« Les machines plus anciennes, et en particulier les tentatives plus anciennes pour fabriquer des automates opéraient sur la base d’un mécanisme d’horlogerie fermé. Mais les machines automatiques modernes telles que les engins téléguidés, les fusées de proximité, le mécanisme d’ouverture automatique d’une porte, le dispositif de commande d’une usine de produits chimiques, et toute la panoplie moderne des machines automatiques qui remplissent des fonctions militaires ou industrielles sont dotés d’organes sensoriels, c’est à dire de récepteurs pour des messages venant de l’extérieur. »
Norbert Wiener, « La cybernétique à travers l’histoire » in « Cybernétique et société : l’usage humain des êtres humains » [1950], p.55, Seuil, 2014.
Le même parcours rutilant, de chocs et de frictions,
happé par les circuits des âmes brillantes et mobiles,
blindé de vêtements multicolores, de gestes taillés sur mesure,
j’aspire à la vitesse du noir, des facettes dorées, de l’obscurité,
pris dans le froid système de transports, neural et technique,
Il reste à remplir minutieusement les programmes d’alertes,
de surveillances précises, vides et chronométrées,
moi, l’insecte rugueux jeté dans la nasse des objets,
qui déploie ses ailes fragiles aux contacts des monstres,
rien ne sert de venir sans être prévu, lu ou dit,
l’écriture est une machine à lire, à gouverner et à signifier,
et les raisons d’être dit ou lu, sont si fortes, ici,
qu’elle font des yeux et des voix, de noirs totems,
comme des créatures magiques, ameutées, fébriles et vivantes,
des fétiches brandit par la main, dans l’aurore du monde,
et le soleil de ces innombrables machines
brûle au fond d’une profonde galaxie,
de bruits, de musiques, d’images mentales, comme des tribus,
des figures du spectre technique ; tous les visages et les voix effacés,
qui se ressemblent derrière le masque uniforme de « Creatura »,
là où l’expressif et l’image sont fusions, autismes et régressions,
Regarde au loin, ces véhicules filants, ces empires mécaniques,
ces tris d’objets sémantiques, toute cette machine de guerre,
qui fait naître la foudre au milieu des eaux de signes, grises et blanches,
retourne le sol de la Terre, pour s’en faire une robe sanglante,
et agrippe fermement les traces de ton passage,
elle est l’immensité faite instruments et moyens d’agir,
quand le bras de chairs saisit la poignée, touche la surface, active le mécanisme,
et que des capteurs en filets noirs et rouges, éclairent leurs chemins,
et percent, par la lumière, le réseau de veines et de cellules,
disparaître n’est plus permis, seulement pointer là, être présent,
au rendez-vous perpétuel d’un présent glacé et vieilli,
ce liquide bleu-froid qui descend dans les yeux et les nuques,
cet alcool venu des télé-présences, qui brûle la gorge et les poumons,
tous les chemins de ceux qui, captifs d’une attention,
appliquent, zélés, les règlements d’un outre-monde.
Et face à la pression insidieuse à la conformité,
chacun redouble en vain ses efforts pour redevenir seul,
les yeux larmoyants, et le corps tournés vers un pays d’exil bien à soi,
une origine et une fin qui déploient ses intentions et ses rêves,
les rêves immenses de la cité perdue dans les étoiles,
Toujours rêver d’hier comme étant l’exact et zéro demain …
La réplique des plaques de fer, de silicium et d’électricités,
et leurs prophéties bon marchés sont toujours réalisées,
dans le programme original des machines à décider,
à fuir ensemble, à disparaître et à renaître …
les échappées belles sont si peu nombreuses,
il en reste ici dans la « polis », dans ce qui polarise les signes,
fait chauffer les cœurs rouges, saignants et déliquescents,
des ouvertures par ou s’échappent les fantômes du jour,
les meutes assoiffées de progrès sont toujours perdues,
ici, les simulacres sont légions, ils défilent ordonnées, à l’écran,
comme des armées de songes faites pour l’ailleurs,
des rêveries de masses, des colonies d’images mentales,
que produisent en boucles, les téléviseurs, les exécutions capitales,
qui happent les regards effrayés des êtres vivants,
et les têtes parlantes sont des pantins du « Ty-Coon »,
cette hydre à diffusion multiple, cette machine à promettre,
qui promet toujours ce qui, conforme à l’attendu,
démet les corps spontanés, de leurs naturelles fonctions,
et assure le spectacle global, massif, multipolaire, en continu.
Ah – il ne reste rien à faire ici, qui ne soit pas visible, happé, promu.
Par l’appétit du monstre technique, de l’absolu merveille,
aux coins liquides, angles et œil carrés …
de ce ciel téléviseur, de cet amas de gestes issu d’un bon dressage,
et ces animateurs du néant sont des marionnettes, suspendues à temps fixe,
des existences virtuelles et futiles dont la vie du réseau décrète l’importance …
Technopole, ô merveille du rêve moderne, agile et communicante,
systèmes de mots d’ordre, sphinx, machines d’alarmes et d’alertes,
le bleu de tes nuits électriques éclaire l’Esprit des masses,
recluses au fonds des circuits, des jeux, des virtualités et des programmes ;
quel est ton futur ? Quelle est ta vision des choses et ta décision ?
MP – 07072023
