Inverser | Commander

– « In my father’s love » –

L’insidieux poison néo-fasciste glissant dans les circuits médiumniques de la Médiacratie facilitant la prise d’audimats et la capture des jugements auprès de télé-consommateurs et agents informationnels d’une acceptation reconduite des mouvements antidémocratiques européens et américains (Identité et Démocratie (ID) en Europe, MAGA, Heritage Foundation, Techno-oligarques et « Lumières sombres », Rassemblement National, Alternative für Deutschland, Fratelli d’Italia, Fidesz en Hongrie, Vox en Espagne, groupuscules d’extrême droite …) accompagne un mouvement fascinant d’inversion des valeurs traditionnelles qui permettaient jusqu’il y a peu, un repérage des positions idéologiques, historiques, éthiques des mouvements officiels prétendant organiser la vie sociale, culturelle, politique et économique. Le meurtre d’un jeune militant d’extrême-droite à Lyon – un meurtre d’un jeune homme toujours illégal, imbécile et scandaleux – s’est conclu par une organisation sidérante de violence symbolique symétrique et aussi scandaleuse d’une minute de silence par les représentants du peuple français dans une assemblée démocratiquement élue ; que de renoncements lâches, que d’insultes devant l’histoire et que d’inversion du sens des valeurs, des choses, des événements et du sens des mots. L’histoire récente ne doit pas être méprisée à ce point par un personnel politique pleinement en capacités techniques et en charges éthiques de la transmission des gestes démocratiques ; c’est à dire des gestes symboliques importants qui renforcent et font pérenniser la forme de vie démocratique. L’extrême droite tue et exclue à proportion sans égale par rapport à d’autres mouvements politiques et cela depuis longtemps, depuis sa montée en puissance dans les années 1930 en Europe et l’acmé de sa prise de pouvoirs qui a conduits – souvenons-nous en – à des guerres, des génocides et des crimes effroyables contre l’humanité. Une généalogie sociale et culturelle de l’extrême droite – actuelle – permet une claire vision de ses filiations historiques.

Ici la banalisation du mal fasciste s’accomplit en toutes puissances médiatiques et technologiques sous l’effet d’une pénétration lente depuis 30 ans des conduites de masses et d’un conditionnement des pensées identitaires liées à un anticommunisme primaire et à un rejet de la mentalité socialiste et libérale ; on cherche toujours à atteindre le cœur du moteur de la vie sociale et démocratique – le fait de la Société humaine, le lien social –  par un populisme souverainiste, une xénophobie d’Etat, la stigmatisation des pauvres et le rejet de l’aide sociale et transnationale par le discours sur l’assistanat, la tradition et la Nation, l’exclusion des homosexuel.les perçus comme des déviants naturels (l’Afrique est ici particulièrement touchée par la traque organisée des gays et la qualification de l’homosexualité comme crime contre l’ordre de la nature ; un ordre hérité de Dieu) … L’espèce de lent meurtre symbolique de la forme démocratie se fait continuellement par le relais des proxys idéologiques d’une extrême droite globale, partout à l’œuvre et à l’intensité d’actions et d’influences libérée et décuplée depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine le 24 février 2022 et le retour de Donald Trump et de ses monstres idéologiques, au pouvoir fédéral aux États-Unis le 20 janvier 2025. L’arrière-plan de l’histoire idéologique et guerrier se meut avec lenteur, il est traversé par des forces anti-démocratiques, qu’accompagnent et renforcent de puissantes Médiacraties ; i.e. des constellations de sites Internet, de groupes médiatiques et financiers (V. Bolloré, P. E. Sterin, D. Trump, J.D. Vance …), d’influenceurs masculinistes et racistes, d’organisations religieuses réactionnaires (qu’elles soient à l’intérieur des religions, des voies traditionalistes exclusives de l’anti modernité ; catholiques, islamistes, juives, hindouistes, bouddhistes …)

Ce lent mouvement du cadre historique est provoqué par des lignes de projections du passé vers le futur (et inversement dans une rétroaction positive) proches, sur la réalité sociale et politique que nous vivons en Europe ; des échos et des ressemblances entre différentes périodes sont ainsi légions – 1930-1939 / 2022-XXXX -, ils s’apparentent à des lueurs au fond d’un horizon que nous sociétés humaines, ne voulons pas voir, ni sentir, ni penser ; comme des idéo-drames figés par des alertes angoissantes et bien incarnées, des séries de bouclages historiques de contrôle et d’adhésion des forces politiques sur le présent d’une vie démocratique affaiblie et attaquée de toutes parts. L’autre versant de la question du fascisme latent et résurgent en 2026 en Europe, en Russie et aux États-Unis, est celle de la persistance de la figure du chef, de l’homme fort, du diktat providentiel, de l’élu dirigeant tenant sa légitimité de Dieu et des mouvements critiques des masses ; une proto-figure mythique qui s’impose naturellement dans le chaos libéral et démocratique, afin de restaurer la Nation, l’ordre souverain d’un peuple mythifié, aux racines idéologiques obscures, glorifiées par des chants et des rites sociaux de passages et de dressages de la jeunesse. Les vices des faibles (tous ces humains-cochons pour le tyran Poutine) sont identifiés, repérés, classés puis font l’objet d’une haine continue et la promotion de la stigmatisation légale dans un droit de la force et de la guerre de tous contre tous ; le repli sur un chacun pour soi issu du capitalisme de prédation est facile, pratique et bien commode pour installer la dynamique fascisante de masses.

