Garder le Temps

« Devant la Loi, il y a un gardien. Un homme de la campagne vient trouver ce gardien et demande à entrer dans la Loi. Mais le gardien lui dit qu’il ne peut pas le laisser entrer maintenant. L’homme réfléchit et demande alors s’il pourra être autorisé à rentrer plus tard. « C’est possible dit le gardien mais pas maintenant » […] Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir sur le côté de la porte. Il reste assis là des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour qu’on le laisse entrer, et lasse le gardien par ses demandes. […] – « Tout le monde n’est ce pas, aspire à accéder à la Loi dit l’homme, comment se fait-il que pendant toutes ces années personne à part moi n’est demandé à rentrer ? » Le gardien se rend compte que c’est déjà la fin pour l’homme et, pour atteindre encore son ouïe déliquescente, il lui hurle « Personne d’autre ne pouvait obtenir le droit d’entrer ici, puisque cette porte n’était destinée qu’à toi. Maintenant, je m’en vais et je la ferme. »

Franz Kafka, « Devant la loi » in « Nouvelles et récits : Œuvres complètes, I », p.169-170. Gallimard, 2018.

Porte de ville : [élévation géométrale] : [projet n° 27] : [planche n° 29] : [dessin] / [Étienne-Louis Boullée] 1781-1793.

La frontière de peaux là bas, s’étend à n’en plus finir,
sur le sable brûlant du désert, s’entraînent toutes ombres,
La gorge muette, crie l’étouffement des choses, la finitude,
Il est passé le noir midi et tout est fournaise …
L’horloge en or liquide dégouline au centre du ciel,
et de rares oiseaux vont frôler des arbres humides.

Devant chaque lieux de la cité, un garde demeure,
chaque appel lancé aux hasards des maisons de passage,
résonne dans un épuisant jeu d’échos …
Et nous attendrons la seule nuit froide pour sortir,
somnambules, morts-vivants et traceur des silences rouges,
non demeurant, déjà fou et sans attaches.

Les portes sont toutes fermées, rien à faire,
seuls les gardes prêtres officient dans ces contrées étranges,
leurs écriture fixent les signaux dans nos chairs,
d’une lame à double tranchant, inerte et sans erreurs,
nos signatures thermiques signalent dans leurs yeux,
les présences autorisées loin, hors du silence,
des présages éternels parlent avec la nuit …

S’agenouiller seul, au pas des milles rainures,
Entre apercevoir les rayons de lumières,
dans les yeux bleus cobalts d’une femme aimée,
et croire encore au sens des prières empêchées,
fouiller dans les habits sombres du garde insecte,
qui tient toutes choses figées, toutes flèches de direction,
que des usages exclus ont neutralisés …

Quand les bouquets de minutes figés dans la pierre,
dressent des surveillances opaques, des abîmes,
des morceaux de traces organiques, des aplats numériques,
il reste la grande cité immobile à minuit,
l’œuvre des nuées de démons frappeurs
qui brillent au loin, dé fixent et bougent les sens,

ils tiennent les projecteurs de rêves à prix courant,
installés au creux des champs sémantiques,
projettent les milles couloirs dans l’Esprit forteresse ;
l’offre des démons lancée aux doubles faces,
les montres à découpes, silencieuses et bavardes,
le Temps et sa vitesse pulse au dedans de chaque veine …

Et la porte du Temps reste hermétique,
close sur ses gonds enfouis dans l’obscurité,
prier devant le garde insecte, infléchir à genoux,
l’astre mort au milieu du crâne,
son habit de laines, de fleurs et de câbles,
branchés sur nos appels primitifs ; une sourde méfiance …

MP – 18072025

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