Du vide primitif

« 24.10.14

Afin de pouvoir ne serait ce qu’énoncer une proposition, il nous faut, en un sens, savoir ce qui a lieu quand l’énoncé est vrai (et c’est justement cela que nous représentons). (Cf.4.024.)
La proposition exprime ce que je ne sais pas, mais ce qu’en revanche je dois savoir afin de pouvoir seulement l’énoncer, cela je le montre en elle.
La définition est une tautologie et montre des relations internes entre ses deux membres. 

14.05.15

Le langage est une partie de notre organisme, et n’est pas moins compliqué que lui. (Cf. 4.002.)
Le vieux problème du complexe et du fait.»

Ludwig Wittgenstein, « Carnets : 1914-1916 », p.51, p.100, Traduction, introduction et notes de G.G. Granger, Gallimard, 1971.

Défaire l’expérience de l’envahissement progressif du vide comme angoisse existentielle – espace de clôture égotique et de décorrélation des références possibles aux manipulations d’objets sociaux-symboliques standards ou supposément réglées par les grammaires des mots-signes ; c’est bien remonter par ce chemin thérapeutique ardu, éprouvant, vers l’expérience première de la désintégration du sens dans les amas d’objets passés et futurs, la disparition des mouvements des êtres vivants environnants et la perte des capacités intentionnelles comprises comme visées d’un futur de contacts sensibles possibles.

Il faut rappeler l’existence de ce vide, de cette brèche possible dans l’humanité de l’animal – l’instant cruel de l’angoisse partagé par tous les êtres vivants, humains ou non humains – par de multiples qualificatifs divers, variés, métaphoriques, analogiques, comme une mesure de variation intime de l’expérience vécue ; l’ur-doxa, l’opinion brute et primitive ou le percept brut psychique en deçà du langage, la fuite des références au monde commun dans un espace troué de la mémoire de l’indivis ; une grammaire morte et une trans-activité non reliée, nulle et non avenue, inefficiente ou bien encore l’enfermement d’un sujet-fantôme dans le discours délirant et solipsiste ou l’inquiétude de l’animal. Ici la cohérence grammaticale demeure quand les références aux usages pourvus de sens disparaissent.

Ici le locuteur humain comme locuteur fantôme, figure métaphysique négative, contrastive et importante de la philosophie sociale comme repère et expérience du contact sensible et coopération des présents des inter-actes multi-localisés, a à voir avec la question d’une mise en défaut de nos critères d’appartenance à un monde commun ; plus profondément encore, il s’agit ici d’un écartèlement à l’intérieur de l’âme du ou de la possédé.e (par une vision, par un texte central, par une série d’images, par un film, par une musique étrangement régulière, par un dressage ou par une expérience traumatique ….) Distance critique redoutablement figée, entre l’extérieur expressif encore raisonnablement imprévisible, capable de promesses, de surprises désirables et d’attentes et le désordre anarchique et pulsionnel du dit « possédé » dont les expressions ne rapportent plus rien du monde de ses autres passés – l’étrangeté fait mal et semble détruire les liens sociaux.

Le vide qui possède l’âme et le corps a une teneur primitive pour la raison suivante ; il est radicalement l’ouverture vers une autre vie humaine ou inhumaine – une vie parallèle qui guette toujours en dessous du seuil de solidarités sociales, pragmatiques et sémantiques, en dessous du sens dans un non-sens difficilement accueilli ; la terreur d’exister comme être humain capable de langages et de représentations exprimés par des signes-mots-notes ou des gestes proviendra de la possibilité du ratage ou de l’échec à maintenir le fil d’une conversation ordinaire ou à établir des liens sociaux entre des événements ou des choses, des intentions et des accomplissements effectifs.

Le ratage comme événement ou doublure de l’ordinaire, ici, est l’acmé du vide qui remonte à la surface, les pointes d’une crise de la personnalité in-humanisée, le rabaissement à un non usage primitivement détruit du sens ; là les corps humains sont frappés d’une fixité nouvelle, étrange et tout est éclairé dans une lumière crue, fixant les gestes fondamentaux des liens parcourus entre les vivants qui sont comme arrêtés par le pouvoir d’un Ego-drame qui semble désaligné, défigé et provoque la perte d’adhérences et du contact avec une réalité sociale-symbolique.

Pensons aux films du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki (1957, …) et à son esthétique pauvre, austère, unique et terriblement humaine, qui rend visible les enjeux de l’ordinaire de nos vies ; il y a dans tous ses films un appel du décalage vers l’ordinaire qui a fait le vide quelque part dans les sociétés marchandes ou spectaculaires ; une sorte de distance critique redoutable qui remet au centre de l’attention du spectateur et de la spectatrice, nos capacités à faire sens et à nous exprimer au milieu du fatras matériel et imaginaire du capitalisme et de ses innombrables drames sociaux économiques et symboliques.

Plus qu’une pathologie de la régression psychique ou relationnelle, l’appréhension du vide existentiel – la terreur de l’absence à soi par l’absence de ses autres – qui fait partie de la condition humaine et que l’on éprouve toutes et tous plus ou moins intensément lors de dépressions mêmes passagères, ou de délires schizoïdes ou de confusions verbales ou de malentendus tragiques est un moment critique clés du passage d’une forme symbolique dans une autre ; un KAIROS, encore une fois comme occasion d’agir tout contre – ou en parallèle – d/les circuits écho-fonctionnels adaptés des gestes et des voix, pour des corps et des âmes marchandisés à l’extrême par les mises en ordres brutales de l’exploitation économique, communicante et asociale.

Pensons aussi au film de John Cassavetes (1929-1989) – « Opening night » [1978], comme expérience filmée du choc, du passage et de la transfiguration d’une actrice et d’une femme (Gena Rowlands, 1930-2024) qui sur la scène d’un théâtre ou dans la vie réelle de star adulée par une jeune fan tuée dans des circonstances de son activité de fan ; incarne un rôle à différentes mesures de l’adhérence à la signification (perdue, retrouvée, échangée ou impossible ..) de ses gestes pris dans s/ces rôles. L’angoisse qui monte depuis la perte d’adhérence de ses gestes a avoir avec l’expérience de la solitude solipsiste, contrainte ou non théorisée ou affirmée ; une réalité lui correspond qui est immense, étendue, pure – désincarnée par l’agent lui même éprouvé et figé dans l’expérience du vide, personne ne répond à l’étranger/étrangère de la chambre vide – ou de la scène vide du théâtre dramatique et social – comme métaphore de l’impossibilité du lien de solidarité infra-humain.

Une des leçons philosophiques importantes de cette expérience de la perte des références au monde commun (lors de différents types de crises de la personnalité humaine sous l’effet de guerres, de catastrophes, de désastres ou sous l’effet de dépression, d’emprise psychique, de ressentis absurdes ou de deuil …) est pour tout autres projets d’éclaircissements des rapports à soi manipulés ou « gaslightés » d’un agent humain ; l’incroyable incertitude sur le monde qui s’en suit, la goulée d’air froid et bonne et délicieuse pour un asthmatique sévère ; l’expérience de soi même renouvelée ; après la crise de la perte des références provient la saisissante impression que tout est dorénavant possible dans nos expériences du monde, car tout a été dé-fixé une seule et bonne fois pour toutes ; la liberté de créer est rentrée à l’intérieur de l’expérience vécue de l’indivis, comme une sortie critique, symétrique et enfin définitive des systèmes de représentations autophages issus de l’utopie monstre ou du réel absolutisé et idéalisé des Tyrans.

Et il est très pertinent de revenir toujours à cette expérience de la sidération et de la perte du contrôle et du contact avec la réalité comme incroyable possibilité que le langage de soi même, exprimé ou sorti par la bouche de l’agent sujet d’une certaine expérience du monde (familiale, sociale, symbolique ou professionnelle …) soit le langage du vide ou l’écart du non signifiant, niché entre l’expression (gestuelle, symbolique …) du sujet et l’ordre de la communication de tous ses autres et de toute la société humaine dans son ensemble. Contrairement aux apparences qui voudraient que suite à ce type d’expériences, nous perdrions l’attachement au seul réel imposable ; il faut rappeler toute l’importance de la conduite de la vie humaine et animale, par l’expérience de la coopération sociale et symbolique et l’introduction de la foi dans la connaissance scientifique. Ici le vrai, le juste et le bien restent trois des valeurs fondamentales à défendre – aux prix de tous nos efforts et de notre bonne volonté – en démocratie contre les Tyrans qui dictent le seul récit oppressif et officiel.

