Derrière la porte aux gisants regroupés, défilent
Les spectres blancs diaphanes, avec leurs coiffes
D’os et de feux rouges et or qui brûlent,
Les hautes sphères de leurs crânes s’enfilent,
Au creux des mains tendues vers le ciel.
Lames d’anguilles noires et luisantes,
Babillent dans leurs bouches qui pénètrent la nuit,
De muettes suppliques courent par les rues sales.
Chats de lunes noires, se reposent sans bruit,
Partout glisse le pelage de suie, la graisse mouvante.
Les tentacules du soir, remplies de rêves, s’emmêlent
Dans le silence immense du corps sans vie
Viennent crier les lumières à la vitesse si fluide,
Les armes blanches au bord des lèvres gonflées,
Celles dont les frappes gémissent comme des cordes,
Instruments du vent par la trachée expulsent,
Les grands bâtiments gris de l’âcre liquide,
Où se perdent les vagabonds d’une foule sans nom.
ô fiel du silence dont l’enveloppe agresse,
Tout l’entour de la peau nue couchée sur le soir,
La terreur grandit derrière la vitre du son,
Et dans le fantôme du monde endormi battent les cœurs,
Accrochés ensemble, à la façon d’un vêtement
D’où sortent les scarabées à la coque bleue et jaune,
Des petits soleils mobiles sur des pattes grésillent.
Flammes de nuit à la traînée des silences,
Lèchent les quatre murs du caveau sans visage,
Droit, près du tertre de poussière ocre et sale,
L’incendie noir glisse dans les jardins, et déforme
La vision mue dans l’espace infini.
Muette est la grande suiveuse aux longs doigts, frétille
Parmi les mutants aux antennes dressées ;
Le voile du mort gigantesque s’est ramassé,
En une boule de carbone mâchée par les siècles,
Par le temps qui marque son invincible puissance,
Par l’invisible présence du chien poissé d’encre.
Le garde du tombeau tient dans sa mâchoire ouverte
Le bouquet de granit qui frappe dans les têtes,
Des aspirants frêles, à la lumière, aveugles et las,
Ceux qui grattent à la porte close, remplie de voix,
Le basalte frotte des musiques sans lumières.
MP – 24/01/2020
