Les dynamiques de transformation à l’ère de l’anthropocène simultanément économiques, énergétiques, sociales et psychopolitiques entraînent un mouvement d’équilibrisme historique dangereux ; marqué d’une instabilité croissante de l’idée même de Société, de pour Soi humain et d’Esprit, dans la percussion de multiples forces contraires – contrôle invasif de l’autorité des maîtres en soi-même / désajustement des soi humain vis à vis de leurs milieux vivants / anarchie capitale et désordres dramatiques, pour et dans la forme de vie et les formes culturelles et symboliques des sociétés humaines et animales. En ce sens d’une recherche d’équilibre constante, la formalisation des interactions sociales et symboliques – milieux de vie / organismes sociaux / futurs de l’action collective – semble confrontée à une perte potentielle de socialités de base et d’expressions naturelles, au profit d’une atomisation de la société issue du darwinisme social de l’hyper-capitalisme de prédation. Dans cette image métaphore d’une certaine transformation inhumaine de la vie – les lignes d’équilibre à rechercher – ; l’image d’une ligne de hautes tensions ou de fortes sécurités, à rechercher en philosophie sociale entre (1) la société de contrôle à haute intensité d’un côté et l’abandon et le laissez mourir en périphéries et de l’autre côté, (2) la dislocation des tissus sociaux symboliques reliant individus, langages, groupes humains et sociétés et la destruction de règles ; se tiennent les mesures possibles des ajustements pratiques contre des adaptations forcées, fatales et prisonnières liées à un système autoritaire global ; « tautiste » (L. Sfez), autophage et fermé sous l’effet d’une logique de contrôle et de surveillance maximale des groupes et des individus humains. Sous la pression d’une implosion interne des caractères vivants de l’humain – l’empathie, l’attachement filial, l’amour charnel ou spirituel, la solidarité collective -, et dans les séries de catastrophes sociales naturelles dues directement à l’impact des hommes sur et dans leurs milieux de vie, les langages du pouvoir se construisent par une immense entreprise de désappropriation collective de la liberté du rapport à soi par l’action de techniques sémiolinguistiques d’un certain construit de la psychologie du pouvoir envers et contre le pour soi humain ; la novlangue du contrôle ou du management des âmes et des corps fonctionne comme une mise en séries d’individus standards et retrait des rapports à soi, par des zones de conformité symbolique et instinctive, du laissez-faire, laissez mourir des sans voix et des sans visages.
Il peut être instructif et utile de considérer la forme humaine de vie comme déjà dépassée ou dénuée de sens dans une certaine psychologie du pouvoir, en réfléchissant mieux à tout l’enjeu d’une appropriation des dynamiques de survie des vivants dans l’anthropocène, – la vieille idée de nature humaine ainsi utilisée pour elle-même pour spécifier une sorte d’appartenance exclusive à une entité – l’Humanité – largement fétichisée ou mystifiée, rate la seule communauté des êtres vivants ou les différentes manières dont nous femmes et hommes, enfants, adolescent.es, partageons un socle de réactions primitives avec les bêtes ; « une manière d’agir commune » qui permet la compréhension ; par exemple dans la convocation du visage de l’autre, ou de la face sociale, le suivi de rituels sociaux (Levinas / Goffman) ou l’expression de la douleur psychique ou physique qui appellent une réaction empathique et un geste – j’ai mal – qui revendique une place dans nos vies, et demande un soutien (Wittgenstein) avec une certaine structure d’expressions et une logique de configuration des corps. Sur le plan d’une macroanalyse sociale et politique des dynamiques de transformation des soi humains, les lignes d’équilibre situent la force théorique d’appoint de l’intercompréhension humaine et vivante, entre deux mondes affrontés et qui se confrontent dans une même forme de vie humaine ; (1) la société de contrôle, hyper rationnelle, ou exploitant des technologies de ruptures et d’intégration forte des élites réactionnaires et des masses (Intelligences Artificielles Génératives de Régulation – IAGR / cyber génétique de confort ou commandes de son parcours biologique et génétique sur plusieurs générations / contrôle biométrique capitaliste et identification numérique par scan du visage et implantation de puces sous la peau, avec exclusion de la dimension corporelle de l’Esprit) versus (2) l’effet massif des catastrophes sociales, climatiques, guerrières, technologiques ; l’État dissous comme forme de régulation de la vie humaine ; une forme d’organisation effondrée, disséminée en factions rivales, territoires et cultures détruits, morts et sépultures méprisés, systèmes sociaux abandonnés par les écosystèmes médiatiques dominants, masses humaines dont les vies futiles peuvent être supprimées du fait de leurs peu de valeurs et leurs poids démographiques inquiétants ; un sur danger mobilisateur et protecteur et une pression migratoire pour l’élite financière oligarchique.
