Les larmes de vie

« Dans la cour, l’eau coule sur les pavés. Amélie est plantée sous la gouttière avec la larme. Elle regarde l’eau couler dans le ventre de la larme. Dans l’eau de pluie, il y a aussi du vent. Qui pousse des cloches de verre au travers des arbres. Elles sont opaques. Des feuilles tourbillonnent à l’intérieur. La pluie chante. Elle a aussi du sable dans la voix et des morceaux d’écorce. La larme est pleine. Amélie la rapporte dans sa chambre. Elle a les mains toutes mouillées. Les pieds nus plein de sables. »

Herta Müller, « La larme » in « L’homme est un grand faisan sur terre », p.31, traduit de l’allemand par Nicole Barry, Gallimard, 2009.

Le discours et les images, les sons et les gestes qui frappent aux parois,
des monolithes noirs et sans aspérités ou angles d’attaque,
cette musique rapide et brûlante dont la fausse mélodie donne la nausée,
et qui traverse tout les chocs des regards sur l’écran,
là pour des kilomètres de sites, de réflexes et de mouvements inutiles,

est faite d’une accumulation de formes opaques, vides, univoque,
qui presse les esprits vers l’oubli du monde, les affreux fantômes,
ceux qui voyagent par des couloirs obscurs sans fenêtres,
des percussions de signes, des spectres et des chocs sans rencontres,
et se rassasient aux mêmes rivières d’illusions,

le vacarme et le bruit froid venus de cet outre monde,
ont cette capacité d’oppression, la vie, le visage et le désir, mutilés,
le corps aimé, disparu, jeté, inerte, dans le passé,
les visages transformés, et l’attente hésitante remplit de craintes,
quelle est l’espérance qui dort encore dans tes veines ?

Nos rêves en revanche seront solides, ils illuminent et emportent,
la présence à soi dans un monde de vie, vraiment ailleurs,
et j’aimerais pouvoir dormir avec toi, accueilli dans cet havre de paix,
hors des conflits de présence, des grands insectes qui tapent,
à l’intérieur de ce foyer de lumières, de touchers, de musiques, de contacts,

à la frontière protégée, prés des immenses portes fermées,
après l’aurore rose et bleue, tombante, loin avec le plaisir fou qui monte,
quand ta main agile caresse le corps nu d’un.e autre,
et le soleil noir planté dans ton âme, l’astre droit et lumineux,
qui éclaire tes mouvements, ta force, dresse nos vives attentions,

Je te voie, l’enfant aux cheveux noirs, au front penché sur la terre,
concentré sur une tâche de lumière et d’obscurité,
rempli d’attentes folles, de sagesses, et de grandes espérances,
les gouttes de sang tombées sur la page que je lis, maintenant,
signent une sorte d’aveu, de force, de ténacité,

Et sans toi je n’aurais pas vécu, ces nombreux instants éternels,
ces gestes exécutés dans une partition folle, à la mesure de nos mondes,
cette accumulation de forces qui décident, écartent et sanctionnent,
sans toi qui m’abrite, me protège dans l’idée solide du futur,
je n’aurais pas su faire la guerre au milieu,

voir les signes, décider des hasards, suivre les directions, par les accords fragiles,
qui nous rapprochent ensemble, au delà du monde aveugle et inutile,
ces planètes d’une famille, seules, alignées et ensemble,
remuer au fond des astres, lointains et délicats,
ces aspirations droites, folles malgré tout, mais certaines,

l’absolu présent de ton visage qui regarde devant moi,
cette forme gracieuse qui convoque et donne sens, sang et vie,
nos regards jamais changés, la vision du monde, fragile et unique,
la même terreur combattue partout et le courage,
de la vie qui prend forme dans l’espace-temps partout ; une résistance.

MP – 12012024

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