« L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don. »Sylvia Plath, « Lettre d’amour » in « Poèmes : 1959-1963 » p.299, Gallimard, 2011.
Kazimir Malevich’s Architeckton
Ce cri de détresse aiguisé et la forme des esprits,
les forces du destin ramassées en une veille maximale,
dans les paroles mutiques qui s’ébruitent au silence,
retentissent d’abord, maigres et froides,
les voix des squelettes et des matières mortes.
L’étincelle vibrante du souvenir humain,
encore mutante dans les corps au repos,
la messe est dite et rien de toi ne survit,
au delà des inventions de matériaux, d’instruments,
tout ce qui constitue ta vie future, cette disparition,
des témoins-spectres, et des grands immeubles,
rongés dans un ciel noircit, par une rosée de feu,
Le rouge et le jaune brûlant ont obscurcit l’horizon,
et les discours des faux-prêtres déclinant, ont décimés l’Histoire,
tout ceux qui braillent par des contextes aveugles,
et s’agitent en habits noirs de paniques.
Et l’effacement de toutes présences,
est le signe-fixe de ton apparition,
pas même toi ou tu ne peuvent se dire,
quand je regarde ta face en plastique,
qui recouvre des similis-traits,
et que sortent de ta bouche, des informations.
Je ne vois rien derrière ton masque,
rien d’autres que des circuits grésillants,
verts et bleus nuit, qui transitent,
d’un lieu à l’autre, d’un temps à l’autre,
et ton mouvement est toujours prévu quelque part.
Les yeux noirs et mauves, clignotent,
au milieu d’une vision maquillée pour des calculs,
et leurs corps alignés comme des pions,
sur un grand jeu opaque qu’entraînent les non-vivants,
bougent en une géométrie raide et morcelée,
Ils n’ont pas de cœur, ne tombent jamais malades,
et s’agitent dans tous les sens recommandés,
Leur absence d’âmes est frappante,
et leurs cerveaux de silicium, tressautent,
comme une viande de carbone bien stimulée,
On les vends partout, ils s’invitent parmi nous,
dans les foyers des vivants, prés des rares animaux,
et l’on s’habitue à leur absence de figures,
aux bruits qu’ils poussent au démarrage,
à leurs apprentissages supervisés et infinis.
Un crédit de temps comptés est ajouté,
à leurs existences très programmées,
ceux-là qui ne rêvent jamais,
ont les mains pleines d’outils,
ceux-ci qui ne comprennent rien,
ont les bouches pleines de mots.
Conformes en tous points aux nombreux programmes,
tu peux les emmener partager ton monde illusoire,
mais ils existent d’abord comme des obstacles,
rien ne traverse leurs chairs mécaniques,
pas un tremblement organique, une émotion,
et leur face uniforme n’est jamais visage.
MP – 07042023