Dans une lecture complémentaire issue de la microanalyse situationnelle des interactions dites situées, l’action sur soi est reprise dans la perspective de l’ethnométhodologie (influence de A. Schütz, fondation théorique par H. Garfinkel) ou de l’interactionnisme symbolique (G.H. Mead et H. Blumer) pour faire enfin se démettre une forme d’interprétation absolutiste et psychologisante de la transformation de la vie humaine qui applique une causalité originelle et extérieure aux phénomènes sociaux politiques étudiés ; un absolutisme de la pensée. Dans ce type de biais d’analyse majeur en philosophie de l’action et de l’esprit socialement constitué, les comportements humains et les expressions vivantes sont très vite renvoyés à une matrice conservatrice ou naturaliste absolument unique et exacte, très psychologisante voire neurobiologique et mentaliste de l’action sur soi afin de toujours réintroduire la marque capitale d’une force d’interprétation extérieure, causale ; une fatalité théorique structurée par des pouvoirs experts et une certaine image idéale de l’humanité appuyée sur les promesses psychologiques et individualistes d’un bonheur imposé par l’Etat, la sélection naturelle ou Dieu (O. Spengler). Ici sur les lignes d’équilibre étroites entre contrôle social et anarchie capitale, les deux plans d’analyse seront bien utiles afin d’anticiper et de considérer en bon pragmatiste « quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet » (C.S. Peirce – maxime pragmatiste énoncée in « How to Make our Ideas Clear », 1878, et pour un travail à une source plus riche ; « The Fixation of Belief », 1877). Si nous revenons aux séries de catastrophes et à l’inhumanité de l’humain, sa cruauté partout présente sur Terre, nous pouvons lire et interpréter la catastrophe comme multifactorielle, – sociale, climatique, économique, psychique, symbolique, sexuelle – et le travail du prendre soin et de la maintenance du social en l’humain ; la réparation ou de la robustesse de la vie comme déjà un travail genré ou inégalement réparti ; les femmes y prennent part par exemple pour restaurer un milieu de vie, permettre que la vie dans un foyer soit de nouveau rendue possible, les pauvres sont cruellement touchés et doublement touchés ; ils font déjà partie des sommes négligeables d’un calcul complexe, issu d’une ingénierie sociale et d’une gestion optimale de la catastrophe (la catastrophe de Fukushima par exemple, mars 2011).
