De l’espérance pragmatiste

Dans l’organisation du travail issue d’une rationalité scientifique visant l’exécution mathématique d’un optimum triple [Temps de réalisation du produit ou du service/Coûts mesurables de production/Efforts ou quantités de travail investit], l’accumulation de la force de travail au bénéfice du capital ou de la valeur d’échange du produit ou du service, induit des rapports extrêmes et tendus de production et de productivité ; la recherche de l’efficacité productive du travailleur mesurée par un salaire ou une rémunération au mérite, étant la base du développement de la domination d’un écosystème de décisions et de motivations économiques utiles pour seulement vivre biologiquement. Tout l’accaparement par les sphères capitalistes, toute la colonisation du monde vécu par la forme de vie capitaliste impliquent par conséquent, une même intégration verticale et puissante du corps et de l’esprit mis au travail, littéralement branchés sur la machine capitaliste. Cette logique de l’intégration gestuelle et psychique à la fois culturelle et organique n’est pas propre au système capitaliste, elle se retrouve dans les organisations répressives religieuses ou sectaires (catholicisme intégriste, islam radical, nationalisme sioniste, hindouisme en Inde ou bouddhisme fanatisés en Birmanie) en tant que l’individu comme unité de revendication potentielle de liberté, doit être seulement l’instrument utile et servile pour la conservation d’une certaine psychologie absolue du pouvoir ; il ou elle est donc à contrôler, toujours mettre au travail, maintenir dans l’activité de conservation de l’emprise du pouvoir, gratifier ou sanctionner comme le chiffre ultime de la domination.

Intégrer et exclure sont les deux facettes d’une même stratégie impériale qui emmènent les rapports de forces et les rapports de classes, de cultures et de genres, comme la question des persécutions racistes, homosexuelles et antisémites, dans une forme de domination culturelle et symbolique – l’extrême droite globale – qui va consister à (con)former l’homme du futur ; le dirigeant star, spécial, spectral, populaire ; l’homme supérieur par ses racines et sa nature et l’homme augmenté artificiellement par une greffe bien prise psychologiquement et économiquement des outils des Intelligences Artificielles Génératives et de Régulation (IAGR) dans les formes de pensées (in)humaines. Ici ce qui est à voir, à préciser et critiquer, est l’impressionnante maîtrise behavioriste des réactions psychologiques de base de l’individu contraint à l’assujettissement impérial, [le Sujet du pouvoir, les miroirs conformant de l’IAGR, la norme cognitive, les experts en neuro-mimétisme éducatif et l’œuvre d’une anti histoire totale – une idéologie de type religieuse qui domine, sérialise et détruit] et à la tranquillité politique des oligarques au sens d’un total contrôle des masses.

Dans l’arc des extrémités idéologiques de l’autoritarisme et du totalitarisme contemporain et dans la formation des centres de gravités des récits critiques, l’islamisme radical et les forces du renoncement à vivre (à gauche ou à droite) consistent en une curieuse et fascinante forme de capitalisation du ressentiment anticapitaliste et antidémocratique – une obsession pour l’authenticité de la vie liée à Dieu et au prophète, la lutte contre la pornographie, le luxe et le mode de vie occidentale, la négation des libertés sexuelles et reproductives, le combat contre la décadence des démocraties libérales et l’extrême violence de prêches contre les femmes, les juifs et les homosexuell.es ; sources irrépressibles de dangers et de corruptions matérielles et spirituelles du croyant. A l’autre extrémité, mais connectés intimement comme moteurs d’une certaine histoire de la vulnérabilité des formes de vies et de l’humanité, le fascisme catholique réactionnaire [MAGA, J.D Vance, Donald Trump & la « Heritage Foundation » aux Etats-Unis, le Rassemblement National (RN) en France], le soviétisme russe ou chinois ou le collectivisme oligarchique, le nationalisme juif et sioniste ; et toute la puissance d’une technologie de contrôle et de surveillance organisée au plus haut niveau des sociétés privées déléguées ou remplaçantes de l’État xénophobe, en tant que techno réactions administratives et numériques, ou guerres humaines, informationnelles, digitales et matérielles.

