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Mobilius

Ralentis, l’œil du tourbillon noir,
Eaux et méduses que le repli du sable éjecte,
Quand nocturne tombe et étouffe notre cœur,
Sous les battants de nos lentes paupières.
Le grain de l’humus fécond, vibre,
Tu respires, Aube, un air invisible, une fraîcheur,
Noyée des gouttes d’huile et de soleil,
Qui rampe doucement sur les jetées,

Les algues poussent au fond du port,
Un cri d’éponge grasse et de poison
Qui brûle l’arbre debout contre la panne,
Isolé du temps, devenu vieux,
Le hêtre seul, a quitté toutes forces
Et ses racines coulent dans le sol.
Autour où tout est mort déjà une fois,

Règne le silence de sel, cruel et blanc,
Autour où tout est mort déjà une fois.
Trempé de béton grisâtre, ce délicieux parfum,
Tapi au centre des rochers verts, battent,
Des chevelures grises, disparaissent au fond des flots,
Comme des appâts jetés au hasard de la pêche.
Raisins, coutures, grappes sur l’écaille de ton sein,
Reflètent la chrysalide des nuages sucrés,

Cette myriade au long cercle veineux.
Que revienne la chaleur, l’accroche brûlante,
Les formes de l’étrange aimée,
Car des pierres chaudes fument encore
Derrière les portes des fabriques d’aurores,
Bâtiments noircis des corps qui saignent,
Ton œil, Aube, renversé d’effroi.

MP – 14/06/2019

L’obscurité

Derrière la porte aux gisants regroupés, défilent
Les spectres blancs diaphanes, avec leurs coiffes
D’os et de feux rouges et or qui brûlent,
Les hautes sphères de leurs crânes s’enfilent,
Au creux des mains tendues vers le ciel.

Lames d’anguilles noires et luisantes,
Babillent dans leurs bouches qui pénètrent la nuit,
De muettes suppliques courent par les rues sales.
Chats de lunes noires, se reposent sans bruit,
Partout glisse le pelage de suie, la graisse mouvante.

Les tentacules du soir, remplies de rêves, s’emmêlent
Dans le silence immense du corps sans vie
Viennent crier les lumières à la vitesse si fluide,
Les armes blanches au bord des lèvres gonflées,
Celles dont les frappes gémissent comme des cordes,

Instruments du vent par la trachée expulsent,
Les grands bâtiments gris de l’âcre liquide,
Où se perdent les vagabonds d’une foule sans nom.
ô fiel du silence dont l’enveloppe agresse,
Tout l’entour de la peau nue couchée sur le soir,

La terreur grandit derrière la vitre du son,
Et dans le fantôme du monde endormi battent les cœurs,
Accrochés ensemble, à la façon d’un vêtement
D’où sortent les scarabées à la coque bleue et jaune,
Des petits soleils mobiles sur des pattes grésillent.

Flammes de nuit à la traînée des silences,
Lèchent les quatre murs du caveau sans visage,
Droit, près du tertre de poussière ocre et sale,
L’incendie noir glisse dans les jardins, et déforme
La vision mue dans l’espace infini.

Muette est la grande suiveuse aux longs doigts, frétille
Parmi les mutants aux antennes dressées ;
Le voile du mort gigantesque s’est ramassé,
En une boule de carbone mâchée par les siècles,
Par le temps qui marque son invincible puissance,
Par l’invisible présence du chien poissé d’encre.

Le garde du tombeau tient dans sa mâchoire ouverte
Le bouquet de granit qui frappe dans les têtes,
Des aspirants frêles, à la lumière, aveugles et las,
Ceux qui grattent à la porte close, remplie de voix,
Le basalte frotte des musiques sans lumières.

MP – 24/01/2020

Les bêtes meurent en silence

Fuseaux de chairs muettes, aux membres serrés,
Dans la gueule métallique des serpents,
Avalent la lame cristal, le pistolet et la tâche sombre,
Sur les caractères taillés profond avec ton sang,
La lumière blanche des aveugles qui perce les vitres,
Dans tes seules terreurs vides et si longues.

