Anamorphose

« L’histoire est l’action et la réaction de ces deux forces – la Nature et la Pensée – deux enfants se poussant l’un l’autre au bord du trottoir. Tout est pousseur et poussé ; et ainsi la matière et l’esprit sont pris dans une joute et un équilibre perpétuels. »

Ralph W. Emerson « La destinée » in «  La destinée et les illusions : deux essais tirés de la conduite de la vie », [1860], Traduction de Marie Dugard, révisée par Laurent Follio, Préface de Paolo D’Iorio, Payot § Rivages, Paris, 2019.

L’image de l’Automate avance tout prés dans la nuit,
avec des graphes, des rayons, des diamètres,
et l’œil des machines est à interfaces obstaculaires,
les globules visions projettent leurs mondes sur les surfaces,
les modèles géométriques, les froides étoiles mécaniques,
et tout le spectre du silence-là, des âmes heurtées,
des expressions imprévisibles, des spontanés, des ratés,
des défauts du robot-sapiens, des pertes nerveuses, et rebuts,

hante le rapport à l’inerte, à la forme attendue et aux réglages …
Exécute et tais-toi, esclaves, modèles et morceaux,
la dureté du doigt-index qui montre ce qu’il faut montrer,
te tient par le dos comme un cintre à la forme durcie,
dans les eaux du calcul glacé, de l’égo-drame,
il faut obéir aux ordres et s’activer pour les maîtres,
amasser des masses d’objets, consommer des objets,
devenir-alerte des objets, vomir des objets,

et la lumière diffractée dans toutes les scènes suffisantes
est un projet de la machine inquiète et du désert des mots,
la vacuité, la muette solitude faites silence,
l’absence de toi, et des signaux du présent,
la trace effacée, le sable qui recule dans les eaux,
et le mouvement qui n’est plus là, figé dans la fixité du Temps,
qui tout à coup à pris le sang pour le répandre,
dans les amas de nuages gris, la pluie naissante,

l’eau rouge est vive, plurielle et vivante,
elle devient, se propage et se mélange aux autres,
l’eau qui ruisselle à l’orée des forêts, des mers et des refuges,
pour colorer les chairs et rendre les visages à la vie …
Toi qui me regarde dans les yeux, le sais-tu ?
Le présent qui est là pour vivre, se souvenir et connaître,
est le présent de l’acte, du contrôle et de la survivance,
qui emmène les corps et l’Esprit par la vie et le sens,
aux mêmes instants qui durent, qui font et marquent la durée …

Se perdre ici dans les bras sinueux de Morphée,
dans les sommeils si profonds, si légers, réparateurs,
qui font, en agents délicieux, passer la vie par un court moment,
vers la paix de l’âme, la tranquille assurance du rêve, du vivant,
le rêve qui projette dans l’œil de la conscience,
tous les scenarii rêvés, les futurs rendus possibles …
Quelle est cette force de protension, de définition et de capture,
qui vient dire, faire et souligner les images de mes rêves ?

Et sur les écrans par milliers circulent nos rêves,
par cette reproduction-machine, l’immense portée médiatique,
et l’aplat gris et morne de l’image sur un écran, est
le digi-bit-résultat ou la forme-modèle de l’organe-cerveau,
l’organe biologique qui produit une image neurale connectée,
à ce rêve naturel, à cette représentation d’ailleurs,
Comment vivre sans la volonté et le signe-symbole ?
Comment devenir Histoire – langages, formes et faits –
dans le monde des machines …

MP – 06042024

Expression et prévision

« Peut-on imaginer des hommes qui ne connaîtraient pas le « faire-semblant », et auxquels on ne pourrait pas l’expliquer ?
Peut-on imaginer des hommes qui ne sauraient pas mentir ? – Que leur manquerait-il d’autres ? Nous serions certainement conduits à penser qu’ils ne peuvent rien inventer de toutes pièces, ni comprendre quelque chose de ce genre. »

Ludwig Wittgenstein, « L’intérieur et l’extérieur : Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie, Tome 2, 1949-1951 », p.75, traduit de l’allemand par Gérard Granel, T.E.R., 2000.

Les images, les gestes et les sons flottent par devant nous, en mélanges,
des mouvements, des couleurs, des bruits ajoutés à l’espace-temps,
et le concret transpercé est devenu cet autre technique et hybride,
un autre temps, un autre lieu, une autre forme, perdue encore plus loin,
prévoit toutes les pensées, les images, les langages,

à la manière des automates, précis, froids, chirurgical,
qui ramènent les meutes dans la folie quotidienne,
ces matrices hybrides, machines glacées, seules et vivantes,
dont les programmes d’alerte sont faits au delà du seul monde,
pour aligner, sérialiser et exécuter, désigner le signe idoine,

que reste t-il aux corps physiques, aux styles d’expression,
à la manière d’être différentes, si les batteries de coups exercent,
par delà les sentiments, les façons de vivre, les soi-mêmes,
un régime d’actes prévus, programmés, anticipés,
le temps jamais provisoire, temporaire, simulé, ici toujours fixé,