L’héroïsme viril est impatiemment attendu, la force masculine et la cage d’acier, le commandement de l’élite techno-oligarchique ; le pacte du diable fasciste, le pacte faustien économe en efforts de réflexions : ma sécurité civile à tout prix contre l’abdication de mes libertés et des dignités humaines peu commodes. En ce sens et aussi comme un des caractères majeurs de cette pénétration des forces antidémocratiques, le savant mélange des genres entre un antiféminisme primaire hérité d’un balancier historique aux États-Unis et la protestation outrée contre le sens d’une transition climatique et énergétique clairement niée et refusée (retour sur l’arrêt Roe versus Wade, 22 janvier 1973, exclusion des termes des recherches scientifiques orientées vers la lutte contre le changement climatique, la promotion de la santé humaine et les études de genre, affaiblissement des Sciences Humaines et Sociales (SHS) et du spectre de l’éthique sociale ; éthique des vertus, éthique conséquentialiste, éthique du care, éthique Kantienne et éthique réaliste et minimale ; toute les versions éthiques de la réflexion sociale et politique ….) Le négationnisme historique est là une caractéristique importante du mouvement néo-fasciste contemporain, – la relecture de l’histoire et le confusionnisme idéologique – et le décryptage des stratégies d’imposition d’une forme politique réactionnaire et fasciste doit faire appel aux ressources de l’intelligence collective et à ce courage de la délibération démocratique qui peut être encore rendu possible dans les institutions d’un pouvoir démocratique légitimé par le peuple.

Ici pour caractériser ce mouvement techno-fasciste par sa primitivité essentielle, nous pouvons aligner une série de termes-forces comme des armes rentrées dans l’argument dirigé contre les forteresses fascistes, capitalocènes et technologiques ; forteresses qui ambitionnent d’enfermer les mouvements démocratiques de l’histoire et de les fixer à un appareil idéologique de contrôle et d’emprise de masses. La nécro-économie de la conduite fascisante consiste à promouvoir dans une version remaniée de la révolution nationale française, la famille traditionnelle, le rôle du père-dieu comme chef de famille et reproducteur-star, la glorification de la patrie contre ses ennemis intérieurs et le parti de l’étranger, le travail et le mérite aux prix du marché et aux salaires comme un marqueur d’exceptionnalité et d’éligibilité à une vie après la mort et surtout le retour à un âge d’or ; l’espèce d’utopisme à l’envers, si monstrueux et hideux ; vers ce qui n’a jamais existé autrement que dans une traduction ultra-violente d’une idéologie et d’un fantasme d’extrême droite. L’inversion des valeurs consiste à renverser le sens des mots comme l’a si brillamment montré George Orwell dans « 1984 » (1949) ; la guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force … Inverser les valeurs veut dire ramener toute la couverture de la Médiacratie contemporaine (réseaux asociaux, cluster de télévisions, cultures institutionnelles …) vers des positions et des articulations d’actions politiques et économiques en faveur de la version fascisante et totale de l’histoire ; prétendre que la forme de vie de la démocratie est trop faible devant le procès de l’histoire, que le « gouvernement des juges » comme ils ou elles osent taxer de ce qualificatif censé être un stigmate ou une insulte, l’administration normale de la justice ; empêche le droit de fonctionner à pleine puissance contre l’éthique et la morale (l’inspiration du juriste allemand Carl Schmitt et ses rapports au nazisme doivent être ici importants pour notre compréhension du droit des plus forts, des techniques de conservation du pouvoir et de l’emprise de l’Etat).

Les droits des plus forts à commander aux plus faibles, comme un héritage de la brutalité physique et virilisante, un héritage de nos racines biologiques de races supérieures, de gloires et de morales religieuses catholiques ; ce sont des caractéristiques complexes de la pensée fasciste, qui doivent être pris en compte dans la qualification du techno-fascisme culturel, contemporain ; celui-ci exploite l’angoissante question de l’avenir écologique, se plie devant la volonté impériale des puissances russes et américaines, câline les forts dans le sens d’une emprise psychique collective et détestent les faibles qui coûtent aux systèmes politiques, religieux et sociaux-naturels. Quitte à renoncer collectivement à sa propre liberté autant faire allégeance à une puissance impériale qui me garantit ma propre sécurité quelles que soient les conditions d’exercice de la psychologie du contrôle et de la puissance, par le conformisme et le repli sur soi. S’il s’agit de mener des guerres en périphéries de l’Empire, je ne veux pas être correctement informé par des médias et une presse libres, je préfère avaler brutalement la version officielle – sécurisante, toujours égale, identique et numérisée -, et la traduire quotidiennement dans mes jugements, mes expressions, mes émotions et sentiments, tous mes actes de discours.

La protection de sa propre famille biologique, le négationnisme climatique et historique quitte à tout prendre du techno-fascisme autant prendre ses volets les plus séduisants ; les sorcières féministes, incroyablement punitives, exclues des champs des réflexions sur la famille, l’écologie du drame permanent et de la punition, la sexualité libre, tant redoutée et l’affirmation de son propre corps et le contrôle des naissances, l’éducation libérale, le soin aux plus démunis, la santé publique, la liberté politique, l’esprit libéral ; tout cela qui est inutilement agressif et complexe peut faire l’objet d’une politique d’exclusion massive par la propagande d’État et les droits des plus forts à organiser la société humaine et sa morale civile. Inverser les valeurs (le Tyran a toujours raison à l’instant T du médium, seule compte la conservation du pouvoir …), détruire la forme de vie démocratique, commander l’assujettissement des peuples aux forces réactionnaires de l’histoire, représentantes de la défaite morale, – l’esprit de Munich et la panique devant la guerre -, et commander le fier avenir des sociétés de l’Empire du contrôle, néo-fasciste et techno-programmatique ; l’asocialité des temps futurs niés pour les êtres humains ; l’éternel présent du contrôle et de l’assujettissement.

Fragments d’un monde détruit – 197

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