La pierre basaltique fourbissait des armes pour l’attente,
Au long des rivières d’argent que la lune pénétrait,
Lumières et traces faisaient du bruit dans les ondes,
Grésillante, la chaleur pleine, vivait, vibrante,
L’oreille était une plaie découpée à l’arme blanche,
Un crocodile bleu, ouvert, en deux morceaux de ventre frais,
Et l’appétit montait dans le cercle de sang.
Depuis les longs tuyaux, enroulés autour du coquillage de mer,
Nous écoutions tomber la pluie sur le rocher,
Taché sur la pierre de bronze reposait un crâne Fendu,
aux deux extrémités en attente d’être pris
Dans les mains habiles des pêcheurs de lunes,
Ceux qui sortaient à peine à la nuit tombée,
Et revenaient à l’aube pendus à des rideaux rouges.
Le poisson femme nageait près du lac à l’eau scintillante,
Creusée d’une intention de nature si forte, la chevelure folle,
Les membres joints en une nage muette, il brillait,
En attendant que passe le temps de l’abîme.
Le soir déploya ses ailes à l’ombre du lac,
Les grandes feuilles de menthe près du rivage,
Lancées par le vent, à toute vitesse, dans les couloirs,
Devinrent plus pâles qu’à l’accoutumée, givreuses et fières,
Les grandes habitations de fer gardèrent enfouies,
Les poitrines nues perlées d’une once de sang doré,
Sous le sable chaud, nageait le poisson femme.
Les fentes de la stèle clignotaient par intermittence,
De vagues chaleurs diffuses à l’heure de minuit,
L’avaleuse d’obscurité, la belle Sirène, bavardait,
Sur le tapis entrelacé, la queue de poisson ramassée,
Près du corps d’écaille à la caresse douce,
Elle vidait sa bouche des couleurs de l’aurore.
Le spectacle dura des lustres vieux, et nombreux attendions,
Nous, pêcheurs de lunes et de mort, la levée de la brume folle,
Dans le visage des feuilles, aux traits d’une rosée mauve.
Avachies sur la pente des solitudes, les pendules à l’œuvre,
Postées depuis l’œil ouvert, les échafauds microscopiques,
Nous attendions la venue de l’eau de pluie, l’odeur de la lavande.
MP – Septembre 2019