Que peux-tu encore vouloir, pouvoir, devoir ? Ici et là, ou maintenant …
qui ne soit pas prévu, commandé, exercé, activé,
la raison froide, mécanique, le dressage de tes mouvements,
et le corps absolument prédictible, anticipé, organisé,
il nous reste quoi ? Rien ou si peu, le provisoire et l’ailleurs,

les expressions ne sont jamais des résultats,
d’une condition précise, prévue, intérieure, qui aligne les pensées et les corps,
elles demeurent en deçà de l’être vivant, dans la forme expressive et possible,
l’événement, l’action, le hasard, le motif, ou l’ailleurs,
dans la friction, l’expérience du contact, la manière de se dire soi,

les machines à lire prévoient, déterminent, anticipent,
elles alignent et réduisent les hésitations, les regrets, les stratégies,
avec des programmes parfaits, des avancées mécaniques,
et sans que jamais tu regardes au milieu des mondes,
car ici importe plus, le cirque débile et la polémique trash,

Que le monde libre, de la spontanéité, de la vie et du présent,
comme locus de contrôle, maîtrise de ce qui advient …
Possibilité du devenir et de l’émergence du groupe, du « nous » de la raison,
nous sommes là des êtres en puissance, d’expressions, de désirs et de forces,
des agents-animaux du monde commun sans remords, ni replis, ni regrets.

MP – 05012024

Technopolis

« Les machines plus anciennes, et en particulier les tentatives plus anciennes pour fabriquer des automates opéraient sur la base d’un mécanisme d’horlogerie fermé. Mais les machines automatiques modernes telles que les engins téléguidés, les fusées de proximité, le mécanisme d’ouverture automatique d’une porte, le dispositif de commande d’une usine de produits chimiques, et toute la panoplie moderne des machines automatiques qui remplissent des fonctions militaires ou industrielles sont dotés d’organes sensoriels, c’est à dire de récepteurs pour des messages venant de l’extérieur. »

Norbert Wiener, « La cybernétique à travers l’histoire » in « Cybernétique et société : l’usage humain des êtres humains » [1950], p.55, Seuil, 2014.

Le même parcours rutilant, de chocs et de frictions,
happé par les circuits des âmes brillantes et mobiles,
blindé de vêtements multicolores, de gestes taillés sur mesure,
j’aspire à la vitesse du noir, des facettes dorées, de l’obscurité,
pris dans le froid système de transports, neural et technique,

Il reste à remplir minutieusement les programmes d’alertes,
de surveillances précises, vides et chronométrées,
moi, l’insecte rugueux jeté dans la nasse des objets,
qui déploie ses ailes fragiles aux contacts des monstres,
rien ne sert de venir sans être prévu, lu ou dit,

l’écriture est une machine à lire, à gouverner et à signifier,
et les raisons d’être dit ou lu, sont si fortes, ici,
qu’elle font des yeux et des voix, de noirs totems,
comme des créatures magiques, ameutées, fébriles et vivantes,
des fétiches brandit par la main, dans l’aurore du monde,

et le soleil de ces innombrables machines
brûle au fond d’une profonde galaxie,
de bruits, de musiques, d’images mentales, comme des tribus,
des figures du spectre technique ; tous les visages et les voix effacés,
qui se ressemblent derrière le masque uniforme de « Creatura »,
là où l’expressif et l’image sont fusions, autismes et régressions,

Regarde au loin, ces véhicules filants, ces empires mécaniques,
ces tris d’objets sémantiques, toute cette machine de guerre,
qui fait naître la foudre au milieu des eaux de signes, grises et blanches,
retourne le sol de la Terre, pour s’en faire une robe sanglante,
et agrippe fermement les traces de ton passage,

elle est l’immensité faite instruments et moyens d’agir,
quand le bras de chairs saisit la poignée, touche la surface, active le mécanisme,
et que des capteurs en filets noirs et rouges, éclairent leurs chemins,
et percent, par la lumière, le réseau de veines et de cellules,
disparaître n’est plus permis, seulement pointer là, être présent,

au rendez-vous perpétuel d’un présent glacé et vieilli,
ce liquide bleu-froid qui descend dans les yeux et les nuques,
cet alcool venu des télé-présences, qui brûle la gorge et les poumons,
tous les chemins de ceux qui, captifs d’une attention,
appliquent, zélés, les règlements d’un outre-monde.

