Dans l’arsenal des signes mots vedettes portant des projections adaptées à un certain programme politique réactionnaire venu de l’extrême droite globale, se tiennent regroupées en fer de lance stratégique, des armes rhétoriques et idéo-dramatiques précises constituées (1) d’inversion complète de sens et de valeurs (la guerre c’est la paix, la haine c’est l’amour, la liberté c’est l’esclavage ; et la portée de « l’inversion maligne » comme ces victimes qui deviennent des bourreaux – Michel Tournier invente cette expression remarquable dans « le Roi des Aulnes » (1970)), (2) d’identification d’ennemis intérieurs (musulmans, ou juifs, socialistes ou communistes chrétiens ou écologistes gauchisant), (3) d’exclusion identitaire par le droit du sol, du sang et de la race, et le collectivisme oligarchique (4) de xénomorphobie – rejet des déviances dites naturelles selon un canon esthétique, asocial et culturel ; transphobie, LGBTQIA+, grossophobies, exclusion du malade et du difforme qui pèsent sur la richesse matérielle et symbolique nationale), (5) de fermeture ou d’extension de frontières nationales par la guerre militaire ou économique, l’extraction des forces vivantes, des ressources et la logique de colonisation et (6) d’instrumentalisation de boucs émissaires utiles à des campagnes violentes de dénonciation et de persécution (Dreyfus et les juifs internationalistes, l’antisémitisme venu d’une logique de ressentiment). Ici le plan stratégique d’ensemble des partis d’extrême droite consiste en une ingénieuse distribution des rôles et des fonctions à chacune des pièces tactiques de pénétration de l’extrême droite globale dans la culture nationale et la société pénétrée par le drame extrémiste et idéologique, toujours par l’intermédiation de constellation de médias numériques aux intercommunications colonisées par l’idéologie de l’alt-right (C-News, JDD, Fox news, Truth Social, X, Russia Today, influenceurs masculinistes ou MAGA, populisme catholique, techno idolâtrie et mépris de la démocratie et de l’humaine différence ..). Expliciter ces tactiques de pénétration culturelle et médiatique, doit se faire en ayant la pleine attention et une sensibilité vive aux surfaces des discours d’extrême droite, à la capacité d’infuser socialement par le jeu tactique et la duplicité d’un régime de discours construit autour de ce que Nicolas Machiavel dans « le Prince » (début XVI° siècle pour la composition et parution en 1532) invente comme étant un « double-langage » ; langage du prince et langage des sujets ; technique de conservation du pouvoir et livraison des clés de compréhension de la nature du pouvoir aux citoyens.
Tout l’art du « double langage » chez les personnels politiques affiliés aux délires idéologiques extrêmement dangereux de l’extrême droite va se situer dans une sorte de démagogie d’instincts ; inscrire ses thématiques idéologiques propres dans la société en dramatisant par tous les moyens disponibles, les enjeux politiques des débats nationaux ; par exemple, le grand remplacement théorisé par Renaud Camus ou bien le racisme antiblancs (?!?) ou bien encore la perte supposée d’autorité et la figure blessée de l’homme et du père ou bien encore le danger du mondialisme dit libéral. Sur ces quatre exemples ou marqueurs idéologiques de l’appartenance à l’extrême droite, le discours se construit toujours de manière brutale et simpliste en opposition constante à la complexité des affaires humaines ; il s’agit de sortir une solution immédiate pour résoudre un problème largement inventé ou qui n’existe pas réellement (par exemple la dangerosité de l’immigration pour l’économie et l’identité nationale) en excitant la pulsion de ressentiment. Le double langage va fonctionner comme un cercle socio-idéologique brisé au centre ; c’est à dire que le haut du cercle est fait de la respectabilité de propos dans l’air du temps – l’immigration coûte cher – le bas du cercle est fait de communications non dites mais insinuées ou infusées – expulser les immigrés et protéger la Nation – le centre ouvert, avale la décision publique en permettant l’application de la mesure extrémiste par une majorité dite silencieuse (les français ou les américains sont avec nous). La recherche de popularité est une des seules boussoles suivis par les leaders autoritaires de l’alt-right et le détournement de vestes – (i.e. l’adoption d’identités doubles, magiques et porteuses de succès dans l’opinion) à tout bout de champs est ultra commode et très fréquent.
