans, nous formons les armées de signes rares, affrontant l’Automate.
MP – 06092025