Et face à la pression insidieuse à la conformité,
chacun redouble en vain ses efforts pour redevenir seul,
les yeux larmoyants, et le corps tournés vers un pays d’exil bien à soi,
une origine et une fin qui déploient ses intentions et ses rêves,
les rêves immenses de la cité perdue dans les étoiles,

Toujours rêver d’hier comme étant l’exact et zéro demain  …
La réplique des plaques de fer, de silicium et d’électricités,
et leurs prophéties bon marchés sont toujours réalisées,
dans le programme original des machines à décider,
à fuir ensemble, à disparaître et à renaître …

les échappées belles sont si peu nombreuses,
il en reste ici dans la « polis », dans ce qui polarise les signes,
fait chauffer les cœurs rouges, saignants et déliquescents,
des ouvertures par ou s’échappent les fantômes du jour,
les meutes assoiffées de progrès sont toujours perdues,

ici, les simulacres sont légions, ils défilent ordonnées, à l’écran,
comme des armées de songes faites pour l’ailleurs,
des rêveries de masses, des colonies d’images mentales,
que produisent en boucles, les téléviseurs, les exécutions capitales,
qui happent les regards effrayés des êtres vivants,

et les têtes parlantes sont des pantins du « Ty-Coon »,
cette hydre à diffusion multiple, cette machine à promettre,
qui promet toujours ce qui, conforme à l’attendu,
démet les corps spontanés, de leurs naturelles fonctions,
et assure le spectacle global, massif, multipolaire, en continu.

Ah – il ne reste rien à faire ici, qui ne soit pas visible, happé, promu.
Par l’appétit du monstre technique, de l’absolu merveille,
aux coins liquides, angles et œil carrés …
de ce ciel téléviseur, de cet amas de gestes issu d’un bon dressage,
et ces animateurs du néant sont des marionnettes, suspendues à temps fixe,
des existences virtuelles et futiles dont la vie du réseau décrète l’importance …

Technopole, ô merveille du rêve moderne, agile et communicante,
systèmes de mots d’ordre, sphinx, machines d’alarmes et d’alertes,
le bleu de tes nuits électriques éclaire l’Esprit des masses,
recluses au fonds des circuits, des jeux, des virtualités et des programmes ;
quel est ton futur ? Quelle est ta vision des choses et ta décision ?

MP – 07072023

La bande Möbius

« Les frontières de mon langage signifient les frontières de mon monde. (5.6)
Il n’y a réellement qu’une seule âme du monde, que je nomme par préférence mon âme, et conformément à laquelle seule, je conçois ce que je nomme l’âme des autres.
Les précédentes remarques donnent la clef permettant de décider jusqu’à quel point le solipsisme est une vérité. (V.5.62) »

Ludwig Wittgenstein, « Carnets : 1914-1916 » p.102-103, Traduction, introduction et notes de G.G. Granger, Gallimard, 1971.

L’air que tu respires provient toujours de leurs souterrains,
des lieux froids et cachés où se voient les Esprits,
leurs yeux grands ouverts, tournés à l’intérieur de leurs corps,
et leurs gestes figés par les glaces noires de nos rêves,
tracent sur les murs, des arabesques grises et dorées,

et « je » n’est plus rien, qu’un point sans extension,
un sans-lieu, un hors là de leurs identifiants chronométrés,
une surface souple, étrange, cassant les forces qui asservissent.
Tout glisse ici à la surface polie, douce et colorée,
de ce ruban Möbius, aux torsions vivantes.

Tu es une limite du monde,
une frontière unique par le langage,
tout autour d’ici, maintenant, gravitent les planètes,
dans une galaxie proche, remplie d’étoiles et de lumières,
et en nous, il n’y a rien,

rien de cachés, d’obscurs, d’inatteignables,
pas un doute impossible qui rendrait tout illusoire,
pas un geste fabriqué, ultime et si pur,
que la sérénité du ruban géométrique, multicolore, glissant,
sur lesquels nous rêvons ensemble, et faisons signes,

la course au temps vivant, à la minute fragile et folle,
quand ils divisent leurs mondes à coups d’épreuves,
de traces mnésiques, d’identités froides, de signaux d’alertes,
nous devenons leurs jouets, leur témoins, leurs instruments,
qui fonctionnent, obéissent ou dysfonctionnent,

et leurs alarmes intimes résonnent toujours dans nos têtes,
nos visages captés et informes et leurs expressions justes, calibrées,
des âmes réduites en portions, en drames miniatures,
des noyaux de traits fixes, des amas sécants et typiques,
qu’ils absorbent sur les miroirs du monde, par leurs paupières ouvertes,

et nos doubles secrets, toi et moi, sont encore des mystères,
l’intérieur en répliques, la doublure derrière nos mots,
parler est toujours une tension, un drame qui maintient la chair,
en éveil, alerte, tendue, vers un ailleurs que soi,
toujours tu es d’abord assignés à une place, une fonction et un rôle.

Et le verbe « être » prouve une existence ; il ouvre l’action,
et le temps du contrôle et de l’espérance,
est un paradoxe qui coule dans le sang du monde.
J’ai le cœur envahit par cette alphabétique terreur,
le moindre son ou graphème est déjà listé ou joué quelque part.