Ainsi, la fixation idéologique est presque fragile, mouvante ou susceptible de bouger tant que le pouvoir est conservé, maintenu dans les cercles sociaux extrémistes ; le critère de la conservation du pouvoir joue à plein dans la prise de décision politique ; il s’agit de montrer les muscles, récompenser la satisfaction des pulsions de régression, rassembler les forces négationnistes et réactives, haïr les différences qui choquent et heurtent une morale rance et conservative afin de préserver des rapports de forces traditionnels, naturels et immémoriaux (le fort sur le faible, l’homme sur la femme, le chef d’entreprise innovant, le capitaine d’industrie disruptif, aventurier, créatif et génial et l’ouvrier pur exécutant, vicieux et « machinalisé », l’homme blanc sur l’homme noir, le riche sur le pauvre, le chrétien sur le juif ou le musulman …); abêtir les masses humaines et en faire des ressorts de l’action extrémiste au travers d’une Médiacratie autoritaire construite avec l’aide de milliards issus du capitalisme fossile et de l’économie cognitive et de plate-forme. Il s’agit ici de se maintenir au pouvoir par tous les moyens et la porosité de la ligne de partage entre les droites républicaines, conservatrices, et l’extrême droite raciste, catholique, réactionnaire, devient de plus en plus floue et là est sans doute, la grande victoire tactique et culturelle de l’extrême droite globale ; le seuil de respectabilité franchi par les leaders populistes est lié à cette stratégie politique de double-langage ; ici où le secret d’une haine xénophobe, antisémite, antimusulman, l’attachement à la terre, à la race et au sang, travaille le cœur de l’argument de l’extrémiste, – le secret qui secrète la haine et la maladie des valeurs et de l’instinct de protection de soi – secret habillé fermement par un voile de fausse dignité ; « nous protégeons toujours nos compatriotes, nous protégeons nos industries contre la mondialisation libérale ».
Il faut se rendre compte par l’atteinte et la réflexion des évidences terminales (la vulnérabilité de la vie humaine par la naissance, la sexualité, la maladie, l’exil, l’asphyxie et/ou la mort) du danger social, historique et systématique que représentent les forces d’extrême droite pour la simple préservation de la vie sur Terre ; Il est ainsi remarquable que la collusion d’intérêts actuelle entre le capitalisme fossile et les mouvements conservateurs réactionnaires se doublent d’une lutte constante contre le discours écologique et les sciences du climat ; ici il s’agit de défendre des forces capitalistes « mortifères » qui nient le dérèglement climatique et l’impact humain sur la survie de nos milieux de vie et la nature. Comment est-ce possible d’être pris dans un tel aveuglement idéologique, dans une telle ornière, un rets de discours racistes et écocidaires ou ce gouffre remplis de pensées inhumaines ? Comment la bêtise, les scandaleuses méprises culturelles, l’attaque contre la vie humaine et l’arrogance de leaders et de leurs équipes peuvent elles résister aux valeurs liées aux faits scientifiques travaillés par des communautés scientifiques depuis des dizaines d’années dans toutes les Institutions humaines historiques ? La résistance du double langage est ici remarquable d’une certaine force d’aveuglement vis à vis des faits et des valeurs. Sous l’emprise de la Médiacratie autoritaire exploitée par les Empires, Russes, Chinois ou Américains, une ligne d’invisibilité sociale et symbolique est obtenue par les Leaders ; ce qu’il est possible de qualifier de « territoires négatifs » ou de territoires géographiques depuis lesquels aucune information fiable ne peut sortir du fait d’une emprise psychique ou d’une mainmise idéologique des médias autoritaires sur la fabrication de l’Information.
La collusion d’intérêts économiques, politiques et culturels et le critère unique et majeur de la conservation du pouvoir qui emploie partout où c’est possible, la technique du double langage pour des formes d’interactions finalement inhumaines ; tout cela porte l’empreinte majeure des mouvements de l’extrême droite globale, poussés par des dynamiques d’invasion et de repli réactionnaires de territoires ou l’imposition par la force économique de médias autoritaires ; la Russie et la Chine sont l’exemple paradigmatique de cette emprise totalitaire mondiale sur la réalité du changement climatique et la survie des démocraties occidentales. Ici la duplicité de ces Empires est frappante d’une technique de contournement des Institutions internationales et des Organisations Non Gouvernementales censées – encore – être chargées d’un certain ordre institutionnel mondial (ONU, OTAN, UNESCO, UNICEF, WWF, Fonds Alimentaire, Croix Rouge, Amnesty, ATD Quart-Monde …) dont le travail et les projets dérangent un certain type de capitalisme autoritaire ; aux formes d’incarnations et de violences sociales précises ; toute une ancienne « forme de vie » économique, langagière qui tente désespérément de se maintenir, en l’État, une emprise puissante et une communication arrogante devant les forces de la transformation sociale, écologique directement liées – ou se sentant responsables devant les crises ou faisant face – aux changements climatiques et énergétiques. Nous devons travailler dans un monde fini, hors de la logique guerrière des Nations, par un franchissement de seuils d’évidences écologiques et vivantes, – en comprenant et en percutant les stratégies du double-langage – tant au niveau des ressources naturelles, des complexes sociaux relationnels, que de la résistance organique et naturelle des milieux sociaux et des « formes de vie » démocratiques ; échapper aux extrêmes droites globales qui défendent toujours la régression des modèles humains de développement au bénéfice de la sécurité d’une minuscule élite couplée aux masses aveugles inhumaines – oligarques, techno idolâtre, xénophobes – totalement coupées de la vie ordinaire et de l’extrême vulnérabilité de cette vie humaine.
Fragments d’un monde détruit – 190