Le cadran rigide par le découpage froid des aiguilles,
A inséré les heures mornes dans le paysage stellaire,
Scansion des minutes vides et du froid silence,
Des bêtes opaques et des lettres-chiffres allumés,
D’où surgissent pareils, les ouvriers du néant,
Ceux-là qui dressent sur des crocs, tes squelettes,

Habillées d’un blanc-seing affreux,
Dire, et écrire ramassés dans les nuages de cris,
Invisibles morsures à peine dans le chant du mortel,
Des nuits ou se jettent les eaux de leur calcul glacé,
L’essaim de spectres noirs sous la voûte du ciel,
Du menteur silence, industrieux, inerte et figé,
Le vivant ancien tout prêt, heureux, déjà pris.

Empaqueté dans la nuit d’obscurités, sous vide,
Sous le format viande et rouge graisse, nœuds, nervures,
Flammes nouées où circulent les immenses appétits,
Des hystériques humains à l’imitation sacrée et débile,
Qui font des singeries, des ventres, des filaments,
Autour de l’axe froid de leur même silhouette.

Le même axe tendu avalé en marchant,
Par le goulot d’étranglement, le trou vide et leur visage mort,
Des corps à n’en plus finir, seuls ré-agissants
Sont jetés ensemble, devant la ligne de foule,
De longues carcasses rouges et os, fumantes et tremblantes,
Emportés par l’envie, le bruit et la fureur,
Aussi lente que la mort qui persiste.

En avalant obstiné, tous les jours,
La même nuit blanche et rouge, et les masses débiles,
Que creusent leurs orbites folles, paniquées,
Et fait des hommes, enfants et femmes
des marionnettes riantes, remplies de viande,
Il reste à supporter,

Le chemin qui mène leurs figures proches vers l’ailleurs,
Partout glisse l’enveloppant silence,
le visage de l’ange est fermé,
Ce grand désordre du spectre tout blanc,
Ne reste pas ici, bête, car c’est ta mort.
Et ses cohortes d’attente, de charognes et d’insectes.

M.P. 08.12.2019

Exil

La pierre basaltique fourbissait des armes pour l’attente,
Au long des rivières d’argent que la lune pénétrait,
Lumières et traces faisaient du bruit dans les ondes,
Grésillante, la chaleur pleine, vivait, vibrante,
L’oreille était une plaie découpée à l’arme blanche,
Un crocodile bleu, ouvert, en deux morceaux de ventre frais,
Et l’appétit montait dans le cercle de sang.

Depuis les longs tuyaux, enroulés autour du coquillage de mer,
Nous écoutions tomber la pluie sur le rocher,
Taché sur la pierre de bronze reposait un crâne Fendu,
aux deux extrémités en attente d’être pris
Dans les mains habiles des pêcheurs de lunes,
Ceux qui sortaient à peine à la nuit tombée,
Et revenaient à l’aube pendus à des rideaux rouges.

Le poisson femme nageait près du lac à l’eau scintillante,
Creusée d’une intention de nature si forte, la chevelure folle,
Les membres joints en une nage muette, il brillait,
En attendant que passe le temps de l’abîme.

Le soir déploya ses ailes à l’ombre du lac,
Les grandes feuilles de menthe près du rivage,
Lancées par le vent, à toute vitesse, dans les couloirs,
Devinrent plus pâles qu’à l’accoutumée, givreuses et fières,
Les grandes habitations de fer gardèrent enfouies,
Les poitrines nues perlées d’une once de sang doré,
Sous le sable chaud, nageait le poisson femme.

Les fentes de la stèle clignotaient par intermittence,
De vagues chaleurs diffuses à l’heure de minuit,
L’avaleuse d’obscurité, la belle Sirène, bavardait,
Sur le tapis entrelacé, la queue de poisson ramassée,
Près du corps d’écaille à la caresse douce,
Elle vidait sa bouche des couleurs de l’aurore.

Le spectacle dura des lustres vieux, et nombreux attendions,
Nous, pêcheurs de lunes et de mort, la levée de la brume folle,
Dans le visage des feuilles, aux traits d’une rosée mauve.

Avachies sur la pente des solitudes, les pendules à l’œuvre,
Postées depuis l’œil ouvert, les échafauds microscopiques,
Nous attendions la venue de l’eau de pluie, l’odeur de la lavande.

