L’impensé de l’assujettissement des masses au capitalisme fossile, à l’Ego compétition, aux sociétés de contrôles à haute intensité rejoint les capacités éduquées devenus fortes en 2025 – capacités de voir le monde comme un miracle à protéger – liées à une désaffiliation intellectuelle et sensible des citoyens, vis à vis des penseurs du conservatisme radical, du fascisme historique, du capitalisme néo-libérale et de la position réactionnaire en économie et en philosophie (Spengler, Lippmann, Weininger, Heidegger …), or la forme de l’impensé réside d’abord en une sensibilisation fragile, progressive des citoyens de démocraties libérales, ou des groupes sociaux déjà habitués à la forme politique démocratie ; sensibilisation comme effets multiples de la contre-culture, des engagements en politique et des progressismes radicaux hérités des années 1960-1970 qui soulignent au passage toute l’importance philosophique de l’héritage des Lumières radicales et écossaises (Spinoza, D’Holbach, Diderot, Helvétius ; XVII° et XVIII° siècles, A. Smith, D. Hume). En ces sens d’une transformation globale des rapports aux milieux sociaux vivants et aux capacités réelles d’exercice de la démocratie, au travers de l’acquisition de nouveaux droits, de l’héritage toujours difficile des Lumières et de la possibilité politique et pragmatique de la désobéissance civile, la puissance des masses gouvernées, a pour enjeu si important, la conversion possible d’une « forme de vie » dans une autre « forme de vie ». Il est si difficile de maintenir vivante la forme démocratie en tant qu’elle demeure comme une sorte d’exception politique au sein de l’ensemble des nations politiques autocratiques et des régimes oligarchiques dont les fonctionnements institutionnels dépendent des logiques de guerre et d’appropriation des richesses naturelles – l’entretien du rapport de forces comme moteur de légitimation du psycho-pouvoir – et de séparation violente vis à vis de tous les mouvements juridiques et philosophiques libéraux et démocrates.
Permettre cette conversion formelle et réelle de différentes vies, dont le sens ou l’absence de sens immédiat renvoie à la claire exploration des lignes de couture et de jonction de différents systèmes linguistiques et sociaux symboliques, dans lesquels les groupes humains sont « parqués », intégrés et identifiés ou sérialisés à partir des langages de l’unité individu est possible parce qu’il existe des techniques de conversion issues d’un lent travail des Sciences Humaines et Sociales et de la Philosophie de l’Esprit et de l’Action ; travail comme le labour d’une nouvelle Terre de libertés, qui lentement infuse des habitudes, des raisonnements, des relations des êtres vivants à leurs milieux dans une sorte de société mondiale, ou une société aux traits sociaux vivants partagés par l’Humanité. Il est par exemple si important de voir se développer des mouvements de résistance massifs à des politiques publiques de dévastation du vivant et ceci devient de plus en plus naturel au sens du refus individuel et collectif de l’aliénation des droits naturels de vie, par un ensemble d’acteurs politiques et économiques qui jouent l’emploi productif contre la vie dans une vision d’un court-termisme très dangereux ; le travail purement économique, capitalisé ou financiarisé, ou la technologie prise comme exacte solution à tous les problèmes humains, contre l’atténuation des effets de l’industrie de l’agro-business, des Intelligences Artificielles (IA), du transport et de l’énergie sur les milieux sociaux vivants.
A quoi pense t-on lorsque l’on parle de « techniques de conversion de formes » si ce n’est à l’élaboration d’une méthode philosophique capable de rechercher dans la société étudiée, les zones de confusion et d’occultation du rapport à la vie ordinaire et à la réalité sociale et vivante comme du rapport à un régime politique construit autour de la relation au vrai et au juste. Des sociétés figées, fermées ou (in)humaines sous l’effet de l’imposition d’une forme tyrannique de pouvoir, comme la Russie, présentent des caractères de désespoir et de soumission comme forces d’encerclement du moi individuel, réduction de toutes capacités réelles d’expression [en ce sens l’Ukraine combat pour la liberté de l’Europe contre l’autocrate Poutine], et mise en ordre de tous les systèmes communicants et institutionnels dans une Médiacratie totalitaire. Des sociétés ouvertes, ou libérales présentent des caractères sociaux humains liés à la possible pluralité des expressions, l’existence d’oppositions structurées à la psychologie du pouvoir ; la relative liberté vis à vis des pouvoirs institutionnels et la capacité d’engagement et de réalisation concrète de visions politiques ou économiques différentes d’une vision idéologique, centralisée et univoque. Désaffilié, faire sortir le Tyran par la petite porte de l’Histoire, désaccoutumer, franchir les frontières d’un régime de faiblesses publiques et d’aliénation complexe par la peur de la non-conformité, la peur pour soi et la vie de ses familles biologiques, intellectuelles, sociales … Ces moments de l’action collective n’interviennent