« J’ai une toute autre attitude que les autres envers mes propres paroles. [PU, II, x, p,192b]
Je ne me mets pas à leur écoute pour apprendre quelque chose à mon sujet. Elles ont un rapport à mes actions tout autre que celui qu’elles ont envers les actions d’autrui.
Si j’écoutais les paroles qui sortent de ma bouche, alors je pourrais dire qu’un autre parle par ma bouche.[PU, II, x, p,192c] »
Ludwig Wittgenstein, « L’intérieur et l’extérieur : derniers écrits sur la Philosophie de la Psychologie, Tome II, 1949-1951 », Edités par G.H. Von Wright et H. Nyman, Traduits de l’allemand par Gérard Granel, Trans-Europ-Repress, 2000.
Decayed Daguerreotypes.
Portrait of Samuel Anderson Emery as Robin Roughhead in Fortunes frolics, full-length portrait, standing, holding flail, in front of backdrop with mountain and tree [ca.1851], by Mathew Brady’s studio.
Les masses de signes sons numérotés, alignent à l’identique, le bio spectre, la variation des voix, assignées, obéissantes, aux consoles de production.
Il fait froid à l’intérieur de la boîte noire des samplers, des médiums ;
les échantillons captés depuis l’extérieur sont transformés, reproduits seuls à seuls, dans les lignes de variations, de modèles de prévision,
et rien ne parvient de soi-même, depuis l’enregistrement original, initial.
Comme je t’entends parler et dire avec des mots signes du discours, je t’écoute au milieu des proches de ta voix, l’organe vocal et sa signature.
Ses mouvements continus adaptent l’organisme, aux évolutions des forces, des égo drames, des interactions sociales …
Je t’écoute mon ami.e, à l’envers des flux et contre les parois digitales ;
les murs audiovisuels, l’espèce de négation du soi et du singulier, seront toujours là tout autour, de nous,
ce présent fascinant, pour imposer la forme idoine, adaptée aux techniques de contrôle.
Le vox codeur est l’instrument phare de la trans-activité ;
toutes voix égales par ailleurs retraduites en un aplat numérique, lisse, abstrait, versent un liquide mort.
Nos filets réduits à rien, montrent la nuit ; la noirceur de la voix néant, univoque, l’obscurité du Tyran ;
quand elle parle, ne s’adresse à rien, ni à nous porteurs de voix, ni aux autres transporteurs de signes, seule la vitesse exécute des sens attachés à chaque mot signe …
Je suis branché, alerte et vigilant, sur les machines de tri,
ma voix transite seule par un audio-spectre, égal,
quand je l’écoute ; un autre parle dans ma bouche,
il ne s’exprime pas clairement pour soi-même …
Il est étranger, si vague, et sans marques de proximité ; il est le mime essentiel, son timbre de voix résonne dans une forme reprise ailleurs,
qu’ici et maintenant quand je me parle dans ma tête,
et l’intérieur est une sourde révélation ; une étrange combinaison,
ma psyché force rejoint l’empreinte de ma propre voix dans l’espace,
celle qui s’affirme, remonte, décide et juge quand tout est offert, si disponible, la voix humaine …
Celle qui danse, agile et légère, au bord des abîmes,
ma bouche est remplie de nuits, de corps et de rêves inaccomplis,
des lumières de lunes brillent et des soleils noirs traînent à l’intérieur des feuilles,
le sang de la musique coule tout au long des parois …
Il n’est rien qui ne puisse venir dans ta voix, rien d’identique aux autres, rien d’asservis, et le souffle en arrière tient la mesure sienne, la distance …
Je suis la parole prise à l’intérieur ; le porte voix du livre,
l’espèce de bruit étouffé, séparé, unique et sans autres,
aux belles dimensions reines, aux existences transcendantes.
Tu es le sens dans ma voix, la forme extérieure, libre et ultime.
MP – 06022026