Ne laisse pas les filets sombres de l’Inquisiteur,
celui qui logé derrière chaque mot, signe, ou geste,
respire douloureusement dans un vide, un creux ou un trou du langage,
et veut aspirer toutes tes espérances de vivant.es,
dans son programme d’ordres, de prévisions, et de remords.

Qu’il s’efface devant cette course des étoiles, folle, lumineuse,
la chevauchée du ciel, noire et or ; les mots sur les lèvres, encore brûlants,
sur le ruban qui pose toutes choses là, ici et maintenant,
dans cet infini présent qui glisse au futur,
que vois-tu alors sinon le vrai et le faux, l’âme, le corps et son inquiétude …

Sur la feuille du ruban, il n y’ a rien,
rien de prévu, pas de clôtures, de marques, de codes,
aucun détours, ni enveloppes, ni recoins,
et tu ne cherches pas l’intérieur chez un autre qui serait caché,
tu ne cherches jamais ici ; un verrou, une ouverture ou une clé …

Regarde le ciel, il est immense, il est parsemé de nuages infiniment divers,
et nous vivons bien ici, maintenant, comme nous devenons,
des êtres aux frontières, seuls et libres,
l’Esprit loin des voix uniques, de leurs projections cristallisées,
et toutes ces institutions affreuses de la vision, du toucher et du son,

nos pensées agiles, vibrantes, et aventureuses,
au loin, par delà les mémoires des souverains,
celles qui trébuchent prés des abîmes du temps,
ont des bords élimés, des chocs sensibles et des aspérités,
elles se font malin plaisir à chercher, détruire et créer,
à rendre toutes choses à nouveau là, et visibles.

MP – 23062023

Des systèmes aux alarmes

« Je demeurerai en silence
En moi
une lampe allume des cris que tu ne sais entendre
ils déchirent
mon sang
et laissent en mes mains
si paisibles
cette cendre qui brûle
et qui détruit
ma bouche »

Clarisse Nicoïdski « Chemins de paroles : 1980 » in « La couleur du temps », p.121, traduit du judéo-espagnol par Florence Malfatto, Gallimard, 2023.

Le contrôle précis, millimétré et la réaction immédiate,
quand face aux circuits mobiles des magasins de l’enfer,
tu exécutes le trans-codage des systèmes d’ordres,
et ton obéissance liquide et affreuse résonne, à chaque fois comme une défaite,
là tout contre leurs machines à décisions,

et leurs fonctions-cibles s’installent dans les nerfs,
elles vrillent en boucles et descendent le fluide organique,
et nous répondons bien présent au moment du stimuli,
la conception inquiète captée dans l’éther,
et tout autour de toi, prends garde, plus rien n’existe,

à part cette force externe, qui s’imprime et fait bloc,
comprime le cerveau et tend les ersatz de choses devant toi,
la neurale-attitude ; celle recommandée et publiée,
et leurs scripts sont faits pour les singes standards,
qui se déplacent en meute muette, dans l’habit des faux-rêves,

et bruissent dans leur langue inepte des communs accords,
il n’est pas rendu celui qui parle avec eux,
car leur langue asociale a été customisée,
pour répondre à des besoins naturels purement organiques,
plus simples, plus efficaces, plus satisfaisants,

C’est là l’absence d’intérêts d’une économie du néant,
qui détruit la personne humaine, et fabrique des blocs de réflexes,
le super-dressage des comportements adaptés,
l’authentique expressif, cet égo-drame prison, partout promue,
la voix unique de leurs maîtres et maîtresses,
la forteresse du vide, le sexe et le cœur happés dans les circuits,
d’une machine de langages, à isoler, séparer et tuer.

Dans cette nuit immense, intensément programmée ; la nuit de l’Esprit,
le sang sucré et la pluie acide, qui coulent dans leurs bouches voraces,
les aliments déchets que l’on avale en masse,
toute cette horreur maligne des écosystèmes,
de traces, de preuves et de luttes,

Tu poursuis le plan, leur obsession et ses récompenses,
la dopamine qui accentue tes bonnes décharges
d’actions/réactions, devant les prévisions stratégiques,
Sans penser jamais à la totalité du temps,
seul compte ce minimum de plaisir, la jouissance à l’instant,
attrapée par devers tout le reste souffrant,

Regardes, entends ce qui arrive dans ce paysage …

J’ai mangé la mort ce midi,
des esclaves de la commande m’ont servis des déchets organiques,
des restes d’animaux tués, massacrés, transformés par milliards,
et mon ventre douloureux s’est noué, en une boule de sang,
à la pensée d’une folie de masse, sans raisons et destructrice,

Les esclaves de la commande travaillaient à toute vitesse,
sur des établis métalliques, en manipulant des petites boites
plastiques, aluminiums et cartons-pâtes, à toute vitesse,
en hurlant des numéros de commandes,
imprimés sur des rouleaux aux kilomètres par des bornes numériques,

sans doute qu’un expert-manager a calculé leurs rendements optimums,
en digérant leurs temps d’efforts et de résultats,
Ils allaient très vite avec le regard vide et froid des vaincus,
qui font à toute allure ce qui est demandé, quelque part,
la peur dans leur os, la peur payée une misère,
et le goût poisseux des pseudos-aliments fait vomir,

l’abrutissement, les larmes, par l’ingestion poubelle,
l’incapacité éduquée, entretenue pour la performance des rois et reines,
de l’argent-empire fabriqué pour tenir fermement l’esprit vide.
Prés des mondes fermés, pauvres et abjects qu’ils promeuvent,
il ne reste que la fuite des individus seuls, leurs choix de vivre
ou l’exil par miracle ou chance …

Regardes et saisit ce qui arrive pour notre temps….