Ainsi, il est possible d’utiliser des phrases et des signes-mots en dehors de relations de cohérence grammaticales et logiques rigides prises à l’intérieur d’un supposé monde unique, univoque, uniforme, transparent ; un absolu réel contre lequel se figeraient les langages des sociétés humaines actuelles et cette possibilité là – du dé figement et de l’improvisation libre – gagnée de hautes luttes ou par des souffrances psychiques ou physiques assumées, permet d’augmenter les impressions de la vie ordinaire des êtres vivants, en avançant toujours plus loin dans l’intercompréhension de nos expériences vécues, par la surréalité sociale complexe qui exploite les matériaux symboliques comme des expériences d’engagement et de coopération des sens des signes-mots et des gestes vivants pris dans des situations de jeux de langage.

Cela veut dire être capable de se représenter le langage d’un.e autre que soi, de voir et d’écouter le monde – avec lui/avec elle – dans et par ses yeux, par sa voix, de croiser les perspectives dans les mondes vivants ou morts, dans les situations de travail ou sur la planète Terre. C’est à dire aussi faire l’expérience de la souffrance dans le corps d’un.e autre, ou bien faire en sorte de ménager des espaces-temps où vont s’exercer toutes ses capacités créatives et expressives – (au travail, en famille, ou bien dehors dans une expressivité sociale enrichie …)

Le soin donné à cette distance critique à soi et l’expérience des capacités à prendre le ou les rôle(s) d’un.e autre sont très importants pour la solidité et l’ancrage temporel d’une philosophie sociale et pragmatiste ; ils permettent la réflexivité sociale symbolique et le maintien d’une attention globale, publique, sociale à l’interaction humaine reprise comme un dialogue continu, dynamique et organisé entre le « Je » créateur, dis-rupteur, innovant, le « Moi » repris comme identifiant social biographique – cadre de l’action imputée – et le « Soi » comme dialogue intérieur et coopération d’instances grammaticales, symboliques, spirituelles et sociales.

Le vide impressif est ainsi pris comme espace psychique, pragmatique et sémantique troué, absorbé – vers un ailleurs qu’ici, maintenant et la brutalité de la commande et de la supervision maximales et capitalistes, oligarques et réactionnaires – mais où dans quelles formes des interactions [normatives, symboliques, matérielles ou organiques], un élément stratégique – par une auto-poièsis – permet une dynamique cumulative et créative – par néguentropie sociale – d’organisation et de transformation de soi au travers des cadres sociaux symboliques transformés ; le vide créateur devient une possibilité philosophique d’une capacité empathique, sociale et démocratique par un contraste situationnel, pertinent, explicité et bien compris ; contraste progressif – réel imposable/vide angoissant/- [passage] – vie ordinaire – qui favorise l’émergence de l’esprit, respecte les capacités expressives des êtres vivants et permet le maintien dans le temps et dans l’espace des sociétés d’une forme démocratique de l’agir humain.

Fragments d’un monde détruit – 209

De l’animal humain

« Pourquoi la substance de l’âme ajouterait de la valeur à celui qui la possède ? A moins de supposer l’appoint d’un raisonnement théologique (ce que plus d’un à commencer par moi, estimeraient épistémologiquement inadmissible), aucune liaison logique n’apparaît avec évidence. Une chose immatérielle qui pense peut être dite meilleure qu’une chose matérielle qui ne pense pas à la seule condition que la pensée ait elle-même de la valeur, que ce soit de façon intrinsèque ou instrumentale. Or la pensée n’a de valeur intrinsèque que pour les hommes qui l’évaluent comme une fin en soi, et elle a également une valeur instrumentale pour ceux qui en tirent bénéfice, c’est à dire pour eux.
Pour les animaux qui ne jouissent pas de l’exercice de la réflexion pour lui-même, et qui n’en ont pas non plus besoin pour mener le genre de vie pour lequel ils sont le mieux adaptés, la pensée n’a aucune valeur. Même en élargissant la définition de la « pensée » de telle sortie à y inclure toutes les formes de conscience, il y a toujours de nombreux êtres vivants qui peuvent s’en passer et néanmoins vivre ce qui est pour leur espèce une vie bonne. L’anthropocentrisme qui sous tend l’affirmation de la supériorité humaine traverse de part en part le dualisme cartésien. »

Paul W. Taylor, « The Ethics of Respect of Nature » in « Environmental Ethics », vol 3, 3, (1981), p.197-218.

Buffon and de Sève’s Quadrupeds (1754)

Dans un regard allumé, à minuit, survivent des froides lumières,
des grands mouvements orientés vers le feu dansant,
au milieu d’un monde humain désespérément clos,
quadrillé par des séquences de production de forces de travail,
l’économique sature, tout les gestes et toutes formes aimantes,
et te regarder joyeuse, tournant sur toi même,
me faire la fête comme si c’était le premier jour ;
l’œil pétillant, malicieux, le poil tacheté gris, blanc et brun, noir,
ma chienne d’espérances, d’apaisement et de joies,
et perdre cette animalité est comme perdre son humanité,

les deux contactés par une étrange alliance de formes,
quand je regarde ton beau visage amie inconnue,
tes grands yeux noirs m’observant dans le jour finissant,
le pâle sourire qui descends sur tes lèvres,
j’ai l’impression de revivre un instant,
hors des vies d’automates aux circuits réglés de gestes,
fonctionnant presque en mode mécanique,
et je pense au « Zoon Erotikon » à la force du désir d’aimer,
je la voit dans les déplacements furtifs du renard ou du loup,
dans l’attachement surprenant d’une chienne et d’un chat domestique.

Aimer la Nature comme une totalité de forces et de désirs de vivre,
comme une part essentielle de soi même …
Pouvoir souffrir dans le corps blessé d’un.e autre,
par la capacité empathique, la puissance de la relativité,
toutes perspectives rentrées les unes dans les autres,
formant un écosystème de diversités et d’interdépendances,
pouvoir aimer dans le corps désirable d’un.e autre,
et écouter le son que fait l’oiseau qui chante, et qui répond
à un autre oiseau plus loin ou plus proche,
leurs cris mêlés dans une conversation continue de gestes,
se remplir les poumons d’air non vicié, dés l’aube humide,

et profiter d’une attente complexe dans les promesses du contact,
lever les yeux au ciel et se perdre dans une bleuité immense,
remarquer les nuages effilochés comme des formes hasardeuses et divines et cette musique de l’eau d’une rivière qui coule, tout près,
en dessous d’un guetteur de mouvements, un faucon splendeur,
si vulnérable et si beau, et je suis là moi humain,
vivant dans un cube de béton, à l’étage d’une tour immeuble,
posée au milieu d’autres surfaces de bétons,
prés de supermarchés criards et dégoulinants d’électricités,
les yeux remplit de merveilles, la mine étonnée et réjouit,
à l’intérieur du seul monde vivant qui me protège,
moi l’étranger, l’urbain de tous les jours, de toutes les nuits,

je comprends l’entrelacement des êtres et des choses physiques,
les êtres vivants comme toi – chienne, vache, poulet, oiseau, lapin et moi – humain, et ceux qui disent que vous ne pouvez pas vous représenter le monde, comme nous le faisons nous humains, trompent et mentent,
pour ceux là, les faussaires de nature, vous êtes sujets,
assujettit aux mondes du feu, du média, de l’acier, du béton et de la viande, objets rentrés dans l’abattoir pour être découper en pièces monnayables, puis cellophanés, vendus en morceaux informes sur les étals, pour celles-là les industries de la destruction, vous êtes des ressources à exploiter dans des chaînes de production alimentaire, nourrir les hommes terrifiés par la mort et le silence infini, massacrer par milliards les vivants non humains.

Vous êtes réifiés, dressés et vendus pour être découpés, traits, saisit,
expurgés d’une possible vie vivante et sauvage…
Et devenir sien dans la perspective d’une bête, d’un animal,
c’est devenir soi même capable de compréhension,
tisser les liens uniques qui fondent une forme vivante,
et voir dans le visage d’une femme aimée, dans ses regards brillants,
l’espèce d’animalité douce et fière, qui brûle en surfaces …
Non pas objets des destructions, ni sujets des industrieux pouvoirs,
mais formes humaines et animales, synthèses de nature et de culture,
mouvements vivants qui passent et transforment – à travers le Temps, et qui dessinent par les gestes, les cris et les chants, les contours de nos sociétés, nos lieux de vie et de mort.

MP – 31052026

Modus Momentum

A quels moments du Temps comme présent ou locus de contrôle de dimensionnement de l’action collective et du récit que fabriquent les sociétés de vivants – ce récit qu’elles se proposent d’elles-mêmes, à elles-mêmes et à l’intérieur d’elles-mêmes est rendu possible le changement social de masse ? A quelles occasions de changement et de trans-formation intervient, arrive, surgit, est comprise ou liée une possibilité de trans-formation future – à quel moment du temps, se saisir d’un « KAIROS » comme occasions d’agir centrales et multiples à la fois ? Comment se saisir de ce KAIROS devient un geste politique fort, décisif d’une possible capacité de transformation critique des formes sociales-communicantes installées dans une histoire et un espace-temps relativement déterminés ? Ici la notion de « Modus » appliquée au moment de l’intervention philosophique critique est importante comme « Modus Momentum » ou détermination d’une possibilité critique spatio-temporelle émergente à l’intérieur de la transformation des sociétés de vivants et ce « modus » comme modalités de l’action collective construites autour de l’inter-acte comme unité opérative de changement est important à un moment donné ou hérité de l’histoire ou bien à un moment dont la criticité est telle pour la survie de sociétés vivantes qu’elle frappe par ses nombreuses évidences terminales (Vie, Mort, Amour, Haine, Destruction, Habitabilité ou Soin) qui vont orienter naturellement ou socialement les réponses organisées des vivant.es et des humain.es.