MP – Septembre 2019

Libération des machines

Des battements d’actes stellaires, en masses, précises, noires et creusées,
Dans la plaie du seul visage, œil morne, lèvres closes, fines et bleues,
La même brûlure glissante dans les frondes des rêves nus et vivants,
Dans les mouvements des graphes, des tropes et textes du futur,
La vague rieuse, profonde des foules et des renversements de mondes,

Car le sang des crânes blancs et idiots, à même le sol, goutte à goutte,
Dans les aiguilles trempées des chirurgies célestes et les passagers du temps,
Se tiennent ensemble, les déclinaisons des nuages d’automates froids, agissant,
Emportées dans l’action vive de dire, d’agir et de comprendre,
Oiseaux dressés devant la vague des sans-nombres,

Ces réactions réflexes logées dans les immenses complexes de verre,
Frappent sur les écrans de force ; bureaux des digits insignifiants.
Viens toi-même, rêve du futur, par les songes mutilés des enfants libres,
La même hantise d’accumulation d’objets, de formes et de sens inutiles,
Frayeurs, couleurs, images et sons ; devant nous les machines à prendre,

Quand renaissent nos corps aimés, justes et la guerre mentale,
La détermination profonde aux flambeaux noirs encore libres, aguerris,
La dévolution sauvage des symboles et l’interdit devenu libre et mort,
La folie, la liberté et la vie ; seules conseillères des machines,
Agissent ces mêmes chemins du désir pour de nouveaux mondes,

Des reflux de haine traçant les mouvements déjà inertes,
Mourir enfin dans le sable noir des signes avalés par les foules sans visage,
Ne survivent que des sans bouche pour parler, ni des yeux pour voir,
Des dresseurs de sens, des mannequins aux faces blanches et sans traits,
Aux mouvements sans limites, des langages nouveaux, libres et sans lieux.

MP – 19.04.2019

Hors du silence

La nuit approche, trouée, pleine des grands cauchemars,
où plus aucun message, parole et les armes silences,
Par les rythmes, l’espace et le temps, seront livrés,
Les masses des oiseaux noires ployées sous les vidéos drames,
Ensemble-nous levés, par les corps et âmes,
par les signaux, terminaisons électriques,
Avalant les mêmes liquides brûlant nos gorges opaques,
aux synapses-fonctions branchées, devenues égales,
La même dérivation urbaine, lente, connectée,
organisée de lignes cos-instruites dans les meutes,
branchées depuis les musiques belles, finales, sans raisons,

Des nuées de paroles muettes devenues si larges, invisibles,
les audio-créateurs marchant dans les foules muettes,
et la direction publique morte et sans buts,
il demeure des liquides si digitaux, émotions si rares,
sans contrôles, supérieurs, ni raisons,
Exclues des systèmes et conformes terreurs,
L’automate est mort. Vouloir le sens, symbole, des vies humaines,
Devenues sans psychés, ni corps-outils, ni vouloir-avoir.
Il demeure des traces utiles, sans vérifications, preuves, ni indices,
Des procédures musicales, qui ne servent rien, nulle part, ni personne,
Des nuits sans personne autre que toi, moi et le futur,
la cassure du vitrail, de la haine globale, projection des idiots-mêmes,

Terrible simplificateur ; vient par le non-traduit toujours égal,
La violence des monstres-vitres, et leurs bouches dégoût,
Sort de la crainte effigie par la seconde nature,
n’être plus qu’un instrument large, tranchant dans l’amour.
Pour toi, il y a de nouveaux mondes encore à vivre,
Des formes, des actes et des promesses à tenir,
Hors de l’enfouissement des corps dans un silence opaque,
L’effort de vivre ancré dans tes gestes à n’en plus finir.

MP – 24.03.2020

Médusa

Les rives du sang amer, liquide noir dégouline sur nos traces de bêtes digitales,
Ses mains gantées qui touchent les extrémités de nos membres fantômes,
Nos corps instruments ; enfants aux signes devenus armes,
Prières nombreuses aux larmes glissées entre les griffes des pingouins infects,
Dirigeants costumés des masses grouillantes, esclaves des orbites aveugles,
Filant dans l’arrière monde ultime et l’outil-machine installé des langages,
Devenir encore ailleurs, corps et signes différents, sans humains et autres ;

