Anamorphose

« L’histoire est l’action et la réaction de ces deux forces – la Nature et la Pensée – deux enfants se poussant l’un l’autre au bord du trottoir. Tout est pousseur et poussé ; et ainsi la matière et l’esprit sont pris dans une joute et un équilibre perpétuels. »

Ralph W. Emerson « La destinée » in «  La destinée et les illusions : deux essais tirés de la conduite de la vie », [1860], Traduction de Marie Dugard, révisée par Laurent Follio, Préface de Paolo D’Iorio, Payot § Rivages, Paris, 2019.

L’image de l’Automate avance tout prés dans la nuit,
avec des graphes, des rayons, des diamètres,
et l’œil des machines est à interfaces obstaculaires,
les globules visions projettent leurs mondes sur les surfaces,
les modèles géométriques, les froides étoiles mécaniques,
et tout le spectre du silence-là, des âmes heurtées,
des expressions imprévisibles, des spontanés, des ratés,
des défauts du robot-sapiens, des pertes nerveuses, et rebuts,

hante le rapport à l’inerte, à la forme attendue et aux réglages …
Exécute et tais-toi, esclaves, modèles et morceaux,
la dureté du doigt-index qui montre ce qu’il faut montrer,
te tient par le dos comme un cintre à la forme durcie,
dans les eaux du calcul glacé, de l’égo-drame,
il faut obéir aux ordres et s’activer pour les maîtres,
amasser des masses d’objets, consommer des objets,
devenir-alerte des objets, vomir des objets,

et la lumière diffractée dans toutes les scènes suffisantes
est un projet de la machine inquiète et du désert des mots,
la vacuité, la muette solitude faites silence,
l’absence de toi, et des signaux du présent,
la trace effacée, le sable qui recule dans les eaux,
et le mouvement qui n’est plus là, figé dans la fixité du Temps,
qui tout à coup à pris le sang pour le répandre,
dans les amas de nuages gris, la pluie naissante,

l’eau rouge est vive, plurielle et vivante,
elle devient, se propage et se mélange aux autres,
l’eau qui ruisselle à l’orée des forêts, des mers et des refuges,
pour colorer les chairs et rendre les visages à la vie …
Toi qui me regarde dans les yeux, le sais-tu ?
Le présent qui est là pour vivre, se souvenir et connaître,
est le présent de l’acte, du contrôle et de la survivance,
qui emmène les corps et l’Esprit par la vie et le sens,
aux mêmes instants qui durent, qui font et marquent la durée …

Se perdre ici dans les bras sinueux de Morphée,
dans les sommeils si profonds, si légers, réparateurs,
qui font, en agents délicieux, passer la vie par un court moment,
vers la paix de l’âme, la tranquille assurance du rêve, du vivant,
le rêve qui projette dans l’œil de la conscience,
tous les scenarii rêvés, les futurs rendus possibles …
Quelle est cette force de protension, de définition et de capture,
qui vient dire, faire et souligner les images de mes rêves ?

Et sur les écrans par milliers circulent nos rêves,
par cette reproduction-machine, l’immense portée médiatique,
et l’aplat gris et morne de l’image sur un écran, est
le digi-bit-résultat ou la forme-modèle de l’organe-cerveau,
l’organe biologique qui produit une image neurale connectée,
à ce rêve naturel, à cette représentation d’ailleurs,
Comment vivre sans la volonté et le signe-symbole ?
Comment devenir Histoire – langages, formes et faits –
dans le monde des machines …

MP – 06042024

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