30/05/2026 ; le moment critique qui redonne au présent, un contrôle philosophique complexe, important, sur le passage du Temps dans sa triple lecture traditionnellement et faussement linéaire ; passé, présent et futur est ce moment de la potentielle destruction des habitats des êtres vivants sur la Terre ; ce moment là fraye – ou bien a à voir – avec les évidences terminales des vivant.es ; en ce sens là de la capacité critique de transformation des sociétés humaines (parce que dans l’anthropocène, les activités humaines ont des impacts écologiques massifs et destructeurs des écosystèmes des vivants et de leurs propres possibilités de survies en tant qu’humanité et animalité) ; le moment « KAIROS » est parfaitement là, historiquement ajusté à l’incroyable nécessité politique de basculer d’un monde à l’autre, de l’hyper-capitalisme de prédation et de la guerre des ressources [dans un capitalisme de l’infinitude – IAG – et de la catastrophe organisée] vers les biosphères coopératives et le mouvement de transformations sociales symboliques des mondes de la vie. En faisant du déni climatique un acte criminel et écocidaire bientôt sanctionné par un régime de protection des droits et des expressions naturelles des vivant.es, nous organisons des directions d’interactions collectives, juridiques et médiatiques, recentrées sur la seule problématique de l’humanité en 2026 – la seule qui vaille la peine de se dire encore « Nous Humanité » à l’intérieur des mondes vivants et des calculs des machines-outils de type IAG ou autres – . la problématique de la survie de l’espèce et des désastres anthropologiques et écologiques.

Non pas l’adaptation quasi symétrique ou l’ajustement des organismes à leurs milieux vivants étant donné que le milieu vivant se dégrade, perd en capacité de régénération et que par une interaction adaptative ou évolutive les organismes perdent eux -aussi en réponses, leurs capacité de survie, de réflexivité et de régénération, mais l’atténuation globale, complexe, multi-scalaire, multifonctionnelle de la dégradation des environnements [températures, sols, eaux, énergies, biodiversités], à l’intérieur d’une géo philosophie, d’une anthropologie sociale de la communication et d’une philosophie pragmatiste de l’action, de l’esprit humain et de la société. Si les activités humaines sont principalement responsables de la dégradation des qualités de vie des biosphères, l’irresponsabilité éthique majeure des humain.es en 2026 se situe clairement du côté des systèmes capitalistes de prédation qui sont construits de manière interne et malheureusement très solide, sur l’extraction de ressources – leurs capitalisations et leurs accumulations et marchandisations complexes – et les compétitions internationales d’entreprises multinationales, à monopoles de circuits sociaux symboliques d’interventions, qui collectent des biens/marchandises, fabriquent des contres récits, pillent et détruisent les ressources de territoires entiers de la la planète Terre en toute impunité et avec l’encouragement des actionnaires ravis de dividendes assurés et versés très régulièrement (capacités individuelles et collectives de survie d’un lieu (x,y), habitabilité possible d’un lieu et d’un temps pour des êtres vivants).

Le moment critique est le « Modus Momentum », il est le moment d’une culture de masse écologique – naturaliste et sociale – et fonctionnellement orienté vers l’angoisse de l’évidence terminale des êtres vivants (Naissance, Vie, Amour et Mort) ; il s’agit d’une capacité à survivre dans un milieu naturel et social simultanément, un milieu bouleversé dans ses intérieurs sociaux vivants par le capitalisme extractiviste et fossile. L’apport de la philosophie sociale pragmatiste d’un grand nom de la Philosophie américaine et de l’école de Chicago – George Herbert Mead (1863-1931) – est de nous enseigner en éthique sociale et environnementale, la notion de « socialité de base », c’est à dire dans ses conférences CARUS sur le temps (1932), de rappeler la profonde pertinence de la relativité d’une certaine conception évolutionniste – un naturalisme social et une objectivité des perspectives relatives à une situation donnée ; cette relativité ou cette capacité très ubique d’être l’autre en même temps que soi même, d’être l’animal (cochon, bœuf ou poulet) qui souffre exécuté par milliards de pièces transformées, chaque année et en masse par les abattoirs industriels, en même temps que l’individu qui se nourrit de sa chair, d’être un citoyen européen vivant dans une démocratie libérale encore en état fonctionnel (administratif, économique, culturel ou social) d’assurer une certaine liberté et une sécurité à ses citoyens, ou bien de vivre dans un régime totalitaire ou en voie d’autoritarisme (Chine, Russie, ou l’Amérique MAGA et Trumpiste …) qui nie le sens des mots-signes et organise la réécriture permanentes des faits qui arrivent, se construisent par l’Histoire, comme un monde déjà là refusé, nié en bloc par le négationnisme climatique par exemple, la répression des dissidences intérieures ou bien la xénophobie d’État.

Choisir le moment critique ou parier sur les actions de transformations massives résultantes de la nécessité de sortir une bonne fois pour toutes de l’hyper-capitalisme de prédation, revient à vivre le combat pour le futur du XXI siècle , i.e. permettre de faire advenir les logiques psychologiques et politiques de l’espérance, les organisations humaines et les biotechniques complexes – toutes pragmatistes, délibératives et expérimentales, – de transformation de soi même dans des autres qui souffrent ou aiment ou bâtissent ou survivent ailleurs mais toujours dans/sur une même planète Terre ; cette capacité de transformation dans une solidarité de destins, est une capacité de transformation de l’esprit économique capitaliste traditionnel en des organisations humaines diverses qui vont enfin prendre la mesure des défis environnementaux, c’est dire mobiliser en masse en rémunérant les actions justes et bonnes (en dehors de la valeur du salaire ou du prix de la force de travail achetée par le capital). Pensons ici au revenu universel d’existence qui sera le seul moyen de mobilisation de masse pour engager les travailleurs et travailleuses dans un travail manuel, cognitif et affectif complexe – qui aura enfin du sens – d’atténuation des effets du changement climatique (construction d’habitats adaptés, ingénierie bio-climatique, dépollution de milieux industriels, fermetures de sites d’extraction et réhabilitation de zones sauvages naturelles, soins aux plus vulnérables, créations d’expressions libres …)

Ici la capacité de mobilisation de masse face aux désastres et aux catastrophes engendrés par le changement climatique est une question véritablement centrale qui appelle la responsabilité éthique des leaders de mouvements politiques, médiatiques, sociaux, culturels et économiques ; nous sommes appelés à survivre ensemble ou à disparaître lentement – seul(s) à seul(s) – dans des souffrances et des isolements terribles et l’extrême droite globale et l’hyper-capitalisme de prédation porteront – sans nulle doute – la charge de la responsabilité éthique de cette destruction. Il est ainsi sidérant d’assister à ces cirques médiatiques et numériques ; réseaux asociaux traditionalistes et TV médias Bolloré ou Stérin en France … – organisés par le système économique capitaliste dominant pour promouvoir des agendas politiques verrouillés complètement par des sujets de pseudo-controverses faciles, payants en terme de votes et de pratiques d’entre soi ; l’immigré potentiellement dangereux, musulman ou juif de préférence, la protection du pouvoir d’achat des français qui travaillent, la sécurité des biens et des personnes, l’identité nationale et la culture homogène du groupe social-symbolique, la défense de la propriété, …

Le déni et la violence contre les militant.es écologiques et socialistes – qui se placent dans le tourbillon politique du « Modus Momentum » sont l’indice d’une même fabrication de l’importance de paniques morales et de propagandes toute orwellienne ; on en vient à nier des faits scientifiques, non l’homme n’a rien avoir avec le changement climatique, celui ci est une invention des gauchistes et des wokistes pour mettre à mal l’homme blanc et attaquer l’emploi industriel, le mode de vie chrétien ou musulman et critiquer un ordre naturel des fonctions humaines (biologiques, sociales et symboliques) la « Tradwife », l’homosexuel inverti et malade, l’arabe incapable de survivre hors des colonies, le noir ou le racisé inférieur politiquement. Choisir le moment critique contre les formes sociales capitalistes de la nécrose (facho-sphères, masculinisisme, virilisme imbécile, catholiques traditionalistes, islamisme conservateur anti-femmes, anti-gays, juifs colons d’extrême droites …), par dégradation irréversible des milieux sociaux-vivants ; c’est là le « KAIROS », le moment opportun ou l’occasion d’agir complexe par l’organisation enfin éthique des interactions collectives de réponses organisées dans les Institutions ou hors des Institutions dans et hors les espaces publics médiatiques, c’est à dire au final toujours promouvoir l’orientation politique humaine par des forces de vies qui luttent et trans-forment par des façons complexes et difficiles les sociétés, contre des forces de mort, d’origines mythiques et enfermées par une terrifiante fixité (E. Morin).