Car ici, le hasard est chassé partout comme une erreur,
une non conformité du programme capital,
il représente ce qui résiste, et demeure indifférent, et libre,
des chaînes de l’action causale, des sciences de la prévision,
prends garde à rester loin de ce monde,

préserve le peu d’espaces-temps pour soi,
les micro-frictions qui font se heurter les drames secrets,
avec des autres, tous ces vivants encore prudents et conscients,
de l’affreuse souffrance qui s’infiltre partout,
cet habillage des milliers d’actes et d’objets qui fait l’oubli permanent
et la peur-sidérante.

MP – 02062023

Vidéo-drama

« Seigneur, je te le dis,
je suis sans but, ici
en Terre sainte,
Mes mains se désolent dans cette
éclatante lumière du soleil.
Elles vont et viennent le long du rivage de la mer Morte
pour un homme âgé de trente ans.
Allons Seigneur. Donne moi l’absolution.
J’entends trop tard que le film tourne,
enregistrant tout.
Je regarde la caméra.
Mon sourire se mue en sel. Le sel
sur lequel je me tiens. »

Raymond Carver, « Transformation » in « Poésie » p.372-373, Édition de l’Olivier, 2015.

La sorte d’alcool vitreux et écœurant que l’on verse,
dans les verres des téléviseurs, en continu, polis par des regards obliques,
que l’on avale saouls au fond des cellules pleines de faux-hasards,
les doubles aphones qui s’encastrent des vitres,
ne répondent plus jamais à ce qui les appellent,
dans les places anonymes d’un grand orchestre inconnu,

et leur projet de Tycoon effarant ressemble à ces délicats nuages,
qui balayent le ciel, tous différents et uniques,
tellement similaires, fuyants ou humides,
des murs d’eaux glacés, devenues vases bien solides,
ont modelés leurs visages propres et leurs yeux,

dans la cité des ciels digitaux-mécaniques,
s’ébrouent des tribus de créatures faméliques,
branchés sur les câbles kilométriques du réseau,
les vêtements à même la peau et remplis d’écrans,
l’appareil grésillant épucé dans l’oreille,
l’œil multicolore, ce globule augmenté qui s’oriente,

dans le champ gris uniforme des appartements,
traînent des milliards d’écrans aux habits de plastiques,
ces lumières vives qu’ouvrent les pupilles dilatées,
ce ciel bleu d’artifices et leur musique qui apaise,
et fait danser les corps du matin au soir,

Dans les vieux postes TV qui trônent dans leurs caves,
le maquillage des clowns tristes fond lentement,
tout ce blanc neigeux au goût poudré, délicieux,
et ce qui survit là bien après, ressemble à une grande et lâche méprise,
l’impossible dialogue de sourds, l’orage dans tes yeux,

rien ne résiste au temps d’une vie qui passe,
surtout pas les âmes changeantes, les trompeuses,
qui réagissent et brillent derrière ces glaces mutiques et froides,
et s’emportent en voletant des ailes légères et gracieuses,
pour papillonner là où bon leur semble,

des larmes digits ont coulées sur leurs plaies,
dans cette chair asservie, des figures entrouvertes,
la direction mouvante des milles caméras,
les viseurs et les sujets en lignes d’attaques,
réagissent à l’horizon des marchés de sons et d’images,

Et l’ombre du soleil digital qui avale leurs mémoires,
penchés sur les milliards de phones-sceptres,
là où nous sommes otages, spectacles et obstacles,
grandit à la manière d’une grande Humanité,
une lente et insidieuse musique de l’industrie,
avec tout son rythme vital ; l’argent, le sang et la guerre,

le temps jeté, inutile, disparu, par le rêve du grand oubli,
de l’instant féroce, de la pulsion seule, assouvie et battante,
qui fait tressauter les langages, et l’œil du faux-monde cyclope,
tout cela n’est pas sérieux, mon amie, mon amour,
mais bouleversant, dérisoire et vain …

