« Détournée,
je t’attends
loin des vivants tu t’attardes,
ou près.
Détournée,
je t’attends,
car des êtres affranchis ne doivent pas
être pris
dans les lacets de la nostalgie
ni couronnés
avec le diadème en poussière de planètes –
l’amour est une plainte des sables
qui sert dans le feu
et n’est pas consuméeDétournée
elle t’attend – »Nelly Sachs, « Exode et métamorphose : 1958-1959 », p.347, Gallimard, 2023.
Harry Clarke’s Illustrations for Poe’s Tales of Mystery and Imagination (1919)
Voir l’instant liquide glissant dans les failles de l’Esprit,
la même sentence radiale, fatale, l’espèce de sans lieux,
cet hors là du corps mutant aux membres creusés d’alarmes,
et le rire de la mouette qui tourne à l’horizon des mers glaciales,
dans ses eaux partitionnées, si nocturnes, a recouvert le silence,
il fait si froid tout autour du seul souvenir, du bel oublieux enfant,
l’enfant des morts, des vestiges et des ruines fantastiques,
et la mémoire terrestre, paralysée ne peut plus rien dire,
l’enfant de ton visage vaincu, transformé en un masque horrible et brutal, les désespoirs d’enfants résonnent entre les murs de la cité froide, ils servent de liqueurs aux longues traînées d’hommes alcooliques, ils inspirent des chansons vagues et belles, remplies d’outrances,
et c’est tout une aura astrale qui se retire derrière les rideaux,
une aura d’enfance et de nouveauté, la pleine et grande innocence,
les rideaux tirés par la société des hommes aigris, petits et haineux,
et les larmes des remords du passé coulent sur les vitres enfantines,
Il se fait tard et la terre de l’absence remonte dans nos mains ;
remuer la poussière fragile, que l’on mélange au sang des monstres,
sentir la fraîcheur meuble de la nuit, les portées de l’étoile d’espérance, et devenir cet autre créateur désiré, étranger à ce monde affreux, la face du monstre libre, inquiet et nocturne, creusant tout l’abîme, à l’intérieur du Temps, se dressent des parois, des refuges, le miroir brisé en milles morceaux inertes, bien tranquilles et fixes, ramasser ses pièces étranges, ses doublures opaques, ses minuscules riens …
Mes yeux regardent en arrière, et se voilent par la couleur rouge nuit,
tout au dedans, il reste une part d’enfance, de préjugés historiques,
il suffit de jeter son propre regard alerte à l’intérieur des arrière-mondes, poursuivre les traces des signes symboles, des images qui arrivent, et je pourrais voir mon passé dans le futur proche, machine déchirante, traduire les nœuds du sang, les vacarmes de l’organisme, en de longues plages sonores et spatiales, des symphonies abstraites, chercher cette part d’enfance tout au dedans des nuits,
relever les signes marqués sur les parois organes, les extrémités,
et toutes les terminaisons nerveuses occupées par l’action,
dessinent une même plage de réactions, de résonances, de contacts,
la solitude grandit à l’orée de la cité, les forêts avancent,
la solitude froide et sereine, plantée au milieu des places digitales,
celle qui remonte dans les voix des Spectres Nihilo, des absences,
et ce choc dans l’enfance, le Signe du devenir monstre et de nulle part,
les fuites dans les refuges siens, les mêmes ailleurs sensibles, protégés, dieu des alarmes du sang et des sans lieux, dieu des Temps autres, protègent nous des amas d’êtres conformes et niais, des trop nombreux, aux âmes bons marchés et chétives, aux corps mutilés par la guerre … Je regarde dans les yeux noirs de l’enfant – celui qui garde la mesure, l’espérance livrée en masses de nuages, de soleils puissants et de traces vivantes, et le rythme de l’enfant est supérieur au monde, il impulse la divine présence, toute la blessure du sexe de dieu, dévorée par l’enfant-monstre, comme le Signe du seul Soleil ; l’horizon fier et bleu monochrome.
MP – 08032026