Fragments d’un monde détruit – 208

Soleil meurtrier

« Nous savons que la persuasion subliminale provoque des réactions plus fortes que la raison elle-même, car elle opère dans le centre émotionnel qui se déplace dans un système plus fort. Ce que nous devons également savoir c’est que nous allons nourrir ce centre mystérieux. A quel point notre système émotionnel est corrompu n’a pas d’importance car toujours dans tous les êtres, il y a un noyau qui reconnaît ce qui est vrai et ce qui est faux. »

Leonora Carrington, « Animal humain femelle / Female Human Animal » [1970] lié au tableau «  Le Jardin de Paracelse / The Garden of Paracelsus » [1957] in « Léonora Carrington : Paroles d’Artiste », p.36, Fage éditions, 2024.

« Spectra of various light sources, solar, stellar, metallic, gaseous, electric », print by René Henri Digeon; plate IV in Les phénomènes de la physique (1868)

« Dans les sociétés de contrôle à haute intensité, il n’y a pas de place pour les demi-mesures, les lâchetés collectives, les échecs, les retours hasardeux en arrière, tout ce qui est fait est fait pour la santé d’un corps et l’écologie d’un esprit bien adaptés et forts. »

Regarder l’intérieur des forces, sur les écran audio-visuels, ne pas voir, le défilement des mondes imaginaires, audio-sculptés par les Tyrans,
des nuées d’images cyber-actives, en forums, spatiaux, numériques et dynamiques,
et ne pas voir c’est simplement réinvestir les grandes structures de froids, là où l’air circule par des gaines métalliques, là l’air conditionne les survies,
les structures posées au milieu des enfers de feux et de poussières,
oublier le monde tel qu’il était avant et promouvoir les sélections sociales,
les exécuteurs de lumières, ont donnés des ordres, ont fomentés des valeurs, pour que survivent les masses d’élu.es, il fait froid aux refuges et il y fait bon vivre …

Seules les élites peuvent survivre, ici, maintenant, dans des zones tempérées, l’importance de nos vies provient – « On » le sait toujours – des murs d’indifférences ; les murs sociaux, géographiques, numériques, psychologiques ou politiques, leurs présences sont rassurantes, par le retrait dans la zone vitale, sécurisée,
nous vivrons et échapperons à la boule de feu qui fixe et tue ;
le centre de la mort au milieu des déserts et des forêts de cendres,
les murs découpent le dedans et le dehors, la vie possible et la destruction certaine,
les murs sont nos amis, ils nous rassurent et protègent les frontières …
On entend plus rien venu du dehors, au delà des rêves des machines,

Et cette scission à l’intérieur de chaque être est devenue la norme,
elle résulte du processus d’indifférenciation complexe, total, insidieux ;
« Tout ce qui existe n’est pas ce qui existe pour moi » …
Et « Je » ne vis que par les conditions d’existences prévues par les maîtres, dans ce filtre ultime égotique, stationnent des souvenirs refabriqués,
le récit de la victoire sur le soleil, l’exclusion des âmes dégénérées,
l’élimination des malades, des dissidences, des folles et des fous,
tout ceux là du dehors ont été supprimés, notre contrôle est parfait,
les corps capitalisent de l’expérience dans la zone vitale,

ils sont branchés aux outils de surveillance ; santés mesurées et diagnostics,
leurs hygiènes doivent être parfaites, « On » ne tolère plus les maladies, la vermine, la police sanitaire fait son travail avec sérieux et grande rigueur,
le lointain a été effacé des mémoires sociales, des langages du pouvoir … Vivre parmi nous, devenir indifférent, rentrer en soi-même dans son Égotique terrier,
et tout est prévu pour la santé de l’âme ; le langage est fabriqué, surveillé, commis aux services des maîtres, seule compte l’identification des bonnes conduites, des frères et sœurs, élu.es.

Et chaque mot est épié dans la bouche de celui ou de celle qui parle,
on entend plus de sons discordants, aucun écart de qualité,
la forme d’esprit recommandée est la forme normée, écologique ou standard, elle doit « performer » les systèmes bio-symboliques du pouvoir,
devenir la voix de son maître, persuader les récalcitrantes ..
Dehors, il n’y a plus rien, le récit officiel raconte l’absence de choix,
la contrainte naturelle, la nécessité psychologique et politique des lois de nature,
il n’y a que le soleil meurtrier et le meurtre du soleil ; ce double mouvement,
Bâtir les refuges à été un chantier de titans, il a fallu exploiter et tuer …

Avant les seuils à 50°C subsistaient quelques fragiles et indescriptibles espoirs,
d’organiser la vie autrement, hors de la direction totale unifiée par les Tyrans, on avait rêvé des dispersions libres et des zones autonomes,
des énergies maîtrisées, des coopérations sociales complexes
dans les premières bio-sphères coopératives,
les diminutions des empreintes carbones, le respect de la diversité du vivant,
des programmes de décisions complexes avaient été menés,
les sphères écologiques construites au milieu des vagues de migration, les réfugiés climatiques, la limitation démographique,

on avait projeté le rêve d’une Terre survivante, au delà du présent,
par les sciences du climat, l’éthique sociale-environnementale et les sciences de l’action, les guerres de ressources, la cupidité par l’argent, le repli sur soi,
et les violences psycho-sexuelles ont été terrifiantes,
dans les perspectives des maîtres, seule l’élite a le droit de jouissance et de survie.
Les faibles, les ratés et les malades – organismes inutiles – sont naturellement supprimés,
il faut décider du niveau du mur d’indifférence, sa morale et ses normes et cette opération philosophique complexe ; provoquer l’indifférence de masse, les joies diffuses de l’indifférence, dans la psyché conforme du pouvoir,
remonte à loin, aux organisations du travail, aux styles d’appréhension de ressources ;
extraire, capitaliser comme un savoir de la collecte et du néant …

Toutes ressources ainsi exploitées jusqu’à la nausée des temps et des corps blessés.
Comment faire vivre des populations et des êtres vivants sous 50°C …
A quoi bon lutter contre les pulsions sexuelles et les pulsions de mort … Les territoires négatifs ont été inventés, les Médias officiels les ont construits,
ce sont des zones opaques, refusées dans les mémoires de masse,
leurs actualités sont délirantes, elles ne répondent plus à rien de vraisemblable,
ces territoires sont commodes, rien ne s’y exerce ou ne se promet ; ni les droits humains, ni les capacités de survie future, ni l’économie de subsistance .. Le soleil meurtri la peau, enserre les corps d’une chape de plomb douloureuse,
il est partout présent comme un astre de vie et de mort.

MP – 23052026

La peur de la lecture

« Fear of reading. Fear of disappearing. »

L’espèce d’appréhension commune presque enfantine devant des signes couchés sur une feuille de papier et/ou circulant sur un écran informatique ou télévisuel provient non pas seulement de la complexité de la tâche cognitive de déchiffrement des signes et d’appropriation des sens des phrases comme unités de compréhension – graphèmes, morphèmes et phonèmes – mais aussi à l’évidence parce que lire c’est rentrer en contacts sensibles avec l’autre, dans des interactions cognitives, sociales, culturelles ou affectives parfois redoutées avec des formes figées ou dé-fixées sur des supports dont l’enjeu est de délivrer du sens depuis un temps et un espace T.X passés, présents ou futurs et dans un espace-temps de réception ou d’accueil du sens. La forme d’incarnation de soi par des suites de mots et l’unité de la phrase impliquent l’exercice de cette capacité de reproduction intentionnelle – atopique – ou la mise en interactivités d’espace-temps hétérogènes et relatifs à des expériences historiques de vies et de morts et formalisées de façon cohérente par une écriture et une lecture situées. La formidable expérience de lecture pour des textes aux attentions (re)prises par l’imaginaire de l’auteur.e et sa capacité de transformation symbolique des images mentales est alors pleinement en phases avec le spectre de critères d’une intercompréhension sociale, réussie depuis un centre créatif vers des périphéries (devenues elles-mêmes centre(s) irradiants du sens, par la diffusion des formes livres).