Tout cela fait peur, ces silhouettes vacillantes aux frontières,
prises dans cet orage magnétique, ce vacarme numérique,
les essaims de citoyens muets, travaillent et butinent,
pour longtemps jouir de leurs organes et faire leur miel douceâtre,
de toutes situations, de toutes occasions, saisies,

et la rage des rêveurs et rêveuses prise dans ces cages complexes,
ces neuro-sphères multiples qui simulent toutes leurs envies,
laissant épuisés et repus ces homos-ludens,
dans les vidéos-drames et autres self-service de l’image,
quand tu fait défiler ces contenus par ton pouce-index devenu fou,
l’image et le son font vibrer tes nerfs.
Prie pour trouver une nouvelle vitesse,
épouse le temps du monde ou sois seul.e avec eux …

MP – 12052023

L’empire du faux

« Le résultat du conditionning, de l’adaptation parfaite, est l’intériorisation et l’acceptation de la pression et de la contrainte sociales bien au delà de toute éthique protestante ; les hommes se résignent à aimer ce qu’ils doivent faire sans même savoir qu’ils se résignent. »

Theodor W. Adorno, « Aldous Huxley et l’utopie» in « Prismes : critique de la culture et de la société », p.119, [1955], Traduit de l’allemand par Geneviève et Rainer Rochlitz, Payot, 2010.

The War Art of Paul Nash (1917–1944). The Mule Track, 1918.

Regarde les, tous ces métamorphes ; outils, formes et supports,
ceux qui glacent le sang et exploitent la douleur de nos champs,
toute cette étendue de nulle part, grises et mouvantes,
symboles à l’oreille trouée de fils et d’électricité,
leur onde de vibration jaune-noire et fuyante,
tout ces amas de techniques installées aux gestes, calibrés et prévus,

le programme alerte, achève, conditionne, et répète à l’envie,
ordre et contre-ordre, pour dresser la nulle obéissance,
à la requête et au prompt glacial, des ingénieur.es,
des neurosphères creusées dans cette enveloppe virtuelle,
qui recouvre d’un glacis blanc, toutes les cités nouvelles,
les corporations mutiques d’une terre abandonnée,

Pour lesquelles, des actes-objets à la surface chromée,
simulent des souvenirs d’artifices, des accrocs-rêves,
font partie des projets de vie utiles et rentables,
et appellent l’exercice des cruels tribus de comptables,
qui calculent le temps d’existence en fonction du résultat,
l’exploitation des corps vivants, est à son maximum.

Et les frontières de ces vivants deviennent floues, lâches,
on les traverse dans la violence mécanique et froide,
à l’aide de systèmes, de stratégies mûries en silence,
au pied d’un mur rempli d’étoiles, au cœur des réseaux,
j’alimente brique par brique, cellule par cellule, bouche par bouche,
la prison de signes, globale, la nécro-économie des traces,

La vie ici, désintégrée et reconstituée, adaptée et mutante,
a perdu son sel, la grâce du présent et la coloration des désirs,
l’exécution des formes sur les chaînes de montages,
où symboles et images sont produits sans arrêts,
rien ne meurt, rien ne s’arrête, mais le flot continu,
des visions d’automates aveugles, grises et sans fonds,

est avalé en silence, sans heurts, ni interruption,
par l’immense filet de sons, d’images et de signes,
Chromatique du néant, réflexes et codes-barres,
sont les vieux instruments agiles du pouvoir,
et leur esthétique de supermarchés, est laide et uniforme,
elle fait couler les couleurs de nos yeux tristes
tout ce ciel de l’âme figé dans sa morne sidération.

Quand personne ne te regarde dans les faces du monde,
quand seuls les gestes comptent dans le furieux magasin,
des simulations droites, ordonnées, remplissent et occupent,
les plages de temps mornes, vieillies, sans soleil,
Ah ton occupation de tyran est précieuse comme un trésor de guerre,
elle est le fruit d’un contrat, et d’une pensée morte d’ordinateurs,

Réglées comme un calcul sinistre, les probabilités d’événements,
par leurs occurrences prévues, deviennent la norme,
de cette production de bruits, de gesticulations affreuses,
de discours et d’images construits comme des sculptures,
glacées et creuses, au contact desquelles, on s’épouvante.
Elles ne font rien mais réagissent à la commande et au signal.

Et ce masque du rien efface les traits des visages,
il recouvre d’un tracé blanc, uniforme, et prévisible,
les expressifs les plus forts, les plus incarnant,
douleur, peur, joie, tristesse ont été supprimés,
et reconnaître un autre vivant dans la blessure de sa chair,
est devenu impossible, honteux ou illusoire.

MP – 05052023

La pensée est une lumière

« Suave et très puissante
Souveraine du fond de l’âme ;
Effrayant mais aimé
Présent du ciel ; compagne
De mes lugubres jours,
Pensée, devant mes yeux, qui si souvent, retournes
De ton être caché,
Qui ne murmure ? Qui parmi nous, n’a senti,
Son empire ? Et cependant
Chaque fois qu’il excite
La langue humaine à révéler ses fruits,
Ce que le sentiment raconte semble étrange. »

Leopardi, XXVI, « La pensée dominante » in « Chants / Canti » [1831], p.183, Flammarion, 2005.