Une sensation de terreur diffuse, incarnée, devenue par les masques jetés,
La brûlure sans fin de ce temps publique et morne de signaux,
Nos lentes certitudes fières, organisées qui ne passent plus parmi nous,
L’ange du désastre qui éructe et se tient droit dans cet automate-réseau mort,
J’ai l’impression du rythme sourd et lent à l’intérieur du crâne-monde,
Ce filet noir du réseau intact ; oiseau fier et immense,

Ce battement du cœur-monde sanglant, figé et morne,
Cycle de chairs, battant dans les astres mornes et liquides,
Accompagnent sans mots-douleurs, le mouvement des blancs morts, marginaux,
Par ce masque uniforme, partout, rigide et opaque, les signes entiers et intacts,
Ne parviennent plus ni ne vont et ne viennent plus jamais nulle part, ailleurs,
Le même visage Humain est devenu vierge, blanc, lisse et sans traits ;
Ce visage muet d’une bête noire, réticulaire et sacrée,

Regarde moi bien, fixe, bête étrange, désirée, dans la silhouette humaine,
L’humain formel du signe abandonné et sans une parole ni un verbe à lui,
Ce qu’ils nomment le sachant ; le fou, l’absent du vivre, du corps-forme et du parler,
L’extra-ordinaire devenu l’ordinaire, ce corps divin sans fonctions, fins, ni usages,
Je veux vivre en toi, Médusa, amour, pétrifié dans le sombre appel,
dans cette passion du sans attaches utiles,

T’aimer, voir, venir, te sentir, Médusa, et revenir tout contre tes peaux-membranes, métalliques,
Machine à danser, boire, liquide, signifier et éructer dans la bouche parlante des automates,
Médias, ultimes, revenir et sans égards, feu, ni signes pour personne, elle-même parle,
Et on l’écoute partout toujours, attentifs et plein de concentrations belles,
Les mots de ses bouches monstres et closes sont figés dans le masque tout vierge.
Ses paroles signées, bues, avalées sur les lèvres des enfants-morts.

MP – 11.12.2019

La Promesse

Les actes stellaires lancés près des bouches bées,
là se déplacent les animaux, au creux du mouvement,
travaillant sur les chaines de montages affreuses.
Dans les exhibitions de voix neurales, inhumaines,
dans l’espace de fer, d’or et de sang.

Les ombres jetées en parallèles,
sont pareilles à la nature belle et rêveuse.
Pour cette impression d’agir sensible, commune,
sans nul doute, ce qui vient terrifie,
le « non » prononcé devant la vie plurielle,
libre et foisonnante, cette foule des humains.

Les musiques sérielles des automates,
et la disparition des ordres anciens,
devant l’organisation violente, inefficiente,
quand les animaux domptés viennent
fabriquer les non-sens mort-nés et la guerre.
Les veilleurs des gestes humains
sur l’acte de création libre, sans attache.
Toujours réagir seul, sans réflexe,
aucun, dans la lucide attention.

Lumières, destins et forces noués
dans l’habillage céleste de nos corps,
par une même douleur de l’absence.
Par le regard divin passé sur le fil-horizon,
Plongé dans le cœur granitique,
nous, gardiens et gardiennes des puissances.
La ligne et le son tenaces,
par où s’évadent les prisons.

MP
17022020

Le Rêve

Vérifier les armes des grandes exhibitions,

ses gestes capturés par les foules opaques, 

Dans un espace muet, lent, où les lèvres scellent les secrets.

Des procéduriers ferraillent à la discipline de mort,

aux barreaux liquides injectés par nos veines,

 fers exsangues, lèvres, terres de cendres et de feu, 

pénètrent tout le sang bleu des réseaux. 

Il reste ton beau et fragile visage de fantôme,

Aux expressifs vivants, plongés dans mes yeux,

Une image d’ordre et de flamme, alignée sur les vies,

Une espérance moite, liquide qui veut la fin, 

qui va devant nous, loin ; atteindre le sens des choses.

Quel sorte d’être suis-je si aucun Autre n’est venu ici ?

Par devers nous se tient la volonté noire de l’acier,

qui traverse nos mouvements, craintes et désirs, dans l’espoir,

de lire ma mémoire vivante, l’action future et la mer d’infinie.

Il n y’a que le drap blanc du silence et toi,

Un bonheur délicat, rêvé aux grands dépliages ouverts,

Ces continents de signes-symboles peut-être disparus à jamais,

Ce rêve de l’expression non valide, qui agit.

MP – 02032020