« Nous pensions être pauvres, ne rien avoir,
Mais lorsque nous avons commencé à perdre
Une chose après l’autre, et que chaque jour
Devenait jour de deuil,
Alors nous avons composé des chants
Sur les immenses largesses divines,
Et sur nos richesses passées. »12 avril 1915, Pétersbourg,
pont de la Trinité
La Volée blancheAnna Akhmatova, « Prière » in « Dernier toast et autres poèmes », p.69., choix de textes, traduction du russe et présentation de Sophie Benech, Payot & Rivages, Paris, 2025.
The Spirit Photographs of William Hope, 1922.
Dresser les regards autres à voir l’aspect,
le pli qui rajoute et habille la ligne de fuites,
sortir les ciseaux des songes, couper les rêves intacts,
ciseler dans les toiles du grand minuit,
à la lumière d’une lune pleine et puissante,
découdre chaque ligne de ruptures,
devant les temps inertes et violents,
et regarder au delà des mondes égotiques, isolés, enfermés.
Se pencher, seul, aux seuils des abîmes,
rentrer les coins enfoncés par leurs discours,
les lignes droites, courbes et tordues,
d’une géométrie de l’errance et de la passion,
et rendre toutes choses et tout âmes explicites ;
habillements, centre de gravité, principes directeurs ..
Casser les barreaux liquides, les images symboles souffrantes,
faire chuter l’Empire des décisions programmées.
Voir surgir au détour d’une phrase,
l’image d’un soulagement, l’instinct primitif, l’échappée belle,
par les contrastes, nous saisissons les ouvertures,
d’un orchestre noir ; foule remplie de diktats,
qui joue des musiques sans lieux, ni partitions,
foule de signes vivants ; tu construis la liberté,
chaque percée faite dans les lumières sombres,
trace en diffraction, le monde ailleurs, le réel …
Et sortir du solipsisme à informé notre épreuve,
la mise aux bancs de la société ; l’Outsider,
voyageur des signes morts, dresseur des torts,
dé-fixé des images symboles des gouvernances,
traversé d’intentions malignes, de froides dimensions,
créature en exil, sans nations, ni dogmes ou origines,
en lutte avec les fausses images, toutes les ombres mentales,
traverser les mises à l’épreuve, la fausse prison …
Nous recherchons l’absence de traces, les fantômes du langage,
nous savons dessiner les contours de leurs prisons mentales,
et rien à l’intérieur de nous, ni ne s’observe, ni se détruit,
car tout est défigé, délié, séparé de leurs mondes affreux.
Nous sommes les Outsiders, joueurs des futures passages,
munis des langages dé ciselés, des codes détruits, des transformations,
et nous creusons à l’intérieur des psychés, des connaissances,
l’art de devenir par le franchissement des seuils et des frontières ;
gagner la lutte féroce des reconnaissances ;
« la place que tu occupes est illégitime,
tu dois rendre des comptes et faire des efforts,
travailler jusqu’à courber l’échine ; faire l’amende,
payer la solde des plus puissants,
notre honneur doit juger tes rôles et ta fonction .. »
Outsider, tu n’es pas des mondes anciens,
les mondes privés, incommunicables, les prisons mentales,
Tu transites au delà du spectre dominant ; voyageur des frontières.
MP – 25072025
