Une dynamique d’interactions collectives qui réajuste nos processus de communications sociales et de transmission d’un monde ancien dominant, arrogant, vers un monde émergeant a pour modalités d’exercice la reconstruction de croyances-habitudes capables de rendre disponible le nouveau monde à toutes et à tous. Évaluée de cette façon, une dynamique de changement de formes est plurielle, multi-faces, multiculturelle, profondément sociale car elle s’accompagne de toutes les expériences de contact sensibles qui font fructifier la réflexion délibérative et l’enquête vers le vrai. De nouvelles convictions renaissent depuis d’anciennes ruines à l’intérieur de milieux sociaux et naturels traversés par des influences politiques et culturelles.
Ce sur quoi nous sommes prêts à agir, c’est ainsi que le mouvement pragmatiste historique chez William James (1842-1910) et Charles S. Peirce (1839-1914) qualifie la croyance comme une habitude d’action réglée et cette instillation du ferme, du solide, de la confiance, par la valeur-courage dans les revendications des convictions des acteurs.trices d’un mouvement social consiste à pouvoir évaluer les conséquences les plus efficaces et les plus justes, résultantes de nos conduites collectives. Tant l’esthétique d’un milieu social donné que la capacité collective de délibération sur un plan éthique entres des perspectives différentes ou conflictuelles sont les armes d’une démocratie de la coopération qui a fait le pari de la socialité politique contre l’individualisme méthodologique – toute cette idéologie du néo-libéralisme contemporain qui fait de l’individu l’origine de l’action sociale, stratégique au travers d’une maximisation de ses choix, de ses utilités et de ses préférences.
Comment cette philosophie d’abord américaine – le pragmatisme – est-elle si désespérément actuelle aux États-Unis maintenant, de par les actions collectives de réformes publiques qu’elle peut rendre possible dans la société américaine de 2023 ? Voir cette différence historique, c’est constater ce contraste sidérant entre une inculture violente, un danger et une irrationalité collective profonde de groupes politiques conservateurs rattachés cyniquement au Trumpisme et l’histoire d’une tradition de pensée si riche et originale qui remonte jusqu’au transcendantalisme du XIX°siècle ; R.W. Emerson (1803-1882) ou H. D. Thoreau (1817-1862). Si la violence de l’écart fait peur, sidère et consterne, il ne doit pas nous laisser sans voix, repliés et accablés, sans gestes de refus réfléchis ni de profondes interrogations quand à la possibilité d’une intrication d’une forme ancienne de pensée – le pragmatisme – à l’intérieur d’une « forme de vie » actuelle marquée par de l’économique pur.
Il est alors toujours étonnant de voir cet attachement sensible à certains gestes qu’importent des processus de communication capitaliste dans la vie sociale. Commander, obéir, recevoir, identifier numériquement un objet ou un service comme valeur et transaction monétaire, concevoir le signe comme un instrument dont les usages sont réglés de manière purement conventionnelle sont des inter-actions qui rentrent dans une logique d’enfermement linguistique, culturelle, a-sociale des atomes-individus dans une société qui souffre de cet individualisme.
Ce que j’achète chez toi – mon contemporain, consommateur et citoyen – c’est ta différence subjective pure pour l’écraser, l’occulter par le blanc seing de l’argent qui nous délie, nous délivre de la promesse du contact, pour éliminer cette différence, dans une zone d’indétermination blanche ou neutre, une zone d’indifférence partagée par tous les acteurs-trices d’un marché de signes performants et consommables. Ce que je comprends uniquement de toi est ce qui fait sens dans mon propre système de croyances et ma représentation unique et polarisée du monde.
Le relativisme violent des valeurs, la cupidité, la bêtise arrogante, et le cynisme lourd des partisans de Donald Trump n’ont d’égaux que la profonde hypocrisie des évangélistes américains qui prétendent agir au nom d’un dieu devenu ce monstre sans figures, sans histoires, sans éthique. Le travail de fracturation sociale mené par la présidence Trump entre 2017 et 2021 a rendu possible politiquement la fermeture des frontières sociales, culturelles, de plus en plus étanches et ceci souvent par l’exploitation habile des technologies numériques et des réseaux a-sociaux de masses (avec l’usage exponentiel et presque effrayant des médias interpersonnels de contact comme le smartphone), qui individualisent et atomisent la relation humaine traditionnelle.
Le creusement des fractures internationales et à l’intérieur même des nations sous l’effet des réseaux de communications, par ces mouvements réactionnaires qui naissent et renaissent dans toutes les parties du monde (Chine, Iran, Pakistan, Israël ..), la promotion des comportements haineux, racistes et sexistes, contre les progressistes, et toutes les déviances dites naturelles (avortement, homosexualité, procréation assistée, féminismes, fin de la peine de mort …) ne peuvent pas empêcher la mobilisation des forces pragmatistes, universalistes, écologistes et socialistes qui raffermissent les croyances du bien agir et de l’interaction politique juste faite et conquise dans tous les interstices des milieux sociaux.
Quel est ce monde redoutable qui vient, mélangé, hybride, complexe et plein de périls ; celui-là même qui s’annonce au présent par les pseudos-prêtres du divertissement de masse, et du masquage idéologique, de la culture trash, de réactions « pures » religieuses, absolutistes et régressifs et du nihilisme de la pure marchandise ; cette planète-monde désintégré en cellules asociales et anti-politiques bien mortes, (toute cette nécro-politique des autoritarismes fanatiques et religieux et de l’égo-capitalisme qui détruisent les vivants, leurs croyances et la Nature).
Les représentations du monde au travers desquelles nous communiquons à défaut de vivre, croire ou survivre sont-elles devenues des niches d’occultation du réel, du sensible et du vrai ; ces espaces numériques et militants irrationnels de décharge de haines, de délations ou de pures inventions tactiques coupées de la seule réalité sociale (le réseau Truth Social des Trumpistes, Boulevard Voltaire en France ; toutes les fachos-sphères d’extrême-droite, les médias mainstream des pseudos-catholiques ultraconservateurs de Bolloré ; tous prône la vérité alternative et ce qui est caché derrière les faits, contre les vérité scientifiques ; tout ce qui menace leurs propres représentations du monde …)
Quelles places sociales et quels rôles déterminants laisserons-nous au rétablissement de la vérité comme connaissance ultime, fondée, ferme, issue de multiples recherches fondamentales de la communauté scientifique internationale, guidées par la quête de procédures, d’expériences, de protocoles et la vérification d’hypothèses ? Dans ce monde inquiétant qui vient avec fracas et drames, le vrai, le bien et le juste seront toujours des valeurs collectives à défendre contre la norme générale de recherche du profit ou l’occultation du réel par des croyances de plus en plus obscures venues de mondes fermés et irréels.
Fragments d’un monde détruit – 60