Dans la hiérarchie des peines et des soutiens que provoquent les désastres, les populations pauvres, malades, racisées apparaissent comme des quantités négligeables aux yeux de dirigeants préoccupés d’abord d’assurer un certain contrôle social, économique et sanitaire ; l’économie de la catastrophe déjà contaminée par l’économie de l’attention de la « Médiacratie » de 2025-2050, permet de renforcer des logiques d’insensibilisation et d’invisibilisation de sorte que bâtir des territoires négatifs pour les mauvais gouvernements ; c’est à dire masquer aux différents publics concernés des catastrophes sociales, naturelles, économiques, institutionnelles, guerrières sur des zones géographiques, et dans l’œil fixe et omniprésent de la machine – télévisuelle – médiatique, peut faire partie de l’arsenal de la guerre de l’information contemporaine. Ici la catastrophe écologique demande de multiples lectures, à la fois historiques, sociales mais aussi intimes, linguistiques et psychologiques ; il est par exemple déterminant de rendre possible l’expression d’une catastrophe psychique dans la considération du fou ou de l’étranger – la maladie mentale ou la position du migrant étant déjà une interpolation complexe d’une position sociale particulière reprise dans le pouvoir de la médecine ou de la politique dite experte de la santé mentale et de l’accueil ; le fou est soigné à l’hôpital – le fou s’il dérange l’ordre traditionnel du langage et de l’action est en même temps la figure d’un contre effet révélateur, naturellement humanisant (!) à l’installation abusive d’une normalité cognitive soit disant structurante ; ici c’est à la diversité humaine que nous avons finalement affaire – une affaire terriblement humaine – une personnalité, une personne, un personnage et les traces de la folie collective qui empêchent une capacité créative de liens sociaux, symboliques, culturelles, c’est à dire une capacité de renforcement de la société historique. Les capacités de transformation du fou sont à l’égal des dynamiques d’attachement et de soin dans l’Art-thérapie, l’atelier d’écriture, la peinture rudimentaire, l’atelier d’instruments de musiques, lorsque la psychiatrie institutionnelle fait son travail de réinsertion et de libération vis à vis de la pathologie (lorsqu’elle est soutenue et financée).
Tout ce qui arrive, les faits et leurs images dans la pensée, faire face, parler, écrire, affronter les dynamiques d’erreurs – ou bien toutes les manières subtiles de produire un faux résultat et d’aboutir à de potentielles catastrophes – et la constellation des désastres dans l’inhumanité d’une forme de vie, dans laquelle la cruauté, la bêtise humaine, la cupidité du capitalisme fossile et les folies collectives comme l’exclusion de l’étranger par principes, le nationalisme guerrier et stupide, la dévastation de milieux naturels par l’extraction infinie de ressources (charbons, pétroles, gaz, métaux rares …) ; tout ce qui arrive dans un réseau symbolique extrêmement dense de mots signes, d’images, de sonorités, de métaphores, dans nos univers hyper-médiatisés, voilà tout ce que nous sommes et devenons dans l’image du fil – ô combien fragile – tendu entre deux mondes ; contrôle extrême, technologies numériques de surveillance et d’optimisation de l’humain versus anarchie capitale ou désordres anthropologiques et écologiques massifs. Ici le type de personnalité autoritaire qui émerge en 2025-2035 pour figurer le meilleur leader pour emmener vers les désastres – celui qui heurte la maîtrise sensible du temps et de l’espace – est celui qui va depuis un complexe de ressentiments bien précis, désigner des cibles (personnes racisées, femmes, trans, bi, gays, juifs, arabes ..) et faire son miel infecte, d’une surréaction collective, massive et phobique ; montrer pour l’extrême droite globale, les vagues migratoires ou la submersion qui toujours menacent la Nation ; renforcer la crainte de perdre son identité dans le mondialisme lointain, haïr les raisonnements complexes (le refuge dans la « misologie ») devant la belle simplicité et la brutalité de l’instinct ; exploiter le vide affectif, le virilisme et l’autoritarisme de parents dépassés, fabriquer de nouvelles élites musclées, automates et machinales, capables seulement et finalement de résoudre des problèmes techniques. Les moyens de l’action collective par la concentration sur une causalité efficiente ; l’adaptation technique du mouvement de transformation sociale, en écosystèmes fermés sans penser à la finitude des ressources de la Terre – au détriment d’une causalité finale ; considérer toutes les formes disparates de la vie -, parviennent à détruire ou effacer les sens – ô combien riches et singuliers – de la vie humaine.
Fragments d’un monde détruit – 187