Comprendre est en effet ici le lieu et le moment d’une puissance de reproduction sociale, hétérogène et intersubjective de contacts ; le processus de partage d’une forme symbolique en mouvement (Sartre) par la lecture réussie et dont les traces sont les signes symboles assemblés sur les portées des livres partitions. Si l’empreinte acoustique des mots est importante pour aiguiser l’imaginaire, elle l’est d’autant plus car elle fait partie de l’éducation première des capacités de déchiffrement des enfants ; la phrase rappelle une expérience vécue même fragmentaire ou partielle, elle est l’impact – audio-fixé – de cette grande forme en mouvement qui circule dans les imaginaires sociaux symboliques d’une société humaine et dont les interactivités ont du sens en lien avec cette capacité de transformation des sens des phrases (écrites, parlées, dessinées, chantées ..) par des voix humaines. Et cette capacité d’incarnation d’un texte dans la vie du lecteur, provient d’une même attention extrême portée par l’auteur aux écritures mêmes de ses parties presque organiques – phrases, mots, images, sons … La lecture est une affaire humaine spéciale et supra temporelle au sens d’une série d’expériences vécues transmise par des mots signes rentrées dans une cohérence formelle au travers du médium livre.

D’où provient alors la peur de la lecture ou l’espèce d’ennui et de fatigue provoquée par cette difficile entrée dans les mondes étrangers, créés par un livre ? Quelques témoignages autour de soi de non lecteurs ou de réfractaires décidés aux lectures de livres montrent (1) l’ennui immédiat provoqué par la pauvreté du médium – son austérité même – des signes alphabétiques couchés sur une feuille, rien autour, que la blancheur du papier et le contraste pauvre et pur en noir et blanc – (2) l’absence de stimuli audio-visuels donc comme des images, des musiques ou des récits déjà fabriqués par exemple dans un jeu vidéo ou au cinéma. Il y a là une certaine déception quand à la passivité attendue ou refusée de la réception des sens de la forme médium livre ; lire c’est une coopération formelle, symbolique et sociale, de l’auteur.e vers ses lecteurs et lectrices. Il y a là une sorte d’accord passé dans l’étrangeté, l’austérité, la passivité et la surréalité d’une forme d’expression interactive qui vise non pas seulement à divertir mais à transformer la forme du monde par le choc des passages de l’écriture et de la lecture. La communion invisible de la lecture impose une forme médium essentielle qui respecte le retrait intime de chaque être humain – la protection de soi au delà des fracas du monde – et fait de la capacité d’expression un moyen d’interactions symboliques, gestuelles, primitives et complexes et une fin décisive de transformation du monde humain.

Mais la peur de la lecture peut provenir aussi d’une crainte panique quand aux surveillances par la fixité du mot et de la phrase qui une fois pris dans la feuille ou creusés profondément dans l’écran dans un temps et un lieu indéterminés, figés et presque éternellement convocables, repose la question philosophique d’une possibilité de l’archive de l’humain ; la question d’un contrôle politique exercé depuis l’extérieur d’une forme écrite ; l’alphabétique terreur, l’appréhension du tout numérique ou bien la manière d’exister recommandée – totalement par le pouvoir despotique de l’écriture – aux femmes, aux enfants et aux hommes qui, en tant que corps expressifs ou âmes humaines devront supporter les signes couchés sur des feuilles ou reportés sur des écrans de surveillance i.e. transporter leurs sens en situations par leurs voix incarnées et leurs gestes symboliques. La lecture est donc aussi une expérience éthique, artistique et politique, elle invite chacun et chacune à se poser la question de l’étrangeté d’une forme figée sur un support multimédia et censée faire état du monde comme il est pris dans une expérience vécue différente de la sienne. On à là par l’éducation à la lecture – la littératie – aux médias, à l’information scientifique et technique (IST) ou journalistique et politique, un axe de réflexion central et pivot de la possible promotion de la forme démocratie dans nos sociétés libérales et humaines ; la capacité ubique de transformation d’un monde ; être ici et là bas au même moment de la lecture découverte, passion, voyageuse ou créatrice …

Dans la lecture comme à l’intérieur d’une aventure humaine, il y a à l’évidence commune cette incroyable recueillement ou isolement temporaire dans l’oralité du texte qui murmure sur nos lèvres et les dialogues, les récits et les paysages qui s’invoquent ensemble en silence, majestueusement, comme par une prière surnaturelle ou bien le suivi d’un rite social fantastique ; et cette ritualisation de l’acte de lecture est très importante parce que lire c’est devenir autre du point de vue d’un texte témoignage ou récit de vie ou fictions – une forme historique inscriptible qui s’oppose à la vacuité de l’oubli et au rien du temps qui passe – d’une expérience vécue du monde autre ; ainsi il arrive que certaines expériences de lecture vous (dé)coupent du temps immédiat et vous emportent comme en retrait voulu et provoqué, dans un entre-deux mondes (le proche et le lointain ; le mort et le vivant ; le passé et le futur). Ici la littérature est un moteur de transformation critique par sa capacité sociale et symbolique à décrire précisément des expériences vécues hétérogènes, très différentes et ceci de façon subtile dans différents genres littéraires (biographiques, fantastiques, historiques, de science-fiction …) et par différents styles d’exécution d’une forme d’écritures (le roman, la nouvelle, l’essai, le poème …) Mais il faut retenir cette solitude sociale de la lecture – l’énigme paradoxale du sens ; la voix et le silence – au sens d’une expérience partagée au delà des corps physiques dans les capacités d’expression communes des âmes humaines ; celles qui lisent sont plus avancées sur les connaissances et les expériences vécues du monde parce qu’elles acceptent de recevoir – et de tenter de comprendre dans la pauvreté essentielle du médium et les différents usages des phrases pourvus de sens – toutes les expériences des mondes d’un.e autre qu’elles-mêmes.

Fragments d’un monde détruit – 207

L’agir créateur

« J’aime une vie palpitante,
qui pétille et enfle et déborde.
Sans cesse l’essor et la chute,
un désir qui jamais ne s’apaise.

Sans fin l’ondoiement et l’audace
sur une route instable, périlleuse.
Sur une barque frêle et légère,
enlevé par les vagues de la joie

Et si la déesse un jour, incline la balance,
et déchire ce qu’elle tissa avec douceur,
je fermerai les yeux et dirai sans défense :
« j’ai aimé, j’ai vécu ! »

Rainer Maria Rilke, « J’aime une vie palpitante » in « La Vie et les Chants : suivi de hommage à Rilke par Robert Musil », p.83, traduit de l’allemand et présenté par Gérard Pfister, Arfuyen « Neige », 2026.

J. M. W. Turner, Light and Colour (Goethe’s Theory) – The Morning after the Deluge – Moses Writing the Book of Genesis, 1843

Les rangées d’automates montés sur les chaînes des Empires,
par des fabriques d’airs entendus et de conformités,
il ou elle a l’air de se dire ; « identifie moi, je t’en prie … »
le corps toujours égal, avide de leurs apparats,
« identifie moi et je serais désirable, unique et pareil que toi … »
la vie s’est réfugiée ailleurs et les regrets s’amoncellent,
comme des nuages gris qu’enveloppe le ciel,
dans les têtes bêches, les exécuteurs d’ordres,
obéissent à des routines complexes, des grammaires mortes,
l’air est si froid tout autour de leurs mondes privatisés …

Je me souviens du passage vers une autre vie,
dans cette chambre vide formée d’absences et de retrait,
de toutes intentions d’objets, de toutes socialités,
il y avait ce grand rien qui remontant au milieu,
au cœur du vacarme électrique, des vagues de sons,
faisait paraître tous les objets comme blanchis ou dévidés,
le creux ainsi creusé à l’intérieur des gestes,
vous emmenait plus loin, plus près du soleil de minuit,
la perte de contact temporaire était une bénédiction,
il fallait voir le tableau d’ensemble, l’horizon nouveau,

et les hommes du pouvoir stationnent dans leurs débarras,
leurs yeux blancs effacés fixent des lignes d’infinis,
il faut voir comment ils s’y prennent,
pour former des familles, des petites sociétés,
murées dans des indifférences savamment entretenues,
et le ciel de charbon a pourrit l’intérieur du soleil,
ses rayons autrefois vifs et lumineux,
ressemblent à des filets de pêches sales et broussailleux,
il n’y a plus rien à voir, à sentir ou à goûter dehors,
car dehors est une catégorie éliminée de l’action,
il reste seulement les intérieurs factices, les mises en cellules,

Je me souviens de la décision de fuir, de dire non …
l’espèce d’exil imposé aux choses, à leurs intentions,
la distance qui devenait mon amie proche et lointaine,
le regard détourné des dedans, de toutes leurs irrésolutions,
Il fallait vivre autrement, survivre au milieu des conformités,
ramener l’espace du lien vers un autre espace lumineux,
habiter le temps des projets et des créations folles,
mener des conversations décalées ou subversives,
payer au prix fort, la décision éthique de devenir autrement,
à l’intérieur d’un monde hérité et créée de toutes pièces,
une machine de guerre, un espace-temps où dieu me parle ..

