Des systèmes aux alarmes

« Je demeurerai en silence
En moi
une lampe allume des cris que tu ne sais entendre
ils déchirent
mon sang
et laissent en mes mains
si paisibles
cette cendre qui brûle
et qui détruit
ma bouche »

Clarisse Nicoïdski « Chemins de paroles : 1980 » in « La couleur du temps », p.121, traduit du judéo-espagnol par Florence Malfatto, Gallimard, 2023.

Le contrôle précis, millimétré et la réaction immédiate,
quand face aux circuits mobiles des magasins de l’enfer,
tu exécutes le trans-codage des systèmes d’ordres,
et ton obéissance liquide et affreuse résonne, à chaque fois comme une défaite,
là tout contre leurs machines à décisions,

et leurs fonctions-cibles s’installent dans les nerfs,
elles vrillent en boucles et descendent le fluide organique,
et nous répondons bien présent au moment du stimuli,
la conception inquiète captée dans l’éther,
et tout autour de toi, prends garde, plus rien n’existe,

à part cette force externe, qui s’imprime et fait bloc,
comprime le cerveau et tend les ersatz de choses devant toi,
la neurale-attitude ; celle recommandée et publiée,
et leurs scripts sont faits pour les singes standards,
qui se déplacent en meute muette, dans l’habit des faux-rêves,

et bruissent dans leur langue inepte des communs accords,
il n’est pas rendu celui qui parle avec eux,
car leur langue asociale a été customisée,
pour répondre à des besoins naturels purement organiques,
plus simples, plus efficaces, plus satisfaisants,

C’est là l’absence d’intérêts d’une économie du néant,
qui détruit la personne humaine, et fabrique des blocs de réflexes,
le super-dressage des comportements adaptés,
l’authentique expressif, cet égo-drame prison, partout promue,
la voix unique de leurs maîtres et maîtresses,
la forteresse du vide, le sexe et le cœur happés dans les circuits,
d’une machine de langages, à isoler, séparer et tuer.

Dans cette nuit immense, intensément programmée ; la nuit de l’Esprit,
le sang sucré et la pluie acide, qui coulent dans leurs bouches voraces,
les aliments déchets que l’on avale en masse,
toute cette horreur maligne des écosystèmes,
de traces, de preuves et de luttes,

Tu poursuis le plan, leur obsession et ses récompenses,
la dopamine qui accentue tes bonnes décharges
d’actions/réactions, devant les prévisions stratégiques,
Sans penser jamais à la totalité du temps,
seul compte ce minimum de plaisir, la jouissance à l’instant,
attrapée par devers tout le reste souffrant,

Regardes, entends ce qui arrive dans ce paysage …

J’ai mangé la mort ce midi,
des esclaves de la commande m’ont servis des déchets organiques,
des restes d’animaux tués, massacrés, transformés par milliards,
et mon ventre douloureux s’est noué, en une boule de sang,
à la pensée d’une folie de masse, sans raisons et destructrice,

Les esclaves de la commande travaillaient à toute vitesse,
sur des établis métalliques, en manipulant des petites boites
plastiques, aluminiums et cartons-pâtes, à toute vitesse,
en hurlant des numéros de commandes,
imprimés sur des rouleaux aux kilomètres par des bornes numériques,

sans doute qu’un expert-manager a calculé leurs rendements optimums,
en digérant leurs temps d’efforts et de résultats,
Ils allaient très vite avec le regard vide et froid des vaincus,
qui font à toute allure ce qui est demandé, quelque part,
la peur dans leur os, la peur payée une misère,
et le goût poisseux des pseudos-aliments fait vomir,

l’abrutissement, les larmes, par l’ingestion poubelle,
l’incapacité éduquée, entretenue pour la performance des rois et reines,
de l’argent-empire fabriqué pour tenir fermement l’esprit vide.
Prés des mondes fermés, pauvres et abjects qu’ils promeuvent,
il ne reste que la fuite des individus seuls, leurs choix de vivre
ou l’exil par miracle ou chance …

Regardes et saisit ce qui arrive pour notre temps….

Car ici, le hasard est chassé partout comme une erreur,
une non conformité du programme capital,
il représente ce qui résiste, et demeure indifférent, et libre,
des chaînes de l’action causale, des sciences de la prévision,
prends garde à rester loin de ce monde,

préserve le peu d’espaces-temps pour soi,
les micro-frictions qui font se heurter les drames secrets,
avec des autres, tous ces vivants encore prudents et conscients,
de l’affreuse souffrance qui s’infiltre partout,
cet habillage des milliers d’actes et d’objets qui fait l’oubli permanent
et la peur-sidérante.

MP – 02062023

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