« Suave et très puissante
Souveraine du fond de l’âme ;
Effrayant mais aimé
Présent du ciel ; compagne
De mes lugubres jours,
Pensée, devant mes yeux, qui si souvent, retournes
De ton être caché,
Qui ne murmure ? Qui parmi nous, n’a senti,
Son empire ? Et cependant
Chaque fois qu’il excite
La langue humaine à révéler ses fruits,
Ce que le sentiment raconte semble étrange. »Leopardi, XXVI, « La pensée dominante » in « Chants / Canti » [1831], p.183, Flammarion, 2005.
Le miroir des pensées entre-ouvert jusqu’à l’eau cristal,
laisse vivre ce liquide étrange, cette nuit,
les nuages qui fondent et bruissent, et la pluie tambourine,
sur le linge du suaire mouillé, qui doucement se replie,
et la lune ardente illumine la tourbe rutilante,
ô grande nuit pleine d’étoiles et d’obscurités,
vient habiller les souffrances, celles jetées à rebours,
qui saisissent les cœurs et glacent le souffle,
dérangent le rythme lourd et animal,
de l’horloge unique de Zacharie, le maître des temps,
ô grande nuit de pensées fragiles et désarmantes,
auprès desquelles mon corps fatigué se repose,
que n’as tu pas fait déjà pour mon seul futur,
nuit du vaste silence, et du feu de l’esprit,
je vient enfouir mes épaules dans ton corps vaporeux,
L’or de tes yeux, femme humaine, a plongé l’intense cri,
dans le magma de flammes, cette lave épaisse,
celle qui descend de tes creux et fentes,
la sinuosité d’une silhouette divine,
les traits hantés par un regard très doux,
ce cri immense que pousse la Nature à tout instant,
qui vrille les cerveaux et creuse les chairs,
vient du fond des âmes brûlées par erreurs,
quand tu regardes cette foule de visages,
qui inquiète, se replie au fond des labyrinthes sans issues,
et que tu ne vois rien, à part la peau,
lisse comme du verre, un calque d’un parallèle étrange,
d’un papier-verre inerte, là où ne se remue rien,
et cette voix-machine qui scande,
des unités de structures, des blocs de signes consommables,
dans les parois de ces couloirs infinis, glacés,
survivent des spectres métamorphes,
des mutants fouillant la ronde des esprits voyageurs,
qui jouent une musique sans notes, ni touches,
un pur silence assourdissant,
et la solitude des étoiles a saisie ton cœur,
dans un corps mâché milles fois par Dieu,
cet être divin que tous observe au fond d’eux-mêmes,
et qui verrouille cet espace intime ; la conscience,
Tu peux l’observer maligne, faire ses numéros,
rendre des comptes sur les écrans carrés des comptables,
cet armada du rien qui calcule les vides et leurs écarts,
les vides sidérants et tout ceci très sérieusement,
l’armée des dingues, des suppliciés, des sacrifiés,
par les chiffres morts et leur litanie,
ô paysage de sons, d’images, d’arêtes et de rythmes,
Viens ici blesser les regard intérieurs,
des funambules marchant sur les traits,
de l’écran de signes, infiniment chaud, accueillant,
pour en faire des livres-cités uniques et mobiles,
Toi, créature de l’oubli, aux cheveux-lumières,
qui fondue à l’horizon, arrache l’espérance aux blocs inertes,
de la force entropique, ce désordre à l’aube, grandissant,
cette concentration absurde d’obstacles,
qui noie cette vision dans l’abîme ultime des mondes,
Tu peux nager dans ces matières noires et mauves,
qui remplissent le jour futur d’un soleil glacé,
et font respirer les malades, les bêtes et les enfants.
Souviens toi de cette vision du futur, elle est le seul Monde,
que tu portes en toi et que tu chéris.
MP – 21042023