Ils fuient les temps d’exil, et veulent prendre du plaisir,
ils recherchent le plaisir pour lui même et consomment,
et leurs mondes infiniment clos, commencent à brûler,
on voit les feux multicolores depuis les êtres-frontières,
sous la pression des arts dégénérés, des puissances de joie,
on entend leurs langues ramper sous les ponts et les champs,
s’emmêler par des moutons de poussières,
elles produisent des séquences-types aux kilomètres,
des actions enfermées dans les spectres et les prisons,
et l’esprit qui anime la cité perdue est l’esprit du rien,
le spectre-Nihil ou la perpétuation des modèles ;
domination, dualité, hiérarchie, argent, classes, races ..

Je me souviens m’être dit en silence ;
vais-je pouvoir aller jusqu’aux finalités de ma vie ?
Vais-je devoir régler le prix des errances, des égaré.es ?
Chercher les âmes sœurs, les bonnes volontés,
devenir un autre monde imaginé, veillant sur les choses et les êtres vivants, quittant les murs de la cité, laissant derrière soi,
le confort et la sécurité des liens pourrissant ;
pour devenir ton messager, il a fallu du temps, père,
un temps de recherches, de doutes et de dévastations,
et « quelques fois j’ai comme une grande idée »
et cette idée est un agir social pragmatique ; il deviendra formes, solidarités et situations politiques incarnées …

MP – 15052026

Des infos-sphères inhabitables

Les expériences des entrées disparates, hétérogènes – parfois difficiles – dans les sociétés de l’information et de la cognition – les sociétés de contrôle avancé – pour des jeunes adolescent.es montrent un certain type de droits à une information fiable, une interrelation cohérente et de référence, étudiés pour ce qu’ils doivent nous interroger – « Nous » communauté humaine d’adultes – sur la capacité des systèmes informationnels à bâtir des dynamiques de connaissances et d’expériences différentes du seul monde vivant. L’offre pléthorique de sources d’informations (l’infobésité si elle est une caractéristique du capitalisme linguistique et cognitif par le trop plein et les effets de saturation, en tant que rattachée aux sphères informationnelles, est un effet de l’épreuve de la sélection de la pertinence et de la fiabilité des sites Web, des organes de presses, des pure player, des Institutions, des réseaux sociaux pour un être humain isolé qui souhaite s’informer sur l’état du monde et des affaires humaines en 2026 …) amène la question de la relativité contextuelle et historique au centre de cette dynamique interne de l’information comme ouverture ou fermeture dans et vers les mondes des faits, des interactions et de la fiction. Une information est abstraitement une différence injectée à l’intérieur d’un écosystème de flux et de mise en ordres, en tant qu’elle est digit ou bit-unité qui déstabilise et restabilise la cohérence d’un certain type d’ordres immanent à un système comme interdépendance des parties au tout, frontières homéostatiques et production de nouveautés et de sens en continu relativement aux récepteurs et émetteurs de messages. Sa valeur réelle provient de sa rareté à un moment « T » du temps d’évolution du système d’interactions sociales-symboliques étudiées et en tant que valeur « rareté », l’information pertinente possède une capacité différentielle à créer de la nouveauté i.e. une tendance à modifier les directions d’un système de contrôles et de réflexivités organisés par les contacts multiples entre les êtres vivants, les signes-langages interactifs dans lesquels ils vivent et s’expriment et leurs milieux sociaux naturels ou économiques.

« Une information est une connaissance communiquée par un message transmis par un individu à un autre individu. L’information implique donc la communication, c’est à dire un échange d’informations entre deux ou plusieurs personnes. L’information implique aussi un code commun de compréhension du contenu communiqué. Ce code concerne à la fois la forme du message et sa signification mais les deux peuvent être traités séparément, la forme étant constituée par le support physique du message. […] » (« Dictionnaire de l’Information », entrée rédigée par Paul-Dominique Pomart, Armand-Colin, 2004). Dans cette acceptation par le code, la communication comme capacité technique, naturelle ou organique à transmettre un nouveau sens – une Information – s’appuie sur une certaine forme physique, sociolinguistique, économique – un codage – ou un support d’inscription et de contrôle de données dont les enjeux et les buts sont la transmission réussie pour elle-même ; en ce sens les dynamiques de fonctions internes déployées par des médiums comme intermédiaires et moyens d’expressions achevées et des médias comme organisations économiques de production de l’information ; se recoupent à ce centre de gravité décisif qui est la capacité technique ou expressive de médiation et de transmission de messages d’un système d’ordres à un autre système d’ordres, d’une organisation culturelle humaine à une autre organisation culturelle humaine, d’humains vers des machines (et inversement), d’êtres vivants vers d’autres êtres vivants. Norbert Wiener nous apprends à bien distinguer le caractère primaire – la recherche d’un équilibre homéostatique pour un organisme vivant – des caractères secondaires des moyens de communication en prenant en compte toutes leurs dimensions économiques dans les industries de l’information (groupes de médias, presses digitales ou papiers, réseaux d’affaires, marchés de producteurs consommateurs, télévisions, réseaux numériques, industries culturelles et créatives …) (« Information, langage et société » in « La Cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine », [1965], Présentation de Ronan Le Roux, Seuil, 2014).

La question philosophique posée par la capacité de supporter et de véhiculer – en les médiatisant – des milliards de lignes de transmission d’informations dans un monde numérique hyperconnecté est faite, dans les perspectives de l’interaction sociale et symbolique et de la littératie, de cette épreuve de l’intercompréhension entre plusieurs organismes, organisations sociales et culturelles, institutions, séries de machines (réseaux d’ordinateurs interconnectés, Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) …). L’épreuve qui consiste à sélectionner les sources d’informations, à repérer leurs colorations idéologiques, leurs types de production rhétorique à l’intérieur d’une exploitation sémiotique et sociolinguistique des signes capitalisés sur des supports est une épreuve de la signification différente, heurtée – par la critique de corpus et l’isolement des différences sensées –  ; repérer les contextes particuliers de production de l’information, comprendre les processus d’intercommunication à l’œuvre, identifier les techniques de propagandes classiques et nouvelles (boucs émissaires, essentialisme, soif de généralité, inversion maligne du stigmate, viralité du faux, conformation des jugements évaluatifs et loi des plus forts et du plus grand nombre appuyée par et sur des langages-machines …) Ce qui fait la différence dans la lecture d’un média est ce qui devient marqueur du sens pour soi, effets sur sa propre croyance-habitude et possible compréhension pour soi même et pour autrui d’une certaine valeur informationnelle de l’événement – une radicale nouveauté comprise en commun – un marqueur délivré à un moment et dans un espace politique particuliers par des professionnels journalistes ou des intervenant.es critiques. Une information dont on peut faire bon usage.

A cela vient se percuter toute la problématique du confusionnisme et de la désinformation maximales comme stratégies d’évitement des lectures critiques des pouvoirs et du changement politique et social possible – maintenir en l’état un système d’ordres économiques injustes par exemple par l’action quotidienne de désinformer – TRUTH social comme réseau social officiel d’un président en exercice, est ici un exemple frappant d’épuisement du sens et d’arme technologique, asociale et politique – en exploitant un relativisme malsain qui permet de dévaloriser les paroles et les écrits de personnes publics ou de journalistes, ayant un domaine d’expertises bien précis et un souci de la vérité. Les attaques répétées contre la confiance sont ici des attaques directes contre la démocratie sociale et l’esprit critique, le travail d’enquêtes et la recherche de la vérité comme éthique de métiers et tendance à construire de la connaissance. En dépassant toujours le niveau des techniques de l’info-guerres, de la saturation de l’attention des publics, du divertissement haineux et de la propagande médiatique délivrés massivement 24h sur 24 par des constellations de médias autoritaires ou d’extrême droite, le travail d’enquêtes à l’inverse s’intéresse à la fiabilité des sources, décrypte des messages officiels, dé-livre des récits personnels et collectifs et témoigne des faits par des expériences vécues, fait un travail de journalistes de terrain, de traduction et d’expression. Il n’est plus possible d’habiter certains réseaux « sociaux », de consulter certains médias mainstream (dans la sphère médiatique Bolloré en France ou Murdoch avec « Fox News » aux États-Unis) c’est à dire de communiquer normalement avec d’autres êtres humains capturés dans les filets de ces réseaux, sans être réduit par un certain code de conduites, à des comportements complotistes aberrants et des langages stéréotypiques ; des memes fédérateurs, des signaux de ralliement, des images identitaires et des réflexions antisociales toutes faites.