La guerre des récits et l’imposante forme totalisante de la « Médiacratie » autoritaire en Russie, en Afrique, en Chine, aux États-Unis, en Arabie Saoudite, au Moyen-Orient, en Asie et en Europe, accomplissent cet exploit d’une conversion des valeurs dans et par les fictions transformatrices et idéologiques – la haine c’est l’amour, le faux c’est le vrai, la guerre c’est la paix, l’étranger c’est l’ennemi ; toute cette sorte de formes de pensées orwelliennes ou venues du « solipsisme collectif » ; une notion critique devenue centrale et si importante en 2025-2050 pour seulement comprendre les dérives actuelles des médias d’extrême droite. C’est d’une persistante méprise à laquelle nous devons faire face constamment, en tant que libéraux et démocrates ; méprise politique et intime quant aux formes d’expressions collectives de nos besoins réels d’êtres vivants  ; expressions ou interactions médiatisées par des symboles et soutenues par des publics instruits, critiques, tolérants, libres et des Institutions justes, libres ou non maltraitantes. Ici résister en pragmatiste, c’est promouvoir la démocratie comme régime d’interactions sociales, de jugements et d’évaluations pluralistes, critique des propagandes nationalistes ; lutte organisée contre les formes de pensées absolutistes qui excluent des versions du monde – sans conséquences violentes – au nom d’une antériorité spéciale, d’un dieu surplombant ou d’une structure d’ordres a priori et violemment imposés aux groupes sociaux, aux êtres humains et aux milieux vivants.

Il peut rester un fond d’espérances dans le cœur de chaque enfant de la démocratie libérale, ce que nous sommes capables de faire, de penser et de transformer comme masse critique et puissance d’engagements et de multitudes, comme nouvelles sociétés de la connaissance, de la vie et de l’action, nouvelles transformations sociales issues des multitudes agissantes et réancrées historiquement dans la critique complexe du capitalisme ego-cognitif et du totalitarisme chinois ou russe ; ce que nous sommes capables de promettre pour les futurs de nos enfants, c’est un monde où une Terre humaine et vivante est libérée du carcan du néo-libéralisme autoritaire, du collectivisme en tant qu’idéologie de la « conformation », du patriarcat et de la domination du groupe le plus fort qu’il soit religieux, économique ou politique. Ici, à l’intérieur de l’organisation économique capitaliste, dans cette inégalité dramatique et criante de conditions d’existence et de vie, le fait de décorréler le revenu, de l’efficacité productive individuelle liée à une conception très morale ou managériale de la performance au travail, rejoint l’immense nécessité d’une action politique présente et à venir, à l’intérieur des sociétés humaines sous et contre les effets évidents du changement climatique et l’impact humain des transformations énergétiques.

Espérer seulement voir et sentir vivre nos enfants, nos rêves de communs, nos futurs aimants et aidants, n’est ce pas permettre enfin une sortie par le haut du modèle de l’hyper-capitalisme de l’Ego et de la prédation, du capitalisme fossile, du capitalisme de plate-forme ; toutes formes économiques totalement déconnectées de la réalité de la survie possible des milieux vivants en 2025-2100. En ce sens, instaurer un revenu universel d’existence comme base de ressources mondiale pour vivre et aider les autres à vivre, est une mesure pragmatiste, urgente et en phase avec la transformation naturelle de nos sociétés humaines. Comment aider et faire en sorte que nos liens sociaux symboliques aident à mieux vivre et à préserver nos milieux de vie, conditions indépassables à notre propre survie d’humanité ? Comment toutes les expériences des multitudes organisent déjà la sortie du modèle économique hérité d’un capitalisme industriel et fossile, reconduit et adapté au capitalisme de plate-forme avec la révolution numérique ? Examiner les conséquences ordinaires de nos actions en tant qu’humanité pensante, plutôt qu’accompagner d’hypothétiques causalités agissantes ; nature, dieu, technologies, empires, forces destinales, races ou cultures supérieures, revient dans une description alternative et pertinente de l’anthropocène, à interagir en accords avec le monde vivant, au plus près de la forme de vie biologique, sociale et culturelle ; éviter ou combattre les logiques d’extraction de ressources naturelles, épuisables, toujours brutes et finies ; toutes les technologies invasives d’extraction et d’exploitation de données dites numériques ou identifiables ; d’âmes et de corps, d’énergies, de psychés, de symboles et de pensées humaines.

Fragments d’un monde détruit – 189

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