Le miroir des pensées entre-ouvert jusqu’à l’eau cristal,
laisse vivre ce liquide étrange, cette nuit,
les nuages qui fondent et bruissent, et la pluie tambourine,
sur le linge du suaire mouillé, qui doucement se replie,
et la lune ardente illumine la tourbe rutilante,

ô grande nuit pleine d’étoiles et d’obscurités,
vient habiller les souffrances, celles jetées à rebours,
qui saisissent les cœurs et glacent le souffle,
dérangent le rythme lourd et animal,
de l’horloge unique de Zacharie, le maître des temps,

ô grande nuit de pensées fragiles et désarmantes,
auprès desquelles mon corps fatigué se repose,
que n’as tu pas fait déjà pour mon seul futur,
nuit du vaste silence, et du feu de l’esprit,
je vient enfouir mes épaules dans ton corps vaporeux,

L’or de tes yeux, femme humaine, a plongé l’intense cri,
dans le magma de flammes, cette lave épaisse,
celle qui descend de tes creux et fentes,
la sinuosité d’une silhouette divine,
les traits hantés par un regard très doux,

ce cri immense que pousse la Nature à tout instant,
qui vrille les cerveaux et creuse les chairs,
vient du fond des âmes brûlées par erreurs,
quand tu regardes cette foule de visages,
qui inquiète, se replie au fond des labyrinthes sans issues,

et que tu ne vois rien, à part la peau,
lisse comme du verre, un calque d’un parallèle étrange,
d’un papier-verre inerte, là où ne se remue rien,
et cette voix-machine qui scande,
des unités de structures, des blocs de signes consommables,

dans les parois de ces couloirs infinis, glacés,
survivent des spectres métamorphes,
des mutants fouillant la ronde des esprits voyageurs,
qui jouent une musique sans notes, ni touches,
un pur silence assourdissant,

et la solitude des étoiles a saisie ton cœur,
dans un corps mâché milles fois par Dieu,
cet être divin que tous observe au fond d’eux-mêmes,
et qui verrouille cet espace intime ; la conscience,
Tu peux l’observer maligne, faire ses numéros,

rendre des comptes sur les écrans carrés des comptables,
cet armada du rien qui calcule les vides et leurs écarts,
les vides sidérants et tout ceci très sérieusement,
l’armée des dingues, des suppliciés, des sacrifiés,
par les chiffres morts et leur litanie,

ô paysage de sons, d’images, d’arêtes et de rythmes,
Viens ici blesser les regard intérieurs,
des funambules marchant sur les traits,
de l’écran de signes, infiniment chaud, accueillant,
pour en faire des livres-cités uniques et mobiles,

Toi, créature de l’oubli, aux cheveux-lumières,
qui fondue à l’horizon, arrache l’espérance aux blocs inertes,
de la force entropique, ce désordre à l’aube, grandissant,
cette concentration absurde d’obstacles,
qui noie cette vision dans l’abîme ultime des mondes,

Tu peux nager dans ces matières noires et mauves,
qui remplissent le jour futur d’un soleil glacé,
et font respirer les malades, les bêtes et les enfants.
Souviens toi de cette vision du futur, elle est le seul Monde,
que tu portes en toi et que tu chéris.

MP – 21042023

Orchestre noir

« Voici des docks et des maisons qui brûlent,
En façades de sang, sur le fond noir du crépuscule ;
L’eau des canaux en réfléchit les fumantes splendeurs,
De haut en bas, jusqu’en ses profondeurs ;
D’énormes tours obliquement dorées
Barrent la ville au loin d’ombres démesurées ;
Les bras des feux, ouvrant leurs mains funèbres,
Éparpillent des lambeaux d’or par les ténèbres ;
Et les brasiers des toits sautent en bonds sauvages,
Hors d’eux-mêmes, jusqu’aux nuages. »

Émile Verhaeren, « La révolte » in «Les villes tentaculaires » [1895], p.137, Gallimard, 1982.

Il faut voir dévaler les lignes géométriques,
à la vitesse des courbes et des droites,
rectilignes, perpendiculaires, cerclées,
dans une terreur onduleuse, serpentine, géométrique,
qui descend sur les nuques des enfants,

les circuits grésillent sous les capots,
des automobiles filantes comme des étoiles,
et les moteurs vrombissent à la façon d’insectes,
aux yeux-sphériques, rouges et jaunes,
les pas des piétons avalés sur le bitume,

suivent des directions partout prévues,
et la folie rouge, dirigée, sale et destructrice,
brûle au fond des cervelles,
celles qui tressautent au rythme du sang,
et se cachent derrière le grand vacarme.