Le confusionnisme et la désinformation ne rentrent pas seulement dans une stratégie de « merdification » des réseaux qui permet de fournir une sorte d’écran noir derrière lequel des politiques de violences, d’exclusions, de repli sur soi et de xénophobie peuvent s’exercer, ils sont là bien présents, comme des signes-indices importants de l’incapacité de la forme démocratie à s’exercer, l’incapacité à faire sens au milieu du sens détruit, dézingué, satirisé … Et cette perte de l’adhérence à la vie concrète par le sens est ici radicale dans certaines zones géographiques, économiques et médiatiques ; elle touche à nos capacités à nous entendre et à nous comprendre depuis des mondes culturels différents ; elle permet aux Tyrans de se maintenir au pouvoir parce que le désir de démocratie s’éteint ou se fragilise grandement dans les masses par la force de la répétition des messages venus d’un même centre de pouvoirs. Penser contre les psychologies des pouvoirs d’extrême droite s’avère indispensable pour le « Nous » de la forme de vie démocratique et la nature éthique de cette réflexion dépend aussi de milliers d’enquêtes historiques, philosophiques et sociologiques menées partout dans le monde qui ont montrées les profondes dangerosités (ses porosités sociales symboliques) de l’extrême droite et les haines sournoises de la démocratie sociale, coopérative et critique véhiculées par ses idées et ses actions. La préservation d’un écosystème informationnel pluraliste et non assigné à des technologies financières et idéologiques, (bots informationnels, pas de formations aux enquêtes, idéologies conservatrices maximales, paniques morales, vindictes populaires et délations, replis sur l’Ego et les questions sécuritaires …) séparées de toutes questions éthiques, rentre pleinement dans cette stratégie complexe de lutte contre l’extrême droite globale qui allie l’enquête sociale, le souci pour la vérité, les relativités contextuelles et historiques et la puissance d’agir en commun dans et pour une vie démocratique, libre et éclairée.

Fragments d’un monde détruit – 206

Les hommes-rasoirs

Pour Anna Akhmatova

« Celui à qui un mot n’a jamais fait perdre sa langue,
et je vous le dit,
celui qui ne sait que s’aider soi-même
et avec les mots –

il n’y a rien à faire pour l’aider.
Par aucun chemin
qu’il soit court ou long.

Faire qu’une seule phrase soit tenable,
la maintenir dans le tintamarre des mots.

Nul n’écrit cette phrase
qui n’y souscrit. »

Ingeborg Bachmann, « En vérité » in « Toute personne qui tombe a des ailes : Poèmes 1964-1967 », p.427, Édition, introduction et traduction de l’allemand (Autriche) par Françoise Rétif, Gallimard, 2015.

« Living in the razors edge between several semantics space-time ; a drug of our life-time »

Stanisław Ignacy Witkiewicz, Creating the World, 1921

Quand enfants, vous découpiez de grandes feuilles noires,
en riant, en criant la joie du détruit, de l’incréé, de la nouveauté,
le ciseau des nouveaux mondes, passant dans les habits épars,
pour casser les formes anciennes et revenir à l’intérieur,
l’esprit rongé par le sel de mémoires, la blancheur silencieuse du ciel,
qui avalait doucement l’obscurité des nuits sans étoiles,
et ce geste là de découper est un geste majeur, il est au fond l’espèce de travail en profondeur ; la musique critique du nouveau, chaque seuil-digit portant les chocs de nouvelles rencontres, par delà les murs-écrans, les blocs de signaux et les danses des propagandes, les minutes fanatiques engagées par les médiums officiels,
les ciseaux libres coupent des morceaux de vides, de couleurs, de traces,

et nos nuits avancent dans leurs rythmes d’ombres et de silences,
en coupant, nous deviendrons rien, voyageurs sans identités, sans définitions, étrangers des formes défigées dans les temps des Tyrans,
en coupant les lignes frontières, nous devenons ailleurs et tout,
les masses d’errants, les exilé.es des inquisitoires machines,
menés par les Automates de tri et de sélections,
ceux là et celle-là qui réassignent les liens et leurs corps,
creusant les résistances de la « polis » à l’intérieur des instruments du pouvoir, par les collisions d’étoiles, de pensées et de déserts,
les jours aveugles fragmentés par milliards de tableaux sombres,
n’exercent plus leur emprise, leur lâcheté indifférente,

la nuit sombre ayant repris les droits et les morales des mondes différents, sert d’arrière-plan solide aux amas de gestes siens et sérieux, les hommes-rasoirs traversent les démons de la dépression,
le grand spectre Nihil devant eux, fige un temps fantôme et occulte,
ils doivent toujours se revoir enfants découpant les portions d’abysses, motivant des décisions complexes et des systèmes d’ordres, sur les plateaux en profondeurs, dans les océans d’amertume, traverser les mémoires artificielles,
les langages mis aux compacts, audio scribes et Automate morne, intensément inutile,
couper à l’intérieur des aplats fantômes, de l’inerte économie,
et laisser voler en éclats, les dimensions de leurs discours,

faire tomber les langages-morts, démolir les fausses grammaires,
depuis leurs positions d’interfaces et d’écrans de commande,
digits nuls et dialogues autarciques, réponses toujours attendues,
la conformité est leur valeur suprême, la prévision froide,
et le rien remonte dans leurs bouches comme des disques rayés,
la violence de l’authentique réclamée à cœur et à cris,
a rameuté les mentalistes débiles, et leurs faux présages,
et la voix unique du maître crie dans leurs têtes de pioches,
tandis qu’ils s’évanouissent par les plis des jeux et des drames,

il faut encore couper à l’intérieur, rejeter les explications-fétiches,
et le son qui se protège depuis les plaies du langage oublié,
est le verbe des nouvelles épreuves, des nouveaux chemins,
musique alternative, gestes-archétypes et épreuves de soi,
la pression nominale, qui nomme et seule fait exister,
les cultures des groupes humains sociaux, naturels …
Ah langages des formes rêvées, des grandes espérances,
l’émotion des demains qui nous appartiennent,
la transition sienne dans les objets, l’intention sûre et fiable,
toi langage-vivant, expériences des autres, désobéissantes,
et guerres vitales au milieu du monde.

MP – 08052026

Interactives transformations

Dans la méthode d’analyse pragmatico-situationnelle de l’action collective [héritée partiellement avec difficultés, inconstances et luttes de la philosophie sociale de G.H. Mead et de la Thérapie Wittgenstein (le retour au langage ordinaire et l’abandon d’un certain type d’explications inutiles et confondantes)], identifier les sources possibles de l’impossibilité du changement social, institutionnel ou de la transformation des écosystèmes de transactions capitalistes, revient à isoler des séries de monstres théoriques ou fétiches dits « mentaux » au sens d’une même séparation de l’agent-Ego de toutes ses capacités d’action et de réflexion originales. Ici le terme « fétiche » rend compte d’une excessive attention portée à des « explications fétiches » du mental humain qui prétendent au cœur d’un certain paradigme de la représentation, expliciter le sens préféré pour soi de l’action par le recours à un réductionnisme naturaliste simpliste et une assignation de l’esprit à un lieu et à un temps (le sujet de la représentation est de préférence caché à l’intérieur du corps dans le système neuronal, la capacité grammaticale et le cerveau stratège et commandeur). L’intérieur ainsi fabriqué de toutes pièces par des explications fétiches appartient aux mythes de l’intériorité et de l’inexpressivité ; dans cette mesure d’une même cache d’intériorité ou d’un même trompe l’œil mythique, l’interaction humaine – un dialogue du « je » au « tu » – corps à corps -, reste figée dans une dyade de surfaces, postulant toujours la présence de deux dimensions fantômes agissantes en arrière du matériel symbolique et qui ne peuvent finalement jamais se rencontrer ou se recouper.

Le hors là éthique ainsi prononcé a des conséquences pratiques très concrètes ; l’apparente impossibilité de comprendre l’autre, ses réactions expressives, son langage, ses différences de pensée – l’incompréhension métaphysique et radicale comme incertitude principielle, « je ne peux jamais savoir ce qui se passe en autrui » – la difficile lecture de ses comportements, et c’est au philosophe britannique David Pears (1921-2009) que nous devons la description la plus pertinente et profonde de la « fausse prison » ; « The False Prison » -, au sens du résultat le plus remarquable de la philosophie destructive et éthique issue du parcours philosophique de Wittgenstein, qui met à jour de nombreux mécanismes conceptuels d’enfermement de l’expression de la pensée humaine (langage privé, cécité à l’aspect, corps essentiels de la règle, prévisibilité maximale et absolue de ses applications, noms substances, dualisme réducteur, origine causale mythique …) Il est alors particulièrement intéressant et important de faire fond sur cette critique par Wittgenstein du privé et de l’incommunicabilité de l’expérience humaine pour atteindre une zone de réflexions critiques majeures qui mobilisent outre Wittgenstein et les autres philosophies majeures du courant de l’analyse du langage ordinaire (J.L. Austin, G. Ryle, P. F. Strawson ..), le pragmatisme historique, des quatre grands philosophes américains (Peirce, James, Dewey et Mead ) et surtout la philosophie sociale, la psychologie sociale et l’anthropologie de l’intercommunication symbolique de G.H. Mead (1863-1931).

