Le chant pour la neige

« Du Cœur, l’Esprit se nourrit
Comme tout parasite –
Si le cœur est Riche
L’Esprit profite –


Mais si le cœur faillit –
L’Esprit s’émacie
Si absolu Ce qu’il
Y puise »

Emily Dickinson, « Du cœur, l’esprit se nourrit » in « Car l’adieu, c’est la nuit. », p.309, Choix, traduction et présentation par Claire Malroux, Gallimard, 2007.

L’eau pure, dans laquelle se penchent les arbres,
la blancheur sacrée du silence,
et le goutte à goutte léger qui tombe des nuages,
le corps reposant dans la neige cotonneuse,
et les yeux levés sur le ciel bleu-diamant,
Plus rien n’existe que le son de l’eau qui coule,
dans les petites rivières douces et cristallines,
parmi les pierres grises, et les herbes si douces au toucher,

Ouvrir la bouche pour happer les flocons,
ces fondus-enchaînés sur les lèvres mauves et humides,
tout autour, la musique de l’eau a transie l’atmosphère,
et les parois glacées des montagnes s’enfuient,
Au loin, se tiennent des bêtes, curieuses, et douces,
ce vent sucré qui virevolte à toute vitesse,
au petit matin clair et gai, quand la porte de la maison s’ouvre,
sur un paysage de montagnes immenses, à l’odeur qui vibre,
tu vois miroiter les rayons du soleil, sur ce tapis d’or,
et de larmes vertes, rouges et bleues,
dansantes au fond des pupilles des enfants,

Il suffit de faire trois pas pour caresser l’or de ce ciel,
dont le tamis a filtré le soleil pur et l’espace,
tout cet espace-temps, filé dans nos esprits-voyageurs,
les mondes naissants à chaque contact,
des mains, des bois, des couleurs, de la pierre et des souvenirs,
cette trace de nous qui pulse au fond de nos entrailles,
bât au rythme des rappels de tous ces autres,
et tes larmes glissantes sur tes joues roses,
sont pleines de reconnaissances et de prières,
quand nous étions quatre, réunis par le lien divin,
la puissance des éléments, les courses contre la mort.

Souviens-toi du seul et de l’unique monde stellaire,
Neiges éternelles, froides saisons, joyeux abîmes,
Il neige encore et chaque flocon est un miracle,
le surprenant mélange d’eau glacial et de froid,
dans une délicate saisie du parfait village,
forme une blanche nuée remplie de nos fantômes,
et cette perspective là me saisit la gorge,
elle fouille en moi l’éternité du cœur qui ne bât plus,
ses dimensions et ses répliques agissent dans nos consciences,
d’être les fils et les filles d’une nature secrète, ouverte et sensible.

Venus des étoiles lointaines qui remuent l’horizon,
les fils du souvenir se tissent sous la terre,
pour former le lien puissant d’une Nature autre,
toujours radicale, autre et étrangère aux hommes,
et la blancheur de la neige est ce creuset ultime,
le fluide délicieux, que je bois avidement,
depuis lequel surgissent des rêves sans réveils,
de grands créateurs de formes, et passeurs de mémoires,
quand tu viens ici, regarde au fond des êtres et des choses,
ils sont là offerts dans un écrin blanc unique,
et la beauté renversante de ce lieu est marquée dans nos chairs.
Avec nous, à jamais, pour toujours …

MP – 28042023

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