Ralentis, l’œil du tourbillon noir,
Eaux et méduses que le repli du sable éjecte,
Quand nocturne tombe et étouffe notre cœur,
Sous les battants de nos lentes paupières.
Le grain de l’humus fécond, vibre,
Tu respires, Aube, un air invisible, une fraîcheur,
Noyée des gouttes d’huile et de soleil,
Qui rampe doucement sur les jetées,
Les algues poussent au fond du port,
Un cri d’éponge grasse et de poison
Qui brûle l’arbre debout contre la panne,
Isolé du temps, devenu vieux,
Le hêtre seul, a quitté toutes forces
Et ses racines coulent dans le sol.
Autour où tout est mort déjà une fois,
Règne le silence de sel, cruel et blanc,
Autour où tout est mort déjà une fois.
Trempé de béton grisâtre, ce délicieux parfum,
Tapi au centre des rochers verts, battent,
Des chevelures grises, disparaissent au fond des flots,
Comme des appâts jetés au hasard de la pêche.
Raisins, coutures, grappes sur l’écaille de ton sein,
Reflètent la chrysalide des nuages sucrés,
Cette myriade au long cercle veineux.
Que revienne la chaleur, l’accroche brûlante,
Les formes de l’étrange aimée,
Car des pierres chaudes fument encore
Derrière les portes des fabriques d’aurores,
Bâtiments noircis des corps qui saignent,
Ton œil, Aube, renversé d’effroi.
MP – 14/06/2019