Il est alors bienvenu de se ressaisir du sens complexe de l’action humaine dans tous ses extérieurs expressifs pour rendre compte des expériences vécues des êtres vivants ; plurielles, singulières, étonnantes, séduisantes, agissantes ; mais le passage d’un monde à l’autre, d’un paradigme de la représentation au paradigme de l’expression et de l’action est un passage semé d’embûches théoriques et pratiques. En effet, il est toujours plus simple et avantageux pour les systèmes de pouvoir et d’emprise néo-libéraux comme les théocraties totalitaires ou les régimes de discours autoritaires de faire de l’être humain, un chiffre maîtrisé – un zéro toujours adaptable et mis au « service de » l’intelligence du mauvais gouvernement – un agent fidélisé au service du pouvoir et des représentations du pouvoir i.e. modeler sa psychologie sur les formes prises par le psycho-pouvoir ; la traduction de celui-ci dans les sociétés de contrôles à haute intensité implique une même exploitation continue des réactions des hommes, des enfants et des femmes tenues par l’enfermement égotique métaphysique ; or c’est toujours dehors, dans les extérieurs expressifs souvent in humanisés au sens d’une toujours difficile réappropriation de son propre corps, de ses propres réflexions, de sa singulière face humaine et sociale – concrète, imprévisible et mouvante – c’est dehors que la vie passe avec nous humains, avec nous vivants, réponses organisées, contacts sensibles, expressions achevées dans l’Art, problèmes surmontés et conflits de valeurs supportés et résolus dans l’espace politique démocratique.

Dans une sorte d’expérience de pensée comme auxiliaire méthodologique introduit à l’intérieur d’une forme d’arguments qui luttent contre ce que nous nommons « l’argument de la forteresse » comme étant la forme prise par la défense conceptuelle du nécro-système hyper capitaliste (capitalisme fossile, de prédation, du virilisme ..) comme des régimes il-libéraux et/ou totalitaires (fin de la pluralité démocratique, de la liberté d’expression, concentration des pouvoirs économiques et politiques, domination culturelle par des petits empereurs de TY-Coon…) appuyée sur l’Ego-drame ou l’enfermement dans la « fausse prison », l’être humain doit être entièrement reconsidéré comme de formidables capacités de jeux, créativité de l’agir social coopératif, relativité des mondes symboliques et forces de la pluralité pragmatiste et démocratique. Cette expérience de pensée doit être une description des effets d’emprise puissants exercés par la société de contrôle, dans un monde, qui sortant de l’anarcho-capitalisme – la violence du fort contre le faible – prétend sécuriser l’accès et la consommation des mondes – Terre – et de ses ressources stratégiques pour la survie (déraisonnable et dangereux) d’un vieux système économique – le capitalisme fossile.

L’inter-acte comme unité opérative de changement i.e. la capacité de se mettre à la place de l’autre humain ou vivant ; d’adopter dans les perspectives d’autrui sa propre position et se propre capacité de vie ; le pragmatisme américain a pour effet et conséquences de rendre possible la sortie par le haut et l’émancipation vis à vis d’une forme de vie ancienne, profondément enkystée dans nos comportements de tous les jours mais qui pour des raisons précises [bouleversements climatiques, événements climatiques extrêmes ; méga feux, inondations, sécheresses, inhabilités de territoires entiers, pauvretés systémiques, besoins primaires insatisfaits …) ne peut plus être la forme de vies et de socialisation dominante au milieu du XXI° siècle. Combien d’années encore à attendre avec la conscientisation globale de cet état de faits ; combien de souffrances économiques, matérielles, organiques et d ‘exclusions sociales et digitales, violentes, de groupes entiers de populations ; comment les formes d’expressions qui attestent de ce changement majeur et nécessaire de mondes et de sociétés humaines vont-elles irriguer les flux de consciences des masses et la mémoire des individus ? Répondre à cette question, c’est déjà combattre une certaine forme de vie et de pensée héritée de l’exploitation des corps, des langages et des âmes pour un dieu-argent, un dieu-identité ou un dieu-violent, totalement séparés des mondes de la vie ordinaire, pluriels, conjugués et libres.

Fragments d’un monde détruit – 205

Transparence(s)

« Je parle des confins de la nuit
Je parle des confins des ténèbres
Et des confins de la nuit

Si tu viens chez moi, ô doux ami, apporte une lampe
Et une petite lucarne par laquelle
Je pourrai regarder les va-et-vient joyeux de la rue »

Forough Farrokhzâd, « Offertoire » in « Une autre naissance » [1963] in « J’irais jusqu’au rivage du soleil : poésie complète », p.315, Édition et traduction du persan de Leili Anvar, Gallimard, 2026.

[Femme, Vie, Liberté]

Film still of Johnny Sims (played by James Murray) from The Crowd (1928 – King Vidor)

La fausse prison où s’exerce l’œil caméra, oblongue, total,
une pure visée de transparence, folle, proche du Sujet fantôme,
et les automates de tri qui sélectionnent les expressions adaptées,
l’assignation aux mondes divisés des spectres, des alertes,
les dimensions de l’Ego-drame, de la fuite en arrière,
il n’y a plus rien à l’intérieur des guerres, aucun langage sien,
le corps est une carapace vide, de chair et de silences,
pas d’autres, ni d’ami.es, ni d’étrangers voyageurs,
aucune capacités d’expressions éduquées, exercées,

c’est seulement par les ordres du nécro-système que « je » survit,
dans les immeubles de verres immenses, les avenues illuminées,
par les machines-ordinateurs branchées en permanence
et la nuit de l’esprit tombe derrière tes visages – dieu,
pris dans un réseau numérique, la course entre nous, sera vide et mimétique, les langages de la représentation officielle de leur pouvoir, sont des amas de signaux d’alarmes, de meutes déguisées et l’avancée du spectre Nihil assombrit nos Temps …
Ce que j’imagine voir est ton reflet, Toi, matrice-pouvoir,
psyché digital, sang des monstres intérieurs et des obscurités,
et je demeure muet, accroché aux franges des bêtes-armées,
pris dans les complexes des cages, d’intérieurs fermés,
« Tu » es mort, divisé violemment jusqu’à disparaître du Temps,

le Temps-capsule d’un présent de contrôle et de tyrannie,
qui fixe l’Ego-drame sur le moment répété à l’infini,
la créature figée au milieu du rien et de l’abîme,
l’avatar multicolore grillé sur l’électricité des écrans,
et les champs d’appartements, des milliards de cellules de survie,
enferment des habitudes, des désirs de fin et de destruction,
et quand « tu » regarde à l’intérieur de la TV officielle,
rien ne se voit à l’évidence, rien ne se comprend,
le pouvoir maintient les forces égotiques, toujours en éveil,
et dresse les murs opaques de la fausse prison,

cette infinité morne du psycho-pouvoir, le désamorçage des liens sociaux, la divisibilité infinie des êtres vivants, symbole de l’Ego-autocrate,
détruire toutes revendications, toutes résistances fières, volontaires, tout les mouvements collectifs, les groupes sociaux-humains,
et la sexe-propagande fait son affaire, bien aux foyers, aux anti-flammes, se retirer du monde, éprouver la fusion froide des corps dyades, et l’attachement à trois, privatiser le monde des vivants,
s’enfermer seuls à seuls dans la foule, rester toujours à l’écart de la polis, cité des mondes autres,

et le pouvoir regarde toujours dans ta tête,
il a des yeux vides, des yeux de poissons morts,
il instruit des surveillances, il projette des regards panoramiques,
il fouille au travers des corps, des âmes et rejette les corps étrangers,
il est raciste et fière, masculin et nécrophage, total,
le pouvoir veut dévorer la bouche que tu tends, tes yeux, tes cheveux, la langue sienne, tout son langage est automatique, sériel, infini et prévisible et il n y’a plus rien tout autour de lui, rien de définitif,
l’administration de la langue, cela, lui connaît bien, l’enfermé,
connaître, pouvoir et vouloir de manière toujours égal,
à l’intérieur des frontières solides, psychologiques et digitales, du parc humain, les ordinateurs sont des machines à voir,
des machines à prévoir les comportements différents,
l’ahuri intolérable, la cible, l’attention étrange, la cognition dissidente, et les smartphones comme des machines parlantes,
produisent des enfermé.es et du faux-sens à l’infini,

il suffira d’être connecté, dieu des abîmes, pour voir et sentir le futur,
disposer de voix muettes, enfermées dans les traces numériques,
participer à la notation sociale-inhumaine, la méta-aventure du Média, tout est faux, simulacres et authenticités, survies des désespérés, l’automate de tri calcule la suite de temps disponibles, pour les cerveaux branchés des internautes, tout doit être commandables par une simple copie ; un clic, un médium, un bouton ; voitures, nourritures, victimes, boissons, loisirs, logements, extra …
Et l’infrastructure des humains est sans cesse cachée ;
l’invisible dont se repaît le monstre Ego et l’ordre capital,
l’aide, la maison, la nature, la paix, le travail de soins, de maintenance et le support à nos vies.

MP – 01052026