Car tout cela fait un bruit vague et immense,
un bruit de fond, de destins, d’arrière-plan, continu,
une sorte de bruissement lourd et humide,
dans lequel nagent les corps, les gestes, les yeux,
qui suintent de chaque chose regardée, saisie ou manipulée,

Même la nuit sauvage est remplie de veilles, de tensions,
et les micro-drames joués chaque jour,
seront des pièces du macro-puzzle des cités,
on dirait des pantins agités de soubresauts,
des costumes épinglés sur les carreaux du ciel,

Qui marchent en cadence, à l’intérieur des pièces, tous seuls,
sur des chaînes de montages, de symboles, des fabriques d’ordres,
quand l’obéissance est toujours là certaine,
la rutilante et bienveillante obéissance,
qui dégouline des sourires froids,

Tout cette foultitude d’objets et de dispositions,
qui commandent tout acte prévu et programmé,
en arrière de soi, prés des marionnettistes épuisés,
et la ligne du son et des formes brisée, tant espérée,
qui s’enfuit toujours plus loin.

Quand tout est devenu probable, le sens seul disparaît,
le rare et le feu dans sa couleur multiple,
le glissant et l’humide par le sommeil des morts,
se battent ensemble derrière la vitre opaque des montres-images,
ces outils du néant qui assurément calculent,

le temps qui reste avant la fin, l’optimal,
le chrono réflexe ; le mouvement divisé en unités consommables,
réduit en petites portions séduisantes et acceptables,
avalés à chaque signe sur le papier,
a chaque regard pointé devant soi,

et cette immense machine de morts qui gouverne,
tous les vivants, les signes et les automates,
les choses physiques, le ciel et les bâtiments,
la cité des milles atomes froids, isolés,
ces agrégats d’individus seuls, qui mesurent,
leurs investissements rationnels, bénéfiques et optimums,

Tout cela joue une musique écœurante, et funèbre,
une musique sourde, grave, et bleutée,
comme le crépuscule qui tombe dans nos âmes,
qui rompt les liens des frères et des sœurs,
et rends toutes visions neuves très suspectes.

Et pourtant personne ne tient la baguette,
pour ces musiciens du vide et de l’amer,
ils jouent sans arrêts, aveugles à l’infini noirci du silence,
pour conduire vers de beaux et graves cimetières,
les foules bien compactes et doctes,
endimanchées en habits longs et serviles.

MP – 14042023

Le marché aux cyborgs

« L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don. »

Sylvia Plath, « Lettre d’amour » in « Poèmes : 1959-1963 » p.299, Gallimard, 2011.

Kazimir Malevich’s Architeckton

Ce cri de détresse aiguisé et la forme des esprits,
les forces du destin ramassées en une veille maximale,
dans les paroles mutiques qui s’ébruitent au silence,
retentissent d’abord, maigres et froides,
les voix des squelettes et des matières mortes.

L’étincelle vibrante du souvenir humain,
encore mutante dans les corps au repos,
la messe est dite et rien de toi ne survit,
au delà des inventions de matériaux, d’instruments,
tout ce qui constitue ta vie future, cette disparition,

des témoins-spectres, et des grands immeubles,
rongés dans un ciel noircit, par une rosée de feu,
Le rouge et le jaune brûlant ont obscurcit l’horizon,
et les discours des faux-prêtres déclinant, ont décimés l’Histoire,
tout ceux qui braillent par des contextes aveugles,
et s’agitent en habits noirs de paniques.

Et l’effacement de toutes présences,
est le signe-fixe de ton apparition,
pas même toi ou tu ne peuvent se dire,
quand je regarde ta face en plastique,
qui recouvre des similis-traits,
et que sortent de ta bouche, des informations.

Je ne vois rien derrière ton masque,
rien d’autres que des circuits grésillants,
verts et bleus nuit, qui transitent,
d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre,
et ton mouvement est toujours prévu quelque part.

Les yeux noirs et mauves, clignotent,
au milieu d’une vision maquillée pour des calculs,
et leurs corps alignés comme des pions,
sur un grand jeu opaque qu’entraînent les non-vivants,
bougent en une géométrie raide et morcelée,

Ils n’ont pas de cœur, ne tombent jamais malades,
et s’agitent dans tous les sens recommandés,
Leur absence d’âmes est frappante,
et leurs cerveaux de silicium, tressautent,
comme une viande de carbone bien stimulée,

On les vends partout, ils s’invitent parmi nous,
dans les foyers des vivants, prés des rares animaux,
et l’on s’habitue à leur absence de figures,
aux bruits qu’ils poussent au démarrage,
à leurs apprentissages supervisés et infinis.

Un crédit de temps comptés est ajouté,
à leurs existences très programmées,
ceux-là qui ne rêvent jamais,
ont les mains pleines d’outils,
ceux-ci qui ne comprennent rien,
ont les bouches pleines de mots.

Conformes en tous points aux nombreux programmes,
tu peux les emmener partager ton monde illusoire,
mais ils existent d’abord comme des obstacles,
rien ne traverse leurs chairs mécaniques,
pas un tremblement organique, une émotion,
et leur face uniforme n’est jamais visage.

MP – 07042023