qu’à partir du fait social de la sidération massive qui doit remporter la conviction situationnelle de base du citoyen ; sidération quant à l’écart grandissant, ahurissant, dangereux entre les politiques menées dans une sorte de sous-réalité parallèle par des monopolisateurs de la décision (Finance, Pétrole, Moteur thermique, Armes, Travail invisible des femmes, Déviance naturelle du trans, de la lesbienne ou du gay, Compétition et rôle exemplaire du « Winner » …) et la réalité très concrète et puissante du changement climatique dont nous mesurons les effets chaque jour de plus en plus (Température caniculaire, Sécheresse et méga feux, Inondations, Diminution des nourritures, Vulnérabilité des transports et des structures d’habitation, Extension des déserts, Exil migratoire, Fontes des glaces, Hyper-stress hydrique …)
La puissance d’une conversion a pour elle le temps long de l’histoire d’évolution du système Terre, c’est à dire que toutes les techniques de conversion d’une « forme de vie » dans une autre font appel à une légitimation scientifique et historique des décisions collectives en même temps qu’a des capacités d’incarnation d’un projet politique qui regroupe tout l’arc de la démocratie radicale et du pragmatisme philosophique. Mais cette conversion n’est possible dés lors que des techniques de mise en valeurs des écarts de sidération, sont installées progressivement dans la culture et la société humaine, d’où à l’évidence l’intérêt majeur par exemple de Trump et de son projet funeste de l’« Héritage Foundation » [think tank trumpiste du projet 2025], pour détruire à même l’idée de l’Université américaine et mondiale ; rendre plus difficile le travail de coopération scientifique entre plusieurs institutions (aux travaux souvent directement liés aux études du changement climatique ou aux études consacrées à la justice sociale et économique et au genre) une idée du savoir transmis et légitimé comme lieu d’émancipation. Il est alors évident que comme une feuille blanche réversible à double face ; la conversion formelle peut se réaliser dans un sens ou dans un autre et les forces réactionnaires et le fascisme 2.0, ont pour elles la capacité technique de la Médiacratie, faite de Télévisions officielles, de réseaux sociaux adaptés aux messages réactionnaires, de soutiens financiers majeurs et d’influenceurs sur Smartphone (masculinistes, xénophobes, antisémites, antiféministes, climatodénialiste, évangéliste extrémiste, déversant leurs haines de toute déviance naturelle, de toutes séparations vis à vis d’une suprême Nature ou de la Vie voulue par Dieu …)
Devenir une capacité de transformation sociale, psychologique et politique ne se fait qu’à l’intérieur des limites d’un langage élaboré ou d’une culture d’artefacts, de technologies, de matériaux symboliques, par l’éducation à la perception des aspects caractérisant un rapport libre et émancipé aux milieux vivants … En ce sens de la conversion formelle, la forme démocratie représente non pas seulement un régime politique historique avec ses mécanismes de régulation et de contrôle, et ses institutions officielles mais aussi et plus sûrement, une modalité de vivre ensemble, une certaine vision des choses, une affection de l’Esprit, une culture sociale et symbolique particulière et un potentiel de liberté et de sécurité. Et c’est bien en effet, tout le travail de culture de formes symboliques ajustées à la forme démocratie, travail de construction de l’Esprit critique à l’échelle mondiale grâce à la projection des médias, qui peut et doit être menée par un certain nombre d’artistes, de scientifiques en plus du travail des activistes et des militant.es de la cause écologique et humaine ; cause qui devient dans ce monde de guerres et de souffrances, le seul critère de décision majeure, l’unique cause qui doit rassembler les forces politiques et les Institutions mondiales. Ici nous vivons une alter nativité radicale ; la naissance d’un autre monde ouvert, tolérant, ensembliste, ou en respect du vivant face aux catastrophes issues des guerres, des désespoirs et du changement du climat, ou l’obscurcissement, le rejet autocentré et la perte de toutes sociétés et de toutes vies humaines dans des territoires négatifs ou des zones invisibles et irrationnelles. Ces territoires négatifs qu’ils soient des espaces et des temps géographiques ou des lieux et des moments sociaux, culturels et psychiques sont des zones insensibilisées et invisibilisées par les médias Mainstream dont la capacité technique et culturelle – encore une fois en tant que forces multiples de propagande – est bien de manipuler partout les jugements, favoriser des incarnations de certaines psychologies au pouvoir (la personnalité autoritaire, fascisante et la faiblesse de la représentation de certains points de vue ; pensons à ces médias idéologisés à l’extrême droite que sont devenus C-News, Valeurs Actuelles, le Journal du Dimanche, Fox News, Truth social (avec un nom pareil presque soviétique – « La Vérité ! » – rappelant une perspective très Orwellienne) et détruire les rapports au vrai et l’Esprit critique.
Fragments d’un monde détruit – 174
